L’avenir des routes, de Sébastien Genest et des écologistes officiels

Je vais essayer de me montrer pédagogue, et de ne pas insulter Sébastien Genest, qui d’ailleurs ne le mérite pas. Jadis, le 22 janvier 2009, j’ai écrit ici même un horrible papier intitulé : Chantal Jouanno se mariera-t-elle avec Sébastien Genest ? Et comme je ne suis qu’un voyou, malgré une sévère lettre d’engueulade de madame Genest, défendant avec force son mari, j’ai récidivé, moquant M.Genest dans le domaine où il a certaine compétence, les forêts. Si cela vous intéresse, vous pouvez taper le nom du monsieur dans le petit moteur de recherche interne à Planète sans visa, et vous trouverez aisément six ou sept articles du même tonneau.

Mais qui est Sébastien Genest ? Un forestier du Limousin. Un ancien forestier devenu président de France Nature Environnement (FNE), acteur majeur de la pantomime du Grenelle de l’Environnement, où des encravatés de l’écologie ont permis à monsieur Sarkozy de faire un grand show à sa manière, tout en trucs, astuces et manipulations. Tiens, au fait : qu’attendent donc FNE, le WWF, la fondation Hulot et Greenpeace pour reconnaître ce qui ne peut plus se discuter ? Pour admettre sans détour qu’ils ont trompé la société française en la faisant marcher dans les manigances du pouvoir ? N’étant tout de même pas totalement con, je sais bien que ces petites Seigneuries ne le feront pas, et d’autant moins qu’elles demeurent prêtes à rempiler.

Genest, excusez-moi. Il n’est plus président de FNE, mais vice-président. Je crois savoir que cet homme est sympathique. Si cela suffisait, la vie serait tout de même plus commode. Mais l’on sait que bien des décisions contestables et même dégueulasses ont été portées par des gens qui inspirent confiance et respirent de même. Je précise pour ceux qui ne connaissent pas que FNE unit selon ses comptes environ 3000 associations locales, fédérées au plan régional dans des structures comme Bretagne Vivante, Alsace Nature, Nord-Nature, la Frapna, etc. Je suis moi-même membre de Bretagne Vivante depuis 1987, et donc de FNE, que j’ai assassinée sans la moindre hésitation dans mon livre Qui a tué l’écologie ?. Et je suis prêt à recommencer, comme on va le voir, car je tiens la bande de bureaucrates qui tient FNE au sommet pour des capitulards de la crise écologique, qui jamais ne mordront la main qui les nourrit. L’État et les structures publiques financent autour de 70 % des activités de FNE. Ite missa est.

Genest, rebelote. Il émarge au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Non seulement lui, mais une dizaine d’écologistes estampillés par le trio Sarko-Borloo-Kosciusko-Morizet pour leur beau coup de main au moment du Grenelle de l’Environnement. Compter autour de 3 000 euros par mois. Je connais des gens, et nombre, qui sauteraient au plafond s’ils gagnaient autant. Genest siège et il est simplement fou de voir à quel point il se prend au sérieux. Plutôt, à quel point il prend au sérieux les intérêts de ses copains au pouvoir. J’en demeure scié. Allez donc regarder ce petit film, qui est un bijou de 6mn48 : c’est ici. On y voit un autre membre du CESE, Pierre-Jean Rozet, de la CGT, et notre ami. De quoi parlent-ils ? Du Schéma national d’infrastructures de transport (SNIT).  Qu’est donc ce SNIT ? Je cite un document officiel : « Il reflète une vision stratégique de l’évolution à long terme des infrastructures de transport en France. Il décrit donc le champ très large des possibilités sur les décennies à venir ».

Qui a élaboré ce texte officiel, cadre de notre avenir contraint ? Je vais lâcher une bombe, sans rire aucunement, car vous ne lirez ce qui suit nulle part : ceux qui ont planché prioritairement sur ce plan décisif sont des ingénieurs polytechniciens appartenant au grand corps féodal qu’on appelait jadis les Ponts et Chaussées. Ouille. Si cela ne vous dit rien, il n’est que temps d’apprendre. Cette « noblesse d’État », comme écrivait Pierre Bourdieu, a intégré en 2009 un autre corps très remarquable qui s’appelle les Ingénieurs du Génie Rural et des Eaux et Forêts (Igref). Le corps de madame Kosciusko-Morizet. Mais cela ne change rien au monopole qu’ont les Ponts sur les routes, autoroutes, ronds-points et autres gracieusetés.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’extrême malignité de ce système purement oligarchique, pour rester poli, allez donc lire cet article de Planète sans visa, et notamment ce qui concerne le rapport Bourdillon. Je gage que vous ne serez pas déçu. Quoi qu’il en soit, le SNIT a été élaboré par des spécialistes qui ne jurent depuis des lustres que par le lourd, l’infrastructure, et qui d’ailleurs reçoivent des rémunérations dites accessoires, liées au volume de travaux qu’ils conseillent avec tant de savoir-faire à l’État, sur budget public. En clair, ces gens, dépourvus de la moindre culture dans les si vastes domaines de l’écologie, ont personnellement intérêt à ce que le béton bétonne. C’est sain. C’est frais.

Mais alors – roulement de tonnerre -, que vient donc faire Genest l’écologiste fervent dans cette épouvantable galère ? Je vous pose la question. Le texte – qui reste un projet – du SNIT est une monstruosité technocratique. Une boursouflure au ton insupportable, digne réellement de la novlangue chère à mon vieil ami George (Orwell). Tout n’est qu’hymne au « développement », synonyme de saccage des milieux, des espaces, des espèces. C’est à chialer. Je cite, à propos de l’infâme projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : « Le tableau et la carte ci-après présentent les principaux projets qui doivent permettre d’optimiser l’utilisation du transport aérien et notamment de le recentrer sur son domaine de pertinence ». Oui, ils causent comme cela. Et ils veulent leur putain d’aéroport. Pour commencer.

Pour commencer, car tout est à l’avenant, foutredieu. Tout. Le plus incroyable est encore la partie consacrée aux routes et autoroutes nouvelles, que leur Grenelle de l’Environnement  devait empêcher à jamais. Leur Schéma prévoit 10 milliards et 340 millions d’euros de dépenses pour les « infrastructures routières ». Mais attention, quelle belle manière ! Il n’est plus question de favoriser la bagnole, bien entendu. Voyons, ne sommes-nous pas tous en faveur du « développement durable » ? Si l’on trace de nouvelles routes, c’est pour la cause humaine. Dans le texte à nouveau, les investissements seront « de sécurité : c’est évidemment un enjeu majeur de la politique routière de l’État »; « de désenclavement et d’équité territoriale, dans une optique sociale et économique »« de réduction de la congestion ». Aucun commentaire ne ferait le poids en face d’une telle inventivité.

