Archives de catégorie : Mouvement écologiste

Madame Royal en monsieur (presque) Loyal

C’est dur, mais je me sens obligé d’ajouter un mot à mon premier envoi du jour sur le froid. Je découvre avec intérêt, mais sans surprise hélas, le propos de Ségolène Royal à l’endroit du rapport sur la croissance remis par Jacques Attali au président Sarkozy. Je le redis ici, à mes yeux, Attali est un pitre doublé d’un paltoquet (fabrice-nicolino.com). Son objectif unique, misant sur la destruction accélérée, est de parvenir à hisser la croissance à 5 % par an en France. Les conséquences ? Quelles conséquences ?

La suite est adressée à ceux qui misent sur le parti socialiste dans les années à venir. Pardonnez si je ne ris pas, j’ai les lèvres gercées depuis des décennies. Ségolène Royal a dit tout le bien qu’elle pensait d’Attali et de son travail au service de la déréliction. Je ne commente pas, lisez si le coeur ne vous vient pas au bord des lèvres (afp.google.com). En tout cas, ne comptez pas sur moi les jours d’élection, car vous seriez déçu. Et pas la peine de m’engueuler, car j’assume sans état d’âme.

Je ne vote pas.

Peut-on encore être contre (les OGM) ?

Avant de vous entraîner encore dans un coin sombre, trois minutes de rigolade. Vous ne refuserez pas, je pense. Voici l’adresse : www.terre.tv. Disons qu’il s’agit d’un combat de gladiateurs modernes, entre brocolis d’une part et sauce thai de l’autre. Disons. Et si vous ne riez pas, eh bien, passons à ce qui vous fera, je l’espère, grincer des dents.

Ma question du jour, la voici : peut-on encore être contre les OGM ? Je pense disposer de quelques secondes avant que de me faire écharper par les amis de José Bové. Il me faut donc foncer : l’essentiel du mouvement écologiste chipote. C’est dit.

Le funeste Grenelle de l’Environnement, en octobre dernier (fabrice-nicolino.com), a montré au grand jour ce qui s’observait depuis des lustres derrière le décorum : il n’est plus question de demander la fin des OGM. Il s’agit bien plutôt de discuter, de négocier, de trouver un compromis qui permette de parler de victoire.

À ce jeu tout de même singulier, les grandes associations sont devenues maîtresses. Il est vrai que la réalité est consternante : en 2006, 100 millions d’hectares dans le monde ont porté des cultures OGM. Le combat français, s’il est d’une grande qualité morale, n’en reste pas moins d’arrière-garde. Je sais que cette expression en choque certains, mais je la conserve, car je la crois juste.

Un combat d’arrière-garde n’est pas une défaite. Et il peut se changer en victoire. Nous n’en sommes pas là. Pour l’heure, les OGM s’installent puissamment, et les associations françaises, piégées dans le Grenelle, ne savent plus quoi demander. La clause de sauvegarde sur le maïs de Monsanto – qui ne le voit ? – n’apporte rien sur le fond du dossier.

J’en étais là dans ma réflexion lorsque j’ai reçu, lundi je crois, un appel téléphonique de Thierry Jaccaud, rédacteur-en-chef de la revue L’Écologiste. J’ai beaucoup de sympathie pour Thierry, et lis avec grand intérêt – en général – son journal. Que me voulait-il ? Me parler d’une pétition anti-OGM (www.ogm-jedisnon.org), lancée par L’Écologiste et l’association OGM dangers (voir les raisons d’une modification dans les commentaires) .

Je l’ai aussitôt signée, car elle parle simple et clair. Elle rappelle qu’il existe des personnes refusant la présence d’OGM dans l’alimentation, et réclamant du même coup l’interdiction de la culture OGM en plein champ. Une telle pétition de principe est désormais nécessaire, car le WWF, Greenpeace, France Nature Environnement, José Bové, sans parler de la fondation Hulot, sont devenus, à des degrés divers, des réalistes.

Tous les signaux que j’arrive à recevoir le montrent. Il n’est plus question de combattre franchement et sans détour. Il s’agit de saisir l’une des perches aimablement tendues par Son Altesse Sérénissime (SAS) Sarkozy 1er. Au lieu de porter sur la place publique l’extrême complexité de la bataille contre les OGM, les experts de la lutte, autoproclamés, tentent de sortir de cette histoire par des artifices.

