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La très véridique histoire du poison chlordécone

Attention, cette enquête a été publiée en mars 2021

Cela finira mal. Une manifestation monstre vient d’avoir lieu à Fort-de-France (Martinique) pour protester contre l’impunité dans le lourd dossier de l’empoisonnement par le chlordécone.  Pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1993 au moins, on a utilisé dans les bananeraies un pesticide qu’on savait cancérogène et très toxique. Le sang de 90% des Antillais est contaminé par un produit si stable chimiquement qu’il pourrait être présent dans les sols pendant plusieurs siècles.

Où sont passés les documents ? Plutôt, qui les a volés ? Sont-ils passés à la broyeuse, quelqu’un les a-t-ils planqués dans un coffre ? Le chordécone est un polar dont les coupables, bien qu’invisibles, sont connus. Une scène de crime où les victimes humaines sont des milliers.

Le résumé est limpide : un poison mortel est épandu entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles, pour y lutter contre un coléoptère, le charançon. En 1972, c’est Chirac, alors ministre de l’Agriculture, qui signe l’autorisation. De 1981 à 1993, les socialos. Que sait-on au départ ? L’essentiel, comme l’indiquent des documents officiels dès 1968 (1) :« Lors des essais de toxicité à long terme sur rats, on a observé une augmentation du poids relatif du foie et des reins chez les femelles ayant reçu 1ppm [partie par million] du chlordécone dans le régime (…) D’autres effets de toxicité se manifestent à partir de 10 ppm. Il y a une forte accumulation de produit dans les graisses. »

En 1969, c’est pire : « La toxicité à court terme et à long terme fait apparaître des effets cumulatifs nets. Sur rats, un régime de 50 ppm a provoqué la mort de tous les animaux au bout de six mois. L’intoxication se traduit principalement par des effets au niveau du foie et des reins ». En 1972, Chirac s’assoit sur les inquiétudes, ce qui n’étonne guère : dès cette époque, il copine de près avec trois responsables de l’outre-mer qui auront de lourds ennuis judiciaires : Gaston Flosse en Polynésie, Léon Bertrand en Guyane et surtout Lucette Michaux-Chevry, qui sera présidente du conseil général puis du conseil régional de la Guadeloupe. Le lobby des planteurs – des Békés, descendants blancs des esclavagistes -, qui s’appelle l’Association des producteurs de bananes des Antilles (Asproban) sait à quelles portes parisiennes il faut frapper.

Où sont passés les documents ? Pendant ce temps, une usine américaine de Hopewell (Virginie), fabrique gentiment du Kepone, nom commercial du chlordécone. Tout va bien, dans un sens. Mais de mars 1974 à juillet 1975, 76 des 133 salariés présentent des symptômes divers (2), notamment neurologiques : troubles nerveux, tremblements, perte de poids, douleurs articulaires, oligospermie [diminution du nombre de spermatozoïdes].

La direction commence par dire qu’ils sont des ivrognes. Mais difficile de dire la même chose de la James River, qui se jette dans la Chesapeake Bay. Pendant près de dix ans, on a balancé dans la James des résidus de chlordécone, ce qui conduira à l’interdiction de la pêche sur 150 km, mesure qui restera en vigueur 13 ans. Le scandale est immense, et fait l’objet de centaines d’articles et d’émissions. En 1975, le chlordécone est définitivement interdit.

À Paris, nos experts toxicologues, ceux qui siègent à la Commission des toxiques – ComTox pour les initiés – continuent à autoriser le chlordécone comme si de rien n’était. Et parmi eux, son président René Truhaut, pape de la toxicologie en France (voir encadré). Il sait tout de la folie Hopewell, mais il couvre. Parmi les fort rares documents sauvés du vol, un attire l’oeil : le compte-rendu d’une séance de la ComTox, le mardi 1er février 1972. Sont présents Truhaut, trois fonctionnaires proches des fabricants de pesticides, Guy Viel, Lucien Bouyx et Hubert Bouron, enfin deux représentants directs de l’industrie, MM.Métivier et Thizy. Ce n’est déjà pas si mal, mais il y faut ajouter le cas François Le Nail, présent lui aussi, qui dirige le faux nez de l’industrie appelé Chambre syndicale de la phytopharmacie.

Où sont passés les documents ?Après avoir pris la suite en 1957 du premier lobbyiste français des pesticides,  Fernand Willaume, Le Nail est devenu un manipulateur-en-chef. Il organise des congrès truqués, faussement scientifiques, où tout le monde s’embrasse sur la bouche : ceux de l’agro-industrie, des pontes de l’Inra, de haut-fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des « scientifiques » amis. Dans un document entre les mains de Charlie, Le Nail écrit à propos d’un congrès tenu en 1970 en présence de l’inévitable René Truhaut, : « Ce Congrès a servi le prestige de notre profession, mais le plus grand avantage (…)ne doit pas passer inaperçu : pendant ces trois années de préparation, les réunions des comités, commissions et groupes de travail, les innombrables rapports avec les chefs de départements et les responsables de l’Inra, de hauts fonctionnaires, les journalistes de différentes origines…nous ont permis (…)d’accroître un capital de relations utiles sur le plan des intérêts professionnels  ».

