Archives de catégorie : Mouvement écologiste

Ze zont des bêtes moins mauvaizes qu’on le dit (Charlemagne Tricotin)*

 Je connais un peu, un tout petit peu Sylvie Cardona, de l’association Aves France (ici). En voilà, une véritable association écologiste ! Je pique ce matin à Sylvie un article qu’elle a écrit sur le loup. Un mot personnel : perpétuellement sur la défensive, s’excusant de demander pardon, le mouvement officiel de protection de la nature n’a jamais été capable de lancer une vraie campagne populaire en faveur du loup, ce frère capital. Capital, car tant que nous n’obtiendrons pas un succès éclatant pour ce mal-aimé, nous ne gagnerons rien d’important ailleurs. Le loup est une frontière mentale. Le loup est un choc anthropologique à lui tout seul. Sur ce, le texte de Sylvie Cardona.

Régulation du loup : le début de la fin ?

Nouvelle provocation ou premiers signes d’une capitulation de l’Etat ? Les chasseurs de Haute-Savoie demandent un plan de chasse pour le loup. L’animal bénéficie du statut d’espèce protégée et ses effectifs n’ont pas atteint le seuil qui permettrait de le tirer d’affaire. Comme d’habitude, les chasseurs veulent ajouter une espèce à leur (longue) liste d’animaux-gibiers sans se préoccuper de cette biodiversité si fragile que nous devons protéger. L’exception française sans doute…

La biodiversité « à visage humain » a décidément de nombreux partisans. Dans un article du Dauphiné, la fédération des chasseurs de Haute-Savoie réclame à terme, et entre autres, un plan de chasse loup. Le loup abattu par un chasseur au Petit-Bornand a bien évidemment été l’élément catalyseur. Malgré la faiblesse des effectifs du loup en France, les chasseurs demandent à être associés aux tirs de défense et d’effarouchement et une décentralisation au préfet des autorisations de tir. Leur principal argument est de pouvoir ainsi désamorcer le conflit qui opposent le loup (et ses défenseurs) aux éleveurs (mieux vaut tirer quelques loups de temps en temps que de laisser faire les braconniers…).

Les tirs en hiver sont également réclamés. Au début du mois de mars, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie avait pourtant refusé d’accéder à cette demande. Les chasseurs évoquent également un nombre de loups élevé – et non vérifié – et la possibilité que les animaux dévorent entre 450 et 700 chamois par an. Après ce carnage, les loups s’en prendraient bien évidemment aux troupeaux. On a peine à croire qu’un tel tissu d’inepties puissent être proférées. Néanmoins, et suite aux innombrables cadeaux faits par le gouvernement aux chasseurs, les associations de protection de la nature devraient rester vigilantes sur le dossier.

En l’état actuel de la population de loups et de la protection juridique dont jouit canis lupus, il ne saurait être question d’envisager de réguler les loups et d’autoriser des plans de chasse. De même que les tirs d’effarouchement et de défense sont soumis à un protocole précis, il serait dangereux de confier de plus larges pouvoirs au préfet. Par ailleurs, et malgré la bonne volonté de la plupart, certains éleveurs rechignent toujours à mettre en place la batterie de moyens de protection pour les troupeaux. Elus locaux, chasseurs et éleveurs aiment également à distiller les discours alarmistes et trompeurs sur le loup auprès des populations locales. De gros efforts restent à fournir pour informer la population sur la biologie et le comportement du loup. Et une certaine presse locale est particulièrement responsable de la mauvaise image véhiculée par les anti-loups, ce qui n’arrange rien.

Petit rappel : le projet de nouveau protocole (plan loup 2008-2012) prévoit de renforcer les pouvoirs du préfet, sur qui repose une série de décisions et de possibilités d’interprétations en matière de tirs de défense comme de tirs de prélèvements. Le préfet pourrait également décider des armes utilisables pour les tirs de défense, alors que ce choix relevait jusqu’à présent du niveau national. De même que lors de la réunion de janvier 2009, la Fédération Nationale des Chasseurs a rappelé l’incompatibilité entre prédateurs et élevage en l’absence de régulation et la demande de la mise en œuvre d’un quota par massif…

AVES FRANCE réitérera aussi souvent que cela sera nécessaire, auprès des autorités compétentes, son opposition à une régulation du loup. Nous nous étions prononcés contre les tirs de défense accordés aux éleveurs, craignant que cela ne prépare la voie à une régulation du loup. La pression se fait sentir depuis un bon moment déjà, ces tirs de défense ne satisfaisant pas les éleveurs. Malgré que les pertes dues au loup ne représentent qu’une petite partie en comparaison des attaques de chiens errants, des dérochements dus aux orages et surtout au regard de la crise de la filière ovine, chasseurs et éleveurs sont prompts à demander une limitation des populations de loups, espérant ainsi garder la montagne sous contrôle. A quand des parcs de vision où loups (stérilisés et tatoués) et touristes pourront déambuler, sans gêner ainsi les troupeaux et les chasseurs ?

