Chantal Jouanno for ever (très sérieux)

Du temps qu’elle était sous-ministre à l’Écologie de Sarkozy, j’ai consacré plus d’un papier moqueur à Chantal Jouanno. Et même plus d’un papier rageur, car elle ne manqua (presque) jamais l’occasion de servir les intérêts de son maître de l’époque (ici, ici et). Mais au moins une fois, je lui ai envoyé un bouquet de petite fleurs (ici), ce qui m’a été reproché, car enfin, enfin ! Je regrette d’autant moins que je ne m’étais pas trompé, au moins sur un point. Cette dame a été percutée par l’écologie. Elle reste de droite, je doute fort qu’elle devienne jamais une écologiste au sens exigeant que je donne à ce mot, mais elle a été changée par le contact avec de vraies questions. Et nous avons tous un besoin vital de ces cheminements inattendus.

Le papier que vous allez lire est tiré du quotidien en ligne Le Journal de l’Environnement, dont j’ai dit le bien que j’en pense. Pour ceux qui voudraient voir de plus près, le site du Journal.

Chantal Jouanno: «Le système économique vit de la maladie»

Quand elle prend son poste de secrétaire d’Etat chargée de l’écologie en janvier 2009, Chantal Jouanno déclare qu’elle veut se concentrer «sur la biodiversité, la santé environnementale et la consommation durable». Mais le Grenelle I, puis II passent par là, avant que la championne de karaté ne soit nommée ministre des sports. Ensuite, Chantal Jouanno quitte les palais de la République pour celui du Luxembourg (le Sénat) et émigre de l’UMP à l’UDI de Jean-Louis Borloo. Ce matin 27 mars, la sénatrice de Paris partageait un petit-déjeuner (bio) avec des associations écologistes –Agir pour l’environnement, Générations futures, l’Union nationale de l’apiculture française- à l’occasion du lancement du comité des élus pour les alternatives aux pesticides.

Elle a répondu aux questions du Journal de l’environnement sur son travail au sein de la Commission des affaires sociales, qu’elle a choisie, pensant «pouvoir y faire bouger les choses», notamment sur le dossier des perturbateurs endocriniens.

JDLE – Le sujet des perturbateurs endocriniens (PE) émerge-t-il un tant soit peu dans la classe politique en général, et à la Commission des affaires sociales du Sénat, en particulier?

Pas du tout! C’est un sujet connu de quelques experts, porté par quelques convaincus.
A la Commission des affaires sociales siègent majoritairement des élus issus du corps médical; les autres parlementaires leur ont délégué ces questions, ça ne les intéresse pas. Or ces élus ont tôt fait de classer ceux qui évoquent la question des PE dans le clan des déclinistes, en brandissant des arguments du type «vous voyez bien que la durée de vie augmente»… Il y a une sortie de «barrage pasteurien» dans les esprits, qui structure le discours médical: il faut d’abord un facteur, qui engendre une maladie, qui engendre une réponse. C’est ça, leur schéma mental. Alors prendre conscience que les systèmes sanitaires basés surbasés sur l’axiome que «la dose fait l’effet» ne sont plus adaptés aux défis que pose la santé environnementale, cela ne se fait pas. Sans oublier la question des effets cocktails. La formation des médecins, puis leur pratique, ne prennent pas en compte ces réalités-là.

JDLE – Parlez-vous de santé publique, en Commission des affaires sociales du Sénat?

Jamais… on ne parle jamais de santé publique. On parle tarifs opposables, déremboursements de soins… On a parlé une seule fois du bisphénol A… mais la discussion n’a jamais dérivé sur la question essentielle, à savoir l’exposition globale des populations aux PE à travers l’eau, l’air, etc. Pourtant, essayez aujourd’hui de trouver un groupe humain indemne de tout PE: c’est impossible. Il y en a partout! Il n’est jamais question de prévention non plus, comme de la pratique du sport. Mais le trou budgétaire dans les dépenses de soins, ce sont les affections longue durée qui l’engendrent. On verse des pelletées d’argent dans le tonneau des Danaïdes qu’est le système de soins, alors que c’est en amont qu’il faut agir. L’explosion du nombre de cas de diabète de type 1, la multiplication phénoménale des cas d’obésité que les mauvaises habitudes alimentaires ne peuvent seules expliquer, les cancers qui se multiplient chez les enfants… A chaque fois, on voit que les PE sont impliqués. Alors oui, la durée de vie progresse encore. Et vivre longtemps, c’est bien. Mais vivre longtemps en bonne santé, c’est mieux.

JDLE – Comment expliquez-vous une telle inertie?

On me dit que ça coûte, que c’est trop cher, que c’est la crise… on me dit «on va voir, on va faire une loi de santé publique…». Mais il y a une dimension économique très peu rassurante derrière ces questions: cela n’est pas rassurant, pour un homme politique, de devoir dire qu’il va falloir globalement réduire les expositions aux polluants. Et puis tout le système économique vit de la maladie. On n’a aucun tuyau économique pour vivre de la prévention. Or il faut inverser la logique, comme les médecins chinois qui sont payés quand leurs patients sont en bonne santé. Il faut encourager la pratique du sport et encourager la consommation de produits bio, par exemple. Bien se nourrir, ça ne coûte pas cher; bien au contraire.

