En défense de Pierre Rabhi

Personne n’est obligé de lire, car je vais ici même clamer mon amitié, mon respect, mon affection pour Pierre Rabhi. Vous me direz qu’il n’a plus besoin de moi, et c’est un peu vrai. Il est désormais partout, célébré comme peu de vedettes le sont, et ses livres s’arrachent en librairie. Il n’empêche, car j’ai des choses à dire. En réalité, tout est venu d’une halte d’une heure dans la gare d’une ville moyenne. Comme j’avais ce temps devant moi, j’ai commencé à feuilleter livres et revues avant de tomber sur la Revue du Crieur n°5, éditée conjointement par les éditions La Découverte et Mediapart. Il s’agit d’un magazine d’enquêtes sur la culture et les idées. Honte à moi, c’était la première fois que je mettais le nez dedans.

Or, la tenant en mains, je constate qu’un long article est consacré à Pierre Rabhi, sous la plume de Jade Lindgaard. Cela se présente comme une enquête, mais ça ne l’est pas, ce qui n’est après tout pas le plus embêtant. Car un texte, quel que soit son statut, peut être passionnant. Celui-là est désolant. Je n’en ferai pas la critique totale, qui me mènerait trop loin, et je me contente de quelques points saillants.

Je vois bien que l’auteure est embarrassée, qui oscille entre la réprobation radicale du personnage – ce qu’attend sa revue et, au-delà, cette opinion de la gauche défunte à laquelle elle appartient – et une certaine compréhension, qu’elle paraît partager au moins un peu. Mais cela donne à l’arrivée un pur et simple galimatias dans lequel Pierre est accusé tout à la fois d’être naïf au mieux, « antimoderne », « bête de scène », « communicant redoutable », plaisant compagnon de la jet set mondiale,  et plein d’une « appétence pour le luxe »; mais aussi d’offrir un « antidote au découragement et au défaitisme ».

Dans le détail, c’est assez affreux, car on ne voit pas quand et comment Pierre a pu parler de lui-même au cours de cette supposée « enquête ». Je gage qu’il n’y a guère participé, et le seul travail de terrain qui apparaît consiste en une visite – au sein d’un groupe – du hameau des Buis, non loin de la ferme de Pierre en Ardèche, où a été créé par sa fille Sophie une école. Il s’agit de maisons bioclimatiques où vivent des familles et des retraités.

L’évidence est que « l’enquête » repose sur une base absurde. Rabhi étant pour l’essentiel absent, restent des personnages qui ne sauraient le représenter, surtout dans le cadre d’un jugement global sur une personne de cette importance. Or le mari de Sophie Rabhi, Laurent Bouquet, semble bien prendre la place du grand absent. Il est longuement interrogé et sert à plusieurs pages des sentences dont on aimerait saisir le rapport avec le sujet de ce long texte. Serait-il un porte-parole ? Absolument pas. Et lui demander quantité de choses annexes ne permet pas d’en savoir si peu que ce soit sur le personnage pourtant central de l’histoire.

Au passage, je trouve déplorable – je reste mesuré – que l’auteure se sente obligée, à des fins évidentes de disqualification, d’utiliser des faits résolument périphériques. Ainsi apprend-on que le premier mari de Sophie Rabhi a été condamné en 2004 pour « abus sur mineure ». Ainsi découvre-t-on que l’un des fils de Pierre a pris la défense de l’infâme Alain Soral sur Internet. Quel rapport avec Pierre ? Aucun, mais cela crée une ambiance.

Pour l »auteure, il ne fait pas de doute que Pierre a créé quantité de structures formant une « galaxie Rabhi », dont un lecteur ordinaire conclura que le défenseur de la sobriété n’est en vérité qu’un ruffian. Moi qui m’honore de bien connaître Pierre, je sais à quel point tout cela est grotesque. Le texte est si mal documenté qu’à mon sens, il n’aurait pas dû pouvoir être publié sous cette forme, mais il l’a été.

Au plan politique, la revue accuse Pierre ne pas être sur la même ligne qu’elle, ni plus ni moins. Il ne serait pas anticapitaliste, il ne serait « ni de gauche ni de droite », il aurait figurez-vous exprimé ses doutes – ses doutes ! – sur le mariage pour tous, et serait contre la procréation médicalement assistée. C’est comme si l’on hissait une banderole de 100 mètres de long et 50 mètres de large pour dire que Pierre est un réactionnaire, au fond un homme de droite, décidément opposé au progrès, ce vrai mantra du Crieur.