C’est donc à ces gens charmants que l’on demande de jauger et de juger la toxicité du chlordécone. Faut-il sérieusement s’étonner de la disparition de 17 années d’archives ? En effet, on apprenait en 2019 que les comptes-rendus de la Com-Tox, entre 1972 et 1989 demeuraient introuvables. On ne saura donc pas pourquoi la sainte alliance entre l’industrie, la haute administration du ministère de l’Agriculture, et les toxicologues a réussi un crime parfait.

La suite serait presque burlesque. L’année 1980 est de grande incertitude. En France, la Société d’exploitation de produits pour les industries chimiques (SEPPIC) n’a plus accès au chlordécone, interdit aux États-Unis, et doit cesser sa production de Kepone, qui en contient. Début 1981, les planteurs antillais de bananes en sont réduits à liquider leurs réserves. Mais une divine surprise se prépare : l’arrivée de la gauche au pouvoir. En mai, Mitterrand s’installe à l’Élysée, et une certaine Édith Cresson devient ministre de l’Agriculture.

Où sont passés les documents ? Alors commence une danse du ventre du lobby des planteurs, menée par l’entreprise de planteurs békés Laurent de Laguarigue, qui a racheté un brevet de production du poison. Attention, cela va aller très vite : Cresson, qui ne connaît rien à l’agriculture, est à peine installée au ministère qu’elle signe en juin une autorisation pour un nouveau nom commercial, le Curlone, autre nom commercial du chlordécone.

Comment est-ce possible ? En l’absence de documents de la Com-Tox, trois commentaires restent possibles. Un, la fine équipe Truhaut-Le Nail, ou ses successeurs, est forcément derrière la demande d’homologation. Deux, le cabinet de Cresson est farci d’ingénieurs du Génie rural et de responsables de la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricole (CNMCCA), qui a donné naissance à Groupama et au Crédit Agricole. Tous acquis au triomphe de l’agriculture industrielle, ainsi qu’on se doute. Trois, Cresson reste totalement responsable (voir encadré). Qui signe un texte au nom de tous en supporte fatalement les conséquences. Sinon, on peint la girafe au Jardin des Plantes.

Car en effet, dès 1975, l’INRA a confié au chercheur Jacques Snegaroff un rapport. En 1977, la messe est dite : en Guadeloupe, tout est pourri de chlordécone. Le sol des bananeraies, le rivage marin, les sédiments. En 1980, nouveau rapport du chercheur de l’INRA Alain Kermarec. Luc Multigner, de l’INSERM, n’en est pas revenu : « Sa lecture m’a laissé pratiquement tétanisé lorsque j’ai découvert le niveau de contamination (…) par différents produits phytosanitaires de type persistant. La colonne qui correspondait à celle de cette molécule, le chlordécone, dépassait d’un facteur dix, cent, parfois mille, celles des autres pesticides ».

Où sont passés les documents ?C’est donc en toute lucidité que le cabinet Cresson donne une autorisation scélérate, dont il n’aura jamais à rendre compte. Henri Nallet, socialo bon teint, ancien employé de la FNSEA, prendra la suite au ministère de l’Agriculture. Puis Louis Mermaz, socialo aussi. Enfin Jean-Pierre Soisson, centriste rallié aux socialos après 1992. Chacun d’entre eux ajoutera une criminelle signature au bas de dérogations permettant d’épandre le chlordécone jusqu’en…1993 . Officiellement, car selon l’ancien député de la Martinique Guy Lordinot, « LÉtat fermait les yeux sur lutilisation de cette molécule dans les bananeraies, bien après linterdiction. » Et pour Joël Augendre, auteur du premier rapport parlementaire sur le chlordécone en 2005, « En 2005 en Guadeloupe, nous avons constaté quil y avait du chlordécone utilisé sur des habitations ».On ne serait pas autrement étonné qu’il y ait encore quelque stock bien dissimulé.

L’affaire du chlordécone, on l’aura compris, réclamerait une mise en cause si profonde des pouvoirs en place qu’elle risque de s’enliser à jamais. Sauf révolte profonde et durable, que l’on souhaite aux peuples des Antilles. Pour l’heure, on refuse obstinément de s’en prendre aux politiques, aux experts, aux commissions officielles, au ministère de l’Agriculture. La note de centaines de millions d’euros, peut-être de milliards, est pour la société. En 2001, un certain André Rico, successeur de René Truhaut à la ComTox, déclarait vaillamment au cours d’un colloque de l’UIPP, qui regroupait les intérêts de Bayer-Monsanto, BASF, DuPont, Dow : « Tous les êtres vivants sont protégés contre les effets des produits chimiques qui nous entourent et nous sommes bien protégés contre les faibles doses… Ce n’est pas à nous de prendre des décisions par rapport à ceux qui vont naître ; les générations se démerderont comme tout le monde ».

