Une volée de livres et de lectures

ATTENTION, NE PAS FAIRE CONFIANCE AVEUGLÉMENT ! LE LIVRE COÛTE CHER, ET IL VAUT MIEUX HÉSITER QUE SE TROMPER.

Dès qu’il est question de mes lectures, je m’y prends comme un cornichon. Je n’ai jamais le temps, je repousse, je repasse, et finalement je prends un tel retard que je ne fais rien. Pas cette fois, car je viens de prendre de bonnes résolutions qui ne passeront pas la nuit. On commence.

cliquer-ici.jpg D’abord la belle revue dirigée par Thierry Jaccaud (ici). Ce fut au lancement - en 2000 - une traduction-adaptation de la revue-culte britannique The Ecologist. Elle s’est imposée comme une belle revue française, et publie chaque trois mois un dossier et nombre d’articles originaux. Le dernier numéro est consacré à « l’enjeu vital » des océans. C’est un bon dossier, mais à mon sens, il y manque quelque chose. Une perspective susceptible de réunir toutes les forces disponibles dans le monde. Et le but est évident pour moi : il faut se battre pour une interdiction complète de la pêche industrielle, et un soutien décidé aux communautés humaines qui vivent et font vivre des pêches artisanales. Cela semble impossible ? Pas plus que de rêver arrêter un jour la machine à tout détruire.

Le sommaire est bien plus riche que cela, et je dois confesser un plaisir particulier à la lecture de la chronique d’Alain Hervé, qui fait figure - et qu’il me pardonne - de patriarche. N’a-t-il pas fondé en 1973 la revue Le Sauvage ? Je ne m’étends pas sur les critiques que je pourrais faire et les réserves sur tel ou tel article. Il y en a. Je ne le ferai pas, car tel qu’il est, cet Écologiste-là est une très grande réussite. Franchement, quand on voit le fric englouti dans tant d’imbécillités, y compris par nous, amis de Planète sans visa, on ne peut que clamer : ABONNEZ-VOUS, nom de nom !

(Précision : je tiens Thierry Jaccaud pour un ami, mais il est certain que je ne défendrais pas sa revue si elle n’était aussi bonne)

Autre ami, mais je ne le fais pas exprès : Marc Giraud, formidable naturaliste, et joyeux déconneur. Il publie coup sur coup deux livres, et tous les deux valent le détour par le porte-monnaie.

Safari dans la bouse et autres découvertes bucoliques D’abord le truculent et succulent Safari dans la bouse (Delachaux et Niestlé, 12,90 euros). De manière (très) marrante, épaulé par le dessinateur Roland Garrigue, Marc nous fait découvrir les incroyables mystères de la bouse. Je vous le jure, votre regard sur la merde, en tout cas celle des vaches, pourrait bien changer. On apprend quantité de choses difficilement croyables, mais toutes vraies.

couverture-marc-giraudEnsuite, ce bouquin très concret, Comment se promener dans les bois (Allary, 16,90 euros). Sous la forme de 48 questions-réponses, Marc - aidé en la circonstance par l’indispensable Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS, www.aspas-nature.org) - entreprend de dire l’essentiel sur la chasse, du point de vue de nous autres, qui ne chassons pas. Combien de chasseurs ? Quels droits de poursuite des animaux ont-ils vraiment ? Y a-t-il ou non des jours de non-chasse ? Quels animaux peut-on chasser ? Mais aussi, et par exemple : J’ai trouvé un animal pris dans un piège, que dois-je faire ? Du tout bon.

Eloge des mangeurs d'hommes : loups, ours, requins... : sauvons-les ! - Yves PaccaletDans Éloge des mangeurs d’hommes, Yves Paccalet, ancien de premier plan des équipes Cousteau, m’a bien diverti (Arthaud, 15 euros). Paccalet me plaît, car il prend sans détour, avec humour, le parti des animaux. On le suit sans hésiter quand il rapproche le sort fait aux requins - 100 millions absurdement tués par nous chaque année - et les si rares attaques sur l’homme - autour de 10 morts dans le même temps. Et je le suis aussi à propos du Loup, bien sûr, même si j’eusse préféré une place plus juste pour le remarquable travail d’historien de Jean-Marc Moriceau, qui a documenté plusieurs milliers d’attaques contre les humains en France, il est vrai étendues sur des siècles.