J’ai encore paumé Genest, mais je le retrouve enfin. J’espère que vous avez eu le temps de regarder le petit film proposé plus haut. Il est certain, il me semble à moi indiscutable que Genest a franchi la ligne sans espoir de retour. Il est de leur côté. Il leur sert de caution, et d’alibi, et j’arrête là, car je me retrouverais autrement au tribunal pour injures. Il n’empêche que Genest parle exactement comme eux. Je le cite, lui : « Ce projet de SNIT a des avancées importantes, conséquentes, dans plusieurs domaines ». Au nom de quoi, au nom de quelle morale simple un homme comme lui peut seulement OSER sortir une telle énormité, alors qu’il est censé représenter 3 000 associations, dont nombre se battent ou se battront contre les projets lamentables de ce triste SNIT ? Je ne parviens pas à trouver la moindre réponse.

Le pire ? Oui, il y a un pire. Ce pauvre Genest est obligé de convenir que ce projet rend impossible les engagements pris par la France de diviser par quatre ou cinq ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Dans son inimitable jargon, cela donne : « L’inflexion reste insuffisante pour un projet à échéance de 25/30 ans, proche du terme de 2050 fixé pour atteindre le « facteur 4 » de réduction des émissions de GES ». Autrement dit, un ponte de FNE apporte son aval, moyennant quelques critiques, à un plan d’État qui tourne le dos à la loi française.

Moi qui pense que la lutte contre ce dérèglement est la mère de toutes les batailles, je juge évidemment que Sébastien Genest ne fait plus partie de ma famille. Ou que je suis sorti de la sienne il y a déjà longtemps. Genest a bel et bien rejoint le camp de la destruction et je suis écœuré comme rarement je le fus. Cette écologie de pacotille est bel et bien morte, et comme je l’ai déjà écrit dans un livre, je sais qui l’a tuée.

51 réflexions au sujet de « L’avenir des routes, de Sébastien Genest et des écologistes officiels »

  1. Ces informations sont extrêmement importantes. Merci!
    Le Grenelle comme tremplin pour un poste à 3000 euros par mois au CES, c’est à pleurer…
    Et tout le reste me donne la nausée.
    J’en tire personnellement les conclusions qui s’imposent concernant FNE car je suis comme toi Fabrice : je suis mois aussi fédéré via mon association locale. Je ne la quitte pas mais j’ai des infos à transmettre.
    C’est un peu comme ceux qui ne voient dans l’agriculture qu’une bonne amie à se mettre dans la poche. Lisez cela, ce type a le mérite de dire tout haut tout ce qui se trame tout bas la plupart du temps dans notre beau pays agricole (lisez bien l’encadré scanné d’un journal) :
    http://www.buvettedesalpages.be/2012/02/gilbert-bros-les-malfaisants-et-le-bon-sens-paysan.html

  2. Bon, pour distraire Fabrice tout en restant globalement dans le sujet, je propose un concours de novlangue. Bien sûr, ces perles ne doivent pas être de nous, mais aussi authentiques que la prose de monsieur Genest.

    Ma contribution est extraite, pour ceux qui ont lu mes histoires de boutique, de la lettre remarquable qu’une dame a écrite à notre association de producteurs pour nous tancer d’avoir refusé une subvention de la Région qui nous obligeait, entre autres, à dépenser 5000 euros pour en toucher 3000 et à modifier nos statuts (en excluant les artisans des membres à part entière, par exemple).
    Cette dame, dont je n’ai jamais compris qui l’emploie exactement, ni la fonction, sinon qu’elle « monte des dossiers », maîtrise la langue de bois à un degré qui frise la poésie. Sa longue lettre m’a tellement fascinée que je l’ai précieusement conservée. J’espère que vous goûterez comme moi le mélange de mépris doucereux (n’oubliez pas qu’elle s’adresse à des paysans)et d’authentique foi idéologique et technocratique qu’on y sent. Bonne lecture.

    « Cependant, au-delà de photocopies de RIB et autres SIREN, les éléments demandés, notamment pour ce qui concerne le projet économique, sont autant d’occasions pour votre groupe de producteurs de structurer la réalité économique de votre association, d’en réaliser les points forts, les points faibles et de piloter avec efficacité son devenir en vous amenant à vous projeter à trois ans. (…) Seule exigence qui ne participe pas directement à nourrir la maturité de votre gestion : la mise en conformité des statuts. Il s’agit là de la seule réelle contrainte qui s’impose à vous et qui ne trouve de plus value que dans la contre partie financière que constitue l’apport de fonds publics. Relativisons ce point. »
    (…) Vous avez construit collectivement, avec l’intelligence pragmatique et l’investissement de chacun un bel outil qui ne demande qu’à être optimisé, conforté. (…) Vous savez, avec sagesse, ré-investir les ressources générées par l’activité de l’association pour améliorer votre outil collectif de commercialisation. Le concours de financement public peut vous faire gagner du temps là où l’appel aux seules ressources générées par votre activité imposera un délai plus long pour finaliser les équipements qui vous font défaut.
    (…) Je vous conseille vraiment de ne pas renoncer à un apport financier qui pourrait produire un effet de levier non négligeable à seule fin d’éviter de travailler sur des questions perçues comme laborieuses et sans intérêt mais qui s’avèrent essentielles. »

    Inutile de dire que nous avons persisté dans notre refus, et que nous nous débrouillons très bien, avec force récup et ressources internes, pour « finaliser les équipements qui nous font défaut » et « optimiser notre outil collectif de commercialisation. »

  3. Fabrice,
    à l’instant, en faisant la vaisselle, le retournement de monsieur Genest me rappelle furieusement les Rigolus et les Tristus. Vous devez connaître ça. J’ai retrouvé il n’y a pas longtemps quelques vieux numéros de Pif Gadget, journal auquel j’ai été abonnée avant même de savoir lire par mes parents (à l’époque membres du PCF). Dans un numéro de septembre 71 – que j’ai dû avoir entre les mains même si je n’avais que trois ans et demi alors – il y a un épisode de cette étrange BD à laquelle, même quand j’ai su lire, je ne comprenais à peu près rien et pour cause : je me rends compte aujourd’hui à quel point elle jouait sur la métaphore politique.
    Pour eux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents communistes, ou qui sont trop jeunes, les Rigolus, c’étaient les rouges, heureux de vivre et toujours en train de s’esclaffer ; et les Tristus, sinistres, comme leur nom l’indique, c’étaient…les verts. Ha ha. Et sans cesse les uns cherchaient à contaminer les autres, avec succès parfois, ce qui se traduisait par un changement de couleur du personnage concerné, dans un sens ou dans l’autre, sous les yeux horrifiés de ses camarades.
    Tout ça me passait complètement par-dessus la tête à l’époque. Aujourd’hui, je trouve cette BD quasi géniale, même si la situation politique réelle à laquelle elle fait référence n’est plus d’actualité.