Compris ?

(1)www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RAPPANR5L15B2440-tI.html

(2) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/78669/

L’encadré qui suit doit être placé à la suite du papier principal :

Et la suite s’appelle SDHI

L’impunité est un beau pays. La Direction générale de l’alimentation (DGAL) est ce bastion du ministère de l’Agriculture d’où ont « disparu » 17 ans d’archives du chlordécone. En 2001, l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) dépose une plainte pénale qui met en cause les conditions d’autorisation du Gaucho, ce néonicotinoïde de Bayer massacreur d’abeilles. Le juge Ripoll décide une perquisition au siège de la DGAL et manque de mettre en garde à vue sa directrice, Catherine Geslain-Lanéelle, qui refuse de lui montrer le dossier du Gaucho. Geslain-Lanéelle sera plus tard directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), structure dévorée de l’intérieur par de gravissimes conflits d’intérêts. En 2019, elle est la candidate de Macron au poste de directrice générale de la FAO.

Tout continue comme avant. Fin 2017, Pierre Rustin, scientifique de réputation mondiale, alerte l’ANSES, cette agence publique qui gère désormais en notre nom les autorisations de pesticides. Avec sa collègue Paule Bénit, il vient de découvrir l’existence d’une nouvelle classe de pesticides, les SDHI, qu’on épand massivement sur les céréales, les arbres fruitiers, les semences, les tomates et pommes de terre, les terrains de foot. Les deux sont soufflés, car la structure chimique des SDHI ne s’attaque pas seulement aux champignons pathogènes – leur cible -, mais à tous les êtres vivants, humains compris, en détraquant leur fonction respiratoire.

L’ANSES, très proche des intérêts industriels, traite les chercheurs avec arrogance et mépris, et refuse jusqu’aux études scientifiques limpides qu’apportent dans leur besace Rustin et Bénit. Les SDHI, un nouveau chlordécone.

ENCADRÉ

René Truhaut, premier des responsables

René Truhaut, né en 1909, est l’homme du chlordécone, celui dont pourtant personne ne parle. Après-guerre, il va dominer de loin la toxicologie officielle, celle qui décrit et analyse les poisons, au moment où déferle la chimie de synthèse. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il a partie liée dès 1948 avec un petit journal qui sera le vecteur de la diffusion des pesticides de synthèse chimique en France, Phytoma. Pas de malentendu : à l’époque, Truhaut pense comme beaucoup que les pesticides sont la solution, non le problème. Quand paraît en 1962 le livre de Rachel Carson Printemps silencieux – il rapporte le grand désastre du DDT et d’autres produits -, ce sera trop tard. Truhaut est alors comblé d’honneurs et de légions d’honneurs diverses, et il refuse de mettre en cause des décennies d’avantages.

En 1970, il se déshonore en patronnant à Paris une conférence pseudo-scientifique, menée en sous-main par le manipulateur du dossier de l’amiante, Marcel Valtat. Les défenseurs des pesticides préfèrent oublier qu’il est l’inventeur – d’ailleurs contesté – de la Dose journalière admissible (DJA), cette grande mystification. En théorie, si on ne dépasse pas la DJA d’un pesticide, tout va bien. Telle est la base d’un édifice de normes qui permet à l’industrie de continuer à vendre ses pesticides. Laquelle ne s’y est d’ailleurs pas trompée, qui précise dans un document de 2000 (1), à propos de la DJA : « Outre ses effets potentiellement bénéfiques pour la santé, l’harmonisation des procédures en matière de normes alimentaires représente un avantage économique sous la forme d’une suppression des obstacles au commerce international ».

Le pauvre Truhaut avait-il conscience d’être un instrument commercial ? Peut-être bien. Dans l’un de ses derniers articles, en 1991 – il est mort en 1994 -, il note sans trop de gêne : « L’application

[de la DJA]

a rendu de grands services aux autorités chargées de l’établissement des régulations dans le domaine agroalimentaire et grandement facilité le commerce international ». Qui veut comprendre le chlordécone doit d’abord comprendre Truhaut. Car c’est lui qui a couvert de sa haute autorité les premières autorisations d’épandage. Pourquoi ?

(1) ilsi.eu/wp-content/uploads/sites/3/2016/06/C2000Acc_Dai.pdf

ENCADRÉ

Toxique pendant des siècles

Il est difficile de surestimer la dangerosité du chlordécone. Des études indiscutées montrent des effets foetotoxiques, reprotoxiques, néphrotoxiques, cancérogènes puissants chez l’animal. Chez l’homme, le lien entre le chlordécone, certains cancers du sang et celui de la prostate est établi de longue date. . Quant au cancer de la prostate, la Martinique – et très près derrière la Guadeloupe – bat en la matière des records mondiaux. Ajoutons cet impensable : la structure chimique du chlordécone est d’une stabilité rare. En l’absence de traitements pour l’heure inconnus, il pourrait rester dans les sols jusque pendant six…siècles.