17 réflexions au sujet de « Chantal Jouanno for ever (très sérieux) »

  1. “Elle (il) reste de gauche, je doute fort qu’elle (Il) devienne jamais un(e) écologiste au sens exigeant que je donne à ce mot, mais elle (il) a été changé(e) par le contact avec de vraies questions. Et nous avons tous un besoin vital de ces cheminements inattendus”

    J’ai un peu trafiqué la phrase de Fabrice pour l’adapter à notre département rural de gauche en mutation (les petites communes se rapprochent de la petite ville et de ses élus urbains qui découvrent des questions toutes bêtes, simples et évidentes: par exemple au printemps, on ne dérange pas les oiseaux qui couvent et on n’élague plus les arbres; on attend l’automne);

    Ils découvrent aussi des problémes plus complexes: on n’installe pas une porcherie industrielle au dessus d’un sous sol karstique comme dans l’Aveyron.

    Chantal Jouanno et bien d’autres parlementaires doivent continuer à s’exprimer à droite comme à gauche; en particulier pour faire prendre conscience à mon voisin agriculteur de la vallée de ne pas continuer à choisir des graines colorées en rouge, enrobées de pesticides: il doit maintenant diminuer le maïs qu’il séme depuis 20 ans.

  2. Bonjour,

    Pour m’être moi-même montré très ironique à son égard, je suis tout à fait disposé à lui donner quelques bons points.
    Je pense notamment à son intervention récente au Sénat contre un stupide projet de loi sur le loup.

    Nous avons davantage besoin au Parlement de “cheminements inattendus” en grand nombre que de députés ou sénateurs estampillés “écologistes”.

  3. Cette force d’inertie de nos dirigeants (et des commissions qui travaillent en amont !) est assez effrayante. Quand on ne veut pas voir…

  4. En ce qui concerne l’ours, elle avait au moins décidé de la réintroduction d’une femelle en Béarn, ce qui était un minimum et n’a même pas pu avoir lieu. Elle était plus à l’écoute que celles qui lui ont succédé même si elle était arrivée en terre inconnue.

  5. Si comme Mr Nicolino ” je doute fort qu’elle devienne jamais une écologiste au sens exigeant que je donne à ce mot ” ce qui est le cas je pense , de tous les ” écologistes ” politiques , pour Me Delphine BATHO , j’en suis persuadé ; les “cheminements inattendus ” ne seront jamais pour elle !
    Son discours de clôture de l’assemblée générale de la fédération nationale des chasseurs est un modèle du genre , un vrai dicours de championne du monde !
    A déguster par extraits ou complet sur l’excellent blog La buvette des alpages
    http://www.buvettedesalpages.be/chasse-protection-de-la-nature/

  6. Je suis justement en train de faire deux pages sur les pesticides pour le journal de notre association, Hoflandt Nature.
    Fabrice crois-tu que ce comité d’élus pour une alternative aux pesticides peut déboucher sur des actions concrètes ? Si j’ai bien compris, c’est avant tout de l’information, ce qui est déjà bien, mais pas suffisant. Et les élus signent une charte ? Je connais des tas d’élus qui ont signé des tas de trucs, comme par exemple la mise en place d’un agenda 21, mais qui se gardent bien d’en faire quoi que ce soit.
    Je serais intéressée de connaître ton avis sur ce comité.
    Bien amicalement.

  7. “Et puis tout le système économique vit de la maladie”.
    Voilà une autre version de ce que dit notre hôte, que la richesse se bâtit sur la destruction du monde. Mais dans la bouche de l’ancienne ministre, et dans la classe politique, c’est incroyable et rarissime. Chemin de Damas, ça y ressemble, au moins les premiers mètres.

    Mais alors on devrait la voir passer à un niveau supérieur : remettre en question l’économie elle-même, la Sainte Économie.
    En attendant, il faudrait l’interroger sur cette petite phrase, la pousser à exposer le raisonnement qui l’a fait aboutir à ce constat, et lui demander quelles conséquences plus ou moins radicales, de son point de vue, on devrait en tirer.

  8. Chère Bételgeuse,

    Je n’ai pas le temps de répondre d’une manière détaillée. Ce que je peux te dire, c’est qu’à mon sens, rien n’en sortira. Et si je me trompe, j’en serai très heureux. Bises du sud (Paris).

    Fabrice Nicolino

  9. http://www.michelamurgia.com/sardegna/ambiente/793-con-in-mano-un-pugno-di-terra?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+MichelaMurgia+%28Michela+Murgia%29

    la sardaigne et sa nature encore preservée …et aussi menacée par les compagnies ici la Saras qui aimerait forer dans le sous sol de la region arborea à la recherche de gaz! les sardes revendiquent le droit à choisir leur mode de développement et refusent cette intrusion destructrice de leur terre : ils appellent à venir le 13 avril de toute la sardaigne…our opposer un ferme refus à cette mainmise

  10. Cher Fabrice,
    C’était bien mon sentiment également.
    Bises du grand nord où il fait (presque) aussi froid qu’au Pôle.
    Bételgeuse

  11. Je m’en fout, je reviens d’un week end au Qatar, le temple de la croissance, avec mon jet privé, et j’ai cramé 20000 de kerosen non taxé.

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