Les bons tuyaux du Figaro (sur Notre-Dame-des-Landes)

Le journalisme policier existe-t-il ? C’est à se demander. L’affaire du vigile blessé par des jeunes, tout près de Notre-Dame-des-Landes, a été copieusement exploitée. Par les promoteurs de l’aéroport dont je vous rebats les oreilles, et cela fait du monde. Mais d’où venait donc l’information de départ, sur laquelle le flan médiatique s’est étalé ? Eh bien de l’exemplaire quotidien appelé Le Figaro. Sous la plume du grand reporter Christophe Cornevin, et sous la forme affriolante, comme vous le verrez plus bas, d’une INFO LE FIGARO, qui marque, dans le jargon de la profession, une exclusivité.

Le Figaro disposant d’une formidable information, il en a fait un scoop. Faut vivre. Passons au commentaire. Le chapeau, c’est-à-dire cette sorte de résumé du papier, en gras, dit que la victime « a été grièvement brûlée aux mains et aux bras ».  Quelle horreur, hein ? Grièvement signifie gravement. Une brûlure grave, a fortiori sur des parties importantes du corps, se conclut souvent par une greffe de peau. On imagine l’homme ainsi atteint sur un lit de souffrance, à l’hôpital. Non ?

Or l’article ne reprend aucunement l’affirmation selon laquelle le vigile aurait été brûlé. Vous lirez comme moi, et à deux reprises, « blessé ». Il y a donc eu montage. L’homme n’est pas brûlé, mais l’émotion a depuis belle lurette tout emporté. Donc, blessé. Gravement ? En ce cas, on imagine des soins intensifs, une perfusion, des blouses blanches, un bulletin de santé. Mais non, les amis, le blessé grave se retrouve avec une Incapacité temporaire totale (ITT) de travail de cinq jours. Cinq. Que vienne le temps où tous les blessés graves de la Terre recevront une ITT de cinq jours seulement !

Continuons. Qui donne l’information ? Mystère. Qui la commente ? Un sous-préfet. Que raconte pour sa part le vigile ? Confirme-t-il le récit donné par le journaliste, qui visiblement n’a pas interrogé la victime supposée, fût-ce au téléphone ? Non. Où cela se passe-t-il ? Près de Notre-Dame-des-Landes, bien entendu, car tout l’édifice repose sur une association géographique entre le lieu de l’agression supposée et la présence dans le bocage de la Bande à Bonnot. Mais où ? Je vous conseille de bien lire, car voici ce qui est écrit : « sur une zone de délaissement où située à proximité de l’endroit où devrait s’installer le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes ».

Est-ce seulement du français ? Non. Tout le reste n’est qu’accusations sans preuve contre le mouvement en cours dans le bocage nantais. Je me permets de poser cette autre question : mais qui est donc Christophe Cornevin, grand reporter au Figaro ? Vous trouverez, après le texte sur l’agression du vigile, un article signé Daniel Schneidermann, en date du 17 novembre 2008. C’est instructif.  Je précise pour ceux qui ne suivent pas l’actualité que l’accusation contre ceux de Tarnac, et notamment Julien Coupat et Yldune Lévy, est tombée à l’eau à force de manipulations et de montages policiers et judiciaires. Oui, lisez cet article de 2008, et je ne doute pas que vous m’en direz des nouvelles.

ET À PART CELA, N’OUBLIEZ PAS LE GRAND RENDEZ-VOUS DE NOTRE-DAME-DES-LANDES, LE SAMEDI 17 NOVEMBRE ! QUANTITÉ DE COLLECTIFS ONT ÉTÉ CRÉÉS, ÇA PROMET !

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1/LE PAPIER DU FIGARO QUI A LANCÉ TOUTE L’AFFAIRE

       Notre-Dame des Landes : un vigile blessé dans la nuit

       Par Christophe Cornevin Mis à jour

INFO LE FIGARO – La victime, prise à partie par une vingtaine d’inconnus dans        la nuit de lundi à mardi, a été grièvement brûlée aux mains et aux bras. Sa voiture a été   incendiée.