ENCADRÉ

Les ministres sont bien planqués

Mais qui diable les protège ? Quatre ministres vivants ont contresigné des autorisations entre 1981 et 1993. Par ordre d’apparition sur le banc d’infamie, Édith Cresson, Henri Nallet, Louis Mermaz et Jean-Pierre Soisson. Un premier rapport d’information parlementaire, en 2005 cite incidemment le nom de trois d’entre eux, Nallet, Mermaz et Soisson, mais pas celui de Cresson. Et aucun n’est seulement interrogé. Idem dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire de 2019, qui se paie un beau voyage aux Antilles, mais omet d’auditionner les quatre anciens ministres.

Il y aurait pourtant beaucoup à dire. Ne serait-ce qu’à propos de l’excellent Henri Nallet. Ce dernier a commencé sa carrière à 25 ans comme chargé de mission de la FNSEA, syndicat-clé de la dissémination des pesticides en France. Pendant cinq ans. Il sera ensuite conseiller agriculture de Mitterrand après 1981, puis ministre de l’Agriculture. Entre 1997 et 2013, il devient lobbyiste de luxe du laboratoire pharmaceutique Servier, celui du Mediator. Une carrière exemplaire, d’une cohérence rare.

L’éternel retour des algues vertes

Mais quelle surprise ! Comme chaque année au printemps, la Bretagne renoue avec ses chères – si chères – algues vertes. Comme chaque année, il vaut mieux incriminer la température et le soleil que le vrai responsable : l’élevage industriel.

C’est reparti pour un tour. La presse régionale bretonne – Le Télégramme (https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/saint-brieuc/deux-photos-qui-montrent-l-ampleur-des-echouages-d-algues-vertes-a-plerin-27-04-2021-12741505.php), Ouest-France, France 3 – publie ces dernières heures des photos navrées de la plage de Plérin, en baie de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor). Faut reconnaître que ça craint : à perte de vue, des algues vertes dans ce que les Bretons appellent depuis des décennies la Baie des Cochons.

C’est drôle, mais sinistre, car ainsi qu’on le sait depuis des lustres, les algues vertes tuent. Elles étouffent évidemment, par prolifération, les écosystèmes côtiers, massacrant des milliers et millions d’êtres vivants qu’on ne montre jamais à la télé. Mais leur décomposition flingue volontiers, également, sangliers (https://www.lefigaro.fr/environnement/2011/09/06/01029-20110906ARTFIG00699-les-algues-vertes-coupables-de-la-mort-des-sangliers.php), chevaux (https://www.leparisien.fr/societe/algues-vertes-la-famille-d-un-joggeur-mort-en-2016-saisit-la-justice-18-07-2019-8119296.php) et même humains () faisant leur jogging sur les plages.

Cette année 2021 promet d’être de haute qualité, car les échouages d’algues sont très supérieurs à la moyenne. Une équipe du Centre d’Étude et de Valorisation des Algues (https://www.ceva-algues.com/document/etude-et-suivi-des-marees-d-algues-vertes-en-bretagne) a survolé les côtes bretonnes le 13 avril, et constate l’évidence : le niveau des températures et la forte luminosité jouent un rôle significatif dans le phénomène. Mais bien sûr, pas question de parler de la cause première que tout le monde connaît : l’élevage industriel concentrationnaire.

Pour la millième fois, expliquons l’affaire (https://www.fne.asso.fr/dossiers/algues-vertes-bretagne-cons%C3%A9quences-origines-solutions). Certes, des caractéristiques propres à la Bretagne, dont (souvent) la faible profondeur et la clarté des eaux côtières. Mais l’azote reste le grand criminel. Massivement présent dans les engrais industriels dits azotés, et dans les déjections animales – 14 millions de porcs sont abattus chaque année en Bretagne, sans compter les poulets, canards et bovins -, cet azote dépasse de très loin ce que les plantes peuvent utiliser.

La partie excédentaire se retrouve dans l’eau des rivières, puis sur les côtes, où elle dope la production d’algues, créant un phénomène d’asphyxie appelé eutrophisation. Par un tour de passe-passe bien connu, les profits restent chez les producteurs, et les dégâts sont à la charge de la société. Les différents programmes de « dépollution », comme celui appelé Eau Pure, ont mobilisé des centaines de millions d’euros d’argent public, en vain (https://www.eau-et-rivieres.org/lejouroujuin2002). Il y avait environ 5mg de nitrates dans un litre d’eau – en moyenne – des rivières bretonnes, et l’on ne descend guère au-dessous de 33 mg. L’affaire est parfaitement connue depuis 1971. Un demi-siècle d’atermoiements.