Mazette, j’en rirais presque. Moi, j’ai aimé immédiatement Pierre, dès mes premiers échanges, et j’ai appelé à voter pour lui dès la présidentielle de 2002. Et dans un journal – Politis – qui n’était pas loin d’être aux antipodes. Il faut avoir l’esprit singulièrement tourné pour ne pas même voir la différence existant entre la politique et la culture. La politique, c’est cette activité humaine si restreinte – mais si lourde de conséquences – qui consiste à dire ce qu’il faut faire. Plus rarement à tenter de le faire. C’est fort loin de marcher à chaque fois, et si je voulais être méchant, je pourrais par exemple faire le bilan complet de ce que la gauche dont se réclame Le Crieur a réussi et surtout raté depuis un siècle. Et pourquoi – ce n’est qu’un tout petit exemple – elle est passée de l’adoration d’une classe ouvrière imaginaire au désintérêt total pour les prolos de chair et d’os. Mais passons, n’est-ce pas ?

La politique, donc. Et puis la culture, au sens anthropologique. Les fondements, les soubassements, les valeurs profondes sur lesquels repose l’édifice, y compris politique. Pierre, qui n’a pas besoin de moi pour se défendre, est un magnifique déconstructeur. Il détruit le socle. Il s’attaque aux pierres d’angle du monde perdu qui est le nôtre. Il clame la pauvreté désormais obligatoire, il clame la solidarité concrète – pas celle des rituelles proclamations « de gauche » – entre le Nord et le Sud, il clame l’immensité de l’esprit, contre deux siècles de délire matériel -, il clame la musique, il clame le bonheur inouï d’un potager bien tenu.

En somme, il prépare avec les forces qui sont les siennes d’autres semailles que celles du siècle passé, gauche et extrême-gauches comprises. Nul ne sait ce qui viendra, mais d’évidence, Pierre met en mouvement des dizaines de milliers d’êtres que le discours politique n’atteint plus. Et l’on voudrait le faire passer pour le profiteur d’un système qu’il aurait créé ? Mais c’est déshonorant ! Pierre Rabhi est un prophète, à qui il ne sera jamais demandé de se transformer en activiste. Moi, qui me considère comme un combattant de l’écologie, moi qui appelle à bouger, à hurler, à monter sur les plus hautes des barricades, je tiens Pierre pour un frère. Vouloir opposer son être et la bagarre écologique et sociale, c’est comme nier le pouce parce qu’on disposerait d’un petit doigt. Il y a mieux à faire que de calomnier.

33 réflexions au sujet de « En défense de Pierre Rabhi »

  1. L’article de Lindgaard fait un peu pitie. Pas vraiment agressif, il enfile les poncifs et les lieux communs comme des perles dans un collier, comme si le public vise etait un altermondialiste lecteur de « Paris-Match » (ca a toujours existe en fait). Reste a comprendre la motivation de l’article, et je ne peux m’empecher de penser a cela: « L’utopie en soi ne gene personne. Quand elle s’incarne elle gene tout le monde, a commencer par les utopistes ». C’etait dans Charlie Hebdo, le 2/08/71, sous la plume de Pierre Fournier. J’aime bien Mediapart, mais franchement, ils sont plus « inoffensifs » en general, justement, que les gens inspires par Pierre Rabhi, que j’aime beaucoup, pour ce qu’ils font ! Et cet article ne restera pas comme un exemple de journalisme.

  2. Merci Fabrice
    J’avais lu cet article sur Mediapart avec une grande tristesse.
    Du coup ton avis me fait du bien.
    Des hommes et des femmes comme Pierre Rabhi nous en avons intensément besoin.
    Ils élèvent notre conscience quand tant d’autres s’acharnent à faire lever la haine et le rejet de l’autre.