Paccalet sait remettre à sa place les folles prétentions de l’espèce humaine. Ce qui déplaît à certains, mais permet de respirer un bon coup. Merci !

c_un-an-dans-la-vie-dune-foret_3591.jpg Chef-d’œuvre ? Je crois bien. Classique d’ores et déjà ? J’en suis convaincu. Dans Un an dans la vie d’une forêt (Flammarion, 21,90 euros), l’Américain David Haskell réussit un exploit en nous passionnant pour un tout petit mètre carré d’une forêt du Tennessee. Il compare le lieu, fort justement, à un mandala tibétain, sorte d’offrande, éphémère ô combien, réalisée avec du sable. Haskell se rend dans ce lieu minuscule toute une année, à toutes les heures, toujours seul. Il a froid, il sue, il dégoutte de pluie, mais surtout, il regarde et admire. La moindre fleur, la moindre mousse, la moindre feuille, le moindre insecte, les oiseaux, les rares mammifères qui passent par là. C’est envoûtant. Même si l’on peut être parfois perdu par l’érudition folle du naturaliste, on n’a bientôt plus qu’une envie : trouver son propre mandala.

Je vous signale aussi, en vrac, d’autres livres qui me semblent prometteurs, mais que je n’ai pas eu le temps, encore, de lire. Cessons de ruiner notre sol (Frédéric Denhez, Flammarion, 14 euros) : je connais et garantis le sérieux de l’auteur, qui aborde donc l’une des vraies grandes questions de notre temps. Plaidoyer pour les animaux (Matthieu Ricard, Allary éditions, 20,90). On ne présente plus ce moine bouddhiste français, que j’aime beaucoup, pour ma part. La question animale est également l’une des plus essentielles qui soient. Économie et biodiversité (Marc Barra, Laurent Hutinet, Gilles Lecuir, Victoires éditions, 16 euros). Connaissant un tout petit peu, et appréciant l’un des auteurs, Laurent Hutinet, je dois aussi - et c’est indiscutablement un a priori - faire part de mon scepticisme. Je ne crois plus du tout à une coexistence possible entre l’économie réellement existante et la biodiversité.

Enfin, Le tour de France des alternatives (Emmanuel Daniel, Seuil/Reporterre, 10 euros). Les amis de Reporterre (ici) inaugurent une collection de petits livres d’intervention. Dans celui-ci, l’auteur publie une dizaine de reportages menés en France sur des aventures et alternatives concrètes. Et porteuses d’espoir.

Ajout le lendemain : un lecteur, Loulou, me signale un livre qu’il juge important (La reproduction artificielle de l’humain). Je gage, bien que ne l’ayant pas lu, que c’est le cas. En voici la présentation : « La procréation médicalement assistée (PMA) n’a rien à voir avec l’égalité des droits ; elle doit être combattue en tant que telle, et non pas pour son extension aux homosexuels ; nous n’avons rien à gagner, et tout à perdre à la reproduction artificielle de l’humain : autant d’évidences que ce livre doit hélas rappeler.Eugénisme, marchandisation du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.

Nous, luddites et libertaires, anti-industriels et anti-capitalistes, simples humains et animaux politiques, nous défendons le progrès social et humain, ou plutôt nous tâchons de défendre ce qui reste d’humain, de libre et d’animal en ce monde, contre le nihilisme technologique. Pour aller au fin mot de ces pages : l’émancipation sera politique ou ne sera pas. La PMA, ni pour les homos, ni pour les hétéros ! »

 couv_rah.jpg

Le livre d’Alexis Escudero a paru aux éditions Le monde à l’envers.

UN FIDÈLE D’ENTRE LES FIDÈLES, H.A, ME SIGNALE QUE J’AI DÉJÀ PARLÉ D’UN AN DANS UNE FORÊT EN AVRIL. MON DIEU, JE NE REGRETTE PAS.

Miguel Cañete est (presque) un gros bœuf

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 8 octobre 2014

Suspense. Cañete, lobbyiste de l’industrie pétrolière, vat-il diriger la politique climatique de l’Europe ? En tout cas, l’homme de Petrolífera Dúcar est dans les tuyaux. Vive la démocratie en marche !

En première analyse, ce mec est un gros bœuf. Mais le bœuf, malgré l’absence de ses couilles, reste un superbe animal, et l’on voit donc que la comparaison ne tient pas. Miguel Arias Cañete, en effet, n’a à peu près rien pour lui. Né en 1950, chefaillon du pitoyable Parti Populaire (PP) d’Espagne, il a été ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement à deux reprises, et il devrait devenir, sauf refus du Parlement européen, commissaire européen en charge à la fois de l’Énergie et du Climat. Et donc représenter l’Europe dans toutes les négociations internationales autour du vaste dérèglement climatique en cours.

C’est une vaste fête qui se prépare pour les climato-sceptiques et les industriels planqués derrière, car Cañete est un adorateur stipendié du pétrole. Mais l’affaire remonte à fort loin, ainsi que le montre un récapitulatif dingo réalisé par les Amis de la Terre Europe. Dès 1996, Cañete, alors député européen, s’intéresse de très près aux projets concernant les importations de bagnoles. Et comme il a raison ! Discrètement, oubliant même d’en parler dans une déclaration d’intérêts pourtant obligatoire, il est parallèlement l’un des pontes d’Italcar España, qui importe évidemment des tutures.
Rebelote en 2001 : alors qu’il est ministre, Cañete oublie encore – damned - de déclarer ses intérêts dans deux sociétés de jeu et une entreprise agricole. Sa réponse, historique, est qu’il ignorait faire partie de leur conseil d’administration.