Baignade(s) au milieu des pesticides

Publié en mai 2021

Tout le monde s’en contrefout. (Presque) tout le monde. À peine si des travaux isolés, sans envergure et sans allant ont été menés sur la présence des pesticides dans l’eau de mer (1). On sait ainsi que des cocktails de pesticides peuvent s’attaquer à des espèces de plancton marin, jusqu’à modifier des équilibres écosystémiques fragiles. On a appris également qu’en mer Baltique, en mer de Norvège, en mer du Nord, on pouvait retrouver des traces dans l’eau de médicaments, de pesticides, d’additifs alimentaires.

On ne savait pas, jusqu’ici, que la France est touchée de même, et que la situation y est grave. Sans pour autant souffler dans le clairon, l’institut français IFREMER vient de rendre publics des résultats qu’on qualifiera de flippants (2). 10 lagunes françaises de Méditerranée ont été explorées. Ce qu’est une lagune ? Un étang, une pièce d’eau séparée de la mer par un cordon sableux ou rocheux, où se mêlent à des concentrations variables eau salée et eau douce.

Sur les dix, au moins un est connu de toute la France : l’étang de Thau est en effet un haut-lieu de production d’huiles et de moules – 600 établissements, 12 000 tonnes d’huîtres par an – qui emploie environ 2000 personnes. Pas touche au grisbi ! On comprend dans ces conditions la prudence de Sioux de l’IFREMER, qui prend soin de dire et répéter que Thau est l’un des moins pollués aux pesticides des dix étudiés. Et pourtant ! On peut lire par exemple : « Le risque chronique lié à la présence de pesticides y est néanmoins jugé fort », ou encore – à propos des pesticides irgarol et métolachlor – que des études « rapportent des effets d’embryotoxicité chez les larves d’huîtres à des concentrations chroniques proches de celles retrouvées dans notre étude ». Traduction : les larves d’huîtres dégustent. Mais pas nous, bien sûr.

Cela ne serait rien encore si ce n’était un sinistre commencement. L’étude IFREMER note ainsi : « Sur les 72 pesticides recherchés, 49 substances différentes ont été quantifiées au moins une fois au cours de l’étude (dont 6 substances prioritaires sur les 9 recherchées). Parmi celles-ci,on retrouve en moyenne 29 substances différentes simultanément lors de chaque prélèvement ». Bien que ce jargon rebute, retenons que l’on trouve beaucoup des pesticides recherchés.

Mais c’est le détail qui fait le plus mal, car l’étude constate « un risque jugé “fort” pour la santé des écosystèmes de 8 lagunes sur 10 », car « entre 15 et 39 pesticides [ont été] retrouvés dans chaque lagune ». Pas si grave ? Si. Car « le cumul des pesticides constitue une problématique à part entière ». Même si l’on réussissait à réduire la présence de chaque substance, « l’effet du cumul des pesticides entraînerait encore un risque chronique pour 84 % des prélèvements réalisés dans le cadre de cette étude ». Commentaire désabusé de la chercheuse Karine Bonacina, qui a participé au travail : « Avant cette étude, l’état chimique de ces lagunes était considéré comme “bon” ».

Bien entendu, nulle autorité n’a le moindre intérêt à considérer de tels résultats. Ni les préfets, ni le ministère de l’Écologie, ni même et peut-être surtout les conchyliculteurs, qui ont tant à perdre à reconnaître l’étendue de la contamination des huîtres et des moules. Question : dans une France qui se jette à corps perdu dans la consommation de produits bio, est-il durablement possible que l’on continue à boulotter des fruits de mer farcis au métalochlore ou au glyphosate ?

Annexe mais redoutable : dans quelle tambouille chimique se baignent les gentils estivants de juillet et d’août ? Fait-on des analyses chimiques des eaux de baignade, notamment au débouché de nos grands fleuves, surchargés de chimie de synthèse et de cocktails médicamenteux ? Le fait-on à Trouville, qu’arrose si gentiment la Seine, après avoir drainé tant de régions agro-industrielles ? Le fait-on à la Baule, où la Loire dépose sans jamais s’arrêter ce qu’elle trimballe au long de son cours ? Euh, non. Combien de pesticides en bouche quand bébé boit la tasse ?

(1) Il faut citer le décevant Planction marin et pesticides : quels liens ? De Geneviève Azul et Françoise Quiniou (éditions Quae). Et quelques notations issues du programme européen Jericonext/

(2) https://wwz.ifremer.fr/Espace-Presse/Communiques-de-presse/Pesticides-dans-les-lagunes-de-Mediterranee-un-nouvel-indicateur-permet-de-mieux-evaluer-le-risque-ecologique

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Jean Lassalle dans le rôle du pyromane

C’est sûr, le niveau est très relevé, mais enfin, Lassalle est bien placé. Dans le concours de la phrase la plus conne de l’année, et même de la décennie. Précisons pour commencer qui est Lassalle. Grand zozo devant l’Éternel, maire de Lourdos, dans la vallée d’Aspe, pendant vingt ans, député depuis 2002, candidat à la présidentielle, Jean Lassalle est aussi un pote historique de François Bayrou. Sa spécialité : la plainte. Les Pyrénées sont menacées par les élites parisiennes, qui préfèrent l’ours au berger, et le glorieux Béarn fera face comme il le fait depuis au moins Henri IV.