  3. Bravo Fabrice
    il fallait remettre les pendules à l’heure

    Pierre Rabhi est devenu au fil du temps un éveilleur de conscience
    quelqu’un qui vit totalement ce qu’il dit, et ceci depuis le début
    loin du baratin « de gauche » habituel mais sans être « de droite »

    bien sûr, c’est difficile à appréhender pour ces cerveaux politiquement corrects …

  4. Bonsoir Fabrice : « Tourne-toi comme tu voudras, tu auras toujours le dos derrière » lui disait sagement sa grand-mère. Pierre Rabhi, est un chef d’œuvre d’humanité et son dernier livre  » La convergence des consciences » est aux antipodes de ce qui est écrit dans ce torchon sale « La revue du crieur N° 5 » .

  5. Merci Fabrice, un immense merci pour cet article.
    Je n´ai pas eu la chance de rencontrer Pierre Rabhi mais j´ai lu pas mal de ses ouvrages, j´ai entendu des conférences sur le net (pour ça au moins, un bon outil) et j´ai vu quelques documentaires. Comme vous j´éprouve pour ce grand monsieur, sans le connaître personnellement, un respect absolu et je dirais même, quelque chose qui ressemble aussi à une profonde affection.
    Les critiques à son endroit ne peuvent qu´être de bas niveau, mais comme vous l´écrivez très justement, Pierre Rabhi est un « déconstructeur ». Et dans le système qui régit notre société, comme d´ailleurs dans tous les systèmes, on n´aime pas du tout les « déconstructeurs », les voix dissidentes qui remettent le fonctionnement de ce système en question, qui risquent de le faire capoter. Alors, pour discréditer les « déconstructeurs », tous les moyens sont bons, même, et surtout les plus malhonnêtes.
    Encore merci à vous.

  6. Bien évidement Pierre Rabhi est un prophète, comme l étaient Théodor Monod et certains autres de cette petite famille de vraies penseurs, , que ceux qui ne savent pas apprécier ces hommes, hélas souvent critiques et blasphémateurs face aux derniers des sages, pourrissent dans leurs médiocrité.

  7. Sacré Rabhi !
    Au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, il a refusé toutes les sollicitations médiatiques. Aujourd’hui, il ose, du bout des lèvres : « Cette grande réaction émotionnelle m’a gênée, tout de même. Je suis contre les caricatures du prophète. De quel droit des gens peuvent-ils juger et se moquer de ce qui est le plus précieux pour d’autres ? »
    ( http://www.vanityfair.fr/actualites/france/articles/pierre-rabhi-enquete-sur-un-prophete-sophie-des-deserts/29872 )
    Ils l’ont bien cherché ! N’as-tu pas mérité…… (je précise, pour ceux qui ne veulent pas comprendre, que c’est loin d’être mon opinion)
    Fraternellement

    1. Moirsol,

      Je connais ces propos, et je suis en désaccord total. Mais mon sentiment profond est qu’il faut vivre avec qui ne partage pas tous vos points de vue. Je sais Pierre incapable d’un acte de violence ou de cruauté, ce qui n’est déjà pas si mal. Que tous ceux qui sont dans ce cas lèvent donc le bras.

      Fabrice Nicolino

      1. Fabrice,
        Vous répondre à un tel argument est délicat. Effectivement, Pierre est amour :-)). Et cette position est indéfendable, souvent partagée par des personnes infréquentables, et plus que dégueulasses.
        Mais ne faisons pas fonctionner notre réflexion sur les sentiments mais sur une analyse sérieuse.
        Je vous invite à réfléchir avec ce lien :
        https://veritesteiner.wordpress.com/?s=rabhi
        Peut-être me répondrez-vous que vous connaissez ces propos ….
        Fraternellement

  8. Je suis tres heureux que ce mot « deconstructeur » soit utilise pour Pierre Rabhi. Chacun de nous doit etre un deconstructeur. Pour moi en tant qu’architecte, le premier architecte deconstructeur fut Hassan Fathy, meme s’il ne pensait pas que ce mot serait invente un jour, meme si Derrida a longtemps pense que l’architecture et la deconstruction allaient dans deux directions opposees. De meme, pour faire de l’ecologie aujourd’hui il faut etre un deconstucteur, c’est a dire le contraire d’un demolisseur (demolisseur par rage ou par paresse, le resultat est le meme).