Un vigile a été grièvement blessé dans la nuit de lundi à mardi alors que ce dernier surveillait un ancien squat évacué par décision de la justice sur la commune de Fay de Bretagne (Loire-Atlantique), sur une zone de délaissement où située à proximité de l’endroit où devrait s’installer le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Vers 3 h 30, l’agent de gardiennage a été pris pour cible par une vingtaine d’inconnus cagoulés et armés de gourdins alors qu’il était posté, au volant de sa voiture, devant une maison récemment évacuée. Les agresseurs ont aspergé son véhicule de produit inflammable. «Ils ont discuté pour savoir s’ils le laissaient dedans avant de finalement le sortir et le rouer de coups», a précisé Michaël Doré, sous-préfet de la région Pays de la Loire. Le vigile est parvenu à s’enfuir, pieds nus, tandis que les inconnus ont incendié son véhicule.

La victime a été blessée aux mains et aux avant-bras et a été admise aux urgences du centre hospitalier de Nantes où elle s’est vue délivrer 5 jours d’ITT.

Les agresseurs ont pris la fuite avant l’arrivée du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig). L’enquête a été confiée à la Compagnie de Chateaubriand.

750 hectares à bitumer

Le projet de transfert de l’aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes est au cœur de vives polémiques et de violentes manifestations.

Environ 500 personnes selon la police, 3.000 à 3.500 selon les organisateurs, se sont encore rassemblées samedi dernier à Rennes contre ce projet porté par le premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes, réclamant le maintien des terres agricoles et dénonçant le bétonnage et un «projet obsolète».

Le projet va couvrir «1.650 hectares, avec une surface à bitumer de 750 hectares dans un premier temps», a assuré un organisateur. Situé à 30 km au nord de Nantes, le projet a été confié au groupe Vinci, qui chiffre son coût à 560 millions d’euros.

Gendarmes blessés en novembre

«En lançant les opérations d’expulsion des occupants de la zone, de destruction de leurs habitats et de leurs biens, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et actuel premier ministre, a choisi de mettre la force publique au service d’intérêts privés», avait fait valoir samedi Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de Gauche, dans un communiqué.

Dès le 7 novembre dernier, six gendarmes ont été blessés sur le site dans des heurts avec des opposants au projet, selon un bilan de la préfecture de Loire-Atlantique. Les forces de l’ordre, qui intervenaient pour libérer une route des barricades qui y avaient été érigées, ont été attaquées par une «quarantaine d’assaillants particulièrement résolus». Ils utilisaient «des bouteilles incendiaires, des frondes et des projectiles métalliques».

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                    2/ Le papier de Daniel Schneidermann dans Libération du 17 novembre 2008

Fabrication d’épouvantails, mode d’emploi

Par SCHNEIDERMANN Daniel

Stupeur et consternation ! Les terroristes «d’ultragauche» accusés par la ministre de l’Intérieur d’avoir saboté des caténaires de TGV, vivaient paisiblement à Tarnac, petit village de Corrèze. Ils y tenaient même l’épicerie-bar. Les habitants du village expriment tout le bien qu’ils pensaient de leurs commerçants uniques. Qu’à cela ne tienne. Les journaux télévisés unanimes brodent sur la clandestinité du groupe, «qui avait balancé ordinateurs et téléphones portables». Une épicerie, peut-être, mais «une épicerie tapie dans l’ombre», précisa fort sérieusement un journaliste de France 2.

Le journalisme policier est un art difficile. Il ne s’agit pas seulement de recueillir les confidences des enquêteurs, et de tenter tant bien que mal de séparer infos et intox. Il faut encore leur donner la forme d’un roman conforme à ce qu’attendent, selon les cas, les lecteurs, la hiérarchie du journal, ou le ministère. D’où la fabrication ultrarapide «d’épicerie tapie dans l’ombre», d’un «commando» composé d’un «cerveau» et de «lieutenants» réfugiés dans un «QG» ou de «nihilistes potentiellement très violents».

Fabrication, ou résurrection ? Aux plus âgés d’entre nous (disons, les quadragénaires bien avancés) les journaux télévisés de la semaine dernière auront au moins rappelé leur jeunesse. Aux «prêcheurs barbus des caves», aux «gangs ethniques des banlieues», a en effet succédé une autre catégorie de «méchants», bien oubliée, «la mouvance anarcho-autonome». Et resurgissent pêle-mêle les fantômes des glorieux prédécesseurs de MAM, Michel Poniatowski (ministre de Giscard), ou même Raymond Marcellin, titulaire du poste sous Pompidou.

