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À propos de l’homme providentiel

Amis et lecteurs, prenez ce texte comme un prolongement du précédent. Je crois comprendre que mes références au destin de De Gaulle ont pu troubler certains. Je m’explique donc un peu mieux. Suis-je devenu un adepte du fameux « homme providentiel » dans les bras duquel il fait si bon se blottir ? Pas exactement.

Personnellement, intérieurement, définitivement, je vomis toutes les hiérarchies et commandements, le pouvoir, en fait l’Autorité elle-même. Mais je dois ajouter que je ne fais pas de ce sentiment si net une politique. Non – hélas, mille fois hélas -, je ne pense pas que les sociétés humaines puissent vivre d’une manière telle que les structures autoritaires en deviendraient sans objet.

Concernant de Gaulle, je constate d’abord les faits. En juin 40, la presque totalité des courants politiques, estomaqués par la violence de la défaite, ont accepté de facto la fin de la République. Et si j’écris la presque totalité, c’est parce que les staliniens – que je honnis, Dieu sait -, demandaient eux la reparution légale de l’Humanité aux nazis pour la simple raison que Staline et Hitler avaient fait accord en 1939 sur le dos de la liberté. Le fameux pacte germano-soviétique rendait l’URSS et l’Allemagne nazie alliées. Au reste, alors que les plans d’invasion de l’URSS avançaient à grand pas dans le plus grand secret – d’août 40 à juin 41 – le pays stalinien exportait massivement des matières premières en Allemagne, qui lui permirent de parachever ses conquêtes depuis la Pologne jusqu’à la France. Et de réussir dans un premier temps l’écrasement de … l’Union soviétique.

Il n’y avait donc, à l’été 1940, aucune structure appelant à la résistance et à la guerre au fascisme. Sauf de Gaulle, ridicule en son petit clocher londonien. Qui avait osé défier l’ordre qui était le sien – il est très vite condamné à mort par Vichy et tous ses biens sont saisis – pour lancer la poignée de braves autour de lui dans une aventure sans esprit de retour. D’un côté, je rejette de mon âme le galonné, qui est tout de même à l’époque général de brigade. De l’autre, j’admire le rebelle.

Mais allons donc au-delà. Certaines des plus belles manifestations de la liberté humaine ont connu, elles aussi, cette personnalisation de leur gloire. C’est le cas de l’armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne, demeurée dans l’Histoire comme la Makhnovchtchina, du nom ce qu’il faut bien appeler son chef, Nestor Ivanovitch Makhno. Cette armée paysanne aurait atteint 50 000 combattants au plus fort de son action, en 1920, et on la tient généralement pour anarchiste. Anarchiste ? Avec un chef ? Eh oui. De même dans l’Espagne de 1936, où le mouvement libertaire, si puissant dans l’Aragon et en Catalogne, sera incarné – et de quelle manière ! – par Buenaventura Durruti.

Bien entendu, cela ne fait pas des membres de ces glorieux mouvements des marionnettes. Ni de Makhno et Durruti des autocrates. Et cela vaut également pour de Gaulle. À mon sens, il faut comprendre la relation entre ce dernier et la résistance sur le terrain sous l’angle de la dialectique. La résistance humaine, sur le territoire français, a grandement aidé de Gaulle, élevé dans l’antisémitisme ordinaire et le mépris de la République à changer. Le changement, voici le mot clé. De Gaulle, entouré dans un premier temps par des membres de l’extrême droite, acceptera ensuite près de lui des républicains sincères et divers gens de gauche. Comment se serait-il comporté à la Libération sans ce formidable élan de milliers d’êtres exaltés ? Je ne le sais, évidemment, mais je me pose la question. J’ai écrit ici, au reste, un article consacré à l’extraordinaire Daniel Cordier (ici), qui montre le destin d’un jeune fasciste – lui – vers la résistance la plus pure qui se puisse concevoir.

De son côté, de Gaulle aura représenté pendant des mois et des années l’espoir. Et je crois devoir écrire l’Espoir. La psychologie des humains, telle que je la comprend du moins, est comme dopée, en tout cas modifiée, lorsqu’elle peut projeter sur un être vivant le tableau infiniment divers de ses rêves et de ses attentes. L’impossible finit alors par devenir une vraie perspective. Dans le plus noir des trous, un frisson de lumière se glisse et fait espérer le jour. C’est ainsi, je crois. Je n’aime pas ça, mais je crois signaler un fait.

Charger l’homme du poids de la Providence, je crois que c’est fou. Abandonner son autonomie, sa volonté, sa liberté, je crois que c’est suicidaire. Mais accepter cette perpétuelle tentation des hommes, je pense que c’est sage. Pour ce qui concerne la crise écologique, je gage que nous gagnerons du temps – c’est l’élément décisif – si peut surgir une figure autour de laquelle agréger nos forces. Je me répète : sans abdiquer. Sans renoncer une seconde à défendre notre point de vue entier. Mais en jugeant sans levée de boucliers ce qu’apporte à tous le destin d’un seul.

Vous me direz ce que vous en pensez, j’imagine. Soyez certains, amis et lecteurs, que je serai toujours du côté de la liberté et de la révolte.

Ce juin 40 qui nous pend au nez

Amis et lecteurs, je suis en train de lire un livre de très grande qualité. Il s’agit en fait d’une série bien connue de certains, qui s’étend sur des milliers de pages. Dans La grande histoire des Français sous l’occupation, Henri Amouroux raconte en huit tomes la période qui court  de 1939 à 1945. Le tout a paru chez Robert Laffont à partir de 1976.

Je ne suis pas très fier, car j’ai soigneusement éviter de lire Amouroux lorsque j’étais jeune. À partir de mes quinze ans – 1970 – et pendant plus de dix ans, je n’ai cru qu’en la révolution sociale, qui redistribuerait toutes les cartes. Et sauverait au passage la planète de la destruction. Enfant, je suis entré dans l’incandescence par le souvenir de la Résistance antifasciste. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment cela m’a été transmis, car mon père Bernard, ouvrier communiste, est mort quand j’avais huit ans. Or il est le seul qui ait pu me faire entrer dans le panthéon des héros nommés Maurice Fingercwajg, Spartaco Fontano, Marcel Rajman ou encore Միսաք Մանուշյան, c’est-à-dire Missak Manouchian.

Amouroux était pour moi un homme de droite, ce qui reste vrai. Qui trouvait quantité d’excuses à Pétain et à son régime, ce qui reste vrai. D’une certaine manière, j’avais donc raison de laisser cela à tous ceux, très nombreux, qui auraient rêvé d’une réconciliation entre Pétain et de Gaulle sur fond de Marseillaise. Moi, je ne voyais qu’une  chose : quelques-uns s’étaient levés quand la plupart se vautraient. L’ignominie antisémite de Vichy continue de me raidir, et je ressens toujours l’envie immédiate d’une extrême violence contre qui défend ce temps maudit. Mais je me contiens. Désormais, je me contiens.

Reste que la somme d’Amouroux est passionnante, car il donne à voir ce que, justement, je ne souhaitais pas voir il y a quarante ans. Je pourrais aisément vous fournir 150 exemples, mais évidemment, ce n’est pas le lieu. En revanche, une grande question, qui relie l’an 40 et la crise écologique, me poursuit. Et celle-là, vous allez y avoir droit.

