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Trois livres pour faire (grand) plaisir

DANS TOUS LES CAS, ESSAYEZ DE FEUILLETER AVANT D’ACHETER UN LIVRE, QUEL QU’IL SOIT.

Je reçois et lis beaucoup de livres sans trouver le temps d’en dire quelques mots. Parfois, j’en ai le rouge qui me monte au front, car je suis bien placé pour savoir ce qu’on investit de soi-même dans un livre. La moindre des choses devrait être de rendre compte de ses lectures. Dans ma prochaine vie, je me verrais bien critique littéraire. Mais a-t-on bien le choix ?

Bien vite hélas, trois livres au milieu de tant d’autres. Ils coûtent cher, je vous en préviens, mais comme c’est la période des fêtes, peut-être aurez-vous envie de casser votre tire-lire. C’est tout le bien que je vous souhaite.

D’abord, ce monumental Atlas des oiseaux de France métropolitaine (chez Delachaux et Niestlé), rédigé par Nidal Issa et Yves Muller. Si j’ai utilisé le mot monumental, c’est bien parce que ce livre est un monument dressé à la gloire éternelle de nos chers oiseaux. 10 000 observateurs de l’avifaune, collecteurs de millions de données sur des centaines d’espèces ont contribué à ce grand œuvre. Tout le savoir humain sur les oiseaux nidifiant en France ou y passant une partie de l’hiver est réuni dans un coffret – fort lourd – de deux tomes de 1408 pages au total. Je vous avais prévenu, le prix est très élevé – 85 euros de prix de lancement, 100 euros plus tard -, mais pour une fois, sans hésiter une seconde, je vous assure que c’est mérité.

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Les monographies consacrées aux 357 espèces régulières de notre pays sont accompagnées de photos et de cartes très claires de répartition, ce qui en fait un outil formidable. Un outil qu’on ne peut, certes, emmener avec soi sur le terrain, sauf si l’on est doté de super-pouvoirs. Mieux vaut pour moi rêver, en feuilletant le livre, aux petits et grands gravelots, aux pluviers, aux aigles de Bonelli, aux moineaux, aux hirondelles des rochers, aux chocards à bec jaune, aux craves à bec rouge, aux vautours percnoptères, aux huppes fasciées, aux loriots, aux barges à queue noire, aux goélands leucophées, aux faucons émerillons, pèlerins, crécerellettes (rarissimes), aux gorgebleues à miroir, aux chouettes de Tengmalm, aux phragmites aquatiques (tellement menacés), aux spatules blanches (Philippe, quand va-t-on à Grand-Lieu ?). Je pourrais continuer, mais sachez que j’ai vu dans ma petite vie tous les oiseaux cités, et que leur présence me rend réellement plus heureux de vivre sur cette Terre malmenée. L‘Atlas n’oublie pas la réalité, qui note « une tendance lourde : beaucoup d’espèces sont au bord de l’extinction dans notre pays ».

Un dernier mot : j’ai eu la chance et le bonheur de rencontrer il y a bien quinze ans l’un des auteurs de l’Atlas, Yves Muller. Il habite dans les Vosges, et je me souviens d’un magicien, capable de reconnaître la présence d’un oiseau au moindre murmure au travers des feuilles. Je le savais savant, je le découvre encyclopédiste. Je vous salue bien bas, monsieur Muller.

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Le deuxième livre est dans son genre si merveilleux que je me sens bien en peine de vous en parler. Comment évoquer par des mots ordinaires une beauté si étourdissante ? Vincent Munier est un photographe hors du commun, que j’aime comme un jeune frère lointain. Je le connais depuis une douzaine d’années et même si je ne le vois pas souvent – la dernière fois cet été, pour une fête mémorable -, je le chéris profondément.

Si je vous livre cela, c’est pour que vous ne croyiez pas sur parole ce que je vais vous écrire. Un jour, Vincent m’a dit qu’il rêvait ses photos avant de les prendre pour de vrai, et cette vision me poursuit encore.

On y trouve le Loup et le Lynx, bien sûr, mais aussi de splendides oiseaux comme le Balbuzard pêcheur, le Pygargue à queue blanche, le faucon pèlerin, le hibou grand-duc. Costa y a ajouté pour notre plus grand plaisir le raton-laveur, présenté comme un « bandit masqué » et le chien viverrin, venu en contrebande des plaines russe et polonaise. Costa mêle souvenirs personnels, non dénués de nostalgie, perspective historique, notations naturalistes, éthologie. Au total, c’est très réussi. On n’attend plus que le même livre, cette fois aux dimensions de la France entière.
Nota bene : la préface de ce livre est signée Jean-Marie Pelt, qui vient de mourir.

Si vous voulez m’écouter plus qu’un peu

Je suis passé voir Daniel Mermet, qui a lancé après son départ d’Inter le site Internet http://la-bas.org/.

Et ça donne, je crois, une bonne émission radio. En somme, branchez-vous : http://la-bas.org/les-emissions-258/les-emissions/2015-16/ce-vaste-merdier-qu-est-devenu-l-agriculture.

Et à plus.

 

 

 

 

 

http://la-bas.org/les-emissions-258/les-emissions/2015-16/ce-vaste-merdier-qu-est-devenu-l-agriculture

Avec toutes mes excuses

Amis et lecteurs, je m’en veux de négliger ce qui compte tant pour moi, qui est Planète sans visa. C’est qu’il se passe des choses dans ma vie réelle. Il y a ce dont je ne peux ni ne veux parler, mais qui existe pourtant, ô combien. Dont les douleurs post-7 janvier. Et puis ce que je peux vous raconter.

