C’est le moment de casser sa tirelire (pour L’Écologiste)

[J’ai des moments d’absence, que je crois liés aux médicaments que je prends. Dont la morphine, encore et toujours, six mois jour pour jour après la tuerie. Je pense évidemment à mes morts. Et aux amis blessés : Philippe, Riss et Simon]

Thierry Jaccaud et Corinne Smith cherchent de l’argent. Un tout petit peu d’argent, mais qui ferait la différence. Qui sont-ils ? Ils tiennent à bout de bras et d’énergie une très belle revue, L’Écologiste (ici). Ce trimestriel est l’édition française du magazine mythique The Ecologist, fondé dès 1970 par Teddy Goldsmith, que j’ai eu le bonheur de connaître un peu. Il ne s’agit pas pour autant d’une traduction, mais bien d’une création originale qui entremêle des articles français à d’autres écrits au départ en anglais, espagnol, italien ou portugais.

Je vous le dis simplement : ces textes sont le plus souvent - pas toujours, non - d’une grande qualité, qui oblige le lecteur à s’interrompre pour penser lui-même. Et l’action n’est jamais très loin. J’y ai personnellement appris bien des choses sur les OGM, l’eugénisme, le nucléaire, la maladie, la morale, le Sud, et je ne dois pas être le seul.

Thierry, que je tiens pour un ami, me signale que L’Écologiste lance une campagne, via Kisskissbankbank (cliquer ici). Il s’agit de récolter la somme ridicule de 15 000 euros pour financer quelques projets d’amélioration. Ne remettez pas ce qu’il est si facile de faire aujourd’hui : il ne reste que 17 jours pour atteindre ce premier objectif, dont je ne doute pas qu’il sera pulvérisé. Ça commence à cinq euros, et je crois donc pouvoir dire que (presque) tout le monde peut participer. Vous me dites ?

Encore une page spéciale Cathos

Oui, je sais. Le texte ci-dessous, qui date de 2009, était déjà en lien dans l’article précédent. Mais, un, je n’ai pas la moindre énergie, et les événements récents - la décapitation en Isère, le massacre en Tunisie - ne peuvent que me replonger dans la folie du 7 janvier. Et deux, l’Encyclique papale me fascine, je n’hésite pas à vous le dire. J’ai reçu un texte en espagnol de l’une des ONG les plus splendides de la planète - ETC -, qui défend la diversité végétale et conteste le développement et l’usage des technologies (ici).

Ce texte m’a grandement frappé, car il montre que des écologistes engagés depuis des lustres dans le grand combat ont spontanément compris que le Pape François parlait sincèrement. Autrement dit, qu’il devenait un allié de poids. Évidemment, une partie notable de la hiérarchie catholique fera tout pour saboter le message. Aux États-Unis, les climatosceptiques cathos sont déjà vent debout, et ce pauvre Jeb Bush, frère de W, et aussi épouvantable que lui, vient de déclarer qu’il n’allait pas à la messe pour entendre parler d’économie ou de politique. Il veut devenir le prochain président américain.

En attendant, ainsi que l’écrit ETC, « El Papa Francisco critica el control de las corporaciones con las tecnologías en general y advierte repetidamente que los movimientos y la “confianza ciega” de la industria en los remiendos tecnológicos es muy peligrosa. (Párrafo 14) ». Oui, le pape critique l’industrie et tient la confiance dans les rafistolages technologiques pour un grand danger. Et c’est pourquoi je le salue bien bas.

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Comment j’ai fait affaire avec un curé (les Cahiers de Saint-Lambert)

(Le texte qui suit se lit mieux après celui qui précède, mais le diable est dans les détails, et charité bien ordonnée commence par soi-même. À moins que vous ne me donniez le bon Dieu sans confession, ce que je refuserai, soyez-en tous certains.)

Un jour, j’ai rencontré Dominique Lang. C’était il n’y a pas bien longtemps, car j’étais déjà vieux. Mais j’ai été vieux très jeune. Dominique est un prêtre catholique qui doit approcher de quarante ans, à moins qu’il ne les ait eus depuis notre rencontre. Nous nous sommes vus pour des raisons professionnelles, et puis la roue a heureusement tourné. Je veux dire que nous nous sommes parlé. Il faut répéter, si nécessaire, que tout nous sépare. Presque tout.