Juin 1940 marque un effondrement de la France tel que beaucoup, aujourd’hui encore, le jugent sans équivalent dans l’Histoire du pays. Les Allemands se jouent alors de nos magnifiques fortifications de la ligne Maginot, et occupent une à une des centaines de villes françaises. Le 22, après ce qu’il faut appeler une déroute, cette vieille baderne de Pétain accepte de signer un honteux armistice, dans cette clairière de Rethondes (Oise) où l’armée impériale allemande avait admis sa défaite le 11 novembre 1918, après quatre années de combats atroces.

On ne refait pas l’histoire. Amouroux excelle à montrer l’affaissement des consciences, sur fond d’exode et de rationnement, dès les premiers mois de l’occupation nazie. Je suis bien d’accord avec lui, qui intitule son tome 2 : Quarante millions de pétainistes. Au cours de l’abominable été 1940, il ne fait guère de doute à mes yeux que la très grande majorité des Français célébraient Pétain comme un sauveur. Et même comme le Sauveur. Mais les responsables ? Mais la classe politique ? Mais les soi-disant élites intellectuelles et morales ? Personne ne parlera. Personne n’agira. Sauf de Gaulle, à Londres, entouré d’une poignée de personnes totalement inconnues en France.

Personne. C’est vertigineux. Et ça l’est d’autant que c’est la République qu’on abat. Non pas celle, sociale et révolutionnaire, dont j’aurai tant rêvé. Mais bel et bien leur République. Celle, faussement bonhomme, qui leur a garanti pendant des générations prébendes et pensions. Tous ces journalistes, avocats, dentistes, médecins, politiciens, polytechniciens, flics et tous autres, qui forment dit-on l’ossature d’une société, son cadre hiérarchique, ont laissé crever sans broncher celle que les fascistes, si nombreux en ce temps, nommaient La Gueuse.

Si je parle ainsi de la mort de la République, c’est qu’il s’est agi d’un assassinat pur et simple. Le 10 juillet 1940, dans ce Vichy de carton-pâte, Laval et ses sbires ont installé des sièges qui copient grossièrement la disposition de la Chambre des députés. Où ? Dans la grande salle du Casino – en italien, il casino est un bordel – de Vichy. Que la fête commence ! La proposition de loi est limpide : le Parlement disparaît de facto et tous les pouvoirs, y compris constituants, sont accordés à un vieillard de 84 ans, Pétain. La victoire des vieilles droites françaises annonce le Statut des Juifs du 3 octobre, première infamie d’un régime qui les collectionnera.

649 parlementaires – députés et sénateurs – votent, dont 569 acceptent le coup d’État. Les communistes, virés de leurs postes après le pacte germano-soviétique de 1939, ne sont pas de la partie. Mais à peu près la moitié des 569 sont considérés de gauche. Seuls 80 refusent de donner les clés de la France à Pétain, dont Blum. Au total, le bilan est accablant, car aucun de ces derniers n’exprimera clairement le refus de se soumettre à un maréchal d’extrême droite, qui a déjà accepté le principe de la collaboration avec les nazis.

Je me répète sans plaisir : personne. Personne n’aura été à la hauteur de cette tragédie. Sauf de Gaulle, je me répète encore, mais que nul ne soutient à ce moment, ni même ne comprend. Y a-t-il matière à réfléchir ? Et comment ! Je regarde la pénible comédie en cours autour de la crise écologique avec les yeux d’un réfractaire, d’un refuznik de l’ordre pétainiste de 1940. Et je vois qu’il n’y aura personne, cette fois non plus, pour éclairer un chemin encore bien plus ténébreux que celui de la dernière Guerre mondiale. Un de Gaulle, à la puissance dix, qui serait la seule efficace ? Peut-être. Peut-être.

Mais en tout cas, ceux qui, d’un bout à l’autre du spectre – quel mot bien trouvé – prétendent guider l’avenir sont des fantoches. Parfaitement incapables de mobiliser en nous ce qui fut grand dans l’aventure de la Résistance, et que l’on peut nommer vaillance. Ou surpassement de soi. Surpassement de cette minuscule enveloppe de chair, d’os et d’âme que nous avons héritée, et qui est notre seul viatique. Tous, et je dis bien tous – de Le Pen à Mélenchon, passant par tous ces pompeux cornichons appelés Sarkozy, Hollande et tant d’autres – ne font que s’agiter sans que rien de neuf ne surgisse de leurs dérisoires palabres. Or, qu’y a-t-il de plus radicalement neuf que la crise écologique ?

Je l’ai déjà écrit : nous devons grouper nos maigres forces. Échanger, fortifier les nœuds qui nous lient et nous rapprochent, préparer le terrain intellectuel, moral et psychique pour des épreuves qui seront d’autant plus dures qu’elles le sont déjà. Mais pour d’autres que nous, ailleurs, perdus dans la lointaine brume de notre indifférence. De grandes batailles ont d’ores et déjà été perdues. Mais la guerre où nous sommes de toute façon sera longue, et consumera des forces aujourd’hui invisibles, mais puissantes. Celles de la vie. Cette guerre-là peut être gagnée. À condition de se lever.

Lettre ouverte à des réactionnaires qui s’ignorent

Amis, simples lecteurs, je retrouve ce texte de 2003, écrit près de cinq ans avant la naissance de Planète sans visa. Il me semble que cela tient.

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Le livre de M. Lindenberg, Le rappel à l’ordre (Le Seuil), passera sans doute à la postérité, dans la catégorie des farces grandioses. Il sera dit qu’au début du 21ème siècle en France, la classe des intellectuels a pu se passionner, s’étripant au passage, pour un ouvrage qui ne parle de rien, ou de si peu. De gens passant de la gauche à la droite, et chemin faisant de la critique de la société à la critique de la démocratie. D’errance de la pensée et de vacuité, de pessimisme culturel et de  » nouvelles idéologies de combat  » de la droite. Un certain nombre de ceux visés ont cru devoir vivement protester, quelques uns évoquant même le retour des procès staliniens, celui de la police de la pensée. Rions, même si ce n’est guère amusant.

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On surprendrait bien des grands esprits – de Daniel Lindenberg à Pierre Nora, en passant MM Adler, Allègre, Attali, B-H-L, Colombani, Daniel, Dantec, Debray, Ferry, Finkielkraut, Gallo, Houellebecq, Imbert, Julliard, July, Kahn, Manent, Minc, Nabe, Revel, Rosanvallon, Slama, Sollers, Sorman,Taguieff, et on en oublie hélas un millier – en leur révélant qu’ils sont profondément unis, et certes pas pour le meilleur. Chers intellectuels, journalistes, écrivains qui paraissez l’ignorer, vous êtes tous incroyablement réactionnaires. Certes dans une acception si neuve qu’elle commanderait presque de trouver un autre mot. Mais n’importe, gardons celui-ci.

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Les réactionnaires de jadis réagissaient à l’ordre nouveau – la révolution – en rêvant d’un retour en arrière, en s’accrochant vaille que vaille aux branches de la tradition, en dénonçant le changement. Ceux d’aujourd’hui se concentrent sur des idées mortes, dont certaines il est vrai bougent très considérablement, et refusent du même coup de réagir à ce qui vient et galope même, à ce qui bouillonne déjà sous nos pieds, jusqu’à faire frémir. Les réactionnaires de ce temps, qui dominent tout le champ de la pensée, et l’écrasent, ne voient pas que la désintégration des sociétés humaines, si tragique à l’évidence, n’est qu’un des éléments d’un ébranlement plus colossal encore, qu’on appellera faute de mieux la crise de la vie.