  4. Je me demande parfois où et quand s’arrêtera cette folie du développement. Et quand je pense que certains parlent encore de « progrès » !!!

  5. A ce que je sache, ce sont les Etats qui sont responsables de la protection de l’environnement et des citoyens, qui font les lois et qui les font appliquer. Ce ne sont pas les organisations, ONG, etc. Et ce sont donc les Etats qui sont les vrais responsables de la dégradation de la nature et de nos conditions de vie. La vidéo suivante (ne regardez que entre 1mn45 et 2mn45 si vous n’avez pas le temps) http://www.nous-les-dieux.org/The_Story_of_Stuff illustre très bien le rapport entre l’Etat et les lobbies. Ce sont eux, la cible.
    Pour moi, la santé d’un écosystème (au sens large) est directement liée à la santé de l’Etat, c’est-à-dire à sa capacité à nous protéger contre les destructeurs, isolés ou regroupés en lobbies. C’est un combat citoyen, peut être une nouvelle révolution à faire, nous-mêmes, et aucune organisation ne le fera à notre place. Non ?

  6. VAL DE SUSA « Témoignages No-Tav Bussoleno
    Pour Titi, arrière grand-mère qui a maintenant une jambe cassée. Nicoletta, battu et humilié. Pour Alberto, arraché par la force. Pour Mark, criminalisé parce qu’il donne la réplique à un policier, en le saluant avec un ‘A la fin je t’aime ». Pour Ermelinda,à l’hôpital la tête ouverte à coup de matraques. Pour les commerçants qui ont vu leurs vitrines éclatés par la po…lice et que personne ne va payer. Pour tous ces hommes et ces femmes et tout ceux qui cette nuit (28 février 2012) , ont été meurtris, blessés. Pour Luc, toujours coincé dans un lit d’hôpital (Coma artificiel). Pour nos camarades en prison, pour ceux qui sont encore enfermés à la maison ou dans leur ville. Pour nos administrateurs (Elus et responsables communaux) qui mettent leur temps, leurs capacités et leurs corps. Pour nos pères et mères, pour nos enfants et petits-enfants ee. Nous bloquons tout, partout!
    C’est toute une populations des villages entiers où tout le monde se connait, des gens attachés à leur terre, leur culture et leur pays. Ce qui explique leur capacité de résistance face à l’Etat Italien à la botte des intèrêts financiers Européens et du lobby pro-LGV Français. »

  7. Cher Fabrice,

    Ces trois articles qui font une belle suite, sur « le principe industriel » et celui-ci qui en quelque sorte enfonce le clou, m’interpellent fortement (et je ne suis pas le seul si l’on lit les commentaires, instructifs et intéressants). Il me semble que l’industrie pose une question a laquelle la logique seule ne peut pas répondre, et que personne ne peut esquiver longtemps (et surtout pas ceux qui croient l’avoir résolue pour de bon, ni les positivistes rationalistes ni même « unabomber », qui ne répondait a la violence industrielle que par une violence plus stupide encore, ni ceux qui se croyaient loin de ces problèmes, que ce soit les communautés en autarcie volontaire ou les communautés tribales qui sont d’autant plus vulnérables a la dépossession et a la mise en esclavage industrielle que rien ne les y avait préparées !)

    Bien sur la fraude existait avant l’industrie, et peut-être lui survivra. La fraude c’est essentiellement lorsqu’un petit groupe de personnes parvient a contrôler et a s’assujettir la complicité d’un plus grand nombre, qui a son tour bénéficie de l’ignorance, soigneusement construite, d’un plus grand nombre encore.

    Je ne sais pas qui a écrit que l’art de l’ingénieur consiste a transformer la nature en capital, et je ne sais plus qui m’a fait connaitre cette phrase, peut-être Debal Deb, ou bien Bertrand Louart… C’est un fait difficile a nier, en effet. L’industrie a bien tendance, profondément, a « frauder » la nature.

    Mais regardons autour de nous, notre vie pleine de paradoxes. Si l’on se « protège » d’internet, comment avoir accès a l’information que l’on souhaite, et cela augmente-il nos chances d’y faire face sans en être victimes ? Comment être contre l’industrie lorsqu’on tape sur un clavier d’ordinateur ? Unabomber faisait ses bombes avec du bois, cela les rendait-elles plus « écologiques » ou au contraire, encore plus pathologiques, stupides ?

    Je crois qu’en exerçant un métier technique ou industriel, on comprend qu’il y a une logique dans l’industrie qui n’est pas essentiellement la fraude, mais autre chose.

    Il y a surement une voie vers une réponse lorsque Pierre Rabhi dit que « l’acte le plus révolutionnaire que l’on puisse faire aujourd’hui c’est cultiver sa terre correctement » (et Bertrand Louart évoquait la même chose a propose du métier de menuisier il y a déjà de nombreuses années !)

    Pour mon métier (architecte) je me tourne toujours vers les solutions manuelles et locales a priori, mais j’accepte des solutions « industrielles » comme la fibre de verre ou une pelleteuse, si ça permet de rendre moins cher une construction en bambou ou en terre. Et l’industrie, chassée ostensiblement par la grande porte, s’immisce par celle de derrière !

    (le blog plus haut n’est pas de moi, mais il est très chouette… et j’y apparaît a un endroit 😉

  8. Hélène,je pense que cette folie du développement s’arrêtera lorsque les ingénieurs fonctionnaires des ponts et chaussées, ne seront plus rémunérés sur le montant des travaux qu’ils font accomplir ; Alors, ils verront peut-être les choses autrement.
    il faut aussi faire évoluer l’enseignement qui leur est dispensé vers plus de connaissance de la nature.
    Dans une quinzaine d’années , ces étudiants arriverons, car en ce moment, à l’école primaire, on forme la nouvelle génération à tous ces problèmes d’environnement;
    A moins que la volonté politique change les choses, des verts au pouvoir …

  9. Marieline, sans vouloir vous casser le moral, ce que vous appelez si généreusement de la « formation » aux « problèmes d’environnement », et qui serait dispensée par l’école, c’est du pipeau complet. De la peinture verte, du blabla consensuel, de pauvres clichés rebattus, au mieux. Quelques gamins, avec le sérieux de l’enfance, en garderont sûrement quelques minuscules choses – mais comme, en plus, ce qu’on leur raconte est la plupart du temps faux en plus d’être creux, et que les enseignants n’ont aucune compétence sur le sujet (et on ne peut leur en vouloir là-dessus), ce qui vous fait espérer me fait, à moi, craindre le pire. Mais je suis sans doute trop négative…

  10. Oh la la, quel courage il m’a fallu pour tenir le coup 6 minutes 48 !

    Je retiens surtout une chose et là, vraiment, c’est pour moi réellement LA bonne nouvelle du jour : il y a une avancée au niveau de la méthode !