Sylvie Cardona

* Le titre est tiré d’un roman en tout point délicieux, Un loup est un loup, par Michel Folco (Le Seuil)

Trois documents sur la chasse (et pour rire jaune)

Cela vous aura échappé, je le crains. Jeudi 12 et vendredi 13 mars, France Nature Environnement (FNE) a organisé à Lille son 33ème congrès national, à l’occasion de ses quarante ans. J’ai beaucoup ferraillé contre ce grand machin qui fédérerait 3 000 associations de protection de la nature en France. Pour ceux qui voudraient des détails, se reporter aux articles enregistrés ici entre le 26 février et le 9 mars. Et, compte tenu de ce que je vais écrire, surtout les articles des 2, 3 et 9 mars 2009.

Alors, et ce grand raout de Lille ? Eh bien, franchement, la honte. Comme un grand, j’ai honte pour tout FNE. Cette structure « écologiste » a permis que le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, adresse une adresse au congrès en ouverture, sous la forme d’un message vidéo. Chantal Jouanno, sous-ministre à l’Écologie, a de son côté ouvert les travaux du deuxième jour, et Jean-Louis Borloo, ministre en titre, les a conclus. Pas mal, non, pour des écologistes ? Il est vrai que les sous viennent pour l’essentiel des poches de l’État. Faut pas se montrer ingrat.

Côté invités, la liste est simplement extraordinaire. Aucun combattant n’en fait partie. Nul paysan bio. Nul Dédé Pochon, résistant à l’agriculture intensive dans les Côtes d’Armor, qu’on aurait pourtant dû porter en triomphe. Pas le moindre lanceur d’alerte. Pas d’hommage à mon si cher Henri Pézerat, mort il y a peu, à qui l’on doit en bonne part l’interdiction de l’amiante en France. Aucune place pour la contestation du monde. Aucun espace pour sa critique, fût-elle policée, à la différence de la mienne.

En revanche,  étaient présents, car invités, la FNSEA, des chambres d’agriculture, l’Inra, l’ONF, les propriétaires privés de forêts, la Caisse des dépôts et de consignations, et cetera. En bref, étaient là ceux qui ont conduit la France là où elle est. Et absents ceux qui défendirent sous les huées une autre voie pour notre pays. C’est équitable. C’est logique. C’est même imparable. Je crois pouvoir écrire sans esprit polémique que les apparatchiki de France Nature Environnement (FNE) ont choisi leur camp. Qui n’est pas le mien.

Je vous mets ci-dessous le texte de deux documents fabuleux, qui montrent à nouveau que FNE sert une politique contraire aux intérêts de l’écologie. Ainsi qu’un lien vers un article, public donc, à la différence des précédents. Ils concernent tous la chasse. J’ai écrit récemment comment les responsables de FNE qui tiennent ce dossier se font balader par les politiciens professionnels comme Borloo. Et comme ils intoxiquent ainsi toute l’opinion écologiste française. Je vous préviens, ces textes ne sont pas drôles à lire, mais ils sont passionnants. Un mot du contexte : les tenants de la chasse, soutenus par un groupe d’études parlementaires – autour de 130 ou 140 députés de droite ou de gauche -, viennent d’obtenir des avantages après lesquels ils couraient depuis des années. Je gage qu’une des raisons de leur triomphe tient justement aux divisions introduites par le réseau Nature de FNE, tenu par la Ligue ROC, longtemps présidée par le grand Théodore Monod.

Ne croyez pas une seconde que je pavoise. Je suis triste. Infiniment triste de constater un tel désastre. Une telle dégringolade. Bon, le premier doc est une lettre du sénateur UMP Ladislas Poniatowski, grand artisan de la nouvelle loi Chasse. Elle est adressée à Charles-Henri de Ponchalon, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Bien entendu, elle n’est pas publique. On y lit toute la vérité. Celle qui s’écrit dans notre dos. Les chasseurs de France sont en train de gagner la partie, avec le soutien empressé, je dirais presque militant, de Jean-Louis Borloo, le grand ami de FNE. Au reste, sachez que Borloo ira à l’Assemblée générale des chasseurs la semaine prochaine, comme il est venu à celle de FNE. On parie ? Il y sera ovationné. Il le mérite.

Le deuxième document est abscons, mais renversant. Il n’est pas davantage public. Les gros durs de la chasse, soit l’Association nationale des chasseurs de gibier d’eau (ANCGE), y écrivent pour leur base tous les acquis obtenus par ce gouvernement compatissant. Si vous lisez, malgré le jargon, vous comprendrez sans peine qu’ils sont sur un petit nuage. Le 9 mars, tandis que FNE préparait les petits fours destinés à Borloo et Jouanno, ce même Borloo recevait ces braves de l’ANCGE. Et des promesses ont été faites, car « certains points importants (…) aborde?s (…) n’ont pu e?tre repris dans le communique? officiel ». Pardi ! Le maître mot de la stratégie des chasseurs est devenu « silence ». Silence et prudence, leurs amis sont pouvoir. Et FNE avalise. Evviva !