En 2002, sa femme – d’affaires, ô combien - passe devant une commission d’enquête espagnole, car elle est soupçonnée d’avoir reçu des informations confidentielles sur l’oreiller. En 2004, passé à l’opposition, Cañete propose ses services de lobbyiste au gouvernement américain, notamment au sujet des OGM. Ce n’est, jurons-le solennellement, qu’un aperçu. On passe sur ses petites phrases dégueulasses, si nombreuses. À propos des Équatoriennes qui viendraient faire des mammographies gratuites en Espagne, quand elles coûtent 9 mois de salaire au pays. À propos des femmes en général : « il est compliqué de tenir un débat avec une femme, car montrer de la supériorité intellectuelle pourrait paraître sexiste ».

Le plus sympa vient après. L’infatigable Cañete a également fondé deux boîtes pétrolières, Petrolífera Dúcar et Petrologis Canarias, ce qui est un poil gênant quand on est censé lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais pourquoi s’en faire ? Craignant tout de même les questions, Cañete fourgue ses actions dans ces nobles entreprises il y a quinze jours, y compris celles de sa femme et de son fils. Ses beaufs, deux de ses authentiques beaux-frères, restent aux commandes, et Cañete d’affirmer benoîtement que la déclaration d’intérêts ne porte que sur la famille immédiate, ce qui est assurément exact. Est-il utile d’en rajouter sur des montages fiscaux lointains, ou encore la société écran Havorad BV, basée aux Pays-Bas ?

Où en est-on ? C’est simplement horrible. Au moment où vous lirez ces lignes, un vote du Parlement européen aura – ou non – confirmé Cañete dans son poste. Dans les coulisses politicardes habituelles, on s’amuse comme des petits fous. Le PP espagnol et Cañete ont derrière eux toute la droite européenne. Or notre splendide Moscovici veut lui aussi être intronisé à la Commission, ce qui donne lieu à un deal comme on les aime. Ou les socialos européens se couchent, et en ce cas, Moscovici obtiendra définitivement son poste à l’Économie. Ou elle essaie d’évincer Cañete, et dans ce cas, Moscovici pourra aller se faire foutre.

Dans un contexte aussi plaisant, la crise climatique ne pèse pas davantage qu’un plumet d’oie. Qu’en pense donc notre si chère Ségolène Royal, qui prépare une nouvelle foutaise pour 2015, connue sous le nom de « Sommet climatique mondial de Paris » ? Quelques voix écologistes gueulent, à peu près dans le désert. Une pétition pour lourder le bœuf Cañete est en ligne, qui dépasse les 400 000 signatures (https://secure.avaaz.org/en/canete_climate_12/). On s’en fout ? Ils s’en foutent. Mais bien.

Sur Reporterre (et sur mon livre)

Reporterre

Pour une info libre sur l’écologie, soutenez Reporterre Cliquer ici

Le visage monstrueux de l’industrie chimique

Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre)

samedi 11 octobre 2014

Dans Un empoisonnement universel, un voyage érudit et serré qui nous mène des champs de bataille de la guerre de 1914 au siège des Nations Unies, Fabrice Nicolino montre sans ambages la face monstrueuse et dévoreuse de vies de l’industrie chimique. Il en instruit le procès, charges accablantes à l’appui.

 


Un empoisonnement universel : le titre du dernier livre de Fabrice Nicolino ne fait pas dans la dentelle. Il en rajoute et joue sur la peur du lecteur, pense-t-on avant d’en entamer la lecture. Quatre cent quarante-cinq pages après, le scepticisme n’est plus de mise.Et c’est quelque peu sonné que l’on arrive au terme d’un voyage érudit et serré qui nous a transportés des champs de bataille de la guerre de 1914 à ceux de la guerre irako-iranienne des années 1980, de l’usine de Bhopal, en Inde, à celle d’AZF à Toulouse, du siège de Bayer à celui des Nations-Unies.Un constat accablant

Le constat est accablant : en un siècle l’industrie chimique, devenue une machine infernale n’obéissant qu’à ses intérêts propres, a réussi peu à peu à empoisonner la terre et ceux qui l’habitent.

L’auteur fait la part des choses. Il rappelle avec honnêteté que sans l’invention des engrais azotés la production agricole n’aurait pas atteint les niveaux actuels, que le DDT a sauvé des vies humaines au lendemain de la seconde guerre mondiale…

Mais comment oublier l’autre face de l’industrie chimique, sa face noire, monstrueuse et dévoreuse de vies ? C’est celle-là dont Nicolino instruit le procès. Il est accablant.
Les pièces ne manquent pas.