Dans ce concours de fabrication d’épouvantails, notre confrère du Figaro, Christophe Cornevin, se classe hors catégorie. Les ultraépiciers de Tarnac, aux yeux du Figaro, étaient «en totale rupture de ban avec la société», «embarqués dans un mode de vie altermondialiste, vivotant pour certains du négoce de produits agricoles, fuyant le regard des rares riverains qui les entouraient, ces apprentis terroristes de la gauche ultra présentaient un profil bien particulier. Agés de 25 à35 ans pour le plus âgé, ces nihilistes considérés comme «potentiellement très violents» étaient articulés autour d’un petit «noyau dur» d’activistes déjà fichés pour divers actes de violences et de dégradation. A priori, aucun d’entre eux ne travaillait. «Cela ne correspondait pas à leur philosophie», lâche un enquêteur. Les femmes de la bande, quant à elles, sont plus volontiers dépeintes sous les traits de « filles de bonne famille issues de la bourgeoisie de province ». Un profil somme toute guère étonnant au regard de la jeune fille chic en Burberry qui répondait au nom de Joëlle Aubron à l’époque d’Action Directe».

Paresse, lâcheté, violence, trahison de sa classe d’origine : tous ces traits de caractères individuellement, sont inquiétants. Regroupés, ils composent un tableau terrifiant. Le lendemain, le titre d’un article du même journaliste nous apprend que «l’ADN est au cœur de l’enquête». Mais au cœur de l’article… rien sur les preuves ADN.

A croire d’ailleurs que la fabrication d’épouvantails médiatiques est une spécialité en soi. Une recherche au sujet de Christophe Cornevin dans le moteur Google, donne une idée de l’ampleur des compétences du confrère. «Une dizaine de lascars sont affalés sur les bancs de la salle des pas perdus de la 23e chambre correctionnelle, écrit le journaliste. Agés de 17 à 22 ans, ils sont dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire» (7 septembre 2007, article intitulé «L’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence»). «Les barbus s’activent derrière les barreaux», titre leFigaro en septembre. Détails : «Ces religieux clandestins se sont radicalisés en surfant sur Internet, confie un haut responsable de l’AP. Ils distillent des fragments de sourates pouvant faire référence à la violence et reprennent un discours moyenâgeux pour convertir leurs compagnons de cellule.»

Mais lorsque la tendance des épouvantails vire au modèle «trader fou», notre artisan sait aussi se reconvertir, comme dans cette description balzacienne des objets saisis lors d’une perquisition chez l’ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel : «Sur une table placée aux abords de l’impressionnant écran plat qui trône dans la pièce principale, ils ont notamment trouvé deux téléphones portables, un livre de réglementation bancaire, un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», une canette entamée, une boîte de cigares Monte-Cristo et un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français.»

Ça ferait rire, si ça ne faisait pas peur. Ça ferait peur, si ça ne faisait pas rire.

15 réflexions au sujet de « Les bons tuyaux du Figaro (sur Notre-Dame-des-Landes) »

  1. Coucou,

    Merci Fabrice,

    J’ai osé emprunter un imper.

    1) Service sécurité.
    Depuis quand un vigile travaille t’il seul. En principe ils sont toujours a deux.

    2) Opposants.
    Derrière la cagoule, qui il y a t’il?

    C’est un plan qui pue!

    Colombette, 🙂

  2. Le Figaro…n’est ce point ce fabuleux journal de l’ex-maire de Corbeil-Essonnes condamné en 2009 à l’inégibilité suite à « des dons d’argent aux habitants de nature à altérer la sincérité du scrutin « ? Je n’ose imaginer le compte rendu sanglant que Cornevin en bon journaliste d’investigation a nécessairement fait de cette affaire.

  3. Merci à Estelle :
    Quelques info pratiques en provenance de l’ACIPA (parking, lieux de rendez vous, etc…) :
    1. Manifestation du 17 novembre 2012

    Communiqué de presse de l’ACIPA :

    L’ACIPA sera présente aux côtés des occupant-e-s de la ZAD – Zone à Défendre – pour la grande manifestation de réoccupation du 17 novembre 2012 à Notre Dame des Landes (44).

    L’ ACIPA constate que, en Loire-Atlantique et partout en France, les comités de soutien se sont multipliés dès le début des grandes manœuvres d’expulsion conduites sur le site du projet d’aéroport. L’Etat et AGO/Vinci voulaient vider la zone mais n’ont fait que multiplier le nombre de ses occupants et renforcer la solidarité entre les opposant-e-s.