Le troisième document éclaire de manière sinistre le deuxième. Il s’agit d’un article de La Voix du Nord (ici), qui vaut la peine d’être lu, copié et recopié. Car il rapporte la joie des mêmes chasseurs d’eau, ceux de l’ANCGE. L’ami Borloo vient de débloquer 190 000 euros pour leur payer de nouvelles huttes de chasse. Il y a donc de l’argent en France, et même au ministère de l’Écologie. Champagne ! Champagne pour Borloo et FNE, désormais tous les deux dans le même bateau. Champagne !

DOC 1 : La lettre de Poniatowski à De Ponchalon, patron des chasseurs (J’ai été obligé de glisser de nombreux sic dans le texte, qui est truffé de fautes d’orthographe).

PALAIS DU LUXEMBOURG – 75291 PARIS  CEDEX 06
MAIRIE – 27680 QUILLEBEUF-SUR-SEINE – TEL : 02 32 57 51 25 – FAX : 02 32 56 55 90
E-MAIL : l.poniatowski@senat.fr

Paris, le 5 mars 2009

Monsieur le Pre?sident

A la veille de l’Assemble?e ge?ne?rale de la Fe?de?ration Nationale des Chasseurs ou j’aurais [sic] le plaisir de vous rencontrer a? nouveau, je souhaitai [sic] vous informer personnellement des changements survenus au sein du groupe chasse du Se?nat que je pre?side depuis 10 anne?es.

Apre?s ma re?e?lection au Se?nat en  septembre 2008, j’ai fais [sic] le choix de m’investir a? la pre?sidence du groupe d’e?tudes sur l’e?nergie, en raison de mon engagement permanent  sur ce dossier complexe et sensible pour notre pays. Lorsque j’e?tais de?pute?, j’ai longtemps pre?side? aux destine?es du  groupe d’e?tudes sur l’e?nergie de l’Assemble?e nationale.

Comme la re?gle du Se?nat interdit a? juste titre de cumuler deux pre?sidences de groupe [sic] d’e?tudes, j’ai de?cide? de passer la main pour le groupe chasse.  C’est mon colle?gue  Pierre Martin, se?nateur de la Somme qui vient d’e?tre e?lu a? la pre?sidence du groupe chasse. Mes colle?gues  ont profite?  de cette e?lection pour me nommer pre?sident d’honneur du groupe chasse.

Bien sur, je tiens a? vous confirmer que mon engagement pour  la chasse reste entier et que je serais [sic] toujours  en premie?re ligne au Se?nat comme ailleurs  pour de?fendre notre passion.

Je profite de cette correspondance pour faire le point sur les proble?mes de la gestion du dossier chasse qui n’ont pas encore trouve? de solutions ou qui sont apparus ces derniers mois. Je voudrais ainsi, rassurer certains d’entre vous et de?mentir certaines fausses informations.

Vous pouvez compter sur moi et sur mon e?troite collaboration avec la Fe?de?ration Nationale des Chasseurs pour que les prochains textes le?gislatifs de simplification de la chasse  soient conformes a? vos attentes et a? l’ide?e que je me fais d’une chasse de?mocratique et populaire.

La proposition de loi que j’ai pre?pare? [sic], de?fendu [sic] et fait vote? [sic]  a? l’unanimite? au Se?nat en mai 2008 et qui a e?te?  vote? [sic] conforme a? l’Assemble?e nationale  le 18 de?cembre 2008 est le parfait exemple de la volonte? politique des e?lus qui de?fendent la chasse et les chasseurs. Et c’est en parfait accord avec Jean Louis Borloo que cette proposition de loi est devenue, a? la surprise ge?ne?rale et  en quelques mois, une loi imme?diatement applicable.

Pourtant vous n’e?tes pas sans savoir que l’ordre du jour du Parlement e?tait  totalement sature? et qu’une telle initiative n’aurait pas pu voir le jour sans un appui politique fort. Sans l’intervention  pertinente de Je?ro?me Bignon, Patrick Ollier et  Jean Franc?ois Cope?  et le soutien total  de Jean Louis Borloo, la « Loi Poniatowski » qui contient de nombreuses avance?es pour les fe?de?rations et les chasseurs, serait toujours en attente d’inscription au Parlement.

Me?me le sujet sensible du de?lit d’entrave a? la chasse, que j’avais retire? des de?bats apre?s un engagement formel du Gouvernement,  va connai?tre une issue favorable. Jean Louis Borloo vient de confirmer au pre?sident de la Fe?de?ration nationale des chasseurs  qu’un de?cret e?tait en pre?paration  a? la Chancellerie et devrait faire l’objet d’une signature rapide apre?s une dernie?re concertation.

Lors de la re?cente rencontre entre le Ministre de tutelle de la chasse franc?aise et la Fe?de?ration Nationale des Chasseurs, des engagements tre?s pre?cis ont e?te? pris sur de nombreux dossiers qui inte?ressent le quotidien des chasseurs. La venue de Jean Louis Borloo a? votre Assemble?e ge?ne?rale sera l’occasion de confirmer  ses engagements et d’annoncer le calendrier de leur re?alisation.

D’ailleurs votre ministre de tutelle qui n’a pas la langue de bois a? clairement reconnu qu’il avait commis des erreurs dans la gestion du dossier chasse ces derniers mois. Il n’a pas he?site? a? remettre en cause certaines de ses propres de?cisions comme sur « la martre et la belette » ou le grand te?tras, qui e?taient des initiatives malheureuses qui de?notent une me?connaissance flagrante de la gestion de la faune sauvage.