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Ils n’ont que peu d’excuses. Les connaissances, certes un peu dispersées encore, sont bien là : nous sommes les contemporains de la sixième crise d’extinction des espèces, décrite avec précision par une communauté scientifique unanime  sur l’essentiel. Jamais depuis la cinquième de ces crises il y a 65 millions d’années – qui vit disparaître les dinosaures, maîtres alors de la terre – la vie n’a été autant menacée. Des milliers de formes vivantes, extraordinaires, inconnues, mystérieuses à jamais, partent vers le néant, qui seront rejointes sous peu par des dizaines de milliers d’autres.L’homme agit désormais à la noble et grande échelle qu’il croit être la sienne, celle de l’évolution, celle du temps géologique.
De quoi nous parlent pendant ce temps nos grands hommes ? Quand ce n’est pas de leur nombril, ce qui arrive, du marché et de l’économie, du libéralisme et du socialisme, de la science et de la technique, de la raison et du progrès, de la paix et de la guerre. Fort bien quelquefois, très mal si souvent, mais sans jamais nous dire que ces vieilles catégories de la pensée ont totalement explosé. Le cadre n’est plus, en effet, qui permettait – depuis 250 ans grossièrement, depuis les Lumières et la révolution – d’imaginer un avenir commun et prometteur pour l’espèce humaine.

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Toutes les valeurs issues de 1789 sont désormais vides de leur sens premier. Il n’y aura pas sur cette terre dévastée, dans les conditions qu’on connaît, de liberté, d’égalité et de fraternité entre les hommes. Nos réactionnaires d’aujourd’hui semblent ne pas comprendre – mais le veulent-ils ? – que les vieux rêves universalistes de la gauche et des plus sincères parmi les républicains sont forclos. Que ces songes anciens ont été balayés comme fétu par la crise écologique, qui rebat toutes les cartes. On pouvait espérer en 1936 – année de la gauche triomphante en France – qu’un jour, fût-il lointain, les colonies rattraperaient les métropoles. On pouvait imaginer, en 1960, que les nouvelles indépendances, après un bon départ, conduiraient l’Afrique vers la quatre-chevaux et la télévision pour tous. On a même cru – relisez les journaux, relisez vos journaux – que la micro-informatique (et le nucléaire un peu avant, et le net, un peu après) permettraient au Sud d’entrer dans le cercle vertueux, merveilleux, et pour tout dire magique, de la croissance éternelle.

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Eh bien non. Deux siècles de prouesses technologiques et productivistes, saluées constamment de l’extrême-gauche à l’extrême-droite n’oublions pas, ont amené l’entreprise humaine jusqu’aux limites physiques, indépassables, de notre petit univers. Hiroshima nous a donné le douteux pouvoir d’en finir avec nous-même; les crises du climat, de l’océan, de l’eau, la déforestation, la désertification, la folle érosion des sols arables prouvent que nos civilisations, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, agissent sur les équilibres globaux de la vie. L’empreinte écologique, une notion essentielle dont nos grands esprits n’ont jamais entendu parler, montre qu’il faudrait deux ou trois planètes comme la nôtre si nous devions satisfaire, chez les 6,2 milliards d’humains, la même folie d’hyperconsommation que celle qui mène les sociétés du Nord.

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Cette véritable commotion dans l’aventure humaine pourrait passionner nos intellectuels, elle devrait les enflammer du matin jusqu’au soir très tard. Car il s’agit de tout refonder, évidemment. D’imaginer un système de pensée qui intègre ces nouveautés radicales, si profondément menaçantes. Mais tel préfère s’intéresser à Dieu, après un sinueux itinéraire castromitterrandien; mais tel(s) autre(s) pratique(nt) le baise-main aux magnats de la presse, pourtant marchands d’armes ou bétonneurs universels, qu’il(s) rebaptise(nt) mécènes; et tel enfin, honnête et scrupuleux pourtant, trouve la force de s’intéresser à la Corse et à l’Opéra, à MM.Chirac et Juppé, à Max Weber et à Tocqueville.

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Mais pas au cataclysme écologique qui menace la Chine, laquelle tire nos exportations – hourra ! -, et s’apprête aussi à jeter sur les routes, après 100 autres devenus vagabonds, 200 millions de paysans, pour le plus grand exode de l’histoire humaine. Mais pas à l’Inde, où l’irruption du marché mondial, et donc de nos exportations – hourra ! -, prépare l’implosion d’une paysannerie de 700 millions d’hommes, véritable colonne vertébrale du continent, du monde même. Mais pas à la disparition des grands singes, nos frères pourtant, qui sont pour partie la clé de nos origines. Et même pas au scandale absolu que constitue le refus du Nord de donner à l’Afrique les médicaments dont ont tant besoin ses millions de sidéens.

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S’il fallait une seule preuve que 1789 et ses suites – dont 1917 -, a définitivement épuisé son souffle, elle serait là : dans l’incapacité manifeste et pratique où sont nos réactionnaires de tout bord à faire vibrer une seule des fières devises républicaines. Si 89 vivait, nous serions des millions devant le siège des multinationales de la pharmacie, et au vrai, cela ne serait pas nécessaire, car nul n’aurait osé condamner à mort un continent pour cause de royalties. Qu’on y songe : quel serait l’équivalent moral, aujourd’hui, du mouvement lancé le 19 février 1788 par la Société des amis des Noirs ? Disons-le sans détour, nos réactionnaires ne valent pas l’abbé Raynal, ni l’abbé Grégoire, ni Brissot, ni Clavière, ni Mirabeau, héros du combat contre l’esclavage. La Bosnie, oui. Le Rwanda, le sida, non. Et qui osera réclamer un droit équitable d’utilisation de la biosphère pour tous les habitants de cette planète ? Lequel de nos réactionnaires dirait cette évidence que le gouvernement de M. Bush, en torpillant la (si timide) mobilisation contre le dérèglement climatique, commet un crime majeur contre l’humanité ?

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Faut-il leur en vouloir ? Assurément, beaucoup. Car non seulement ils ne font pas le travail qui est pourtant le leur – celui de réfléchir pour tous, avec tous -, mais ils nous préparent des lendemains terribles. L’histoire est tragique – ce qu’ont oublié les générations de l’après-guerre – et l’histoire de la crise écologique le sera plus encore. Pourquoi ? Parce qu’on va, fatalement désormais, vers des conflits (au moins) régionaux qui concerneront l’essentiel : l’eau, le sol, le climat, et donc les ressources alimentaires. Avec à la clé, nécessairement, un nouveau paysage mental, dominé par l’angoisse. Or l’homme est l’homme, et la peur l’a toujours fait se contracter, se rétracter : l’horizon de l’époque risque fort d’être, sans doute pour longtemps, aux couleurs de la régression.