Dominique appartient à la congrégation des Assomptionnistes et vit dans un monastère non loin de Paris, entouré d’une trentaine d’hectares de bois, Saint-Lambert. Le temps ayant fait son office entre nous, il est arrivé qu’on parvienne à l’essentiel, qui est, comme vous le savez, l’incroyable crise de la vie sur terre. Chez les catholiques, cet incessant ravage devrait, pense-t-on, soulever les cœurs. Car enfin, la Créature - l’homme - n’est pas tout. Dieu ne lui aurait-il pas, par hasard, offert en même temps les splendeurs de la nature, c’est-à-dire la Création ?

D’une manière qui me demeure incompréhensible, les cathos, qu’ils soient de droite ou de gauche, semblent dans leur immense majorité indifférents à la mort des espèces, à la disparition des espaces, à la dislocation des écosystèmes. Mais dans le même temps, et malgré tout, l’Église catholique reste en France une puissance spirituelle et temporelle d’une rare force. Qui influence de toute façon des millions de personnes chez nous, et des centaines de millions ailleurs. Malgré la désertion des églises le dimanche. Malgré les divorces. Malgré ce pape aussi théologien qu’insupportable. Malgré tout.

Dominique Lang, qui a obtenu dans une vie précédente un doctorat scientifique, s’intéresse pour de vrai à cette crise multiforme dont je vous rebats tant les yeux. Nous en avons parlé. Nous avons imaginé ensemble - qui a pensé ceci, qui a dit quoi et à quel moment, je ne m’en souviens nullement - divers projets. Plutôt de douces rêveries qui deviendront peut-être de vrais projets. Ainsi, dans nos esprits, le monastère de Saint-Lambert s’est changé en un clin d’œil en une magnifique vitrine écologique. La forêt alentour, si malmenée, est devenue en un éclair un paradis de la biodiversité revenue. Saint-Lambert s’est changé en une sorte de Communauté de Sant’Egidio de l’écologie.  Sant’Egidio, groupe catholique italien né en 1968, se veut un état d’esprit. Qui a permis de servir de médiation dans d’atroces conflits entre humains. Sant’Egidio a ainsi pu réunir des adversaires mortels pour parler du Kosovo, de l’Algérie, du Guatemala, de la Palestine. Entre autres. Inutile de préciser que, le plus souvent, cette médiation n’a pu régler le conflit.

Bref, une communauté de Sant’Egidio de l’écologie où, le temps d’une halte dans l’affrontement, des ennemis pourraient se parler. L’idée est là, à portée de mains, dans nos cerveaux. Et resurgira probablement. En attendant, nous avons décidé de créer une revue. Modeste mais fière. Petite mais ambitieuse. Les Cahiers de Saint-Lambert ont un sous-titre sans équivoque dont je ne suis pas peu satisfait : « Ensemble face à la crise écologique ». Ce n’est donc pas une énième ritournelle reprenant je ne sais quel oxymore bien connu. Comme ce soi-disant « développement durable ». Cette revue a un socle : la crise écologique. Elle a un objectif : réunir ceux qui s’ignorent encore. Et elle se donne comme moyens la pensée, le débat et l’action. La priorité sera donnée, toujours plus, aux initiatives de terrain, concrètes aussi bien qu’exigeantes.

Pour l’heure, et pour ne rien vous cacher, nous sommes essentiellement trois. Dominique Lang, qui fait office de directeur. Moi qui joue le rédacteur-en-chef. Et Olivier Duron, un ami de très longue date qui se trouve être un graphiste de grand talent. La forme - que personnellement j’adore - de cette revue, c’est lui. J’ajoute qu’il est un écologiste. Un écologiste qui pense. Cette étonnante rareté était nécessaire, essentielle même à notre aventure.