Or nous nous devons la vérité, fût-elle décevante. Il n’est pas possible de bâtir un vrai mouvement planétaire, décidé à empêcher la destruction, en se contentant de simulacres. L’opposition contre les OGM ne doit pas faiblir, mais il lui faut aujourd’hui penser d’une façon stratégique. Ce qui commande, oui da, de critiquer personnes et institutions. Au nom d’un intérêt bien supérieur.

On verra ce que donnera la pétition de L’Écologiste. Thierry pense, et je crois comme lui, qu’elle pourrait permettre une clarification. Le mouvement écologiste n’est pas un monolithe. Je n’y compte pas d’ennemis. Mais j’y vois beaucoup d’ombre et de faux-semblants, trop d’intrigues, pas assez de vision.

La montagne a-t-elle le droit ?

Raymond Faure m’envoie la copie d’un texte du juge Gérard Charollois, qui signe souvent du beau pseudonyme Gérard Condorcet (www.ecologie-radicale.org). Charollois-Condorcet y affirme sans détour : « la montagne a des droits ». Vous lirez, ou non, son texte. Il m’amène en tout cas à penser à cette question fondamentale : qui peut se prévaloir, dans notre monde, d’une vraie protection par le droit ?

Il y a une quinzaine d’années, j’ai essuyé dans les locaux du Canard Enchaîné un coup de vent dont je me souviens encore. Je discutais avec l’un des rédacteurs, et il me racontait une histoire pour lui inconcevable : quelqu’un – je ne sais plus qui – osait défendre le droit des arbres. Il riait si fort de cette imbécillité – à ses yeux – que d’autres journalistes du Canard nous rejoignirent. Et tous commencèrent à rire aussi fort, heureux de pouvoir tomber d’accord sur une telle évidence. Je crois que l’un d’entre eux a dit : « Et pourquoi pas le droit des pierres ? ». J’étais on ne peut plus seul, mais j’ai tout de même relevé le gant. Et me suis fait assommer de quolibets.

Faites l’expérience autour de vous. L’écologie, d’accord, passe encore. Car dans l’esprit commun, il s’agit de changer la moquette dans le salon. Mais la mise en cause de la prééminence absolue de l’homme, jamais ! Pourtant, à l’évidence, le cadre mental est en train de céder. C’est flagrant à propos des animaux (fabrice-nicolino.com). Le propre de l’homme, ce qui le distinguait définitivement de l’autre radical, animal, (re)devient une question.

Nous savons depuis très peu que les sociétés animales connaissent elles aussi la culture, la coopération, la guerre, l’amour. C’est un choc anthropologique tel qu’il faudra un temps long pour qu’il diffuse dans la société entière. Mais le mouvement est lancé, et sa route, même chaotique, est tracée. Nous étions simplement aveugles. Et barbares. Puisque les animaux étaient des machines, nous pouvions les user, les casser, les jeter. Nous ne nous en sommes pas privés, allant jusqu’à menacer de mort nos plus proches cousins, les grands singes.

Quelle folie, vraiment ! Nos sociétés, qui ne parlent que de connaissance, d’intelligence, de connection, se privent au passage de la possibilité de mieux comprendre d’où nous venons, et où nous allons. Mais je le répète : au passage. Car je propose d’aller bien plus loin, et de proclamer le droit des animaux, des plantes, des éléments naturels, dont la montagne, sans qu’ils continuent être corrélés à nos besoins et demandes.

Certes, nous n’y sommes pas. Beaucoup de ceux qui réclament davantage de respect pour la vie et ses formes se sentent obligés d’ajouter un couplet sur l’homme. Il faudrait sauver les forêts parce qu’elles contiennent une pharmacopée stupéfiante. Il faudrait limiter la surpêche, car bientôt les pêcheurs ne pourront plus rien prendre, etc.

Ne croyez pas que je sois indifférent à cette dimension. Je suis plus que sensible à la souffrance des humains, et je serai toujours du côté de ceux qui réclament justice. Mais je vois comme vous à quel point nos pensées sont courtes, dérisoires, égoïstes. Ce qui domine notre temps, évidemment, c’est notre ignorance globale. La vie demeure un mystère complet.

Est-ce si grave ? Oui, parce que l’aventure humaine est en train de transformer ce mystère en un cauchemar planétaire. Comme nous ne comprenons rien, nous nous autorisons tout. Je crois plus sage de commencer à réfléchir ensemble à un droit totalement inédit, à la hauteur enfin des événements réels. Ce droit ne pourra, selon moi, que s’appliquer à toute forme existant sur cette terre, fût-elle minérale. Et devra permettre, enfin, de vrais combats judiciaires où l’on pourra dire le crime. Ce crime majeur, ce crime contre la vie de tous, ce crime contre lequel rien n’est encore possible.