Comment ? C’est là que ça devient drôle. Au Pays basque – il fait partie comme le Béarn des Pyrénées-Atlantiques – le feu court les crêtes, et il est volontaire. Personne n’est pressé de faire les comptes, mais les attentifs locaux savent que la montagne basque est en grand danger. Genofa Cuisset, présidente de l’association Su Aski (suaski.wordpress.com)- « halte aux feux – n’est pas seulement en colère, elle en pleure : « Je reviens d’un pèlerinage en montagne. C’est abominable, j’ai vu un arbre de 20 mètres calciné, et la terre à nu, à cause de ces fameux écobuages ».

Technique contrôlée, et limitée en surface pendant des siècles , l’écobuage consiste à brûler un terrain jusqu’à ses souches pour laisser place à des cultures ou des pâturages. Mais les paysans et bergers sont rares tandis que se déchaînent des chasseurs de primes – la PAC européenne – qui reçoivent du fric pour « nettoyer » les pentes au lance-flammes. Lassalle les soutient d’une manière qui serait effarante si elle n’était surtout délirante : selon lui, sans les écobuages, « ça en serait fini du pastoralisme, mais aussi d’une certaine idée d’un tourisme qui va être de plus en plus amené à se développer à travers nos montagnes. Il faut qu’elles restent verdoyantes, au lieu d’être des ronces, des futaies ou même des forêts (1)».

En somme, notre grandiose entend sacrifier la forêt en la cramant. Pour faire venir des Parisiens par ailleurs honnis. Lassalle, champion du monde.

(1) francebleu.fr/infos/agriculture-peche/incendies-au-pays-basque-les-ecobuages-legitimes-malgre-la-polemique-1614373146

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Le désert espagnol à nos portes

Un livre inattendu (Les Quichottes, par Paco Cerdà, éditions La Contre Allée, 20 euros). Un journaliste espagnol décide de visiter une région immense, moins peuplée au km2 que la Laponie des Samis. Mais nous sommes 4000 km plus au sud, dans une Espagne que nul ne connaît. Cette Serranía Celtibérica court sur 65000 km2, 1355 communes, 10 provinces et ne compte en moyenne que 7,34 habitants au km2. En moyenne, car très souvent, on peut avoir du mal à dépasser deux, ou même un. Grossièrement entre Madrid, Valence et Saragosse, le travail est parti, et les hommes aussi.

Dans une sorte de road movie, Cerdà nous emmène là où plus personne ne va. Là où, comme à Guadalajara ou Teruel, la République s’est battue jadis contre Franco. Ici, José Luis, qui quitte tout après des années de chômage, et devient gardien d’un village fantôme pour 400 euros par mois. Là, le magnifique Marcos – 72 ans – qui a quitté la ville pour un village qui n’a jamais connu l’électricité, remuant ciel et terre pour faire revenir au moins un service public essentiel. Les personnages sont beaux et suffiraient à recommander le livre. Mais au-delà, il plonge dans des abîmes de réflexion. Jusqu’où se féliciter du recul de l’homme et du retour de la nature ? Faut-il vraiment aider ces quelques valeureux qui s’acharnent contre l’évidence d’un désert qui avance ?

On ne peut manquer davantage de penser à cette France qui disparaît, elle aussi. Combien d’habitants en Creuse, en Lozère, dans l’Aveyron, en Haute-Loire, dans la Loire profonde ?

Le climat, la sécheresse et la FNSEA

Publié en avril 2021

Y a vraiment plus de saison. Une étude montre que le dérèglement va dangereusement faire baisser les récoltes. Mais où est passée la FNSEA ?

Lectrice attentive, lecteur concentré, tu auras peut-être remarqué qu’il a fait chaud avant que cela ne se gâte. Tous ces derniers jours de mars, on s’est beaucoup baignés, jusque dans le sud de la Bretagne. C’est bien ? Ben faut quand même voir de plus près. Il n’y a plus aucun doute que, comme le disait ma grand-mère, que je voyais comme une vieille folle, y a plus de saisons.

Un étude originale confirme l’affaire à sa façon. Son auteure principale, Teresa Bras, est chercheuse à l’université Nova de Lisbonne. L’un des signataires, Jonas Jägermeyr, travaille à l’Institut Goddard d’études spatiales de la Nasa. Et leur travail vient d’être publié par la revue Environmental Research (Letters). On apprend sans surprise dans « Severity of drought and heatwave crop losses tripled over the last five decades in Europe » (https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/abf004/meta) que les désastres naturels peuvent menacer les récoltes même au cœur de l’Europe, et chez nous, donc.