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Pourquoi sont-ils aveugles à ce point ? Pourquoi font-ils penser à une famille installée sur une plage, et discutant du pique-nique –  » Enfin, pourquoi as-tu oublié les cornichons ?  » – tandis qu’un gigantesque tsunami s’apprête à déferler ? Pourquoi sont-ils à ce point muets ? On ne le sait guère, mais on voit bien leur ignorance, en tout cas. Combien, parmi tous nos penseurs émérites, ont lu un quelconque livre d’importance sur l’état de la planète ? Ils ont négligé Rachel Carson en son temps, qui alertait dès 1962 sur les ravages inouïs de la chimie de synthèse. Ils ne savent pas qui est Edward O.Wilson, ils confondent Teddy Goldsmith, fondateur de The Ecologist, et son frère Jimmy, ils n’ont jamais entendu parler d’Anil Agarwal, Vandana Shiva, Martin Khor. Ils ne lisent pas les rapports du World Watch Institute, ni ceux du World Resources Institute. Les travaux des zoologistes et primatologues, des botanistes et forestiers, des climatologues, des hydrobiologistes, des systématiciens ?

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Jamais ils n’y font la moindre allusion, car ils ignorent jusqu’à leur existence. Il faut se mettre à leur place : nos malheureux intellectuels n’ont pas le temps. Mais ne nous moquons pas, en tout cas pas davantage. Car le moment est crucial : comment diable ne voient-ils pas que la pensée écologiste est une chance fabuleuse – peut-être la dernière – de faire face humainement, démocratiquement, aux drames qui pointent ? Certes, elle est encore dans les limbes, et fait songer à la pensée socialiste naissante, aux alentours de 1830. Mais elle grandira, si on la nourrit, si on la considère, si l’on s’y met enfin. Et l’on verra bien, alors, qu’elle de taille et de puissance à nourrir quantité de courants et de visions, y compris opposés.

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Hélas nos réactionnaires, loin d’aider à l’émergence de ce nouveau paradigme de la pensée humaine, auront tout fait ou presque pour retarder le mouvement, le saboter. En se gaussant, en calomniant, en confondant à plaisir défenseurs de la vie et adversaires de l’homme. Au fait, vous qui avez pouvoir sur les journaux, pensez-vous qu’il soit indifférent de vanter, dans des centaines et milliers de pages de publicité, un mode de vie et de consommation absolument criminel ? Faut-il vous dire la vérité ? Il devient chaque jour plus intenable, moralement, d’inciter des millions de lecteurs distingués, parfois à fort pouvoir d’achat, à gaspiller sans compter. C’est d’une entreprise concertée de destruction du monde qu’il s’agit, savez-vous ? Nous en sommes tous – à des degrés fort divers, il est vrai – les acteurs et complices.

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On s’en doute sûrement, même si on feint de l’ignorer, nous n’allons pas vers les beaux jours de la liberté. Ce qui s’annonce au contraire, c’est la contrainte, et dans le meilleur des cas un partage radicalement neuf entre les droits de l’homme et ses devoirs. Cela n’est pas excessivement vendeur, par ces temps d’extrémisme individualiste. Mais ! Mais il s’agit pourtant, bel et bien, de s’opposer frontalement à l’un des socles de ce monde malade, et qu’on pourrait résumer ainsi : celui qui a peut. Qui possède assez peut consommer, voyager, polluer et détruire comme s’il était seul au monde. Mais cela ne se peut plus ! L’individu a sa place, précieuse ô combien, il ne peut la prendre toute.

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L’humanisme, au temps de la crise écologique, implique de mettre l’homme au service de la vie, et plus seulement de lui-même. Il s’agit en fait d’agrandir, immensément, le champ de ses responsabilités. L’humanisme du temps qui vient, qui est déjà là sans qu’on le sache, et quoi qu’on veuille, commande à l’homme d’être plus homme que jamais. C’est-à-dire, loin des vieilles croyances, capable de mettre en question sa toute-puissance. Il faudra bien faire émerger de cette brume si épaisse une nouvelle figure humaine. On veut parler de l’homme des limites, de l’homme de bien, de l’homme responsable. Responsable de lui bien sûr, mais aussi de toutes les formes vivantes qu’il menace avec un si atroce enthousiasme. L’homme doit se sauver, mais pas seul. Avec tous les animaux et végétaux qui ont fait le chemin avec lui, jusqu’ici. A quand une déclaration universelle des devoirs de l’homme ? Amis réactionnaires, encore un effort.

Éclecticien, métier d’avenir ?

Hier au soir, alors que s’annonçait une solide tournée de verres de rouge, j’ai discuté avec Bertrand. Il réparait une voiture en panne. Une simple Renault déjà âgée, et qui ne contenait donc que fort peu d’électronique. Néanmoins, il n’y arrivait pas et nous avons donc discuté du sort des objets dans une société contrainte d’en vendre toujours plus. Dans une société si folle qu’elle oblige ses membres à jeter de prodigieuses créations humaines en parfait état de marche pourtant.

Je lui racontais l’histoire de notre Zanussi de pauvres banlieusards, lorsque j’étais mioche. La Zanussi, achetée d’occasion je crois, était une énorme et caverneuse machine à laver le linge. Si nous avions été moins sots, je gage qu’elle serait encore vivante. Mais elle a vécu tout de même des lustres, car elle était du genre inusable. Bertrand : « Si on met de côté l’électronique d’aujourd’hui, réparer une machine à laver est d’une très grande simplicité ». Jadis, il n’existait qu’une manette servant à la programmation des cycles de lavage. Une seule pour toutes les marques. Seule changeait le cache. De la sorte, en cas de problème, il suffisait d’acheter la pièce et de la changer. Un jeu d’enfant. Aujourd’hui, sur fond d’électronisation du monde, chaque fabricant a son modèle unique. Ne sommes-nous pas des imbéciles, qui ne sommes pas même capables de protester ?

Bertrand m’a également parlé de la climatisation. Acheter une Logan (Renault), voiture au départ prévue pour les pays du Sud, oblige à payer la clim’, car les modèles sont montés avec cette installation qui augmente de 15 à 30 % la consommation d’essence. Si vous ne voulez pas de clim’, il faut le réclamer, et cela rend la voiture sans plus chère que la voiture avec. En outre, pour des raisons que j’ai oubliées, mais que connaît fort bien Bertrand, lorsqu’une panne de clim’ se produit, il est souvent plus « économique » de changer de bagnole. Les casses sont pleines d’automobiles en simple panne de clim’.

Je n’ai pas suivi tout à fait la fin de l’histoire, mais je crois que Bertrand a finalement détruit une partie de l’électronique de la Renault qu’il réparait, et installé sur le tableau de bord un bouton. Un bouton sur lequel presser dix secondes avant de pouvoir démarrer. Il paraît que les Chinois vendent sur le Net des valises électroniques de contrefaçon pour 15 euros. Ces valises, qui coûtent une fortune quand elles sont « vraies », ont été rendues obligatoires par les fabricants automobiles. Il en existe une pour chaque modèle, et les garagistes ne sont plus capables de réparer nos engins sans disposer de cet outil-racket.

La morale ? Mais quelle morale ? Bertrand estime pouvoir vivre avec 150 euros par mois. À la campagne, il est vrai, avec jardin, et en roulant avec des huiles de cuisine usagées. Comme il est réparateur itinérant de toutes choses – il se présente comme éclecticien -, il roule sur l’or. Façon de parler, on s’en doute, car que ferait-il de l’or ? Il n’accepte comme clients que ceux qui ont assez d’argent. Et il lui arrive de se faire payer en nature. L’avenir est là, assurément. Dans le dynamitage à la base de l’organisation économique du monde. Enfin, il me semble.