Une révolution ? Oui, bien sûr. Ne croyez pas qu’elle soit impossible. En 1221, dans ce Moyen Âge que tant jugent ténébreux, un avocat a défendu devant le tribunal épiscopal de Genève le droit des anguilles du lac Léman. Accusées de quantité de méfaits, elles furent acquittées et leur droit sur une partie du lac dûment reconnu. Eh oui !

Plus près de nous, combien de temps aura-t-il fallu pour reconnaître aux Noirs, aux Indiens des Amériques, aux femmes même, le droit à une personnalité juridique ? Et que je sache, les enfants, les nouveaux-nés, les trisomiques, les archi-vieillards perdus dans la brume profonde d’Alzheimer ont heureusement les mêmes droits fondamentaux que vous et moi.

La bataille en faveur de la vie, pour tous et partout, ne fait que commencer, et elle sera rude. Vous en serez ?

L’éternel retour du prince Potemkine

Grigori Alexandrovitch Potemkine, prince de son état. Vous situez ? Je vous aide un peu : il était beau, il était intelligent, et il fut amoureux. De la tsarine, Catherine II, qui le lui rendit bien. Ils furent amants jusqu’à sa mort à lui, survenue en 1791. Ah l’amour !

Potemkine adorait construire des villes. Et il en fonda plusieurs, dont Sébastopol. Mais il ne supportait pas, paraît-il, que sa belle souffre si peu que ce soit de l’affreux spectacle du monde réel. On lui attribue une trouvaille fabuleuse : la construction de faux villages sur le parcours du carrosse impérial. Derrière le rieur carton-pâte et les personnages de bande dessinée, la boue, les tas de fumier, les moujiks. D’où l’expression, parvenue jusqu’à nous, de « villages-Potemkine ».

Un village Potemkine désigne de nos jours la tentative de masquer à l’aide d’artifices, de tromper l’opinion, de la manipuler de manière qu’elle prenne des vessies pour des lanternes. Nul doute que le prince russe dispose dans nos sociétés d’une belle descendance.

Dans le domaine des villes, cher à son coeur, il faut même parler de bousculade. Mais prenons quelques exemples. Tout près de nous, Rivas-Vaciamadrid, au sud-est de Madrid. Le maire,
José Masa Díaz, vient de lancer un projet présenté comme une grande réponse collective au changement climatique. Sur 75 hectares, une ville nouvelle accueillera bientôt une cité de de l’eau et de l’énergie. Bienvenue générale au soleil, à la récupération et au recyclage, à la mobilisation écologique (attention, en espagnol : www.madridiario.es).

En Chine, les facétieux bureaucrates qui tiennent le pays depuis 1949 ont eux aussi de nobles idées. Par exemple, Dongtan, sur l’île de Chongming, au nord de Shanghaï. Superbe ! Sublime ! Cette ville nouvelle écologique devrait abriter entre 50 000 et 80 000 habitants dans un premier temps, puis jusqu’à 500 000 en 2050 (attention, en anglais : www.dongtan.biz).

Des questions ? À peine. Car tout a été prévu. Des éoliennes, des toits végétaux, des piles à combustible, des panneaux solaires, des espaces verts, des produits bio. Une société anglaise, s’inspirant directement de l’éco-quartier londonien BedZed, sera le maître d’oeuvre de l’ensemble. Admirable.

Des questions ? À peine. Des dizaines de milliards de dollars seront engloutis dans la fabrication de cette fabuleuse vitrine (Potemkine ?). Le site retenu menace sans détour une réserve naturelle essentielle à la préservation d’un des oiseaux les plus menacés au monde, la spatule à face noire. Il en resterait un millier sur terre. Puis, de l’aveu franc et massif des concepteurs, l’empreinte écologique exemplaire de ces habitants exemplaires devrait être, si tout se passe bien, de 2,2 hectares par personne. Ce qui est bien supérieur à la moyenne souhaitable pour conserver des chances d’habiter notre planète.

Mais le pompon revient sans aucun doute à l’émirat d’Abu Dhabi. Les mots manquent, fatalement. Ne sachant visiblement plus quoi faire de l’argent du pétrole, le cheikh Khalifa a décidé, dans sa simplicité coutumière, d’accorder 10 milliards d’euros à la construction de Masdar, une ville à créer en plein désert, mais pas trop loin de l’aéroport international tout de même. Preuve qu’on peut être un féodal tout en gardant le sens de l’humour : masdar veut dire source. En plein désert. Hi, hi.