Mais les chiffres les plus percutants concernent les sécheresses et les vagues de chaleur, de plus en plus prononcées, de plus en plus rapprochées. Entre 1961 et 2018, les premières ont réduit la récolte de céréales de 9% en moyenne, et les secondes de 7,3%. Et ce n’est que le début d’un feu d’artifice prolongé, car ces pertes de production ont triplé en l’espace de cinquante ans. La tendance lourde a toutes chances de se maintenir et d’aggraver les choses à mesure que le dérèglement climatique deviendra plus vif encore.

Parmi les leçons à tirer, on se permettra de rappeler que les producteurs de betteraves industrielles ont obtenu l’été passé les retour des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Pour mieux produire ce que les consommateurs ne veulent plus. Les défenseurs de ces cultures – ceux de L’Association de recherche technique betteravière -, souvent accusés de partialité, parlent d’une baisse de la production de betteraves comprise entre 10 et 12 % en l’absence de néonicotinoïdes.

Un chiffre voisin de celui que provoque déjà le dérèglement climatique. Dont ils ne parlent pas. Dont la FNSEA, ce « syndicat » étrange qui accompagne de près la mort de ses membres ne parle pas. Ça fait penser.

Le Monde Diplomatique est-il transhumaniste ?

Avouons-le tout de suite : je n’aime pas Le Monde Diplomatique. Ce mensuel créé en 1954 à l’ombre du Monde quotidien aura soutenu vaillamment tous les stalinismes possibles, de l’Union soviétique à Cuba, passant par la Chine maoïste. Il demeure la référence d’une bonne part de la gauche qu’on appelle radicale. Et il ne déteste pas, lorsque l’occasion se présente, à accuser les penseurs écologistes de se fourvoyer. Au mieux.

Dans le numéro de février, le Diplo a publié un article d’un certain Leigh Phillips. Cet Américain y attaque les décroissants – dont je ne suis pas – par la disqualification, les présentant comme des adeptes de Thomas Malthus, cet économiste qui annonçait de fatales catastrophes démographiques. Vieux truc. Phillips ne cite personne, ce qui est encore la meilleure façon de ne pas être démenti.

Le tout est indigent. Il rapproche ainsi le trou dans la couche d’ozone et le dérèglement climatique, dans des raccourcis qui sentent fort le climatoscepticisme nouvelle manière. Pour lui, qui se présente comme un progressiste à la mode du Diplo, seule la croissance économique pourrait permettre d’ensuite redistribuer de l’énergie et des services sociaux aux pays du Sud. Pas un mot sur les autres qu’humains, pas un mot sur les destructions écologiques majeures causées par notre façon de concevoir la vie, et de la mener.

Reconnaissons que des lecteurs du Diplo ont réagi et que la direction du journal – dont acte – leur a accordé une page de réponses dans son numéro de mars. Mais le texte de Phillips cache à autre chose (1). Il note ainsi gaillardement : « Grâce au progrès technologique et à des choix politiques, nous pouvons, si nous le souhaitons, évoluer. Et, lorsque nous nous heurtons à des limites naturelles, nous sommes capables d’innover pour les dépasser ». C’est absurde et même criminel, mais Phillips ne s’arrête pas en si bon chemin, ajoutant pour les sourds et mal-entendants : « Il est possible d’imaginer que nous nous téléportions un jour, car l’idée ne viole aucune loi physique ».

Se téléporter ? Cette idée si pertinente ne tombe pas du ciel. Phillips appartient en effet au Breakthrough Institute (thebreakthrough.org), un machin transhumaniste qui promet de régler toutes les questions de la crise écologique globale par un surcroît de technologie. À l’aide des OGM, d’une agriculture encore plus industrialisée, du nucléaire bien sûr et de la géo-ingénierie. Dès 2010, l’institut a publié un gros rapport avec l’American Institute Enterprise (2) sous le titre « Post-Partisan Power ». L’American Institute Enterprise (3) n’est pas loin d’être le pire. Néo-conservateur, libéral, proche des milieux militaires, accueillant en son sein un grand nombre de grands patrons, ce think-tank n’a jamais eu qu’un but : accélérer encore.

La direction du Diplo se serait-elle fait avoir ? Cette hypothèse optimiste, nullement confirmée dans le numéro de mars, appelle un commentaire : pour un journal qui ne cesse de donner des leçons à l’univers, ce serait comique. L’hypothèse plus vraisemblable est que cette vision rejoint pour l’essentiel celle du journal. Le progrès technologique viendra à bout de tous les soucis. Quelle que soit la vérité, il n’est pas interdit de s’interroger.