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Un peu plus tard, cet envoi de Raoul, que je remercie en notre nom à tous :

 

« L’increvable » : une machine à laver conçue pour durer 50 ans

 

Par Jean-Jacques Valette le 26 Mars 2015

 

Un jeune designer français a décidé de s’attaquer à l’obsolescence programmée de nos appareils électroménagers : il a conçu un lave linge simple, évolutif, et surtout réparable.


 

Concept art du lave-linge

Concept art du lave-linge « l’increvable »

 

Julien Phedyaeff démonte des objets depuis qu’il est tout petit. Un passe temps qui s’est transformé en passion, au point de devenir son sujet de mémoire, à l’issue de ses études à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI).

Mais en vingt ans de bidouille, les objets sont devenus de plus en plus difficiles à démonter : vis spéciales, plastiques cassants, soudures… tout semble désormais fait pour décourager le réparateur.

Derrière ce phénomène se cache une stratégie industrielle : l’obsolescence programmée , qui, selon Julien Phedayeff,« dicte notre consommation d’objets » et « permet de faire croître à l’envi la production et l’économie, souvent dans l’irrespect le plus total des ressources, des consommateurs et de la planète. » Pour preuve, si, au début des années 2000, un lave-linge fonctionnait entre 10 et 12 ans, sa durée de vie n’est aujourd’hui plus que de 6 à 9 ans, selon un rapport des Amis de la Terre.


 

Un tutoriel interactif pour la réparation est prévu

Un tutoriel interactif pour la réparation est prévu

 

Pour contrer cette tendance, il a créé L’increvable . Une machine à laver conçue pour durer. Tambour, pompe, tableau de commandes… tous les composants sont simplifiés et fabriqués dans des matériaux durables. Mais si sa mécanique semble « rétro », la machine, qui existe aujourd’hui à l’état de prototype, est pourtant prête à affronter le futur : l’usager peut opter pour un tableau de commande connecté. D’autant que, pour ne jamais se lasser de la voir, il est possible de personnaliser son habillage.

À RÉPARER SOI-MÊME

Conçue pour durer au moins 50 ans, la machine est aussi rodée pour les déménagements. Adieu mal de dos : le traditionnel poids en béton a été remplacé par un réservoir d’eau de 30 litres, qui se remplit tout seul au premier lavage. Et au cas où votre escalier serait trop étroit, la machine est entièrement démontable. Une caractéristique qui permettra également de la vendre en kit à monter soi-même, à la façon des meubles Ikéa. Et donc, à un prix compétitif.

Julien Phedyaeff fait ainsi le pari qu’en montant lui même sa machine, l’usager pourra, à l’avenir, la rafistoler lui-même en cas de pépin. En guise d’assistance, il a créé un site Internet qui guide l’utilisateur à travers toutes les étapes de la réparation, de l’identification de la panne au remontage, vidéos à l’appui. Et s’il ne se sent pas l’âme d’un bricoleur, il pourra toujours faire appel à un pro.


 

Le jeune designer voit déjà plus loin. Après la machine à laver, il compte fabriquer un réfrigérateur, lui aussi « Increvable ». « À travers cette marque, je ré-évalue la condition de certains objets de grande consommation, qui répondent au concept d’objet ‘stable' ». C’est à dire des objets ayant « peu évolué technologiquement et formellement dans un temps donné et qui répondent efficacement à un usage intemporel. »

Outre sa nomination au prix Observeur du Design, qui sera décerné fin 2015 par l’Agence pour la promotion de la création industrielle , L’increvable est également candidate aux James Dyson Award. Si le concept a de quoi séduire le consommateur, il reste cependant à savoir si un industriel sera prêt à fabriquer un objet si peu rentable. Car jamais remplacé…

Jean-Jacques Valette
Journaliste à We Demain

L’aéroport qui valait 10 000 euros

 Ce n’est pas démentiel, puisque c’est vrai. On apprend aujourd’hui qu’un aéroport à 200 km au sud de Madrid vient d’être acheté aux enchères 10 000 euros. Par des Chinois. Ciudad Real devait devenir le grand aéroport de Madrid, mais les vents contraires qui découragent l’investissement en ont décidé autrement. Malgré les centaines de millions d’euros d’argent public jetés aux poubelles, le désastre est total. Prévu pour plusieurs millions de voyageurs chaque année, il n’aura accueilli que 100 000 visiteurs en cinq ans. Cette gabegie est évidemment un crime, mais le code pénal ne peut rien contre les vrais grands brigands qui ont lancé ce projet.

Lesquels étaient socialistes, comme un certain Jean-Marc Ayrault, l’ancien maire de Nantes qui veut tant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Comme je n’ai pas beaucoup d’énergie, je vous envoie ci-dessous des copies. D’abord, un article paru ce dimanche dans Le Point. Et puis des miens papiers de Planète sans visa. Où vous verrez qu’il ne sert à rien d’avoir raison contre le monde entier. Le monde entier sauf vous, cela va de soi.

LE POINT.

Un aéroport à 450 millions d’euros bradé aux enchères à 10 000 euros

L’aéroport de Ciudad Real, près de Madrid, abandonné à la suite de sa faillite en 2014, a été racheté aux enchères pour une bouchée de pain par un groupe chinois.

Publié le | Le Point.fr

L'aéroport de Ciudad Real

L’aéroport de Ciudad Real©Paul White/AP/SIPA

En cette période de soldes, c’est une très bonne affaire. La SARL d’investissement chinoise Tzaneen international est sur le point d’acquérir l’aéroport Ciudad Real pour la modique somme de… 10 000 euros ! Le complexe avait coûté 450 millions d’euros aux contribuables espagnols. En quatre ans, moins de 100 000 voyageurs ont emprunté les longues allées de ce terminal de 28 000 m2 et d’une capacité de 5 millions de passagers.

Bulle financière et plan de sauvetage espagnol

Premier aéroport privé d’Espagne et symbole de la bulle immobilière des années 2000, l’aéroport de Ciudad Real était destiné à devenir l’aéroport du sud de Madrid, dont il est pourtant éloigné de 200 kilomètres. L’infrastructure a fait faillite en 2010. Elle est en partie responsable du premier sauvetage bancaire du pays, celui de la Caisse d’épargne Caja Castilla-La Mancha, qui avait investi 300 millions d’euros dans ce projet pharaonique.

« Porte d’entrée de l’Europe » à la chinoise

L’acquéreur compte investir entre 60 et 100 millions d’euros prochainement afin de remettre en service l’aéroport, les pistes et le terminal afin d’en faire une « porte d’entrée de l’Europe » à la chinoise. Estimées à 40 millions d’euros, les infrastructures vendues aux enchères le 17 juillet seront-elles définitivement adjugées au mystérieux groupe chinois ? Cela dépendra des contre-offres. Le tribunal s’est donné jusqu’au 15 septembre pour trancher.

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ET LES ENTRÉES DANS PLANÈTE SANS VISA

Jean-Marc Ayrault a refait sa vie (en Espagne)

 À CEUX DE NOTRE-DAME-DES-LANDES (ET À MARIE)

Résumé des épisodes précédents. Jean-Marc Ayrault fut, comme on le sait, député-maire socialiste de Nantes pendant quelque trois siècles. Avant son départ précipité, il avait, dans un geste ultime de philanthropie, offert à sa ville la perspective grandiose et futuriste d’un nouvel aéroport à la campagne, sur les terres chouannes de Notre-Dame-des-Landes ( lire le résumé ici). On le sait, l’ingratitude du petit peuple est sans limites, et les paysans au front bas du bocage, poussés vers l’émeute par une chienlit écologiste, monta un jour à l’assaut de l’hôtel de ville de Nantes, fourches au poing, hurlant des obscénités sur le compte pourtant valeureux de monsieur Jean-Marc Ayrault. N’entendit-on pas ces criminels ensabotés, crottés jusqu’aux narines, hurler : « Ayrault, fumier, tu serviras d’engrais » ? Si. Ils le firent.