L’auteur en déroule quelques unes solides, argumentées et difficilement contestables : les pesticides, omniprésents, et responsables – en témoignent « des centaines d’études scientifiques » - de la « dégradation des organismes vivants, dont nous sommes » ; des plastiques et autres résidus de médicaments qui ont envahi la terre et les mers ; des perturbateurs endocriniens dont l’homme s’ingénie par ses inventions à allonger la liste mortelle ; de l’eau naturelle qui ne l’est plus vraiment et est devenue un produit industriel…

Qui est responsable ?

Qui incriminer face à un tel bilan ? Des scientifiques, bien sûr, coupables d’avoir vendu leur âme au diable à l’image de Fritz Haber, un Allemand très nationaliste qui a obtenu en 1918 le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur l’ammoniac alors qu’il aurait dû être pendu haut et court pour avoir dirigé les recherches sur les gaz de combat utilisés une première fois à Ypres, en Belgique, ensuite dans beaucoup plus de pays qu’on n’image.

Mais les chimistes ne sont pas seuls. L’entreprise d’empoisonnement général décrite par Fabrice Nicolino est inséparable des groupes industriels qui la mènent. Certes l’IG Farben a été démantelée après guerre, coupable de s’être placée au service de l’appareil militaire nazi, mais ses rejetons sont toujours là (Bayer, BASF, Agfa…) à côté des grands noms de la chimie mondiale, Dow Chemical, DuPont, Rhône-Poulenc (rebaptisée Aventis), le britannique ICI et de quelques autres.

Cette industrie qui brasse des milliards de dollars et déverse chaque année quelques trois cents millions de tonnes de produits divers fait la pluie et le beau temps en toute impunité. Elle inonde le monde de substances chimiques sans véritables garde-fous.

D’ailleurs, personne n’est en mesure d’évaluer le nombre de celles-ci. Le CAS (Chemical Abstrats Service), l’organisme chargé d’en tenir la comptabilité, estime leur nombre (en augmentation continue) à 85 millions, dont plusieurs dizaines de millions disponibles à la commercialisation.

La puissance des industriels face au politique

En bon enquêteur, Fabrice Nicolino met en parallèle ce dernier chiffre et celui des trente mille substances chimiques dont l’enregistrement a été – on ne peut plus laborieusement - rendu obligatoire par les autorités européennes au nom de la protection des populations. Ce fut le règlement REACH.

Trente mille face à des dizaines de millions : le ratio témoigne de la puissance écrasante des industriels face au politique. Comment résister à des firmes qui connaissent toutes les ficelles de la communication et du lobbying à New-York comme à Bruxelles, capables d’acheter et d’enrôler dans leur combat douteux des armées de scientifiques réputés intègres et des responsables politiques attachés, prétendent-ils, au bien commun ?

Comment s’opposer à des groupes de pression ayant leur entrée dans toutes les capitales ? Comment faire reculer une industrie à l’habileté diabolique lorsqu’il s’agit d’épouser l’air du temps et de se peindre en vert ?

Les premiers effets de notre empoisonnement ?

En dépit de toutes les catastrophes passées, l’opinion publique ne se montre pas bien sévère à l’égard de l’industrie chimique. Elle l’est moins qu’avec le nucléaire. Cette indulgence a-t-elle à voir avec l’augmentation continue de l’espérance de vie dans le monde dont le lobby de la chimie s’approprie pour partie la paternité ? Probablement.

Pourtant, observe Fabrice Nicolino, le tableau n’est pas aussi rose qu’il y parait. Si l’on prend en compte l’espérance de vie en bonne santé (ou sans incapacité, selon la terminologie de Bruxelles) force est de constater que la courbe est orientée à la baisse.

« Si la baisse est pour l’heure limitée, le signal est net », note Fabrice Nicolino. Les premiers effets de notre empoisonnement ?


Un empoisonnement universel. Comment les produits chimiques ont envahi la planète, de Fabrice Nicolino, Ed. LLL. Les liens qui libèrent, 444 pages, 23 euros.

Source : Jean-Pierre Tuquoi pour Reporterre


Merci de soutenir Reporterre :

 

Bronner au si joli temps du choléra

Je dois dire que j’en ai bien ri, avant d’éprouver des sentiments très divers, dont l’ahurissement est l’un des moindres. Il se trouve que le personnage principal de l’histoire racontée plus bas par le journaliste du Monde Stéphane Foucart était opposé - c’est le mot juste - à moi dans une récente émission de France Inter (http://www.franceinter.fr/emission-service-public-le-principe-de-precaution-peut-il-etre-pris-avec-precaution). Gerald Bronner est sociologue. J’imagine qu’il a lu tous les livres sur le phénomène de la rumeur, et le rôle décisif du « désir de croire » dans la propagation des fausses nouvelles. Mais lisez donc ce texte de Foucart, qui vient de sortir.