Dans le même numéro de février, on peut lire dès la première page un long papier titré « Qui veut la mort d’EDF ?». 100% idéologisé, il oppose les prédateurs d’un côté, de l’autre le service public. On peut souhaiter un service public de l’énergie – c’est mon cas – sans oublier, comme le fait pesamment l’article, le rôle-clé d’EDF dans la création de l’empire nucléaire. Et de ses directions, toutes liées à la noblesse d’État des polytechniciens, ingénieurs des Mines ou des Ponts. Sans oublier non plus le désastre d’une entreprise qui a promis la Lune et finalement creusé un trou de près de 50 milliards d’euros. Faut-il incriminer le poids important, dans la haute hiérarchie du Diplo, d’anciens staliniens, jadis grands admirateurs de l’atome ? Le progressisme, maladie sénile d’une gauche en perdition.

(1) terrestres.org/2021/02/18/la-decroissance-le-socialisme-sans-la-croissance/

(2) s3.us-east-2.amazonaws.com/uploads.thebreakthrough.org/legacy/blog/Post-Partisan%20Power.pdf

(3) wikipedia.org/wiki/American_Enterprise_Institute#Membres

Le clan Bayer-Monsanto à l’assaut du Mexique

On cherchera longtemps, chez nos ministres, pareil courage. Penser au retour des néonicotinoïdes. Qui est Víctor Manuel Toledo Manzur ? Un biologiste très célèbre au Mexique. Il a reçu de nombreux prix, écrit beaucoup d’articles scientifiques et fondé dès 1992 la revue Etnoecologíca (1), pionnière dans l’étude des relations entre peuples autochtones et nature.

En mai 2019, il accepte d’entrer au gouvernement comme secrétaire d’État à l’Environnement. Andrés Manuel López Obrador, dit AMLO, est président depuis décembre 2018, d’une gauche qui rappelle, mutatis mutandis, le parti socialiste français des années 80. Mais Toledo a un problème, et c’est qu’il est sincère. Il veut changer le pays, ce qui le conduira droit à la démission en août 2020.

Dans une tribune extraordinaire publiée par le quotidien La Jornada (2) fin février 2021, il décrit la puissance des lobbyistes du glyphosate, poison qui s’étend désormais sur 192 millions d’hectares, un peu moins que quatre France.

Or, dit-il, Bayer-Monsanto, géant du secteur, « possède une armée de scientifiques, techniciens, communicants, agents commerciaux, lobbyistes, espions, promoteurs ». Or, AMLO, en bonne part poussé par des gens comme Toledo, a décrété en décembre dernier l’interdiction du glyphosate d’ici 2024 et celle du maïs transgénique. Appliquée, cette décision signifierait la fin de l’importation de millions de tonnes de maïs transgénique venu des États-Unis, et un tremblement de terre planétaire.

AMLO tiendra-t-il ? Toledo évoque de l’intérieur l’action délétère de trois membres du cabinet présidentiel : Alfonso Romo, Víctor Villalobos, Julio Scherer. Il les accuse d’avoir mené des « acciones fraudulentas » – des actions frauduleuses – pour saboter la décision d’AMLO. Le Mexique, pays berceau du maïs originel, est en guerre, comme l’écrit Toledo. Lequel a subi un cambriolage au cours duquel des documents ont été volés et du glyphosate versé dans son jardin. Suivi d’une campagne de presse téléguidée sur sa vie privée. Il regarderait des films porno.

  1. http://etnoecologia.uv.mx/Etnoecologica/numeros.htm
  2. jornada.com.mx/2021/02/23/opinion/017a1pol

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Vive la fonte de la banquise !

Où l’on voit que le chemin le plus court est aussi le pire de tous. D’abord, ce que tout le monde sait : la banquise qui recouvre l’océan Arctique fond de plus en plus vite. Et dans les eaux russes du Grand Nord, cela semble pire qu’ailleurs. L’institut météo de Moscou Rosguidromet (1) note dans un rapport tout récent que la surface de glace, en comparaison des années 80, est de cinq à sept fois moindre. 2020 a été une année diaboliquement chaude et au total, le dérèglement touche bien davantage, en moyenne, la Russie que d’autres pays. Depuis 1976, la température aurait augmenté de 0, 51 degré par décennie.

D’autres que ceux de l’équipe Poutine en tireraient la conclusion qu’il faut décréter l’état d’urgence. Mais tout au contraire, miam. Miam, car si la banquise fond de plus en plus, les perspectives commerciales deviennent chaque jour plus exaltantes. Dans un entretien avec l’agence de presse russe (en anglais) Interfax (2), Vladimir Panov lâche sans gêne : « The Suez precedent has shown how fragile any route between Europe and Asia is ». Eh oui, le blocage du canal de Suez par un container a montré combien la route maritime la plus fréquentée entre l’Asie et l’Europe était fragile. Et Panov de vanter l’excellence de la Northern Sea Route, cette route du Nord qui s’ouvre chaque année davantage grâce au dérèglement climatique. Un détail : Panov est un pion important de l’une des grandes puissances financières russes : le champion du nucléaire Rosatom. En charge du « développement de l’Arctique.

  1. rcinet.ca/regard-sur-arctique/tag/rosguidromet/
  2. https://interfax.com/newsroom/top-stories/71429/