    L’ACIPA appelle à venir massivement ce samedi rejoindre le cortège qui partira du bourg de Notre Dame des Landes à 11h en direction des Ardillières (autre point de rendez-vous possible).

    Concernant l’agression du vigile, l’ACIPA, n’ayant pas de nouvelles précises et constatant des contradictions dans les informations données par le Préfet, ne peut que condamner toute violence sur des personnes. Ce qui a motivé un tel acte n’est, peut être, qu’une nouvelle tentative de division des opposants à un moment où la lutte se renforce et dérange au plus haut niveau.

    Au vu du nombre important de manifestants attendus sur le site ce samedi, l’ACIPA conseille vivement l’organisation de co-voiturage.

    http://acipa.free.fr/

    http://zad.nadir.org/

    Quelques éléments d’organisation :

    § Les cars sont invités à arriver au centre bourg de Notre Dame des Landes par l’accès nord uniquement : axe Héric-Fay de Bretagne (D16) par le carrefour de l’Arche du Fouan (puis D42) ; dépôt des passagers Place de l’Eglise et redirection des cars sur les parkings des communes environnantes du nord (6 à 10 kms) ; la reprise des passagers se fera aussi Place de l’Eglise (horaire à fixer avec le chauffeur)

    § Pour les voitures : 2 accès principaux sont prévus : le bourg du Temple de Bretagne et le bourg de la Pâquelais ; toutes les informations y seront données par des équipes d’accueil ; toutes les voitures stationneront sur une seule file sur les routes départementales de la ZAD et dans un seul sens afin de favoriser le bon déroulement des départs. Merci de chacun de laisser libres les accès aux maisons d’habitation.

    § Programme de la manifestation : une déambulation est prévue vers le lieu de réoccupation à partir de 11H du bourg de Notre Dame des Landes avec passage au carrefour des Ardillières (point de rendez-vous possible pour les personnes arrivant par le sud et par le nord-ouest). Sur le lieu de réoccupation, prises de paroles, installations des habitats et animations diverses.

    INFOS PRATIQUES :

    § Prévoir de bonnes chaussures de marche (ou bottes), vêtements de pluie, PIQUE NIQUE

    § Prévoir des gilets fluo et lampe de poche pour le retour (compter une heure de marche pour retourner aux véhicules).

    Infos covoiturage sur : http://zad.nadir.org/spip.php?article353

  4. Ce qui m’a frappé, c’est le silence des média pendant des mois lorsque les victimes étaient les défenseurs de la ZAD et, à la moindre incartade dans le sens inverse, la machine à propagande s’est déclenchée.

    Je crois que Vinci inonde de publicités pas mal de canards, auto-censure d’intérêt de la part des journalistes ?

  5. Le conseil général est propriétaire de la maison surveillée pour un autre objet : le circuit automobile de Fay-en-Bretagne.

    Que vient faire Vinci et l’aéroport de Nantes à surveiller ce qui ne les concerne pas ?

  6. J’y étais à ce moment… Pendant presque 3 semaines, et curieusement:
    – Les faits ont eu lieu à l’aube et on ne peut pas dire que les opposants soient matinaux,
    – En milieu de matinée, je n’avais toujours croisé personne qui avait vu la dite voiture, ce n’est pas faute d’avoir cherché, c’était plutôt la stupéfaction générale en apprenant la nouvelle. Le véhicule aurait été dégagé presque aussitôt après les faits. Étonnant que la quinzaine de journalistes présents quelques heures après les faits n’aient pas pu témoigner de cet « acte terroriste »… L’info ne peut donc venir que de source policière, personne n’ayant pu constater.
    – Autant les opposants peuvent être parfois verbalement agressifs envers ce qui ressemble à un journaliste ou un uniforme bleu, autant aucun de ceux que j’ai pu croiser seraient capables de tels actes
    – Enfin, je n’ai croisé sur place personne du Figaro à ce moment, Info Figaro ou préfecture par téléphone??? …..

    Quant aux journalistes de l’AFP et de OF ils n’ont pas « demandé aux opposants de condamner l’agression » mais SI ils la condamnait… Ce à quoi ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas parler au nom du collectif parce que cette question n’avait pas été posée en AG et qu’ils enverraient un communiqué à toute la presse dans les heures suivant la conférence de presse. La structure non hiérarchique du mouvement fait qu’il n’y a pas de porte parole officiel du mouvement. L’erreur a été de ne pas condamner ces « actes » (s’ils ont bel et bien eu lieu…) à titre individuel.

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