Masdar, selon les plans du promoteur, anglais lui aussi, devrait compter 50 000 habitants en 2015. Il n’y aura, il n’y aurait aucune voiture, aucune émission de carbone, aucun déchet. Je n’en rajoute pas : ces « informations » sont tirés à bonne source. Du reste, il existe une photo où l’on voit George W.Bush admirant la maquette de Masdar en compagnie de Sultan Al Jaber. L’affaire est donc vraie. Au passage, et sans vouloir trop me moquer, sachez que des cours d’eau artificiels parcourront – parcourraient – les ruelles pour les rafraîchir.

Que veut prouver le cheikh Khalifa ? Mais qu’il n’est pas un bad guy, un sale type perdant l’argent qui ne lui appartient pas sur les innombrables tables de roulette du Nord. Et que représentent 10 milliards d’euros ? Quand on aime, aurait sans doute proféré le prince Potemkine, on ne compte pas. Ce qui est un rien troublant, pour un bad guy non repenti, comme moi, c’est le rôle joué par le WWF dans cette histoire.

Le WWF, officiellement, c’est l’écologie dans sa splendeur. Mais le passé de cette ONG mondiale rapporte quantité de faits curieux et désagréables, dont je m’abstiens de vous parler ce jour. Créé par des aristocrates et des grands bourgeois, le WWF s’appuie sans hésiter sur l’industrie pour se financer. Ce qu’on appelle un choix. Je connais beaucoup d’anciens du WWF et certains salariés actuels de la structure, pour lesquels j’ai une grande estime. Serge Orru, son directeur actuel en France, est un homme que j’apprécie pour de vrai.

Pourtant. Pourtant rien ne peut m’empêcher de hurler contre Jean-Paul Jeanrenaud, responsable au WWF-International des relations avec les industriels. Dans un entretien révoltant avec une journaliste du Monde (http://www.lemonde.fr), ce monsieur apporte un soutien décidé à cette ville nouvelle soi-disant écolo, plantée dans le désert de notre avenir.

Que dit-il ? Ceci, que vous jugerez : « Masdar est le signe que les dirigeants de ce monde réalisent que nos ressources ne sont pas inépuisables. C’est un projet particulièrement intéressant parce qu’il se situe dans le Golfe, qui vit du pétrole ». Je ne sais pas combien ces mots ont rapporté au WWF-International, mais j’ai dans l’idée que la somme est coquette.

Évidemment, tous ces projets, et tant d’autres qui sortiront sous peu des cartons, ne visent qu’à tromper. Shangaï, pour ne prendre que ce sinistre exemple, s’emploie du mieux qu’elle peut à détruire dans sa racine physique cet immense pays de culture et de cultures appelé la Chine. Mais les officiels pourront bientôt faire visiter Dongtan aux Sakozy, Brown ou autres Bush qui viendront y vendre leur bric-à-brac. Attendez-vous à un déferlement d’images positives.

Et quoi ? Et rien. Potemkine étant du genre mort-vivant, immortel, perpétuellement renaissant, je nous conseille de bien ouvrir les yeux et les oreilles. Amis lecteurs, quand vous monterez à bord d’un carrosse, demandez à descendre de temps à autre. Et passez de l’autre côte du décor.

Un nouveau compagnon

En complément de l’article précédent, écrit ce matin du 16 janvier, une brève mention de la visite à Paris du prix Nobel de la Paix Rajendra Pachauri (http://afp.google.com/article). J’ai donc un compagnon de plus, et je ne m’en plains pas.

Le président du Groupe d’experts sur le changement climatique, ou Giec, prône un changement de mode de vie basé sur une moindre consommation de viande, une moindre utilisation de la bagnole et un moindre gaspillage au travers du shopping. Entre ici, Jean Moulin !

Au passage, cette lourde pierre dans le jardin vert de Pierre Radanne (https://fabrice-nicolino.com). Pachauri, qui est Indien, condamne sans appel la bagnole à 1700 euros, la Tata. Après avoir déclaré, il y a quelques jours, qu’elle serait un « cauchemar pour l’environnement », il récidive, déclarant selon l’AFP : « Ce n’est certainement pas la solution dans un pays comme l’Inde, avec tellement de pauvres. Il vaudrait mieux développer les transports publics ». Entre ici, etc.

Nota bene : Tout le monde ne connaît pas le discours d’André Malraux, en 1964, au moment du transfert des cendres de Jean Moulin, responsable de la Résistance, au Panthéon. Il se trouve que je me souviendrai toujours de cette voix, de ce ton, et de ce début de phrase : « Entre ici, Jean Moulin ».