Alors, comme vous vous en souvenez tous, le maire fut contraint au départ, n’emportant qu’une maigre valise, embarquant in extremis à bord d’un antique Avion III créé par Clément Ader, doté de tiges de bambou, barbes en toile et papier de Chine. Pendant 120 ans environ, le sort de Jean-Marc Ayrault est demeuré inconnu, et je ne suis pas peu fier, aujourd’hui, de vous livrer en exclusivité un scoop de derrière les fagots, qu’on ne trouve pas sous le sabot d’un cheval, dont on parlera dans Landerneau, digne des meilleurs professionnels.

Ayrault a réussi à refaire sa vie en Espagne, sous un faux nom naturellement. Visiblement bien introduit sur place, il est parvenu en peu de temps à tenir une place aussi enviable que celle qu’il occupait chez nous. Car il est en effet président – socialiste toujours – de la région chère au cœur de l’Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, autrement dit Castille-La Manche. Mais se refait-on jamais ? Connu en Espagne sous le nom de José Maria Barreda, Ayrault a décidé, financé, soutenu de toutes ses vives forces un aéroport international appelé Ciudad Real. ll ne peut s’agir que d’un clin d’œil au formidable humour que l’on prête à Miguel de Cervantes. Car autant vous le dire, Ciudad Real signifie, comme vous ne l’ignoriez sûrement pas, Ville Réelle. Ville Royale d’abord, mais aussi Ville Réelle.

Mais quel facétieux, cet Ayrault-Barreda ! Après investissement de 500 millions d’euros – ce n’est qu’un début, une mise en bouche – et construction de pistes de 4 kilomètres de long pouvant accueillir des Airbus 380, l’aéroport est prêt à recevoir ses 2,5 millions de passagers par an ( lire ici). Beau travail, Jean-Marc (tu permets que je t’appelle Jean-Marc ?) ! Beau travail. Des centaines d’emplois ont été créés, et des entreprises ont installé des bureaux à prix cassés par les aides publiques. Normal : le TGV doit relier Madrid en moins de cinquante minutes, les autoroutes sont innombrables, et l’emprise directe au sol – 1250 hectares – permet d’envisager des agrandissements à répétition.

Bien sûr, il reste à régler quelques détails. Après le départ de la compagnie Air Berlin, l’Irlandaise Ryanair occupe à elle seule l’aéroport international, retenue au moment où elle pliait bagage par une subvention publique. En somme, tout est désert, fantasma. Les 24 comptoirs d’enregistrement sont fermés toute la sainte journée, on ne croise ni hôtesse ni passagers, mais tout de même quelques-uns des 300 employés chargés de l’entretien et de la gestion. Car il faut bien gérer, non ? La passerelle prévue pour relier l’aéroport à la ligne de train Madrid-Séville s’achève au-dessus du vide. On peut toujours sauter.

La réussite est complète. Deux ans après son inauguration, le bel oiseau a déjà creusé un trou de 300 millions d’euros, entraînant la faillite de la Caisse d’épargne de Castille-La Manche (CCM), obligeant la région de mon ami Jean-Marc-José à créer de toute urgence une société publique capable de financer les pertes astronomiques. Et c’est là, je vous le demande personnellement, que nous devons tous nous lever pour applaudir. Je vous en prie, faites-moi confiance au moins une fois dans votre vie. Standing ovation ! N’écoutant que son courage de grand élu socialiste, Ayrault-Barreda refuse de baisser les bras.

Fin mai, notre homme double s’est à nouveau engagé, en hidalgo : « El presidente de Castilla-La Mancha, José María Barreda , aseguró que el Gobierno regional hará todo lo posible, dentro de la legalidad, para que el proyecto del aeropuerto privado de Ciudad Real tenga viabilidad en el futuro y “pueda despegar definitivamente”». Vous pourrez lire le texte intégral (ici ), ou vous en tenir à mon court résumé. Ayrault-Barreda veut davantage de fric pour que Ciudad Real  « pueda despegar definitivamente ». Pour qu’il puisse « décoller définitivement ». J’espère que vous goûtez comme moi, et à nouveau, l’humour noir de Janus. Décoller. Définitivement. Cela ouvre bien des perspectives.

Dans un autre entretien, Ayrault-Barreda a finement présenté les deux termes de l’alternative.  Ou l’argent public coule à nouveau, ou l’on abandonne. Et si l’on abandonne, il ne faudra pas s’étonner que « crezca la hierba en la pista de aterrizaje y se estropeen las instalaciones ». Il y en a pour trembler, comme dit un vieil homme de ma connaissance. L’herbe pousserait alors sur les pistes, et les magnifiques installations rouilleraient peu à peu, avant de disparaître dans la poussière de Rocinante. Rossinante, quoi.

Et maintenant, avant de rendre l’antenne, deux post-scriptum.

Le premier : l’Espagne est en train de sombrer. Il est plaisant qu’un olibrius comme moi ait pu le dire si longtemps avant les commentateurs appointés (lire ici, ici encore, et  ). Elle sombre. Un million de logements y sont en vente. 40 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. La spéculation et la corruption de masse ont détruit un pays. Telle est la réalité. Extrait de l’article cité tout en haut de cette page : « Surtout, au lieu de construire 800 000 logements chaque année, l’Espagne va se limiter à 100 000 pendant plusieurs années. Avec un impact terrible sur la croissance et sur l’emploi : “Il faut réinventer 18 % du PIB”, résume un économiste ». Oui, c’est à eux, aux économistes, aux politiques responsables de ce désastre biblique qu’on demande de réinventer du PIB. PIB ! Paltoquets, Imbéciles, Branlotins. Nous en sommes là, au point zéro d’une histoire à recommencer.

Le second : la dette des régions d’Espagne atteint 95 milliards d’euros, une somme inouïe. Le siège luxueux des braves gens aux commandes, les ronds-points, les subventions à l’agriculture industrielle, aux barrages, aux transferts d’eau vers le Sud à sec, les aides aux villes fantômes du littoral, tout cela coûte cher. Au fait, Ségolène Royal ne se faisait-elle pas appeler la Zapatera, nom dérivé de celui de José Luis Rodríguez Zapatero, le cornichon socialiste en place à Madrid, qui achève de dynamiter ce qui reste ? le Figaro rapporte une visite de Royal à Madrid en octobre 2007. Elle vient donc de perdre face à Sarkozy. Et voici l’extrait du journal, qu’il faut savourer à la petite cuiller : « Zapatero aurait chaleureusement encouragé Ségolène Royal à se présenter à la prochaine élection présidentielle. “Je me sens très proche de Zapatero et de cette gauche pragmatique”, a commenté celle que l’on dénomme ici “la Zapatera francesa”. Enchantée de porter ce surnom, Royal a estimé qu’elle avait plusieurs points communs avec Zapatero : “Au départ, Zapatero n’était pas forcément le favori au sein de son parti. Il était jugé trop jeune, inexpérimenté ou sans stature, mais il a réussi à prouver le contraire…” ».