  11. @Laurent Fournier,

    Pierre Rabhi parle certainement de cultiver sa terre mais en vue de son besoin, de sa famille, de ses amis majoritairement.

    Idem pour Bertrand qui est menuisier / ébéniste avant tout pour le réseau communautaire Longo Maï.

    Là se situe la différence.

    Nous en avons déjà parlé et je ne vais pas vous imposer un resucée mais on pourra débattre sans fin du bon travail de l’artisan, l’AMAP, du gentil magasin collectif de la conf’ contre les méchants industriels.

    Ils font partie de la même forme de vie -capitaliste-.

    Celle qui s’est fait coloniser par le fétichisme de la marchandise(*), une transformation de l’intérieur depuis environ le XVI è siècle avec le déploiement des catégories de base du capitalisme le travail abstrait, l’argent, la marchandise, le capital, la valeur.

    Tant que nous aurons cette forme de vie et que nous ne remettrons pas en question le travail -produire des marchandises qui ne répondent pas à un besoin pour les vendre à d’autres et acheter des marchandises produites par d’autres, on aura droit à l’industrie puisque ce qui rend commensurable toute la production, la valeur, est le temps de travail abstrait contenu dans les marchandises et là, les robots nous foutrons toujours la pâtée.

    (*) le fait que la marchandise a deux faces, sa valeur d’usage et la valeur ou travail abstrait, une simple dépense de temps, de réflexion, de muscle.
    Et seule sa deuxième face compte puisqu’elle contient le ciment de la société capitaliste dans lequel les rapports sociaux sont objectivés.

    Pour citer PMO :
    « Tant que l’on nous réduira à l’état de robot, les robots nous réduiront à néant »

    A mon sens, qui n’est peut être pas celui de PMO, on est réduit à l’état de robot par une domination impersonnelle et indirecte -le véritable sujet automate de tout ça : le capital- en acceptant de travailler pour de l’argent la majorité de son temps de vie (hebdomadaire).

    Je ne sais pas si c’est clair mais…oh ! stop le perruquage, faut que je me remette au boulot moi !

    😀

  12. Pour le dire autrement, j’aimerais citer le philosophe Michel Henry -encart du bulletin Sortir de l’économie n°2 p.14:

    De la rupture du lien vital immédiat
    de la production et de la consommation
    et de sa signification dans notre être.

    « La rupture du lien vital immédiat de la production et
    de la consommation, l’émergence entre elles de la circulation des
    marchandises avec ses lois propres, ne réagit pas seulement sur la
    consommation tributaire désormais du cours des choses, mais
    d’abord sur la production, laquelle se trouve modifiée dans sa
    nature même. Parce qu’elle n’est plus l’activité du besoin travaillant
    à se satisfaire, parce qu’elle produit un objet qui n’est plus le sien,
    l’objet de son besoin, mais qui est destiné à être vendu, un objet
    indifférent, la production perd le sens qu’elle avait immédiatement
    pour l’existence, la téléologie de la vie n’habite plus en elle : ‘‘ la
    production n’est plus une fin pour moi mais un moyen ’’ (Marx)
    »
    Michel Henry, Marx, Une philosophie de l’économie, tome 2, Tel,
    Gallimard, 1991, (1976), p. 81-82

  13. « Genest a bel et bien rejoint le camp de la destruction et je suis écœuré comme rarement je le fus. »

    Pareillement écoeurée.

    « Jamais, quand c’est la vie elle-même qui s’en va, on a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base de la démocratisation actuelle et le souci d’une culture qui n’a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie. »

    Antonin Artaud, 1938, in Le théâtre et son double.

    Je viens de m’engueuler comme il faut avec « Libérons l’énergie » qui, finalement refuse que Solar Fire participe au prochain débat sur le sujet où ne sont admis « que » les asso à but non-lucratif. Ils avaient compris qu’on voulait vendre nos concentrateurs… les bras m’en sont tombés.

    Je vous mets la lettre que j’ai adressée à Greenpeace, Sortir du Nuke et le Comité Convergence Energétique, j’ai besoin de partager ça.

    « Bonjour et merci de vos réponses,

    Nous sommes souvent en France et animerons bientôt des ateliers de construction à l’Ecocentre du Périgord.

    C’est vraiment dommage que l’esprit français soit si étroit et se cantonne toujours aux même choses. Dommage aussi que la compréhension de l’anglais soit si faible d’une manière générale car si vous aviez bien lu le but de Solar Fire n’est pas le profit mais la mise en place d’une forme inédite d’entreprise : un entrepreneuriat social et solidaire où tout ce qui s’adresse aux individus est gratuit en ligne (modèle de l’Open Source) et où quelques produits destinés à une production de petite industrie locale sont en vente pour nous permettre de continuer (avec des salaires ne dépassant jamais 1000e/mois, quand salaire il y a).

    Je suis désolée de vous le dire mais votre distinction « association sans but lucratif » et « entreprises » est complètement dépassée. C’est dommage mais c’est ainsi : seul le monde de l’entreprise est prêt à prendre des risques concrets et tout ce qui vient de l’entreprise n’est pas forcément « mauvais ».
    La plateforme Imagination for People (http://www.laseiche.net/metiers/portraits-23/article/frank-escoubes-et-la-creativite-de) vous renseignera sur l’émergence de tous ces entrepreneurs qui veulent faire autrement, et proposer vraiment des outils d’autonomie aux gens. Je vous envoie aussi un lien avec l’entreprise indienne avec laquelle nous travaillons, Tynitech (http://www.thedifferentmagazine.com/ecologie/mieux-comprendre/interview-v-k-desai-patron-de-tinytech-en-inde.html).

    Pas une seconde nous avions dans l’idée de vendre quoi que ce soit en participant. Est-ce que vous percevez l’aspect innovant de ce travail ? Soudain, on peut se passer de toute énergie thermique payante, construire soi-même sa machine et monter son four de boulangerie, créer un grand séchoir alimentaire pour le village, torréfier, chauffer des serres, faire tourner des moteurs à vapeur…

    Au lieu d’attendre qu’une hypothétique équipe gouvernementale se réveille et s’affranchisse du modèle énergétique actuel en adoptant, par exemple, l’excellent scenario Negawatt, je suis plutôt d’avis que la société retrousse ses manches et s’empare elle-même, comme une grande, des outils disponibles pour récupérer son autonomie et ré-installer de la démocratie directe. Parmi ces outils (villes en transition, réseau open source écology), il y a le Solar Fire, moitié en France, moitié en Finlande.