Le chlore au temps du choléra

Un survivant du tremblement de terre boit de l'eau d'un puits à Port-au-Prince, le 30 octobre 2010.

Les écologistes ont encore frappé. Leur dangereux « précautionnisme » fait de terribles ravages, jusque dans la manière dont les autorités gèrent des crises sanitaires graves, comme l’épidémie de choléra qui a frappé Haïti fin 2010. Dans l’île caribéenne, déjà meurtrie par le séisme de l’été précédent, on aurait, semble-t-il, laissé des Haïtiens mourir en masse pour cause d’aversion irrationnelle pour les « produits chimiques ». Voilà ce que l’on peut déduire de l’anecdote rapportée par le sociologue Gérald Bronner (université Paris-Diderot), dans un entretien accordé à L’Opinion et publié fin septembre : les autorités chargées de la gestion du choléra en Haïti auraient retardé l’utilisation d’un désinfectant aussi banal que l’eau de Javel pour préserver, au péril des populations, la rivière charriant l’agent pathogène – le vibrion cholérique.

L’histoire, brièvement rapportée dans le quotidien libéral, est consignée dans le dernier livre de M. Bronner (La Planète des hommes. Réenchanter le risque, PUF, 156 p., 13 euros), l’un des plus fervents et médiatiques pourfendeurs du mouvement environnementaliste et du principe de précaution. « Parmi les forces de l’ONU venues prêter main-forte [après le séisme], il se trouvait des Népalais, écrit le sociologue. Le choléra n’existe pas en Haïti, en revanche il perdure au Népal. Certains des habitants de ce pays sont des porteurs sains, et il s’en trouvait parmi les troupes qui apportaient leur aide. Bientôt les eaux courantes furent contaminées, et les premiers cas mortels apparurent. »

C’est ensuite que les choses se gâtent. « Il y avait une solution simple pour éviter l’hécatombe : traiter les eaux avec de l’eau de Javel, poursuit l’auteur. C’était sans compter la ronde des atermoiements précautionnistes. Fallait-il le faire, compte tenu de la mauvaise réputation de l’eau de Javel ? Cette hypothèse fut évoquée, des comités se réunirent pour délibérer sur les dangers supposés de cette utilisation… En l’occurrence, il fallut attendre 5 000 morts et un article de la revue Science qui tirait la sonnette d’alarme, pour qu’on en revienne à des considérations sensées. On purifia les eaux avec de l’eau de Javel et l’épidémie s’interrompit. »

UNE COMPLÈTE AFFABULATION

L’accusation est d’une gravité inouïe et justifierait amplement des poursuites pénales contre les membres de ces « comités ». D’ailleurs, ces fameux cénacles émanaient-ils des autorités locales ? De l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ? Et quel est cet article de Science, qui parvint à éteindre cette folie ? L’histoire ne le dit pas. Et elle ne le dira jamais, car elle est une complète affabulation.

Certes, l’épidémie est bel et bien partie d’un camp de casques bleus népalais, après la vidange de leurs latrines dans l’Artibonite, le fleuve qui traverse l’île. Mais rien n’étaye le scénario d’un atermoiement criminel dans l’utilisation de produits chlorés pour juguler l’épidémie. Sollicitée par Le Monde, la meilleure source possible sur le sujet – l’équipe d’épidémiologistes qui a identifié l’origine de la contamination – confirme le caractère fantasmagorique de l’édifiante histoire.

De plus, les documents de l’OMS et de l’Unicef montrent que l’une des mesures mises en œuvre dès le départ de l’épidémie a précisément été l’utilisation et la distribution de divers produits chlorés. Nul atermoiement, nul « précautionnisme mortifère », selon l’expression de M. Bronner. Interrogé, le sociologue reconnaît l’erreur et, beau joueur, remercie Le Monde de l’avoir portée à sa connaissance.

Quant à sa source… Il s’agit, dit-il, du chimiste Bernard Meunier, vice-président de l’Académie des sciences. De fait, on retrouve cette fable en avril 2013, sous sa signature, dans la revue de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS). Avec, en prime, quelques détails croustillants. « Principe de précaution oblige, de nombreux responsables, entourés de bouteilles d’eau importées, ont voulu protéger les populations haïtiennes (…) des dangers de l’eau de Javel et des produits chlorés », écrit-il. Les Khmers verts sirotaient donc leur eau minérale, pendant que périssaient des milliers d’Haïtiens…

Contacté par Le Monde, M. Meunier n’a pu produire aucune source étayant ces affirmations. Mais, bardée de la caution du grand chimiste, l’histoire a surgi dans Valeurs actuelles, Le Figaro, sur des sites Web tenus par la filière des pesticides, et… le dernier livre de Gérald Bronner.