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Vous trouverez ci-dessous un choix de quelques articles que j’ai consacrés à l’Espagne. Vous y verrez, si vous avez le temps, qu’il était possible de voir autrement les mêmes choses. Quand Ségolène Royal encensait le Premier ministre Zapatero – coquette en diable, ne se laissait-elle pas appeler la Zapatera ? -, d’autres, dont je fais partie, racontaient le dessous des cartes. Après relecture, cela reste intéressant. Il me semble.

Considérations sur l’imbécillité (en Espagne et ailleurs)

Avouons que ce papier s’adresse d’abord à ceux qui croient encore dans la politique. Je veux dire la politique ancienne, celle qui émet les signaux que nous connaissons tous, celle de madame Royal, de monsieur Sarkozy. Celle venue en droite ligne de 200 ans d’histoire tourmentée.

On le sait, ou l’on finira par le savoir, je ne porte plus guère attention aux acteurs de ce jeu de rôles, mais je ne cherche pas à convaincre. Je ne fais qu’exprimer un point de vue. Et voici pour ce jour : j’aimerais vous parler d’Andrés Martínez de Azagra Paredes. Un Espagnol. Cet ingénieur, également professeur d’hydraulique, propose un néologisme : oasificación. Pour nous, Français, ce n’est pas très difficile à comprendre : il s’agit de créer des oasis. Martínez est un homme très inquiet de l’avenir de son pays, menacé par des phénomènes de désertification dont nous n’avons pas idée. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà, comme aurait dit Montaigne. Mais nous avons grand tort, en l’occurrence, de ne pas tendre l’oreille.

Martínez, en tout cas, a des solutions ( attention, en espagnol : www.oasification.com). Cela consiste, sommairement résumé, à récupérer l’eau, de pluie surtout, et à restaurer un couvert végétal là où il a disparu. En mêlant savoirs ancestraux et technologies nouvelles. J’avoue ne pas en savoir bien plus. Est-ce efficace ? Peut-être.

Mais la vraie question est autre : l’Espagne devient un désert. Bien entendu, il est plus que probable que nous ne serons plus là pour admirer le résultat final. Le processus est pourtant en route (afp.google.com) : le tiers du pays est atteint par des formes sévères de désertification, et le climat comme la flore et la faune seront bientôt – à la noble échelle du temps écologique – africains. J’ai eu le bonheur, il n’y a guère, de me balader sur les flancs de la Sierra Nevada, cette montagne andalouse au-dessus de la mer. Je me dois de rappeler que nevada veut dire enneigée. De la neige, en ce mois de novembre 2005, il n’y en avait plus.

Pourquoi cette avancée spectaculaire du désert en Europe continentale ? Je ne me hasarderai pas dans les détails, mais de nombreux spécialistes pensent que le dérèglement climatique en cours frappe davantage l’Espagne que ses voisins. Et comme le climat se dégrade aussi en Afrique, notamment du nord, il va de soi que les humains qui ont tant de mal à survivre là-bas ont tendance à se déplacer plus au nord, au risque de leur vie quand ils tentent la traversée vers les Canaries ou le continent.

Et que fait le gouvernement socialiste en place ? Eh bien, avec un courage qui frise la témérité, il vient de décider la création d’un Plan national contre la désertification. Tremblez, agents de la dégradation écologique ! Je ne vous surprendrai pas en écrivant que les choix faits depuis 50 ans n’ont jamais qu’aggravé les choses. La surexploitation des ressources en eau, la déforestation, l’agriculture intensive et l’urbanisation sont les points les plus saillants d’une politique d’autant plus efficace qu’elle est évidente, et rassemble tous les courants qui se sont succédé au pouvoir.

Du temps de Franco, vieille et sinistre baderne aux ordres du pire, le choix majeur a été de vendre le pays au tourisme de masse. Une aubaine pour les vacanciers français découvrant, dans les années 60, la défunte Costa Brava, puis le reste. Les héritiers du Caudillo, de droite d’abord, puis de gauche, ont poursuivi dans la même direction, toujours plus vite, toujours plus loin. Le Premier ministre en place, José Luis Rodríguez Zapatero, ne cesse de vanter l’état de l’économie espagnole, qui lui devrait tant. Par parenthèses, faut-il rappeler l’enthousiasme de madame Royal chaque fois que quelqu’un l’appelle la Zapatera ?

Donc, Zapatero. Il me fait penser à DSK. Ou à Moscovici. Ou à Delanoé. Ou à tout autre, cela n’a pas la moindre importance. Il se vante donc de l’état de l’économie sous son règne, espérant bien remporter les élections générales du 9 mars prochain. Comme je m’en moque bien ! Car il y a tout de même un peu plus important. Certes, le socialistes locaux ont stoppé – pour combien de temps ? – le démentiel Plan hydrologique national de la droite, qui entendait détourner une partie des eaux de l’Èbre – fleuve du Nord qui a donné son nom à la péninsule – jusque vers l’extrême sud et les côtes touristiques.

Certes. Mais la soi-disant bonne santé du pays repose, pour l’essentiel, sur la construction. Qui n’est bien entendu que destruction. Jusqu’à la crise des subprimes, ces damnés crédits immobiliers américains, l’Espagne était considérée comme un modèle (www.lemonde.fr) à suivre partout en Europe. Écoutez donc cette nouvelle chanson, dans la bouche de Patrick Artus, gourou financier bien connu : « La crise récente risque de montrer qu’il s’agissait de “faux modèles” à ne pas suivre. Que reste-t-il du dynamisme de ces pays, une fois enlevés l’expansion des services financiers et de la construction, qui y représentaient 50 % à 80 % des créations d’emplois ? ».

Zapatero est un grossier imbécile. Je vous le dis, vous pouvez le répéter. Imbécile, je pense que cela va de soi. Grossier, car dans le même temps que sa ministre de l’Environnement faisait semblant d’agir contre l’avancée du désert, on apprenait la teneur de quelques chiffres officiels. L’an passé – de juin 2006 à juin 2007 -, les mairies du littoral espagnol reconnaissaient l’existence de projets immobiliers plus nombreux que jamais. Soit 2 999 743 nouveaux logements, 202 250 lits dans l’hôtellerie, 316 terrains de golf et 112 installations portuaires avec 38 389 places neuves pour les jolis bateaux. Sans compter 90 cas de corruption établis, impliquant 350 responsables publics (attention, en espagnol : www.glocalia.com).

Tout est malheureusement connu, et le Parlement européen lui-même a condamné sans appel des « projets d’urbanisation massive (…) sans rapport avec les véritables besoins des villes et villages concernés », contraires « à la durabilité environnementale » et qui ont des effets « désastreux sur l’identité historique et culturelle » des lieux (www.batiweb.com). Voilà pourquoi, bien qu’aimant l’Espagne et sa langue, je mets rigoureusement dans le même sac le PSOE – parti socialiste au pouvoir – et le PP, ou Parti populaire, de droite. Plutôt, parce que j’aime profondément l’Espagne. Mais vous aurez rectifié de vous-même.

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Zapatero, Zapatera, socialauds d’Espagne et d’ailleurs

Je souhaite ardemment que personne ne vienne prendre leur défense, ici tout au moins. Car ailleurs, je sais combien ils sont choyés, aimés, cajolés. Madame Ségolène Royal – dite la Zapatera – ne s’est-elle pas excusée il y a quelques jours, au nom de nous tous, auprès de son si cher ami José Luis Rodríguez Zapatero, Premier ministre espagnol en titre ? Ne lui a-t-elle pas demandé de pardonner des propos prêtés à notre Sarkozy national (ici) ? Si.