    S’il vous plaît, faites circuler ce message qui ne vous est bien évidemment pas personnellement adressé mais qui part d’un constat. Lancez ce débat là aussi. Car on arrive très bien en France à faire des pétitions, des rassemblements, des rapports, des chaînes humaines mais pour l’instant, sur la question de l’énergie hormis le Gérès et Bolivia Inti, avec de formidables fours solaires de cuisine, et des sociétés comme Enercoop, QUI sont les acteurs sociaux concrets de la transition énergétique à part des entreprises d’éoliennes et de PV généralement fabriqués en Chine ?

    La réflexion sur le changement énergétique est aussi cruciale que complexe. Je ne pense pas du tout que Solar Fire soit « la » solution, c’est juste « une » des solutions dans un faisceau de propositions très concrètes. Dommage de ne pas pouvoir participer aux débats pour une question de « statut ». Il me semble qu’après Fukushima et la conférence de Yokohama on est un peu en état d’urgence et qu’on doit tous coopérer, non ?

    Cordialement,
    Eva Wissenz
    http://www.solarfire.org

    J’ai reçu une réponse, très gentille du coordinateur logistique que je vous résume : c’est formidable ce que vous faites, pourquoi ne contactez-vous pas les Colibris ?

    Y a des jours comme ça.

  14. A Lionel, très vite car pas le temps

    Oui, on pourrait débattre à l’infini, et pour commencer des définitions sur lesquelles vous vous appuyez. Elle m’ont l’air étonnamment rigides et monolithiques. Travail, Marchandise, Valeur, Besoin, Objet, même, semblent n’avoir pour vous qu’un seul sens, pauvre, étroit, théorique – abstrait, c’est-à-dire, de fait, sans rapport aucun avec le réel qu’il prétend décrire.
    Un seul exemple de la totale insuffisance de ce Dogme pour appréhender la complexité chatoyante de la vie :

    Pour Michel Henry, que vous citez, un objet « destiné à être vendu », est par définition « indifférent. Michel Henry n’a sûrement jamais eu la joie, jamais éprouvé le besoin, vieux comme l’humanité, de fabriquer un objet de ses mains, et ce non pas pour le vendre, ni même pour répondre à un besoin (mon Dieu, cette vision glaçante de la vie découpée en « besoins » vrais et faux – mais qui donc peut dire où passe la frontière ?), mais parce que l’amour d’une matière, des formes, des couleurs, et de leur assemblage, nous y pousse. Rien, absolument rien à voir avec l’objet industriel sorti à la chaîne des usines, qui porte pourtant le même nom. Et lui est-il, vous est-il venu à l’idée que vendre cet objet (et faut-il rappeler que commerce et capitalisme ne font pas un ?), loin d’être un signe de l’indifférence qu’on lui porte, peut au contraire être une façon de le partager ? Le commerce – que je n’aime pas, étant moi aussi dogmatique à mes heures – est aussi, je le découvre et pourtant ça n’est pas nouveau, une variante de l’échange. Les objets que je fabrique, j’ai commencé à les fabriquer par nécessité, BESOIN INTERNE, parce que j’éprouvais le DESIR irrésistible de transformer de vieux tissus en belles choses. Que d’autres veuillent les posséder et aient de la joie à les acheter, c’est la bonne surprise qui m’est échue par la suite. Je ne les force pas. J’ai parfois du mal à vendre, mais j’aurais aussi, pour toutes sortes de raisons où l’économie n’a que très peu de part, du mal à donner. Et fabriquer, qui est une joie, est aussi un travail, au meilleur sens de ce mot.
    Je lirai peut-être un jour Michel Henry. Mais votre vision des choses s’enrichirait sans doute à la lecture de gens comme Bachelard ou Giono, s’ils réussissent – hélas je n’y crois guère – à vous communiquer la dimension poétique, impalpable mais essentiellement humaine, de toutes ces réalités complexes que sont Travail, Objets, Besoin et les autres.
    Et maintenant j’y retourne, et avec JOIE
    Bien à vous

  15. @Valérie Quilélis

    Vous me semblez mélanger travail sous le capitalisme et activité transhistorique, donc
    on n’en sortira pas.

    La vie empêtrée dans ces catégories modernes : Travail abstrait, Marchandise, Valeur.
    Qui est la vie économique actuelle -qui n’a rien a voir avec votre ‘vieux comme le monde’, elle est bien triste, étriquée et monolithique.

    Sinon, avant de vous attaquer à Michel Henry, commencez plutôt par « Anselm Jappe : Crédit à mort, ed. Lignes 2010 » pour appréhender la totalité sociale qu’est le travail sous le capitalisme et la forme de vie à laquelle on n’appartient tous.

    La common decency d’Orwell se réduit alors à travailler pour son salaire et trouver des boucs émissaires.

  16. @ Lionel,

    Pierre Rabhi et Bertrand Louart sont les deux personnes/auteurs que je connais qui ont écrit que « faire son travail correctement » est « révolutionnaire ». Je ne pense pas que ce soient les seules personnes a penser ainsi, mais je trouve cette phrase vraiment remarquable !

    Concernant Michel Henry, j’ai un peu de mal a le comprendre… Je ne crois pas qu’il ait jamais existé, nulle part, un « lien vital immédiat de la production et de la consommation ». Les humains n’ont jamais produit en fonction d’un « lien vital ». Cette idée qu’il existait un « lien vital » entre la production et la consommation est une idée essentiellement industrielle, voire capitaliste. Au fond, l’industrie n’est qu’une manière de tenter d’organiser rationnellement le lien, conçu a priori comme « vital » entre production et consommation. On peut critiquer son approche, mais on ne peut nier qu’elle présuppose que le lien est de nature « vitale » et qu’elle tente d’appréhender ce lien de manière rationnelle. Par contre, les quelques études anthropologiques que j’ai lues (et mes perceptions ponctuelles dues au hasard des rencontres) montrent que le lien entre production et consommation est très très peu « vital » et semble plutôt essentiellement culturel.

    Ceci dit, la citation de Michel Henry et de Marx, sur la « téléologie du travail », est assez énigmatique et fascinante. Elle me rappelle Simone Weil, qui écrivait qu’en fin de compte, la seule vraie justification des choses est la beauté, et aussi Maître Eckhart, qui disait dans un sermon que la seule véritable justification pour « opérer » une oeuvre, ne peut être que l’oeuvre elle-même, et rien d’autre. Ce qui était assez radical, je ne sais pas si une telle pensée serait acceptée aujourd’hui dans un cadre aussi ostensible et proéminent que l’était un sermon d’église a l’époque…

  17. Lionel

    Il me semble que c’est de vous qu’est venu l’amalgame en premier lieu.
    Et en second lieu il me semble que ce que vous appelez activité transhistorique et ce que vous appelez travail sous le capitalisme ne sont pas toujours distinguables, ce qui était un peu ce que je cherchais à dire.
    Mais vous avez raison on n’en sortira pas, et vous êtes sans doute bien meilleur théoricien que je ne le suis. Sortons-en donc tout de suite, et bonne soirée.
    Bien à vous.