  9. D’autres deconstructeurs: Kateb Yacine, auteur de la piece de theatre « Mohamed prends ta valise » que Charlie Hebdo promouvait vers 1971-72, et Rachid Taha, qui re-interpreta la chanson « Ya Rayah » sur un theme similaire (Catherine Ringer introduit brievement le theme de la chanson avant de l’interpreter avec Taha aux victoires de la musique). On croit que les habitants de la peripherie, de la grande banlieue, sont un peu decales, un peu en retard, et puis un jour on s’apercoit qu’ils sont sur certains points tres en avance sur les bourgeois du centre…

  10. Bonjour

    Je suis mitigé par le sentiment qui m’envahit pas ce monsieur.

    D’un coté il illustre une sorte de prophète assez génial, qui parle et illustre bien ses propos, qui décrit bien la merdouille dans laquelle on est et indique, à son sens, la chemin pour en sortir.

    De l’autre, on s’est tellement fait entuber, que un doute, une méfiance me prend quand je le regarde et observe les actions d »icelui.

    Je ne le connais pas personnellement, et désormais à l’autre bout du monde, seul un heureux hasard pourrais agir en ce sens. Mais je pense qu’il n’est pas interdit de douter de ce qui nous semble beau, car la lumière peut nous éblouir et nous faire dériver sur des rocher non désirés.

    Cordialement

    Un Pic Au Japon

    Ps: j’ai lu les articles sur mediapart et autre pour me faire un avis, et autant nombre d’arguments sont en bois, autant quelques-uns peuvent faire réfléchir…

  11. Merci Fabrice ! Je ne vous connaissais pas, je me suis régalé avec votre article. Quelle belle plume ! Et sur le fond, je vous rejoins totalement… J’ai feuilleté ce magazine dans la librairie d’une gare, et l’ai reposé après avoir lu en diagonale quelques colonnes de l’article sur Pierre.
    Je nuancerais, lorsque vous dites que Pierre n’a pas besoin d’être défendu : c’est vrai en ce qui le concerne car il est au-dessus de cette mêlée grand-guignolesque, c’est moins vrai pour ceux qu’il inspire, et dont les convictions – souvent naissantes – peuvent être fragilisées par de tels articles, heureusement rares mais coutumiers de Médiapart. C’est là où votre réponse prend tout son sens, de même je l’avoue, qu’elle m’apporte des arguments supplémentaires, à moi qui connais également et aime ce petit bonhomme qui est un grand Monsieur !
    Au plaisir,
    Fabien Rodhain.
    PS : bizarre, pour signer ce mot, le site me demande une adresse de site web. Je la mentionne (www.fabienrodhain.com), et il me bloque avec le message « veuillez saisir une adresse URL). ???

  12. Bonjour

    Merci pour cet article, paru également sur Médiapart…Bref…
    Je ne connais pas personnellement Pierre Rabhi…La Sobriété heureuse, et « Le Monde a-t-il un sens » m’ont interpellée et me font surtout me poser certaines questions…
    Cela dit dans cet article (sur Médiapart et Cahiers…..), le discours suivant m’a quelque peu heurtée…(en fait la totalité de l’article aussi….)
    Cette journaliste choquée par le coût élevé (1/2 SMIC dit elle !) d’une semaine de formation, en pension complète à 650 € en agro écologie ou autre avec le droit de voir / parler à Pierre Rabhi devrait se renseigner sur le coût pédagogique ….des formations sponsorisées par les entreprises (de 1000 à plus de 3000€ la Journée!) Croire que sous prétexte d’humanisme, ou même d’humanitaire, on doit faire les choses gratuitement, ou à perte…c’est un peu le propre de cette élite bobo-socialo-écolo-chic…dont font partie également certains journalistes et d’autres personnes qui se disent « bien-pensantes » et souhaitent imposer leur vision des choses.
    Personnellement je suis plus choquée par le coût de conférences de plusieurs centaines/milliers de SMIC d’un seul homme….mais bon, à chacun ses doutes et ses chocs…et ses rumeurs.
    Souvent la sagesse et la non-violence dérangent et il est plus facile de les attaquer que de s’attaquer à la méchanceté et la violence dans ce bas-monde. Cela dit je n’idéalise pas du tout Pierre Rabhi, et j’ai bon nombre de points de vue différents des siens. Il parait qu’on a encore le droit de s’exprimer en France, profitons en…Les journalistes aussi même si je ne doute pas des difficultés rencontrées, par exemple …
    https://reporterre.net/Non-merci-Mme-Royal-je-ne-veux-pas-de-la-Legion-d-honneur
    Pour info….