«LE BIAIS DE CONFIRMATION»

L’histoire pourrait ne valoir qu’un haussement d’épaules ou un rectificatif. Elle mérite, au contraire, toute notre attention. Car elle illustre la force du « biais de confirmation » – cette tendance à croire sélectivement tout ce qui confirme nos convictions et nos préjugés – dont sont fréquemment victimes des personnalités du monde académique, dès qu’il s’agit d’environnement. De telles légendes, qui faussent et empoisonnent les débats sur la place de l’homme dans la nature, se forgent souvent dans le chaudron de la blogosphère, circulent sur la Toile, et il suffit qu’une autorité scientifique les reprenne à son compte pour qu’elles deviennent une forme de vérité. Sur le climat, sur les liens entre santé et environnement, sur l’agriculture, des fables de cette sorte sont légion, parfois mobilisées dans les plus hauts lieux de savoir.

Nul n’est à l’abri. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir que Gérald Bronner lui-même avait fait du « biais de confirmation » l’un des sujets de son précédent ouvrage (La Démocratie des crédules, PUF, 2013), qui décortiquait et moquait la crédulité des foules et des médias devant l’offre informationnelle pléthorique du Net. Mais il n’est, après tout, pas interdit à un sociologue de devenir son propre sujet d’étude.

 Stéphane Foucart
Journaliste au Monde

Plenel, Finkielkraut, Zemmour et compagnie

La pensée humaine. L’absence de pensée humaine. Je suis en train de lire - rapidement, mais quand même - deux livres insignifiants, qui marquent chacun pourtant, à droite et à gauche, ce qui nous sert de débat intellectuel. Le premier est signé Edwy Plenel, fondateur de Mediapart (Pour les musulmans, La Découverte, 12 euros), homme de gauche s’il en est. Le second est d’Éric Zemmour, héraut de la droite bien connu (Le suicide français, Albin Michel, 22,90 euros).

Je le répète : je les lis, et ne pourrai donc en faire un commentaire complet. Mais en vérité, à quoi bon ? S’inspirant ouvertement d’un article de Zola en 1896 sur fond d’affaire Dreyfus - Pour les Juifs -,  Plenel prend une sorte de défense des musulmans en France. Il plaide pour l’ouverture des esprits et donc la compréhension, les valeurs de la République, et stigmatise les responsabilités occidentales dans l’apparition et la dissémination des idées fondamentalistes chez certains musulmans, dont le djihadisme.

Zemmour entend expliquer la déstructuration de la société française par le triomphe des idées de mai 68 dans l’esprit des élites politiques, économiques et culturelles. Avec une véritable obsession pour l’immigré arabe, qui aurait grandement aidé à dissoudre notre peuple et la grandeur de son Histoire. Il passe en revue nos quarante dernières années communes, de Marchais à Giscard, de Chirac à Bové, de Dallas au football.

Bon, allons droit au but : c’est pathétique. C’est franchouillard. C’est détestable. Quand deux supposés « penseurs » de notre monde se mettent à écrire, ils le font d’emblée dans un cadre devenu dérisoire : la France. Incapables de seulement imaginer plus vaste réflexion - où sont donc passées les visions universalistes ? -, ils ratiocinent sur leurs minuscules personnages, leurs picrocholines querelles, leurs infinitésimales perspectives. Ce n’est certes pas de gaieté de cœur que je vous écris ces mots, mais en tout cas, je les pense.

Est-ce bien étonnant ? Non. Une loi sociale d’airain conduit chaque génération - il y a quand même des exceptions - à penser le présent avec les mots du passé. Sans songer à une exhaustivité impossible, citons les révolutionnaires de 1789, obsédés par l’Antiquité (« Le monde est vide depuis les Romains ; mais leur mémoire le remplit et prophétise le nom de liberté », Saint-Just); ceux de 1917 fascinés par 1789, Thermidor, la Commune; les amis trotskistes d’Edwy Plenel confondant en 1940 la guerre contre le fascisme et l’affrontement entre impérialismes de 1914, etc. Et dans cet et cætera, je m’inclus sans façon. Ma génération politique, celle de l’après-68, a cherché dans de vieilles lunes qui ne brillaient déjà plus - Lénine, Trostki, Guevara, pire parfois - des explications générales du malheur humain.