Vous êtes, ou plus sûrement vous n’êtes pas catholique, du moins pratiquant. Mais vous m’honoreriez en allant visiter le site de notre si fragile revue. On peut, entre autres, y feuilleter électroniquement (ici) le numéro 1. Car nous en sommes au numéro 2, même si personne ne le sait. Je vous prie donc sincèrement d’y aller voir et de donner votre avis, même s’il est négatif. En revanche, si le ton vous plaît, si vous y voyez un intérêt, sachez que nous sommes à la recherche de 500 abonnés très, très vite. Faute de quoi nous disparaîtrons. C’est dit. Vous pouvez aussi faire circuler cette information dans tous vos réseaux personnels ou sociaux. Et prévenir directement ceux de vos proches qui pourraient se montrer intéressés.

J’en ai fini. Planète sans visa va avoir deux ans, et reçoit de plus en plus de visiteurs. J’en suis très heureux. Ce lieu demande du travail, comme vous l’imaginez sans doute. Mais les informations y sont gratuites, ce qui est pour moi une chose importante, à laquelle je tiens. Il n’empêche que cette fois, sans l’ombre d’une hésitation, je vous demande un franc coup de main. Ne faites pas l’imbécile. Ne détournez pas le regard. C’est à vous.


Le pape est avec nous (une Encyclique miraculeuse)

À Dominique Lang

C’est un très grand jour. Celui de la publication de l’Encyclique du pape François, appelée Laudato si - Loué sois-tu -, « sur la sauvegarde de la maison commune ». Qu’est-ce qu’une Encyclique ? Un texte souverain qui engage le pape, et derrière lui, en théorie du moins, toute l’Église et le 1,2 milliard de catholiques de la planète. Or cette Encyclique-là, par quelque miracle que je ne prétends pas expliquer, est écologiste.

Vous avez bien lu : écologiste. Je sais bien que l’on peut y trouver toutes les limites que l’on veut, mais avec ce texte, le pape François fait un mouvement prodigieux dans notre direction. Vous lirez les quelques extraits saisis au vol - désolé, non, je n’ai pas eu le temps de tout lire - et vous comprendrez pourquoi je considère dès ce jour François comme un formidable allié dans l’immense combat en cours pour la défense de la vie.

J’imagine que certains d’entre vous se récrieront. Comment ? Se prosterner devant le calotin des calotins ? J’assume sans aucune gêne. Je sais que bien des questions forment un vaste fossé entre lui et moi. Et de même entre la hiérarchie catholique et des mécréants de mon espèce. Mais ceux qui ne voient pas le changement venir risquent de finir bien seuls, ce que je ne leur souhaite pas.

Ma position est claire : il faut bâtir des alliances autour de valeurs, ce qui exclut beaucoup de monde, il est vrai. Dans le temps qui reste avant les vraies dislocations, il est inconcevable que nous puissions convaincre assez de monde pour renverser la table. Notez que ce serait ma préférence. Renverser la table, je veux dire, et donner la leçon qu’ils méritent à tous les médiocres salopards qui tiennent si mal les rênes de nos affaires communes.

Nous n’avons plus le temps. Et nous avons donc un besoin immédiat de renfort, d’aide, de compréhension, de mouvement, et j’ose le mot, d’amour. L’Église Catholique a beaucoup de choses à se faire pardonner - parmi lesquelles de grands massacres -, mais elle est toujours debout. Nous ne savons parler aux grandes masses humaines qu’elle influence et parfois guide. Son virage écologiste, s’il se maintient, sera un fabuleux accélérateur de conscience.

L’accélération est un moteur, qui comme son nom latin - mōtor - l’indique, remue. En l’occurrence, les esprits et les cœurs. Les paroles, d’évidence sincères, de François, sont désormais à la portée de tous. Rien ne sera plus comme avant. Je sais ce bout de phrase usé jusqu’à la corde, mais c’est bien cela que je veux dire. Rien ne sera jamais plus comme avant, car nul ne pourra effacer ce qu’une grande conscience humaine a pu un jour écrire. Chaque homme sur cette Terre pourra désormais s’appuyer, quoi qu’il arrive, sur cette immense et majestueuse tirade.