    Bon ne fermons pas les volets pour autant, même si le ciel est bas, gris, triste…
    Bonne journée à vous…

  13. J’aime bien et j’approuve ce qu’écrit Fabrice.

    Pierre Rahbi, un cadet de 2 ans…. Lablachère Montchamp

    Dans ma bibliothéque

    1) Un livre fondateur « Fécondité de la Terre » écrit en 1937
    Méthode pour conserver ou rétablir la fécondité du sol. Le principe bio-dynamique dans la nature » du Dr E. Pfeiffer .
    Le livre qui a aidé beaucoup Pierre Rahbi, je crois.

    2) Un autre livre CD Pierre Rahbi . Le fertile. Texte de Serge Orru. Ed Textuel/INA

    J’ai eu une vie différente de naturaliste-jardinier amateur, ayant herborisé bien souvent en Ardéche, assez en tout cas pour prendre conscience du gros boulot , avec échecs et réussites qu’on a du fournir à Montchamp.

    Alors les c….qu’on peut écrire sur P. Rhabi…..de Paris ou d’ailleurs…

    Par contre, si je suis sensible à Goethe et à sa métamorphose des plantes , Rudolf Steiner m’inquiéte (c’est l’ancien enseignant de Sciences qui réagit) et ses écoles encore plus.
    https://veritesteiner.wordpress.com/

    Quant aux vignerons qui travaillent en biodynamie dans le département,

    http://www.bio-dynamie.org/biodynamie/goethenne/

    Cà n’empêche pas l’air de la vallée du Lot de susciter des inquiétudes.
    L’équilibre n’est pas encore atteint. Michel Onfray et France culture ont encore frappé:

    https://www.franceculture.fr/emissions/breve-encyclopedie-du-monde/theorie-du-fumier-spirituel-critique-de-la-raison-biodynamique

    1. Bonjour Jean-Pierre, je suis ancien eleve d’une ecole Steiner. Je suis conscient que ca peut paraitre pretentieux de dire que ca m’a pas mal reussi, dans la mesure ou ca ressemble a une maniere faussement neutre de dire que je suis un type bien, mais je peux temoigner que c’est quand meme le sentiment que j’ai, 33 ans apres avoir quitte cette ecole.

      J’ignorais qu’Onfray s’interessait a l’anthroposophie, jusqu’a present je n’ai jamais aime ce qu’il ecrit, le pire etant sa defense hypocrite de la guerre de civilisation sous couvert de « comprehension » pour l’Islam. Mais j’ai parcouru son « curriculum ».

      Il pretend suivre l’exemple de Nietsche pour traiter les choses « philosophiquement ». Nietsche, pour lequel Steiner ne cachait pas son admiration, n’etait pas le seul: Deleuze et Guattari, Derrida, Foucault, ont revolutione l’approche de bien des disciplines en les traitant « philosophiquement », ce qui n’a rien a voir avec une « connaissance livresque » et un dedain pour la methode experimentale qui caracterisent Onfray, au contraire.

      Ce dont nous avons besoin c’est un elargissement du champ de la methode experimentale, son approfondissement. Des pionniers de l’ecologie comme Andre Faussurier, Alexandre Grothendieck, Pierre Fournier, etc. defendaient cette idee. Aujourd’hui tous les ecologistes, pas (encore) aussi connus, que je connais personellement travaillent de cette maniere, meme s’ils ont des bases ideologiques differentes, ce qui n’a aucune importance, au contraire c’est meme bien.

      1. Laurent,

        Je me doutais bien qu’en citant le livre du Dr Pfeiffer inspiré des écrits de Rudolf Steiner à propos de Pierre Rahbi, en évoquant aussi les écoles Steiner Waldorf et en laissant apparaitre une critique de la biodynamie vigneronne à la mode actuellement, j’allais faire réagir.