  18. Valérie,

    Avec plaisir je ne vais pas assombrir votre champ lexical de la JOIE au travail, merci pour le compliment condescendant sur ma qualité de théoricien.

    Cela dit, lisez au moins cet article qui exprime mieux que moi ce que j’essaie de vous dire et je note qu’à chaque fois on me répond que c’est moi qui fait un amalgame, le monde est inversé :

    Sortir les AMAP de l’économie du bulletin gratuit Sortir de l’économie n°2.

    Bien à vous.

  19. Laurent Fournier,

    On ne se comprend pas non plus. C’est inversé aussi chez vous et je n’ai pas envie de vous ennuyer.

    Tant pis, bonne soirée.

  20. Hello,

    « Pierre Rabhi parle certainement de cultiver sa terre mais en vue de son besoin, de sa famille, de ses amis majoritairement. »

    Attention! 🙂 La conseillère financière est de sortie. Modeste … 😉

    Il ne faut pas vendre, mais DONNER. CADEAU. OFFRIR.

    Tout ce qui est au delà de nos réèls besoins alimentaires et pécuniers, doivent allez voir ailleurs. Le reste pareil. Pas d’accumulation, si ce n’est de l’amour.

    Si nous avons un poulallier, une dizaine de pensionnaires mademoiselles poulettes, combien d’oeufs? Normalement il faut manger deux oeufs par semaine, par personne, donc les restants iront faire l’omelette chez des gens qui n’ont pas les moyens de se nourrir correctement.

    C’est ce genre de « réseau », (j’aime pas le mot) qu’il faut tenter de mettre en place. Entre aide et gratuité. Le problème c’est les gros profiteurs. Vigilance. Il y en aura toujours, mais tout le monde sait plus ou moins qui est dans le vrai besoin, dans sa propre commune.

    Plus de tels « réseaux » seront crées, plus le coup de pied dans la fourmilière sera efficace …

    Il nous faut inventer un monde nouveau.
    Un monde ou le mot « manquer » doit reprendre sa juste place.

    Que nous manque t’il vraiment? Je me répète, mais faire le tri entre besoins et envies, est crucial. Sinon, ce n’est pas même la peine de le rèver, ce monde nouveau!

    Le haut lieu et ses sbires assoiffés de fortunes savent que peu s’y mouillerons. Uniquement par peur de manquer, et mauvaises habitudes de facilités. Montrons a tout ces nantis, nantis, grâce à notre comportement de consommateur idiot, que nous n’avons pas les même valeurs et nous pouvons très bien nous dépatouiller sans eux.

    :)))

    Pessimisme: Ne nous leurrons pas, nous sommes sur un siège éjectable. Les nantis aussi, mais au soleil. Le mur n’est pas loin. Pas néccessaire de rentrer dans les détails. Nous savons tous lire … et sommes bien informés.

    Optimisme: Vous vous rendez compte? C’est une chance inouie pour un changement radical. Sans armes, sans haine, sans violence, et sans gourou. 🙂

    Soyons dignes, dignes pour nos enfants, tout les enfants
    Pour nos ainés, tout nos ainés
    Pour tout les humains
    Pour tout le monde animal
    Pour tout le monde végétal
    Pour tout qui fait que le mot humain a un vrai sens. Celui du coeur.

    Oula! Cela fait un peu discours « nouille âgée ». 🙂 No, no, pas de gourou! C’était précisé plus haut!

    Merci a toutes et tous. Je vous embrasse. Belle fin de semaine.

    La dignité d’un homme seul, ça ne s’aperçoit pas.
    La dignité de mille hommes, ça prend une allure de combat.

    René Char.

  21. Bonjour Lionel,

    En parcourant l’article sur les Ampap, que je ne lirai pas en entier, en tout cas pas ce matin, parce que ça m’énerve, il me vient à l’esprit un slogan vu sur un mur d’Athènes : « Agis ou tais-toi ».
    Et j’aimerais pouvoir répondre aux signataires de cet article que « paysan » signifie une relation directe avec un pays, une terre. C’est une relation à la nature qui n’est pas du tout la même que dans des systèmes plus intensifs. Il existe bien quelques MAE ou natura 2000, mais ces contrats ne s’inscrivent pas dans le temps. Entretenir une relation avec des écosystèmes, au fil des saisons et des aléas climatiques et faire en sorte que ces interactions perdurent dans le temps, en transmettant les connaissances nécessaires acquises depuis des millénaires, ça n’entre pas dans l’économie des hommes et encore moins dans un marketing quelconque. Et c’est ça, être paysan. Mais je ne crois pas que les types ou filles qui signe ce genre d’article s’intéressent vraiment aux paysans qu’ils préfèrent considérer de manière moins noble.

    ps: désolée pour le hors sujet, mais de toute façon, je préfère m’abstenir de dire ce que je pense de FNE.

  22. Laurent, j’ai beaucoup apprécié votre réponse d’hier à Lionel, sans doute envoyée à peu près au même moment que la mienne. Elle dit la même chose, je crois, quoique de façon très différente.

  23. LBL, évidemment qu’il faut donner. Je donne, on me donne, toutes sortes de choses. Même pas le peine d’en parler tellement ça va de soi. Mais à force de m’en foutre, du fric, parfois je me sens friser le suicide à petit feu. Si je vous prends comme conseillère financière, ça ira juste un peu plus vite. Je vais y songer 🙂

  24. A Petite Bergère

    M’autorisez-vous à me servir de votre belle définition de « paysan » dans un des débats qui animent régulièrement notre association de producteurs ? La prochaine AG ne va pas tarder et je sens qu’avec ces histoires de Réseau on va encore tourner autour de cette question, toujours plus épineuse qu’elle n’en a l’air, même pour les paysans eux-mêmes.

  25. Petit bergère,

    Ce matin sur France Inter en direct du Salon de l’Agriculture, des « paysans » (les JA) étaient interviewés, c’était du lourd : le productivisme a de beaux jours devant lui.

    Je suis 200% d’accord avec toi sur le mot paysan – qui dérive de pagus (celui qui fait le pays) et ses liens avec un pays, une terre, la transmission des connaissances et caetera.

    Cela dit, les paysans n’ont pas échappé et se sont fait happer comme tout le monde par les catégories de la société capitaliste qui se sont déployées ces derniers siècles et, eux aussi, ont épousé bon gré mal gré la forme de cohésion sociale qui caractérise la société capitaliste.
    Celle qui est structurée par l’argent, les marchandises et le travail abstrait qui est la valeur de la société dans laquelle nous baignons.