Malgré ma radicalité résolument totale, je ne crois pas être un sectaire. À la fin de 2008, j’ai lancé avec mon ami Dominique Lang - un prêtre catholique - une revue nommée Les Cahiers de Saint-Lambert (Ensemble face la crise écologique). Vous en saurez plus ici. Pour des raisons absurdes, cette revue a cessé de paraître à l’été 2011, mais elle avait le vent en poupe, croyez-moi. Elle matérialisait la nécessaire rencontre entre catholiques - Dominique - et écologistes - moi. Dominique était le directeur, Olivier Duron l’excellentissime directeur artistique, et moi le rédacteur-en-chef. Je vous le dis sans trépigner : je suis fier des dix numéros parus, dont vous trouverez le PDF du dernier ici.pdf.

Je me répète, mais la cause est la bonne : ce jour est historique, et je m’endors dans un bonheur simple et vrai. Et toutes mes excuses à ceux qui n’aimeront pas, que je crois assez nombreux.

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EXTRAITS DE L’ENCYCLIQUE DU PAPE FRANÇOIS (je le répète, je n’ai pas lu le texte dans sa totalité, de loin)

La poésie

Si nous prenons en compte la complexité de la crise écologique et ses multiples causes, nous devrons reconnaître que les solutions ne peuvent pas venir d’une manière unique d’interpréter et de transformer la réalité. Il est nécessaire d’avoir aussi recours aux diverses richesses culturelles des peuples, à l’art et à la poésie, à la vie intérieure et à la spiritualité.

La propriété privée

Par conséquent, toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une ‘‘règle d’or’’ du comportement social, et « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ». La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée.

La richesse de la culture

Il ne s’agit pas de détruire, ni de créer de nouvelles villes soi-disant plus écologiques, où il ne fait pas toujours bon vivre. Il faut prendre en compte l’histoire, la culture et l’architecture d’un lieu, en maintenant son identité originale. Voilà pourquoi l’écologie suppose aussi la préservation des richesses culturelles de l’humanité au sens le plus large du terme.

Sur les écologistes

Le mouvement écologique mondial a déjà fait un long parcours, enrichi par les efforts de nombreuses organisations de la société civile. Il n’est pas possible ici de les mentionner toutes, ni de retracer l’histoire de leurs apports. Mais grâce à un fort engagement, les questions environnementales ont été de plus en plus présentes dans l’agenda public et sont devenues une invitation constante à penser à long terme.

Des points de rupture

Il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune. L’espérance nous invite à reconnaître qu’il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours repréciser le cap, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes. Cependant, des symptômes d’un point de rupture semblent s’observer, à cause de la rapidité des changements et de la dégradation, qui se manifestent tant dans des catastrophes naturelles régionales que dans des crises sociales ou même financières, étant donné que les problèmes du monde ne peuvent pas être analysés ni s’expliquer de façon isolée. Certaines régions sont déjà particulièrement en danger et, indépendamment de toute prévision catastrophiste, il est certain que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux fins de l’action humaine.

L’anthropocentrisme

Les Évêques d’Allemagne ont enseigné au sujet des autres créatures qu’« on pourrait parler de la priorité de l’être sur le fait d’être utile »42. Le Catéchisme remet en cause, de manière très directe et insistante, ce qui serait un anthropocentrisme déviant : « Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres […] Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses ».

Le dérèglement climatique

Le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels pour l’humanité. Les pires conséquences retomberont probablement au cours des prochaines décennies sur les pays en développement. Beaucoup de pauvres vivent dans des endroits particulièrement affectés par des phénomènes liés au réchauffement, et leurs moyens de subsistance dépendent fortement des réserves naturelles et des services de l’écosystème, comme l’agriculture, la pêche et les ressources forestières. Ils n’ont pas d’autres activités financières ni d’autres ressources qui leur permettent de s’adapter aux impacts climatiques, ni de faire face à des situations catastrophiques, et ils ont peu d’accès aux services sociaux et à la protection. Par exemple, les changements du climat provoquent des migrations d’animaux et de végétaux qui ne peuvent pas toujours s’adapter, et cela affecte à leur tour les moyens de production des plus pauvres, qui se voient aussi obligés d’émigrer avec une grande incertitude pour leur avenir et pour l’avenir de leurs enfants.