Ainsi que vous savez, je viens de publier Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture. Pour diverses raisons, dont l’effet Charlie évidemment, ce livre reçoit un accueil médiatique bien plus importants que d’autres que j’ai pu écrire. Je vous l’ai déjà dit : j’ai été invité sur France Inter par Patrick Cohen. Puis par Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Puis sur BFM télé, pour discuter avec le patron des centres Leclerc, Michel-Édouard Leclerc. Puis sur Arte. L’AFP a fait une dépêche, puis envoyé chez moi un photographe, puis une équipe vidéo. J’ai ou j’aurai des papiers dans La Vie, La Croix, Le Républicain Lorrain, un portait de moi devrait paraître aujourd’hui dimanche ou demain lundi dans Ouest-France. Mardi vers 18h30, je serai sur TV5 monde. Un peu plus tard dans le journal du midi de France 3. Et je pense que tout cela est loin d’être fini.

Bref. Pour être tout à fait franc, je n’aime guère. Je n’aime guère me montrer. Je n’aime guère ces passages-éclair. Mais c’est ainsi. N’oubliez pas que vous pouvez rendre un grand service au livre en en parlant autour de vous. Et je reviens au plus vite alimenter de façon normale et ordinaire mon si cher Planète sans visa, qui vous doit tant.

Quelques mots en courant

Lecteurs et amis, j’ai négligé ma tâche ici, emporté par bien des soucis dont je vous fais grâce. Les jours ne sont pas toujours d’une couleur apaisante, voilà tout ce que je suis capable d’avouer ce soir.

Pour le reste, quoi ? Mon livre Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture sort demain aux éditions Les Échappés. Si tout se passe comme prévu, je serai l’invité de Patrick Cohen sur France Inter vendredi à 8h20. Mais les choses se passent-elles comme prévu dans l’univers baroque des médias ?

Pour le reste, disons que je suis fatigué. Je suis sûr que vous ne m’en voudrez pas. Ça va aller mieux, juré.

Connaissez-vous Michel Folco ?

[Je me maintiens à un bas niveau de forme et d’activité. La douleur ne lâche pas]

Un jour déjà ancien, je suis tombé comme par hasard sur un roman intitulé Un loup est un loup. Dans la suite, je l’ai prêté à plusieurs proches, qui toutes et tous ont été proprement emballés. Et même ficelés jusqu’à ce que lecture s’achève. Dans ce livre, Michel Folco – je ne connaissais pas même son nom ! – restitue la vie très aventureuse d’une fratrie de cinq gosses nés vers 1760. Des quintuplés, donc, grandissant au milieu du village rouergat de Racleterre, situé, je crois me souvenir, sur la route entre Rodez et Millau.

La suite n’est qu’une série de merveilles et de trouvailles, jusqu’à la rencontre de l’un des gamins, Charlemagne Tricotin, avec des louveteaux. Je ne sais plus si c’est avant ou après avoir zigouillé toute la famille répugnante – le père, la mère, les deux enfants – qui règne sur la forêt de Saint-Leu. Où l’on voit, au passage, à quoi peuvent servir une arbalète et du verre concassé. En tout cas, Charlemagne sauve les louveteaux, et finit par suivre – je ne l’ai pas dit, mais c’est un fuyard, car il a semé une zone considérable derrière lui – la rivière appelée le Dourdou. Exténué, il s’installe dans un lieu retranché de la grande forêt, La Sauvagine.

De nouvelles cabrioles l’y attendent, dans lesquelles les loups jouent un rôle essentiel. Et il va répétant, lui qui parle aux animaux, que ce sont des « bêtes moins mauvaizes qu’on le dit ». S’il dit mauvaizes, c’est qu’il zézaie, pour cause de blessure à la langue. Je crois. Bien que ne disposant pas du livre auprès de moi, je vous jure que je pourrais écrire des pages entières sur ce que je tiens pour un livre miraculeux, dont il est à peu près impossible de se lasser. Dont il semble impossible que je parvienne, moi, à me lasser.

Mais je ne voulais pas vous parler de ce livre, mais d’un autre de Folco, dont je viens de relire quelques pages loufoques. Dans Même le mal se fait bien, on retrouve Charlemagne général napoléonien. Pendant quelques pages seulement, car il lui arrive des choses. Son fils Carolus meurt quelques dizaines d’années plus tard, entraînant par testament son propre fils, Marcello – oui, cela se passe essentiellement en Italie – dans des voyages on ne peut plus hasardeux.

Je vous passe l’extrême saveur des passages sur un bordel chic, sur un certain Sigmund Freud – Marcello a finit par atteindre Vienne – ou encore sur la parentèle d’Adolf Hitler. Je passe, car j’en arrive enfin à ce que je voulais vous dire. Marcello Tricotin est maître d’école et entomologiste. Mieux encore, c’est un formidable naturaliste dont l’une des joies les plus pures est de voir revenir chaque année, au même endroit, des grues en migration. Oui, mais dans le village piémontais de San Coucoumelo, il y a aussi une horrible horde de cons. Vous me direz qu’il y en a partout, et je vous le concéderai aussitôt : assurément, et partout.

Ceux de San Coucoumelo chassent aussi et décident un jour de buter toutes les grues. Pas une ne survit. Et c’est alors que Marcello est grand. Je ne vous dévoile pas la fin, mais sachez que la vengeance du naturaliste est à la hauteur du crime. Je ne saurais absoudre Marcello, car ce qu’il entreprend est d’une grande cruauté, mais je dois avouer que j’ai jubilé. Enfin ! Enfin cesser de baisser la tête et de quémander deux ou trois loups de plus ! Enfin la revanche sur tous ces ennemis des bêtes ! Enfin respirer l’air des cimes et admirer la beauté sans craindre l’imbécile présence des barbares !