Plusieurs des dossiers qui viennent d’e?tre de?bloque?s sont l’application stricte  des engagements du Pre?sident de la Re?publique et notamment ceux pris devant vous lors du Forum de la chasse du 20 fe?vrier 2007. C’est en particulier le cas concernant la gouvernance scientifique. La cre?ation dans les prochains jours du Groupe d’Experts pour les Oiseaux et leur Chasse (GEOC) re?pond a? l’urgence de la mise en place d’une gouvernance scientifique partage?e. Cela e?vitera les de?cisions politiques prises  au gre? des pressions respectives des uns et des autres.

Reste le dossier tre?s sensible des dates d’ouverture et de fermeture de la chasse aux oiseaux migrateurs qui de?pend tre?s largement de Bruxelles et pour lequel nous ne pouvons pas choisir librement. Le travail au sein de la table ronde pre?side?e par mon colle?gue et ami, Je?ro?me Bignon, a donne? un bilan peut-e?tre imparfait aux yeux des chasseurs de gibier d’eau, mais positif puisque 20 jours de chasse supple?mentaires ont e?te? obtenu [sic] pour de nombreuses espe?ces. C’est un bon de?but de reconque?te.

Pour ma part, j’ai l’intime conviction que l’engagement personnel de Jean Louis Borloo  et l’arrive?e de Chantal Jouanno sont des signes positifs qui vont aboutir a? de ve?ritables changements y compris dans l’organisation et dans le financement de la chasse franc?aise. C’est pourquoi je souhaiterais que le monde de la chasse e?vite d’e?tre de?faitiste au moment ou la reconque?te se confirme et conforte notre place au cœur de la ruralite? et de la biodiversite?.

Je vous prie de croire, Monsieur le Pre?sident, a? l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Ladislas PONIATOWSKI

Doc 2 : l’Association Nationale des Chasseurs de Gibier d’Eau adresse une lettre à ses membres.

Paris, le 10 mars 2009

JL. BORLOO et J.BIGNON s’engagent pour la chasse du gibier d’eau

Dans le cadre de la rencontre qui s’est tenue le 09/03 au MEEDAT entre JL. BORLOO, J.BIGNON, l’ANCGE, la FACE et l’UFC, certains points importants ont e?te? aborde?s qui n’ont pu e?tre repris dans le communique? officiel.

• PMA huttes : le chantier va e?tre ouvert sans de?lai. Le de?cret Cochet qui bloque cette e?volution sera modifie? comme le demande l’ANCGE depuis plusieurs anne?es et le PMA e?thique huttes introduit dans la re?glementation.
• Mesures le?gislatives : J.BIGNON a re?affirme? la volonte? de l’Assemble?e Nationale d’introduire, via des DDOC (diverses dispositions d’ordre cyne?ge?tique) adosse?es a? la proposition de loi Poniatowski, plusieurs amendements re?pondant a? des reque?tes de l’ANCGE : chasse de nuit en Vende?e, droit de marchepied sur le DPF,…
• AEWA : Le ministre a souhaite? e?tre saisi par l’ANCGE d’une demande officielle de prise en compte de cet accord international dans le droit interne franc?ais. Une note technique a de?ja? e?te? re?alise?e sur le sujet, la reque?te officielle est en cours. Cette de?marche est essentielle pour pouvoir chasser les oies jusqu’au 20 fe?vrier.
• De?placement des huttes et gabions : Conforme?ment aux engagements pris, l’ANCGE a de?ja? transmis au ministre ses propositions de modifications re?glementaires tant pour les huttes des zones humides inte?rieures que pour les gabions du DPM (un proble?me re?current pour les ACM des grandes baies et estuaires).

Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Essayez de garder dans un coin de la tête l’acte 1, scène IV, de la pièce de Shakespeare, l’inoubliable Hamlet. Horatio est capitaine des gardes et Marcellus un simple garde. Dans cette scène, le spectre, qui est le roi Hamlet, père du personnage principal, vient de sortir. Voici la suite :

Horatio : …To what issue will this come ?

Marcellus : Something is rotten in the state of Denmark.

Horatio : ?Heaven will direct it.

Ce qui veut dire à peu près :

Horatio : …Quelle sera l’issue de tout cela ?

Marcellus : Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Horatio : Le ciel avisera.

En hommage à Anil Agarwal (sur une grande idée)

J’ai eu la chance de croiser la route de l’écologiste indien Anil Agarwal. Cet homme, né en 1947, est mort en 2002 d »un cancer rare qui lui aura dévoré le cerveau et les yeux. Mon Dieu ! Il avait été ingénieur mécanicien, avant de devenir correspondant scientifique du journal Hindustan Times.

Mais c’est en 1980 que sa vie a basculé. Il a 33 ans – l’âge d’un autre -, et décide de fonder le Centre for Science and Environment (CSE), qui deviendra célèbre dans le monde entier. Cette structure lance dans la foulée le quinzomadaire Down to earth. Moi, j’ai toujours traduit le titre de ce journal par : Les pieds sur terre. Je m’y suis abonné sur le conseil avisé d’Alain Le Sann, de Lorient, que je salue au passage. Et je ne l’ai pas regretté.