    Cela n’a rien d’évident, et c’est là pour moi que tous nos problèmes prennent racine.
    Ce pour quoi nous nous activons pour la production ne nous est pas destiné, mais est fait dans le but de gagner de l’argent pour acheter ce que d’autres ont produit.
    Ce qui crée une interdépendance totale de rouages hyper-spécialisés dont je suis et nos milliards d’action collectives nous échappent en ce constituant comme une force se retournant contre nous.

    Cette réflexion s’appelle la critique de la valeur est c’est une réflexion qui saisit une totalité sociale objective et accepte de regarder le monstre en face sans rechercher de boucs émissaires.

    C’est ce que j’essaie de contextualiser avec beaucoup de mal ici depuis deux trois ans, puisqu’on me renvoie l’image de l’oisif pensant -dans la théorie, le rêve- bien opposé à celui qui sait de quoi il parle parce qu’il est sur le terrain.

    Pour moi ce n’est pas incompatible et nous avons besoin des deux et nous pouvons faire les deux.

    Concernant l’article je connais bien les auteurs et ils ne méprisent pas du tout les paysans, bien au contraire.

    Ils invitent à ne pas idéaliser l’économie sociale et solidaire et à ce que ce modèle évolue en une espèce de coopérative de « prosommateurs » – contraction entre producteurs et consommateurs dont le lien entre l’effort et le besoin reste direct, puisque la production est dirigée vers eux. Un peu comme l’association côté jardins de Lyon qui est excellente.
    Où les gens au lieu de payer un jardinier de famille (AMAP), vont sur le terrain obligatoirement participer à la production et apprendre les connaissances oh combien vitales et précieuses dont tu parles.

  26. je copie colle car on peut perdre le lien

    Gilbert Bros : les malfaisants et le bon sens paysan

    Ce sont ceux qui détruisent l’économie et les emplois, qui ruinent la France. Je veux parler des écolos:

    Directive nitrates,
    réglementation phosphore,
    épandages des effluents d’élevage,
    Natura 2000,
    sites classés,
    Schémas d’Aménagement et de Gestion de l’Eau,
    espaces naturels sensibles,
    restriction de l’irrigation,
    réduction des produits phytosanitaires,
    zones humides,
    zones naturelles,
    directive habitat,
    zones d’intérêt faunistique et floristique,
    interdiction de couper les arbres en forêt,
    Trame verte et bleue
    Schéma Régional de Cohérence Ecologique,
    Schéma Régional Climat-Air-Ecologie,
    Plan Régional d’Agriculture Durable…

    Tout cela tue économiquement l’agriculture qui perd sa compétitivité par rapport au reste de l’Europe.Il en est de même dans tous les secteurs de l’économie et la France va droit dans le mur. Je plains mes enfants et mes petits enfants. Et tout cela parce qu’une poignée de fanatiques, de doctrinaires et d’irresponsables, pousse à faire des lois dans ce sens. Ce sont des bobos souvent payés à ne rien faire qui nous empoisonnent gravement.

    Les politiques sont-ils capables de faire face ? Non assurément. Entre Hollande qui nous amènera à nous éclairer à la bougie et Sarkosy qui nomme cette greluche bobo, écolo du Grenelle de l’Environnement comme porte parole de sa campagne électorale, on est foutu.

    Il ne reste plus qu’à espérer une révolution de tous ceux qui subissent la tyrannie des DREAL, des Agences Régionales de Santé et des écolos, qui voient leur sentreprises fermer ou leur revenus diminuer. Le bon sens s’est envolé partout sous la pression de ces malfaisants d’écolos qui sont même là où on ne les attends pas.

    Par exemple, ils ponctionnent le FEADER et nos impôts pour investir 75.000€ à construire dans les carrières de Solignac, tenez-vous bien, des abris pour les chauves-souris. Les clochers de nos églises en abritent déjà des milliers.

    Alors, Messieurs les élus, tant pis pour le triple A pourvu qu’on abrite des chauve-souris ??? Souvenez-vous que les électeurs ont encore du bon sens, eux

  27. Lionel, pas besoin de ne pas idéaliser une économie sociale et solidaire agricole. La perte d’une ou plusieurs récoltes s’en chargent déjà. Sans parler de ce qui se trame au niveau des évolutions climatiques…
    Je suis désolée de le dire encore, surtout que je comprend bien ce que tu écris, mais les réalités de terrain sont toujours la première des réalités et se contrefichent des idéaux aussi poussés soient-ils.
    Et il me semble que chaque action qui vise à ramener une population essentiellement citadine vers un apprentissage de l’agriculture vivrière et de ces réalités est a souhaiter. Et tant pis si cet apprentissage est structuré par l’argent. Il me semble que cela est une première étape avant un réelle réappropriation des terres par au moins une partie la population. Cela ne te semble-t-il pas vital, dans les années a venir?

    Sinon, laissez tomber le salon de l’agriculture et ce M.Bros, ce sont les mêmes boulets !

    Pour Valérie Quillis, merci, vous me faites plaisir!

  28. Lionel

    Toujours difficile pour moi de cesser de dialoguer, alors me revoici.
    Votre exemple un peu plus concret de tout à l’heure donne une meilleure idée de ce que vous voulez dire, et ça n’a rien d’absurde. Bien au contraire. Mais il y a des objections, et pas des moindres. Très bassement concrètes, j’en ai peur. Ou dois-je dire réelles ?

    Quelque chose de profondément idéologique continue, j’en suis désolée, de me faire un peu froid dans le dos dans vos propos et ceux des auteurs que vous citez – ce mot, « idéologique », étant beaucoup plus approprié que « théorique », que j’ai utilisé jusqu’ici parce que je suis allée trop vite.
    L’adverbe « obligatoirement » que vous employez, par exemple, entr’ouvre de drôles de perspectives. Y aura-t-il des commissaires politiques, dans ce monde idéal, chargés de vérifier qu’on est bien allé au cours de jardinage ? J’exagère ? Peut-être. Ou bien je pousse simplement la logique de vos propositions jusqu’au bout. Et n’a-t-on pas déjà vu ça ?
    Autre chose. Qu’il faille tendre vers ce que vous dites, j’en suis convaincue, et ma vie a considérablement gagné en profondeur et en sens depuis que je dispose de mon temps et que je peux en consacrer une grande partie à répondre à mes propres besoins au lieu de gagner de l’argent destiné à payer des gens qui vont le faire à ma place. Mais, et ce mais est de taille, je ne suis pas non plus disposée à retourner à la survie, c’est-à-dire à ne plus passer ma vie qu’à répondre à mes besoins vitaux. D’ailleurs, je vais me répéter, qu’est-ce que c’est, un besoin vital ? Manger, boire, respirer ? Houla. Et le reste alors ? Sans la spécialisation de certains, et sans l’argent, cette drôle d’invention, fini la lecture, l’écriture, la pensée, l’art, fini la création motivée par la seule beauté, fini la contemplation et la rêverie, fini la poésie, la littérature, en somme fini « le superflu, cette chose si nécessaire ». Autant crever tout de suite. J’aime bien faire pousser mes tomates, chaque année, j’aime de plus en plus chercher à réparer, récupérer, trouver ce dont j’ai besoin, oui, mais je n’ai aucune envie de passer ma vie à faire du maraîchage, de l’élevage et de la mécanique. Est-ce un crime ? D’autres le font, j’espère pour eux que c’est par goût, mais je ne peux pas décider à leur place ni vivre leur vie à leur place, et heureusement. Je leur achète ce que je ne peux et veux pas faire moi-même parce que j’ai d’autres chats à fouetter. Cet acquis-là, appelons-le acquis de civilisation, j’avoue y tenir par-dessus tout. Va-t-il nécessairement avec le capitalisme ? Je n’en sais fichtre rien, mais j’espère que non.