        Fils d’institutrice d’avant guerre, mes premières lectures ont été les BT = « bibliothéques de travail » éditées par Freinet. Enseignant la biologie et la géologie, j’ai eu la chance de pouvoir suivre les travaux des chercheurs en pédagogie de l’INRP qui essayaient de mettre les jeunes éléves des colléges publics en situation de découvrir la complexité du milieu naturel , vivant ou non, souvent perturbé. Et ceci, en « enseignant discret », en « aidant », en évitant le plus possible le cours magistral. Tout ceci , dans les années 70- 80. Avec de temps en temps la possibilité d’un débat avec des élèves  » sexualité », « apparition de la vie sur terre »  » pollution de l’usine locale » etc…

        Je ne retrouve pas ces caractères dans ce cahier de Biologie d’un éléve d’une école Steiner, surtout dans les derniers paragraphes (repérer la théorie des Chréodes) . Cela m’ a l’air d’un cours bien dicté par un adulte.

        https://veritesteiner.wordpress.com/2014/06/15/mon-cahier-steiner-waldorf-de-biologie-en-11eme-classe/

        Par contre, je me suis senti proche de Pierre Rahbi, sur sa terre d’Ardéche , essayant de faire pousser de belles plantes sur un terrain longuement travaillé et  » encomposté », lorsque j’ai essayé de faire produire du savoir en Géologie à des élèves qui,au départ, souvent le refusaient.

        http://ife.ens-lyon.fr/publications/edition-electronique/aster/RA009-09.pdf

        C’est bien long , donc repérer les belles plantes, les pages écrites par les élèves.

        1. Jean-Pierre, j’ai parcouru votre rapport, c’est un tres beau travail. Votre exploration de l’emergence de la demarche scientifique chez des adolescents est passionante. Je me souviens aussi de beaucoup de cours de physique (je m’en souviens parceque ca me passionait, j’etais nul en biologie) ou le prof nous poussait a decrire ce que nous voyions nous-memes en nous faisant verifier nous-memes l’exactitude de nos descriptions. Mais bon, cette histoire de mettre l’eleve « en situation de produire du savoir » il faut aussi en reconnaitre humblement les limites, car le prof guide toujours un peu l’eleve avec les « bonnes » questions, qu’il ne pose pas tout a fait au hasard quand meme. En fait ce dont je me souviens le plus c’etait quand le prof semblait aussi fascine que nous par l’experience, quand le resultat n’etait pas celui attendu et qu’il essayait de comprendre pourquoi, et que nous tentions des hypotheses pour sauver l’experience, pour la « reussir » au deuxieme ou au troisieme essai. Ces moments etaient magiques, on sentais que la physique n’etait pas un jeu calcule d’avance comme les problemes de math ou la solution est toujours un nombre entier etc. mais que c’etait « pour de vrai ».

          Bon c’est vrai je crois que les ecoles Steiner maintiennent les cours magistraux plus tard que les autres ecoles du monde occidental, en tout cas quand j’etais eleve. Est-ce bon ou mauvais, cela devrait-il etre ajuste, je n’en sais rien.

          Nous avions aussi pas mal d’activites hors des murs, des activites non guidees, comme par exemple le stage en industrie, 2 semaines dans une usine, et a la fin un rapport a ecrire, sans exemple prealable, sans format etabli. Mon stage etait passionant, et la premiere personne a lire mon rapport fut le directeur de l’usine, il a pas tellement aime, il a demande a l’ingenieur qui m’avait introduit « c’est un anarchiste »? comme si un mome dans une usine, avec toute sa naivete, pouvait etre autre chose qu’un anarchiste, mais mon prof au contraire m’avait dit que mon rapport etait bien, et chacun en milieu de stage et a la fin du stage devait brievement partager son experience devant la classe, la aussi sans format pre-etabli, de maniere non guidee. Normalement il y a aussi un stage dans une ferme et un stage dans un hopital, une maison pour handicappes mentaux ou de personnes agees, mais je n’en ai pas beneficie, l’ecole etait encore un peu experimentale il n’y avait pas encore tout le curriculum.