Anil Agarwal, dans la tradition de Gandhi, était passionnément proche de son peuple de pauvres et de paysans. Mais il était également écologiste, et bien entendu, cela compliquait les choses. À ma connaissance, il a été l’un des premiers à penser, à proclamer que les gueux devaient s’emparer de la crise écologique, et chercher leurs propres remèdes. J’ai sous les yeux un petit livre qu’Anil avait écrit avec sa chère amie Sunita Narain, Quand reverdiront les villages (1992 pour la traduction française). On y lit des témoignages fabuleux sur le rôle que peuvent jouer des structures communautaires plus ou moins anciennes dans la restauration des équilibres naturels. Par exemple Chipko. Par exemple les Pani Panchayats. Par exemple l’Association pour la gestion des ressources des collines, dans les villages de Sukhomajri et Nada.

Bref. J’ai rencontré cet homme il y a une vingtaine d’années, et je me souviens de son rire et de ses yeux. Ce qui est déjà beaucoup. Nous avions discuté une paire d’heures, et il avait évoqué devant moi une idée que je n’ai jamais oubliée. Il souhaitait la création d’un salaire minimum mondial. Je dois avouer à ma grande honte que je ne me souviens plus très bien du reste. Mais cette idée a germé, et ne m’a plus quitté.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai écrit ici, coup sur coup, deux textes qui comptent davantage que d’autres à mes yeux (ici et ici). Je les reprends en quelques phrases. Pour commencer, je crois qu’il n’y a pas pire désordre moral et même mental que le racornissement de l’Occident sur ses biens matériels. C’est bien sûr une infamie, mais c’est aussi une rare stupidité. Car rien n’arrêtera le flot des réfugiés écologiques. Nous y perdrons ce qui reste de notre âme, nous y perdrons aussi le reste.

Il n’y a rien de plus urgent que de trouver les moyens d’un vrai discours universel, qui relie de façon solide, authentique et sincère, le sort de qui meurt de faim à celui de qui meurt de voracité. Si nous y parvenons, des portes s’ouvriront devant nous. Si nous en restons au cadre de la France, si nous continuons nos défilés Bastille-Nation pour sauver la télévision à écran plasma, nous échouerons, et ce sera le sang rouge des pires batailles.

Donc, un véritable discours universel. Depuis le temps que je pense à cela, j’ai eu le temps d’assembler quelques pièces du puzzle. En voici trois, qui sont majeures. Un, l’économie de casino qui nous plonge en ce moment dans la crise qu’on sait, cette économie a produit des milliers de milliards de dollars qui ne savent où s’investir. Sur cette planète pourtant dévastée. Deux, il existe dans le monde une force de travail colossale qui n’est pas employée. Combien d’humains au chômage ou en situation de sous-emploi ? Plus d’un milliard, j’en jurerais, bien que ne disposant d’aucune statistique précise. Trois, les écosystèmes naturels sont tous menacés d’effondrement à plus ou moins long terme. Sans eux, ni avenir ni société. Pas même de téléphone portable.

Je propose donc de réfléchir au lancement d’un nouveau mouvement. Neuf. Audacieux. Utopiste. Fou. Révolutionnaire ô combien. Ce mouvement proclamera l’unité irréfragable du genre humain. Et créera une coordination planétaire entre groupes du Nord et du Sud. Dont le but premier sera de s’emparer, en s’inspirant des méthodes radicales et non-violentes de Gandhi, d’une fraction des richesses financières de la planète. Moi, je n’ai jamais eu peur de l’expropriation. S’il faut dépouiller un Bill Gates de l’argent qu’un système criminel lui a octroyé, je n’y vois pas l’ombre d’un inconvénient. Et des Bill Gates, il y en a des milliers.

Un mouvement planétaire. Si fort qu’il permettrait la création d’un Fonds mondial, doté de 500 milliards de dollars pour commencer. Juste pour commencer. Cet argent serait bien entendu dévolu, pour l’essentiel, aux communautés locales et paysannes du Sud. Pas pour nous faire plaisir. Pas pour nous rassurer. Pas pour leur faire acheter notre bimbeloterie.

Non, pas pour cela. Pour que ceux qui n’ont ni travail ni pitance puissent être payés dignement afin de restaurer les écosystèmes dont dépendent si directement leurs vies. Ici une rivière. Là un coteau, une forêt, une mangrove, un banc de corail. Ailleurs une barrière végétale contre l’érosion, la diffusion de connaissances agro-biologiques, ou des travaux de génie écologique.

Un tel mouvement uni du Nord au Sud changerait, dès ses premiers pas concrets, la face du monde et de la crise écologique. Car il secouerait de fond en comble les pouvoirs corrompus du Sud. Car il redonnerait de l’espoir. Car il montrerait le chemin. Car il nous élèverait tous au-dessus de nous-mêmes. Il n’y a aucun doute que la constitution d’une telle force nous aiderait, lentement mais sûrement, pas après pas,  à susciter de nouveaux enthousiasmes, de nouveaux engagements. La jeunesse du monde, tellement désabusée, y trouverait matière à redresser la tête, et à avancer enfin.