Oui, c’est une règle. Il est beaucoup plus difficile de saisir quand c’est utile ce qui se passe réellement. Quand c’est utile, c’est-à-dire sur le moment, face aux événements courants. Certains y sont parvenus magnifiquement, comme - on y revient toujours - George Orwell à propos du stalinisme, ou encore Simon Leys au sujet du maoïsme (ici). On notera, au passage, qu’ils ont tous deux été conspués. Maintenant que le stalinisme est dépourvu de sa toute-puissance étatique, maintenant que le maoïsme n’est plus qu’un immense cimetière oublié, comme il est aisé de célébrer ces deux hommes merveilleux ! Quel bonheur de faire semblant qu’on a toujours été d’accord avec eux !

Bref. Sur ce plan-là, la situation est pire que jamais, car la pensée humaine, ou ce qui en fait office, est comme cette poule qui, cherchant à picorer un grain, se heurte sempiternellement au grillage, et n’y parvient pas. Il lui suffirait de faire quelques pa(tte)s sur le côté pour atteindre l’autre bord, et becqueter le maïs, mais elle ne le fait pas. Plenel et Zemmour - Finkielkraut, intéressant personnage, de même - ne le font pas, ni le feront à vue humaine. Leur affaire, c’est leurs petites affaires. Ce qu’ils ont sous le nez, rien d’autre.

Plenel est un cas qui force l’attention. Il est un « ami » de longue date de François Hollande, avec qui il a publié en 2006 un livre d’entretien (Devoirs de vérité, Stock). On ne peut donc pas dire qu’il aura été pris par surprise. Hollande n’a jamais caché son jeu, il a toujours, et en tout cas depuis quinze ans, affirmé et assumé ce que les commentateurs pressés nomment le « social-libéralisme ». Et il se vante d’être l’héritier - Mélenchon aussi, au fait - de Mitterrand. Mais pourquoi diable Plenel ne nous a-t-il pas alerté dès 1981, dès 1983, dès 1984, quand le vieux filou de l’Élysée lançait avec ses petits jeunes sur mesure - Dray et Désir - SOS Racisme ? Franchement, le drame actuel des relations entre Français blancs et Arabes (éventuellement français) ne trouve-t-il pas une partie de son origine dans la faillite historique des socialistes ? Il était concevable en 1981 d’accorder enfin le droit de vote aux étrangers pour les élections locales. Et de lancer un immense plan, sur une ou deux générations, pour faire des banlieues des zones vivables, et au passage, de droit. Mais on aura préféré la politicaillerie coutumière de Mitterrand, Touche pas à mon pote et l’instrumentalisation de Le Pen dès 1983.

Il eût été bon, il eût été glorieux de mener bataille quand c’était essentiel. Au lieu de quoi, Plenel aura préféré concentrer le tir sur sa personne, en dénonçant les écoutes illégales dont il a été la victime et quantité d’autres affaires périphériques, comme celle des Irlandais de Vincennes. Périphériques ne veut pas dire dépourvues de sens. Je veux simplement dire que l’important était bel et bien ailleurs. Ne croyez pas que je déteste Plenel, que j’ai un peu connu. Même pas. Je défends ainsi le travail de Mediapart, qui lui doit tant. Il a ses mérites, qui dépassent de loin, pour moi, les critiques qu’on peut lui faire légitimement. Seulement, non, NON. Ce n’est pas en écrivant quelques dizaines de pages pour rappeler les grands - et bons - principes de la République qu’on peut se mettre à l’abri du ridicule.

Le cas Zemmour est autre. C’est le journaliste politique dans toute la splendeur de sa vision rétrécie. Son livre - j’en suis à la page 131 - est une sorte de catalogue, de zapping des événements les plus courants des années comprises entre 1970 et aujourd’hui. On dirait presque une revue de presse. La méthode est bien connue : on entend démontrer une thèse, et l’on réorganise le fatras, puisant dans quelques millions d’informations possibles, de manière à prouver l’intuition de départ. Je ne crois pas me tromper beaucoup en prévoyant que tout se barre en couilles à cause des féministes, des antiracistes et des droits-de-l’hommistes. Et je n’insiste pas sur ce que j’ai entrevu à la télé - via mon ordinateur -, où Zemmour paraît souhaiter une réhabilitation de l’infâme régime de Vichy.

Le pitoyable - je tiens hélas à ce qualificatif - est que Zemmour s’est inventé un monde de pacotille où les idées se baladent toutes seules, dans une complète liberté, sans jamais être soumises à ces champs magnétiques surpuissants que sont le capital et l’existence de féodalités transnationales, les pouvoirs économique et technique, l’organisation de la décision, l’ossature administrative, le rapport de forces social. En somme, Zemmour ne parle que de cette infime fraction de la réalité qu’il pense connaître : la superstructure politique et ses habitants, lesquels ne conduisent à peu près rien. Et roulez jeunesse ! Et ouvrez les talk show, les antennes radio et les colonnes des plus grands journaux.