Or que font donc les socialistes espagnols ? Ils détruisent avec frénésie ce qui reste de ce pays de légende. En janvier 2008, avant donc l’annonce de la crise économique que vous savez, j’ai écrit (ici) sur quoi reposait le soi-disant miracle espagnol, avec ces taux de croissance admirés d’un bout à l’autre de notre Europe si malade. Tenez, je me cite : « Du temps de Franco, vieille et sinistre baderne aux ordres du pire, le choix majeur a été de vendre le pays au tourisme de masse. Une aubaine pour les vacanciers français découvrant, dans les années 60, la défunte Costa Brava, puis le reste. Les héritiers du Caudillo, de droite d’abord, puis de gauche, ont poursuivi dans la même direction, toujours plus vite, toujours plus loin. Le Premier ministre en place, José Luis Rodríguez Zapatero, ne cesse de vanter l’état de l’économie espagnole, qui lui devrait tant. Par parenthèses, faut-il rappeler l’enthousiasme de madame Royal chaque fois que quelqu’un l’appelle la Zapatera ?

Tout est malheureusement connu, et le Parlement européen lui-même a condamné sans appel des « projets d’urbanisation massive (…) sans rapport avec les véritables besoins des villes et villages concernés », contraires « à la durabilité environnementale » et qui ont des effets « désastreux sur l’identité historique et culturelle » des lieux (www.batiweb.com). Voilà pourquoi, bien qu’aimant l’Espagne et sa langue, je mets rigoureusement dans le même sac le PSOE – parti socialiste au pouvoir – et le PP, ou Parti populaire, de droite. Plutôt, parce que j’aime profondément l’Espagne. Mais vous aurez rectifié de vous-même.

Pourquoi ce rappel ? Mais parce que les socialistes au pouvoir à Madrid s’attaquent aujourd’hui au grand joyau ornithologique de la péninsule, l’Estrémadure. Je connais ce lieu, qui est rude au regard et au corps. Froide l’hiver, brûlante l’été, la région abrite une sorte de savane arborée méditerranéenne, la dehesa. Comme un compromis entre la nature et l’homme, immémorial, sur fond de chênes verts, d’oliviers sauvages, de genêts, d’arbousiers et de troupeaux. C’est aussi le pays des oiseaux. Des grandes outardes. Des vautours fauves, moines, percnoptères. Des grues. Des oies. Des canards. L’Éstrémadure est si pauvre que les bureaucrates madrilènes l’ont laissée en paix, tout occupés qu’ils étaient à ronger les côtes sublimes du pays.

Fini. Le gouvernement vient de décider une série de mesures scélérates au dernier degré. La plus extravagante est peut-être le cadeau fait à une transnationale étasunienne, Florida Power and Light (ici), qui pourra construire deux usines solaires cette année à Casas de Hito, en Estrémadure. 600 millions d’euros d’investissement – on ne sait rien d’autres arrangements éventuels, qui peuvent se produire néanmoins – et 100 emplois à la clé. 100 emplois en échange d’un paradis des oiseaux. En 2007, on a dénombré à Casas de Hito 11 325 grues. Et sept espèces d’oies, et 140 000 canards hivernant à trois kilomètres, sur le lac de barrage de Sierra Brava. Je dois vous avouer que je n’ai pas regardé de près les dangers que feront peser sur les oiseaux sauvages ces installations. Et vous renvoie à une pétition des naturalistes espagnols de SEO (ici). Ils sont déprimés. Moi aussi.

D’autres projets simplement criminels menacent l’Estrémadure. Une raffinerie de pétrole à Tierra de Barros, des centrales électriques, des parcs éoliens lancés dans des conditions douteuses de légalité, et qui sont apparemment dangereux pour des oiseaux comme les vautours. Lesquels sont magnifiques, à la différence de ceux qui traînent dans les bureaux des promoteurs d’Ibérie comme de France.

Je vois bien que naît sous nos yeux encore ébahis un capitalisme vert censé nous clouer le bec. Si vous avez le moindre doute, jetez un œil ici, je crois que nous nous comprendrons. Eh bien ? Au risque flagrant de me répéter, il n’est pas question de considérer ces gens-là, qui incluent évidemment nos socialistes comme de vagues cousins un (long) temps égarés. Ce sont des adversaires. Ce sont des ennemis. Et je vous jure que je les exècre. Zapatero, Zapatera, toutes ces camarillas, tous ces sbires, tous ces fifres et sous-fifres, tous ces petits marquis, ces Dray, Mélenchon, Royal, Hollande, Fabius, Weber, Bartolone, Aubry, Rebsamen, Le Guen, Hamon, Delanoé, Désir, Bloche, ad nauseam. J’ai pris le parti des oiseaux et du vol libre au-dessus des cimes, celui des migrations, celui de Nils Holgersson, celui de la beauté. J’ai pris le parti du soleil, de la lune, de la pluie et des arbres. Et ce n’est pas le leur.

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Espagne, castagnettes et dominos

Après la Grèce, l’Espagne ? Je n’ai pas le temps, hélas, de rechercher quelques perles égrenées par nos économistes-en-chef, nos politiques princiers, de droite et de gauche bien sûr. Il y a une poignée d’années, l’Espagne était LE modèle que nos élites proposaient à une France jugée malade, en tout cas assoupie. Son taux de croissance faisait chavirer le cœur de tous les abrutis qui croient penser, quand ils ne font que braire. Le problème est que tout reposait sur un château de cartes, un lointain château en Espagne que personne ne possèderait un jour.

La politique criminelle des élites espagnoles tient en peu de mots : corruption de masse, destruction de la nature, délire immobilier. On a détruit là-bas ce qui restait de rivage après la stupéfiante flambée franquiste des années soixante du siècle passé. Et construit, souvent au bord de l’eau, mais aussi dans d’improbables banlieues, des milliers de programmes immobiliers qui jamais ne trouveront acquéreurs. Jamais. Certains sont achevés, mais sans aucune adduction. D’autres sont commencés, et se trouvent à divers stades. Mais le cochon de client s’est évaporé. Il s’agissait d’une chaîne de Ponzi, la même pyramide que celle qui a conduit l’escroc Madoff en taule. Tant que les gogos achètent et que d’autres gogos se lancent à leur suite, tout marche à la perfection. Mais dès que le doute s’installe, c’est l’effondrement.

Cela fait longtemps que j’ennuie mon entourage en répétant que l’Espagne est d’une fragilité de verre. On conspue aujourd’hui les gouvernements grecs dans les rues d’Athènes. Il n’est pas exclu que l’on fasse pire demain avec ceux du Parti populaire (PP) espagnol et du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Car ils ont mené la même politique et créé les conditions du chaos. Je vous, je nous le demande : qui paiera pour ces appartements morts-nés ? Qui paiera le prix de la corruption et de la dévastation écologique ? N’oubliez pas que des banques ont massivement prêté aux margoulins pour faire leurs galipettes monétaires. Je vous l’annonce, pour le cas où vous ne le sauriez pas : celles de France sont plombées par le désastre immobilier espagnol. Pas toutes, non, et pas à la même échelle. Mais si mes informations sont bonnes, on peut s’attendre à des surprises. Et elles seront mauvaises.