Voilà. Ce que je dois à Anil Agarwal. Cette idée un peu vague de salaire minimum mondial me poursuit depuis vingt ans. Et elle m’a conduit au point que je viens de décrire. Aussi bien, je peux vous l’avouer : Anil était l’un de mes frères. Et il l’est encore.

L’adresse de Down to earth : ici

L’adresse du  Centre for Science and Environment : ici

Un message de Marc Giraud (sur la chasse et FNE)

Marc est un ami, mais aussi un esprit indépendant. Je dois confesser que j’aime beaucoup ce gars. C’est un naturaliste de terrain comme il est peu, et il est également écrivain. Pas écrivant. Écrivain. Son dernier bouquin, où il donne la parole aux animaux pour raconter Darwin et ses découvertes (Darwin, c’est tout bête, Robert Laffont), est un délice dont je me pourlèche encore les babines.

Bon, la suite. Il a suivi ici la polémique autour de France Nature Environnement (FNE) et m’envoie donc une lettre que je qualifierai de soutien. Et qui me touche. Moi, je suis effaré du silence de FNE sur les sujets graves que j’ai évoqués. Je vois bien la tactique à l’œuvre, qui est celle des bureaucrates de tous les pays et de tous les temps. On se tait, car on pense, car on espère que tout sera tôt oublié. Peut-être ont-ils raison. Peut-être auront-ils tort. On verra bien. Mais dans tous les cas, alors que flambe la planète, ce jeu lilliputien est indigne.

Je passe donc la parole à Marc Giraud, que je remercie. Un dernier point : Marc est le vice-président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Qui n’est pas membre de France Nature Environnement. Bien à vous tous.

La lettre de Marc Giraud

Merci Fabrice Nicolino ! En cette heureuse période de victoire (et elle est belle, mais attendez la suite !), merci à celui qui énonce simplement ce que tant d’autres n’osent pas dire, on ne sait même plus pourquoi.

Tentons d’analyser. En tant que bénévole de longue date dans plusieurs associations, dont l’Aspas, je me suis toujours gardé de donner dans la « querelle de clocher », car les adhérents détestent ça, et je suis comme eux. Même quand on sait des vérités gênantes, on évite donc de les sortir, par délicatesse pour « son camp », ou pour ne pas donner des arguments au « camp adverse » qui en serait trop content, alors qu’on ne se bat que pour la vérité. Justement. La vérité ne peut pas éternellement se censurer par diplomatie. Depuis le « Grosnul de l’Environnement » bien des choses se sont révélées. Ce Grosnul fut en réalité la fête de l’éco-business, mais sur ce qui touche la « nature naturelle », le non rentable financièrement, on attendra encore longtemps…

Les soupçons que nous portions à l’égard de quelques responsables du Roc et de FNE se sont non seulement confirmés, mais ils sont allés au-delà de nos désespérances. Aujourd’hui, de nombreuses associations sœurs demandent des comptes aux responsables de la fédé, et elles ont raison. Nous communiquons entre nous et nous le savons : des Frapna, le Cora, la Capen et bien d’autres, qui attendent les décisions de leur conseil d’administration avant de les annoncer, se réunissent actuellement pour trancher sur leur réadhésion ou non à FNE.

On en est là. Lamentable ? Oui, mais pas définitif. Des collectifs efficaces se forment sur des actions ponctuelles, la protection de la nature n’est pas morte car elle ne repose par sur une ou deux têtes. Elle est juste en train de se réorganiser.

Et voilà la bonne nouvelle : pour la première fois, après 30 ans de non respect de la directive oiseaux, le col de l’Escrinet a vu passer les migrateurs sans les coups de feu des braconniers. Ceux-là même qui n’avaient pas hésité à séquestrer des garde-chasse, qui se croyaient tout permis, qui bravaient les lois, qui cassaient le matériel et menaçaient de mort les ornithologues à coups d’opérations musclées.

Fini, fini, fini ! Grâce aux responsables de FNE ? Bien sûr que non. Grâce à des militants indépendants, tenaces et dévoués, soucieux de démocratie et de protection de la nature. Bravo au Collectif Escrinet col libre qui a tant œuvré (entre autres à son président Pierre Athanaze), et à tous ceux là et ailleurs qui maintiennent le cap, quitte à prendre des risques. Car oui, la grande majorité des bénévoles et des salariés, de quelle association qu’ils soient, n’ont pas perdu le Nord. Loin des lambris dorés et des compromis pourris, ils continuent de bosser. Entre autres, ils balaient devant leur porte.