Une solidarité universelle

Malheureusement, beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres. Les attitudes qui obstruent les chemins de solutions, même parmi les croyants, vont de la négation du problème jusqu’à l’indifférence, la résignation facile, ou la confiance aveugle dans les solutions techniques. Il nous faut une nouvelle solidarité universelle.

Connaissez-vous Michel Folco ?

[Je me maintiens à un bas niveau de forme et d’activité. La douleur ne lâche pas]

Un jour déjà ancien, je suis tombé comme par hasard sur un roman intitulé Un loup est un loup. Dans la suite, je l’ai prêté à plusieurs proches, qui toutes et tous ont été proprement emballés. Et même ficelés jusqu’à ce que lecture s’achève. Dans ce livre, Michel Folco - je ne connaissais pas même son nom ! - restitue la vie très aventureuse d’une fratrie de cinq gosses nés vers 1760. Des quintuplés, donc, grandissant au milieu du village rouergat de Racleterre, situé, je crois me souvenir, sur la route entre Rodez et Millau.

La suite n’est qu’une série de merveilles et de trouvailles, jusqu’à la rencontre de l’un des gamins, Charlemagne Tricotin, avec des louveteaux. Je ne sais plus si c’est avant ou après avoir zigouillé toute la famille répugnante - le père, la mère, les deux enfants - qui règne sur la forêt de Saint-Leu. Où l’on voit, au passage, à quoi peuvent servir une arbalète et du verre concassé. En tout cas, Charlemagne sauve les louveteaux, et finit par suivre - je ne l’ai pas dit, mais c’est un fuyard, car il a semé une zone considérable derrière lui - la rivière appelée le Dourdou. Exténué, il s’installe dans un lieu retranché de la grande forêt, La Sauvagine.

De nouvelles cabrioles l’y attendent, dans lesquelles les loups jouent un rôle essentiel. Et il va répétant, lui qui parle aux animaux, que ce sont des « bêtes moins mauvaizes qu’on le dit ». S’il dit mauvaizes, c’est qu’il zézaie, pour cause de blessure à la langue. Je crois. Bien que ne disposant pas du livre auprès de moi, je vous jure que je pourrais écrire des pages entières sur ce que je tiens pour un livre miraculeux, dont il est à peu près impossible de se lasser. Dont il semble impossible que je parvienne, moi, à me lasser.

Mais je ne voulais pas vous parler de ce livre, mais d’un autre de Folco, dont je viens de relire quelques pages loufoques. Dans Même le mal se fait bien, on retrouve Charlemagne général napoléonien. Pendant quelques pages seulement, car il lui arrive des choses. Son fils Carolus meurt quelques dizaines d’années plus tard, entraînant par testament son propre fils, Marcello - oui, cela se passe essentiellement en Italie - dans des voyages on ne peut plus hasardeux.

Je vous passe l’extrême saveur des passages sur un bordel chic, sur un certain Sigmund Freud - Marcello a finit par atteindre Vienne - ou encore sur la parentèle d’Adolf Hitler. Je passe, car j’en arrive enfin à ce que je voulais vous dire. Marcello Tricotin est maître d’école et entomologiste. Mieux encore, c’est un formidable naturaliste dont l’une des joies les plus pures est de voir revenir chaque année, au même endroit, des grues en migration. Oui, mais dans le village piémontais de San Coucoumelo, il y a aussi une horrible horde de cons. Vous me direz qu’il y en a partout, et je vous le concéderai aussitôt : assurément, et partout.

Ceux de San Coucoumelo chassent aussi et décident un jour de buter toutes les grues. Pas une ne survit. Et c’est alors que Marcello est grand. Je ne vous dévoile pas la fin, mais sachez que la vengeance du naturaliste est à la hauteur du crime. Je ne saurais absoudre Marcello, car ce qu’il entreprend est d’une grande cruauté, mais je dois avouer que j’ai jubilé. Enfin ! Enfin cesser de baisser la tête et de quémander deux ou trois loups de plus ! Enfin la revanche sur tous ces ennemis des bêtes ! Enfin respirer l’air des cimes et admirer la beauté sans craindre l’imbécile présence des barbares ! 