  29. A Marie

    Je reconnais là les propos effarants mais ordinaires d’un tas de gens, ici ou ailleurs. Le plus étonnant pour moi, c’est leur conviction – alors qu’ils occupe tous les postes de commandes et que leur vision des choses constitue la vulgate majoritaire qui nous écrabouille chaque jour et nous empêche de sortir de la logique dingue où nous sommes – d’être persécutés et d’avoir en face d’eux de fous furieux sectaires et intégristes. J’ai reconnu ce même renversement sidérant dans le discours de Krolik l’autre jour, à propos des pro-nucléaires pleins de bon sens, de modération et d’objectivité, et confrontés, les pauvres, à l’attitude « religieuse » des anti-nucléaires.

  30. Un livre qui me semble d´un grand intérêt: « Les marchands de doute » de Naomi Oreskes et Erik M. Conway.
    « Les marchands de doute est un ouvrage remarquablement documenté qui décrypte la stratégie qui a été mise en place, en Amérique du Nord, pour semer le doute, dans le grand public et parmi les élus, dès lors qu´une réglementation environnementale était envisagée. »

    Plus de détails sur le site de « La Buvette des Alpages »:
    http://www.loup-ours-berger.org

  31. A Marie (après, promis, j’arrête)

    En relisant le délicieux Gilbert Bros, je remarque ce « messieurs les élus » qui m’avait échappé à la première lecture. Je trouve que presque tout y est dit.

    A Petite Bergère
    C’est réciproque.

  32. « Ce matin sur France Inter en direct du Salon de l’Agriculture, des “paysans” (les JA) étaient interviewés, c’était du lourd : le productivisme a de beaux jours devant lui.  »

    Oui je savais, je ne supporte pas la FNSEA et leurs rejetons, les JA même si j’essaie de sortir de ce clivage, ils me font hérisser les poils.
    Ce que je regrette c’est que le journaliste les ait appelés paysans alors que ce n’en est pas (fallait entendre comme le gars en question était fier de dire que son métier était moderne avec son barda de GPS et ses machines).

    J’avais demandé il y a deux ans par mail au chroniqueur de France Inter de préciser lorsque ce sont des agriculteurs FNSEA, de dire agriculteurs productivistes, pas des paysans.

    Vers chez moi, à valence, nous avons organisé une soirée contre le puçage électronique par RFID avec les conf de l’Ardèche et de la Drôme et PMO, il y a eu pas mal de monde malgré un temps glacial.
    Il s’en est suivi l’occupation de la chambre d’agriculture et une réunion forcée avec les responsables, président et directeur.

    Comme quoi les idées, la théorie -ici la critique de la technique- a aussi permet d’avoir une prise sur le réel et est nécessaire.

    J’espère que cette action fera de émules pour refuser la RFID.

  33. A Lionel

    Vous me fatiguez. Les idées, et leur articulation avec le réel, j’y passe mon temps, comme beaucoup de gens ici, manifestement. Vous n’avez même pas été capable de comprendre ça, tout confit que vous êtes dans votre autosatisfaction, convaincu que vous êtes le seul à penser (juste), à lire (ce qu’il faut), à essayer de changer les choses.
    Je renonce.

  34. @Valérie Quilis:
    « Y aura-t-il des commissaires politiques, dans ce monde idéal, chargés de vérifier qu’on est bien allé au cours de jardinage ? J’exagère ? Peut-être »

    Non non vous êtes en deçà, je comptais pucer les adhérants par RFID, mettre des chiens de garde, des soldats et des miradors.

    « Quelque chose de profondément idéologique continue, j’en suis désolée, de me faire un peu froid dans le dos dans vos propos et ceux des auteurs que vous citez  »

    Vous au contraire vous êtes pragmatique c’est ça ?
    J’ai déjà entendu ça quelque part.

    « Vous n’avez même pas été capable de comprendre ça, tout confit que vous êtes dans votre autosatisfaction, convaincu que vous êtes le seul à penser (juste), à lire (ce qu’il faut), à essayer de changer les choses.
    Je renonce »

    Allez salut !

  35. Valérie Quilis: Bonjour, moi aussi j’ai beaucoup apprécié votre message, qui effectivement exprime essentiellement la même chose que ce que je voulais dire, mais d’une manière tellement différente, plus personnelle et plus vivante !

  36. Lionel: J’aime bien ce que vous faites contre la RFID. On peut avoir des idées différentes (et heureusement) et respecter tout autant ce que font les uns et les autres, et si une action utile semble avoir besoin d’une justification que l’on ne comprend pas, qu’importe ! C’est ce qui rend la vie moins monotone…

  37. Allo,

    🙂

     » Respecter tout autant ce que font les uns et les autres « .

    Ce sont les différences qui font notre richesse.

    Belle soirée,

  38. Laurent Fournier,

    Le pire c’est que je suis d’accord avec vous concernant l’activité productrice qui était culturelle et enchâssée dans d’autres pratiques, activités avec un rapport au temps « poreux » (Alain Corbin).

    On butte sur le mot vital : pour moi et d’autres cela signifie, même si c’est inconscient pour ces sociétés pré-capitalistes, la reproduction des conditions de vies (nourriture, habitat, habits).

    Ce qui est important est que ce qui était produit était utilisé par devers soi majoritairement et non totalement destiné à l’échange, même si le troc, l’échange marchand existait, il n’était pas dominant.

    Et c’est le point de rupture, le basculement, l’inversion majeure qui a défini la société capitaliste et ses fétichismes du travail et de la marchandise, mais tout est dit dans mes précédents commentaires sur ce site et j’aimerais parler d’autre chose que la critique de la valeur.

    Merci à vous.

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