Marc Giraud, Écrivain naturaliste

Les amitiés particulières de France Nature Environnement (Acte 4)

À DIFFUSER SANS MODÉRATION DANS TOUS LES RÉSEAUX

À propos de la forêt dans le monde (un scandale authentique)

Donc, France Nature Environnement (FNE) copine avec l’industrie du bois de manière à octroyer un label commercial, en France, aux monocultures de pins et de Douglas (voir l’article précédent). C’est lamentable, assurément, mais cela ne touche pas aux joyaux de notre Couronne planétaire. Au moins, du moins, les forêts tropicales et boréales ne sont pas concernées. Sauf que si. Elles le sont. Exactement de la même manière. Ou plutôt d’une façon beaucoup plus grave, avec la pleine, entière et consciente coopération de quelques responsables de FNE. Car ils sont au courant, pour l’essentiel, depuis longtemps. Comme je ne sais l’expliquer vraiment, je me contenterai provisoirement de dire qu’ils ont perdu la tête. Mais voici l’histoire.

Le label PEFC est international. Il délivre aussi des certificats de bonne conduite pour les forêts boréales et tropicales. Et cela donne des résultats inouïs. Avant de détailler, je dois nommer une fois encore Sébastien Genest, le président de FNE. Je ne lui cherche pas noise, je lui demande seulement d’assumer publiquement ses positions publiques. Et en voici une, de taille.

C’est lui – il est forestier – qui a poussé FNE à soutenir le label PEFC. Et il est aujourd’hui membre de son bureau international (ici). Regardez donc ces têtes satisfaites d’elles-mêmes, et ces titres ! Chairman, Vice Chairman, Board Member. Oh, il n’y a pas besoin de longues études pour comprendre comment marche un tel système. Quoi qu’il en soit, Sébastien Genest est au bureau international, où il sert de caution mondiale à un label qui se situe pourtant aux antipodes de l’écologie. Et il est le seul ! Le SEUL ! Aucune autre association écologiste n’a osé apposer son nom au bas des tracts PEFC, ce qui est tout de même rassurant. Mais aussi très inquiétant. Au nom de quoi FNE, qui ne dispose d’aucune expertise, d’aucun relais, d’aucun engagement dans les pays-clés de la biodiversité, ose-t-elle parler au nom de tous ? Au nom de quoi ose-t-elle prétendre que le label PEFC est bon dans les lointaines contrées boréales et tropicales ? Ce serait farce, en d’autres circonstances.

Aux États-Unis, un autre label existe depuis des lustres, American Tree Farm System (ATFS). Comme il a le même but que PEFC – vendre du bois -, il était logique que les deux s’épaulent. De rapprochement en rapprochement, un accord est conclu en 2007, mais qui doit être avalisé par un audit rigoureux. Pensez, ces gens sont sérieux. Or donc, PEFC donne mission à un organisme indépendant, ITS, basé en Australie, de certifier le certificateur qu’est ATFS. Le choses deviennent alors passionnantes.

Car il s’agit d’une rencontre entre deux adversaires assumés de l’écologie. ATFS, le label américain, est de son côté sponsorisé par le géant de l’agochimie BASF ! Si vous voulez souffrir, allez voir comment les deux larrons accordent des récompenses ensemble (ici). C’est simplement effarant. Et quant à l’organisme indépendant censé garantir l’engagement d’ATFS, il s’agit de la société International Trade Strategies Pty Ltd, dont le propriétaire s’appelle Alan Oxley (ici).

Oxley ! Nous n’habitons pas en Australie, et c’est dommage, car cet homme y est connu là-bas pour ce qu’il est. Je vous résume. Oxley a été l’ambassadeur de l’Australie aux négociations du Gatt – l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – il y a plus d’une vingtaine d’années. Peu d’hommes de son pays auront fait davantage pour la mondialisation de l’économie, synonyme de destruction de la vie. Vraiment peu. Mais il faut ajouter qu’Oxley est un lobbyiste acharné au service de l’industrie transnationale et qu’il est éditorialiste d’un site internet très marqué à droite, TCS Daily (ici). J’ajoute que lorsqu’Oxley a commencé à y écrire, ce site était soutenu, entre autres, par l’entreprise pétrolière Exxon Mobil.

Et c’est logique, terriblement logique, car Oxley a été au cœur des manœuvres pour retarder la prise de conscience du dérèglement climatique en cours. Selon des sources dignes de foi, il ferait partie d’un groupe qui a tenté et tente probablement encore d’influencer les journaux et les décideurs en faveur du scepticisme climatique. En somme, il serait un Claude Allègre, rémunéré pour ses services, à la différence de l’autre.

Dans ces conditions, M. Oxley était-il l’homme désigné pour certifier que le bois labellisé ATFS est durable ? C’est en tout cas ce qu’il a fait. Le 7 août 2008, le label ami de BASF, adoubé par le lobbyiste Oxley, entrait dans la grande famille PEFC,  sous les applaudissements du bureau international dont fait partie Sébastien Genest, président de FNE.

Dingue ? Je vous laisse le soin de juger. Et m’apprête à clore cet éprouvant chapitre par un événement bien plus inouï encore. La Tasmanie, île proche de l’Australie, compte quelques forêts primaires parmi les plus belles du monde. Des arbres hauts de plus de 100 mètres et vieux de quatre siècles protègent un monde auquel nous devons tout. Le dernier des écologistes devrait être prêt à l’action la plus vive pour les préserver.