Quand Cécile Duflot rêve d’un mirage

[Je ne vais guère mieux que la dernière fois. La désormais certitude, c’est que tout cela durera bien plus longtemps que ce que j’avais espéré. Chaque fois que je me réveille, j’ai droit à une poignée de secondes qui me font croire que rien n’est arrivé. Et puis mes satanées jambes se réveillent, elles aussi. Miserere.]

Juste un court commentaire, car il m’importe. J’apprends ce que vous savez peut-être déjà : Cécile Duflot, reine de l’embrouille - mais toujours sous couvert de parfaite camaraderie -, rêve de créer un mouvement comme l’Espagnol Podemos (ici). Je dois dire que cela ne manque pas d’humour. Bien que voyant les évidentes limites de Podemos, j’ai eu l’occasion d’en dire du bien. Et il est un poil trop tôt pour en dire du mal, ce qui arrivera sans doute.

Si je moque avec autant d’entrain Cécile Duflot, c’est qu’elle est à l’exact opposé de ce qu’est Podemos. Car elle est en effet une pure apparatchik, qui n’a obtenu son poste et sa célébrité que grâce aux extraordinaires moyens de son Créateur, c’est-à-dire Jean-Vincent Placé. Écrivant cela, je ne veux pas dire qu’elle ne vaut rien. Simplement que, ce qu’elle a, elle le doit à sa soumission. J’ajoute que pour garder le pouvoir dans des écuries d’Augias aussi peuplées que celles de son parti, il faut impérativement jouer le jeu. Qui est affreux. Qui n’est fait que de chausse-trapes, de trahisons, d’alliances aussi lamentables que celles des pires radicaux-socialistes de l’histoire.

Le plus consternant, peut-être, est que Duflot n’est pas Placé, malgré tout. Elle a une petite conscience environnementaliste, sans doute réelle. J’insiste sur le vocable environnementaliste, qui désigne tous ceux qui ne considèrent que la part des humains. En la circonstance, chez Duflot, la part des humains vivant en France. Ou plutôt celle des humains vivant en France et s’intéressant encore à la pantomime politicienne quotidienne. Dites-moi un peu pourquoi nous ne voyons jamais ces braves gens d’EELV mener campagne sur l’Apocalypse chinoise, dont nous sommes pourtant coresponsables ? Ou sur la pêche industrielle, désastre d’entre les désastres ? Ou sur les achats massifs de bois tropical dans nos magasins ? Pourquoi n’ont-ils même jamais profité d’un moment favorable pour pousser, dans les négociations avec les socialistes, les intérêts de l’agro-écologie ?

Je vais vous dire ce que vous savez déjà : ces gens pensent d’abord à leur sort, ensuite à quelques bricoles qui ne risquent pas de les éloigner trop des caméras et des postes. Je suis trop dur ? Nul ne sera plus dévastateur à leur encontre qu’eux-mêmes. S’ils ne m’insupportaient tant, ils me feraient pitié. Or donc, Duflot à la tête d’un Podemos à la française ? Mais ignore-t-elle que ce mouvement est né dans la rue et qu’il a pour mérite essentiel, à ce stade, d’avoir fait émerger une génération nouvelle ? Ada Colau, la très probable prochaine maire de Barcelone, a le même âge que Duflot, mais pardon ! Elle n’a pas passé sa vie à magouiller dans les réunions fermées. Elle s’est battue toute sa vie pour les pauvres de la ville, et seul un destin farceur vient de la tirer de l’anonymat le plus total. Quel rapport avec Duflot ? Aucun.

Je ne sais pas ce qui se passera. Mais si Duflot réussit à créer quelque chose d’autre que son parti nécrosé, cela ne pourra pas ressembler à Podemos. Peut-être la propagande, celle que relaient tant de journalistes politiques incultes, réussira-t-elle à le faire croire aux crédules. Peut-être. Mais ce ne sera qu’une méchante plaisanterie de plus. Quant à ceux - « intellectuels », membres d’associations, militants divers - qui accepteraient de jouer un rôle dans la comédie, qu’ils sachent au moins que la critique, cette démarche profondément honorable, existe encore.

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