          Je lisais aussi les B.T. quand j’etais mome. Je pense qu’effectivement ce sont de tres bon outils pour aider les enseignants. Je suis contre les « outils pedagogiques », je pense (et j’ai verifie moi-meme en faisant l’erreur, en tant qu’enseignant!) qu’ils n’ont de valeur que lorsque les eleves les font eux-memes, avec le minimum d’intervention du prof, et bien sur sans jamais utiliser un truc tout pret qu’on n’a pas prepare en classe, au besoin eleves et enseignant ensemble si on n’arrive pas a une solution ou les eleves le font tous seuls. En fait on apprend plus en faisant l’outil qu’en l’utilisant.

          Nos profs insistaient toujours pour qu’on fasse nos dessins en couleur. Ils devaient vraiment insister, parcequ’on n’y voyait en general pas l’interet, et surtout pas moi! Je crois que c’est pour forcer l’eleve a mettre quelquechose de personnel dans son dessin, a prendre des decisions. Il y a 1000 nuances de couleur, c’est toujours difficile de dire laquelle est la plus exacte, surtout que ca depend des couleurs environnantes. Je crois que ca aide les eleves a prendre conscience qu’on ne peut « prendre connaissance » des choses qu’en y mettant aussi du sien, que la connaissance est une chose personelle, et une chose accessible, et aussi une chose ouverte, qui peut toujours etre etendue, amelioree, et pas une chose fermee.

          Bon je n’ai suivi aucune formation a l’enseignement (ni Steiner ni autre), j’ai tres peu enseigne, et surtout a des adultes, ce qui est assez different des ados, donc mon opinion ne vaut que ce qu’elle vaut, mais je crois quand meme qu’en enseignement des sciences les ecoles Steiner ne s’en tirent pas trop mal.

          Et je crois que le fer de lance des pedagogies creatives (je n’aime pas le mot « alternatives ») au XX siecle a ete, dans le monde entier, l’enseignement des sciences. C’est la pierre d’achoppement, la matiere la plus cruciale au niveau politique, et c’est aussi la matiere qui inquiete le plus les gouvernements, la maniere dont elle est enseignee, que ce soit dans les forets en Inde (le projet HSTP, Hoshangabad Science Teaching Project, annule par le gouvernement alors que son succes devenait genant) ou dans les villes d’Europe.

    2. « Ce qui est spirituel n’est pas science », patience.
      Ici Onfray parle du vin et nous vend sa sauce philosophique et me hérisse, comme me hérissait mon prof de philo qui nous assénait ses vérités sur la vie pour nous vendre sa science philosophique, avec ses concepts invérifiables et impraticables tout autant. Moi aussi je m’en mêle, de philo, si lui, dans son œnologique analogique de l’ivresse matérialiste me parle de la pensée.

      « De l’art de passer pour un « scientifique » aux yeux des littéraires »
      Jacques Bouveresse, dans »Prodiges et vertiges de l’analogie : De l’abus des belles-lettres dans la pensée »
      Éditions Raisons d’agir, 1999, 158 p. (ISBN 978-2912107084)

      La conf’ d’Onf’, qui dit ce qu’on pense quand on a bu, surtout si l’on boit ses paroles, ce qui le rend ivre, lui, c’est que l’on comprenne comment il sépare « le bon vin de l’ivraie »…Sa conf’ est sur youtube et n’est plus sur France Culture.

  14. Bonsoir Fabrice et bonsoir à tous !

    Je « connais » Pierre Rabhi pour l’avoir écouté ou lu, à quelques occasions, lors d’interviews, débats télévisés ou articles de presse. Je le « connais » donc très peu mais je lui trouve de bien belles qualités humaines (celles-là même qui manquent à tant d’entre nous) et une bonté d’âme qui le placent au-dessus de la mêlée. Après avoir entendu des commentaires indélicats à son sujet, j’ai effectué quelques recherches sur internet et je me suis rendu compte qu’il avait pas mal de détracteurs… A la fois tellement étonnant et pourtant pas tant que ça, tant sa pensée est aux antipodes du système dans lequel nous évoluons. Tout de même, vos commentaires me confortent dans l’idée que je me fais de Pierre Rabhi et j’en suis enchantée (comme d’habitude, ça donne l’impression d’être moins seul…).