Des entreprises forestières se sont pourtant attaquées, ces dernières années, à cet héritage sacré. Après tronçonnage des arbres-cathédrales, passage d’hélicos et largage de napalm – comme au Vietnam – pour cramer les souches et laisser la place à des plantations d’eucalyptus à croissance rapide. Comme avec les Douglas du Morvan, napalm en moins. Pour que les bestioles qui auraient survécu ne puissent boulotter les tendres pousses d’eucalyptus, du poison neurotoxique a comme de juste été épandu autour des plants. Le tout pour fabriquer du papier. Du papier à chiottes, par exemple.

Et ce saccage dégueulasse a reçu le label PEFC. Oui. D’après The Wilderness Society, plus de 140 000 hectares de forêts primaires de Tasmanie auraient été convertis en plantations depuis 1997. Mais cette manière de tout détruire serait durable ! En Australie, l’affaire a fait un raffut du diable, à l’initiative de nombreuses véritables associations écologistes Si vous voulez en savoir plus, reportez-vous au copieux dossier réuni par les Amis de la Terre, impeccable en la circonstance (ici). Le gouvernement australien a promis 50 000 dollars pour aider PEFC à contrer la campagne écologiste de protestation. L’ambassade australienne à Paris assure que l’argent n’a pas été versé. Dans tous les cas, se rend-on bien compte, ici, de ce que cela signifie ?

Depuis 2007, la conversion des forêts primaires aurait pris fin, du moins à grande échelle. Car les coupes rases de forêts primaires continuent, suivies de « nettoyage » au napalm. La conversion en eucalyptus serait limitée à des blocs de dix hectares, lesquels peuvent évidemment, quand on les additionne, représenter des surfaces géantes. Le label PEFC ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Non pas. Le prochain objectif est d’une importance majeure, car il s’agit de la Malaisie, pays d’Asie du sud-est où subsistent, dans la partie malaisienne de Bornéo, d’exceptionnelles forêts primaires.

Mais il y a – elle n’est pas la seule, de loin ! – la compagnie Samling Global Limited, fondée en 1963 en Malaisie. Enregistrée aux Bermudes, son chiffre d’affaires approchait 400 millions de dollars en 2006. Elle exploite des concessions forestières en Malaisie, au Guyana – Amérique du Sud – et en Nouvelle-Zélande, sur environ 4 millions d’hectares. Comme je n’écris pas un livre, je ne peux détailler ici tous les conflits déclenchés cette compagnie avec les populations locales. Au Sarawak, les Penan chers au cœur du Suisse Bruno Manser – disparu dans de troubles circonstances – se battent contre la Samling depuis des décennies.

Un autre peuple de Bornéo, les Kenyah, sont mobilisés en ce moment même contre la compagnie. L’an passé,  les Kenyah ont dressé des barricades pour empêcher les camions de la Samling d’emporter des arbres de leur forêt du haut Sungai Sebua, du Sungai Jekitan et du Sungai Moh. Sur leurs dérisoires pancartes, on pouvait lire : « Samling, ne volez pas les richesses des terres des pauvres pour les donner aux riches de la ville ».

Je pense que cela suffit comme cela. La Samling est donc dirigée par de très braves gens. Lesquels ont obtenu en 2005 une certification forestière appelée Malaysian Timber Council Certi?cation (MTTC, ou Conseil malaisien de certi?cation du bois). Exactement comme les Américains d’ATFS. Restait, et reste au moment où j’écris, à réussir la dernière partie de l’opération, qui consiste à faire reconnaître le label malaisien MTTC par PEFC, ce joli machin cautionné par Sébastien Genest et FNE.

Car, je vous le rappelle, tout n’est que commercial et industriel. Si vous avez le label PEFC sur votre bois, fût-il celui des Kenyah, il pourra être vendu dans le monde entier. Et sinon, vous devrez trouver une autre combine. En ce début du mois de mars 2009, où en sommes-nous ? Selon mes informations, l’affaire avance à grand pas. Un processus de reconnaissance du label malaisien MTCC par PEFC est en cours. Au terme de ce « travail » (ici), la Samling devrait donc pouvoir disposer du sésame sur toutes ses grumes, le mot qui ouvre tous les marchés, PEFC. Bien entendu, toutes les associations écologistes malaisiennes dénoncent cette imposture. Mais que sont-elles, face à la clairvoyance de FNE ?

Oh, j’allais oublier. France Nature Environnement a bien de la chance. Oui, bien de la chance. Car dans la discrétion qui sied à ce genre de pratiques, le ministère de l’Agriculture français prend en charge le salaire de certains de ses chargés de mission. Au moins d’un, qui occupe une partie de ses journées à travailler sur le cas malais.

Dans ces conditions, je me permets de proposer à Sébastien Genest un débat contradictoire. Où il voudra. Quand il voudra. De la manière qui lui conviendra le mieux. Je ne poserai qu’une condition : venir accompagné de deux témoins. Et je suggère que nous discutions sans agressivité ni complaisance de cette certification PEFC. Moi en tout cas, je n’ai rien à redouter. Et l’enjeu concerne la totalité du mouvement écologiste. FNE, à mes yeux, doit se reprendre et quitter le bureau international de PEFC. Nous devons, tous ensemble, empêcher la certification en cours de l’entreprise Samling. Pour commencer. Pour recommencer.