Ni Zemmour bien sûr, ni Plenel, ni Finkielkraut - à qui il arrive de dire des choses intéressantes - ne s’interrogent une seconde sur l’événement le plus fracassant de leur temps, qui n’est autre que l’approche de frontières indépassables par l’aventure humaine. Misère ! Ils ont la chance insigne - ne sont-ils pas des « intellectuels », reconnus en tout cas ainsi par leur époque ? - de vivre au milieu de tsunamis d’ampleur géologique, et eux se penchent sur un confetti, dont ils commentent l’usure, l’abrasion, les possibilités d’une très hypothétique reconstitution. Le climat crée les conditions d’un chaos mondial, la moitié des animaux sauvages a disparu entre 1970 et aujourd’hui, nous sommes plongés dans la sixième crise d’extinction massive des espèces, les océans s’acidifient et leurs extraordinaires créatures meurent, les sols s’épuisent, l’eau en arrive à manquer dans des zones explosives au plan social et politique, le nucléaire rend envisageable la disparition de toute société organisée, mais l’urgence est donc de blablater encore un peu.

Ce ne serait que risible si les conséquences ne n’annonçaient aussi graves. Car bien sûr, le temps ainsi perdu ne sera pas rattrapé. Pour que des idées nouvelles finissent par s’imposer et forment cette cohérence que l’on appelle à tout bout de champ un paradigme, il faut du temps. Qui se compte en générations. La pensée écologique, même si elle a eu des pionniers méconnus, n’a émergé qu’il y a une quarantaine d’années. Ni Plenel ni Zemmour ne l’ont seulement aperçue. S’ils étaient ce qu’ils pensent être, ils auraient évidemment cherché à comprendre la nature de tels bouleversements. Ils auraient lu. Ils auraient discuté. Ils auraient au moins entrouvert quelques portes. Un Zemmour aurait compris que 68, qui a produit bien des conneries, et tant servi, par la promotion de l’individualisme fou, la cause de l’industrialisation de la vie sur Terre, a également fait émerger des idées franchement nouvelles. Porteuses, oui, d’un avenir qui reste possible, et en tout cas souhaitable. Mais non : encore et toujours cette névrose obsessionnelle des acteurs de seconde zone que furent Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy.

Ce temps ne sera pas rattrapé. Quand viendront les vraies épreuves, le peuple français n’aura JAMAIS été préparé à les comprendre, et partant, à les dominer. Et il se vautrera donc fatalement dans des réponse magiques, fantasmagoriques, à une crise qui semblera le déposséder de tout. Le responsable sera donc, d’évidence, l’Étranger, qu’il soit Arabe ou tout autre. Qui écrira jamais qu’aucune barrière ne nous mettra à l’abri, dans un monde où coexistent, dans une vaste marmite du diable, richesses démentes, jeunesses immenses, frustrations sans limites ? Qui le dira ? Plenel et Zemmour sont les deux faces d’une même tragicomédie. Amoureux transis, et définitifs, d’idéologies qu’ils attribuent perpétuellement à d’autres qu’eux-mêmes, ils retomberont toujours sur leurs pattes. Telle est du reste l’une des meilleures définitions du mot idéologie : l’art de retomber sur ses pattes.

Un dernier mot :  j’ai lu il y a quelques semaines un livre paru il y a bien quinze ans (La fin tragique des dinosaures, Walter Alvarez, Pluriel). L’auteur y raconte la façon dont lui et quelques autres ont fait émerger l’explication la plus convaincante de la disparition des dinosaures, voici 65 millions d’années. Une comète - ou une météorite - aurait provoqué une explosion comparable à 100 millions de bombes à hydrogène, manquant de faire disparaître toute forme de vie. Ce qui est passionnant, c’est le chemin - scientifique - de la vérité, qui doit vaincre quantité de périls, principalement venus d’adversaires - tout aussi scientifiques qu’Alvarez - de la théorie de la météorite. On y voit combien il est dur d’avancer. Encore n’est-ce à peu près rien, car en ce qui concerne les dinosaures, les oppositions ne se rencontraient que dans de tout petits cénacles. Or la nécessité où nous sommes de refonder le projet humain se heurte de plein fouet aux vaines croyances d’une très forte majorité des contemporains. De ce point de vue, Plenel et Zemmour ne sont jamais que l’infime symptôme d’une maladie de l’esprit quasiment universelle.

La morale ? Ceux qui cherchent de vraies voies de sortie sont seuls. Et comme il n’est pas question de reculer, il faut encore et toujours avancer. En se serrant, amis de Planète sans visa, d’aussi près qu’il est possible. Comme le font les manchots empereurs pour lutter contre le froid antarctique. Car il fait froid, car le débat n’est pas loin d’être gelé. Conservons donc notre énergie, car nous en aurons besoin.

Page suivante »