    Je me souviens aussi d’un débat télévisé qui m’avait particulièrement agacé pour ne pas dire révolté et dans lequel Pierre Rabhi (pour ne citer que lui car d’autres invités étaient présents) faisait face à des « commentaires » pour la plupart affligeants, de mon point de vue en tout cas. Il s’agit de l’émission « Les grandes questions » de Franz-Olivier Giesbert du 16 Octobre 2014 dont voici le lien :

    https://www.youtube.com/watch?v=1oxAz6q7bA8

    En définitive, il me semble que la pensée de Pierre Rabhi dérange car elle place chacun face à ses choix et justement, nombreux sont ceux qui n’ont pas envie de se remettre en question car ils ne veulent surtout pas modifier leur mode de vie (alors le seul fait de penser décroissance, que dire… Hors d’atteinte pour la grande majorité…). Comme souvent, c’est le déni qui prévaut et il est beaucoup plus facile de tomber à bras raccourcis sur celui qui ne pense pas « croissance infinie » plutôt que de reconnaître les aberrations d’un système obsolète…

    Une pensée pour Notre Dame des Landes… !

  15. Tout cela me rappelle une émission télé affligeante qu’une amie des Colibris m’avait demandé de regarder. On y voyait Pierre Rahbi acculé d’accusations ridicules (gourou, mise à mort de l’agriculture nationale par l’agroécologie, que sais-je encore) par d’assommantes journalistes, le tout orchestré par un Franz Olivier Giesbert tout aussi rasant (misère).
    Un cauchemar de bêtises.
    Evidemment, nul n’est obligé de regarder ou de lire tout ça.

    Et pourquoi donc Pierre Rahbi devrait-il être d’accord avec les choix opérés par Charlie?
    Il est libre de penser ce qu’il veut comme d’ailleurs les lecteurs de Charlie (enfin depuis quelques mois, c’est surtout les non lecteurs qui passent leur temps à critiquer ce journal).
    Depuis quand n’ y-a- t-il qu’une seule façon de penser?

    Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes qui aujourd’hui forcent autant le respect?

  16. Les c[bip] de « gauche » qui se croient dans le « camp du progrès »… même le pape les a enterré avec son encyclique écolo ! Le pape !
    Tu as raison, Fabrice, de parler de « gauche défunte »… quel ramassis de [bip] !
    (pour les binaires, je suis ici obligé de préciser que j’emmerde la droite et l’extrême droite bien plus encore !).
    Pour moi, Pierre Rabhi est un grand homme. Je suis désolé, je le connais et c’est ce que je pense. Ce qu’il propose est pour moi terriblement insuffisant mais… que l’on accomplisse 1/10 de ce qu’il préconise en agroécologie et le monde irait tellement mieux déjà ! Je ne l’oublie pas. Ne l’oublions pas… même si l’agroécologie ne pourra jamais être la seule clé de tous nos maux … ne l’oublions pas non plus 😉
    J’ai travaillé associativement avec Pierre à une époque où il était bien moins connu. Il est resté l’homme intègre (et passionnant) qu’il était. Généreux aussi. Et sincère.
    Après, ce n’est pas un gourou et on n’a pas à épouser 100% de ses idées comme semble le préconiser cette journaliste qui semble aimer les amalgames…
    Je n’ai pas besoin de Rabhi pour être pour le mariage pour tous et pour dénoncer la manif pour tous comme une vaste entreprise homophobe que ce crétin de Hollande a laissé prospérer des mois durant, laissant des traces culturelles épouvantables (sens culturel défini par Fabrice ci-dessus : anthropologique).
    Ce Rabhi-bashing, ça me fait penser à un reportage sur Cousteau qui tendait à montrer à tour prix qu’il était un imposteur. A qui profite le crime ? Ca me semble évident dans les deux cas : aux ennemis de l’écologie ! De droite… comme de gauche !
    La gauche progressiste prométhéenne (pléonasme hélas…) retarde de 50 ans les solutions écologistes qui pourraient améliorer la situation de notre monde…

  17. Supporter de pierre Rahbi, de fabrice Nicolino et de jade Lindgaard, j ai trouve l article equilibré et sain
    il est utile que des interrogations soient entendues sur les positions et actes de pierre Rahbi. J ai le souvenir d une conférence il y a bien 5 ans a Orvault 44 ou je l avais interroge en toute fin sur la lutte de notre dame des landes deja bien connue
    il avait decline tout engagement a leur coté a la stupefaction de tous les « afficionados » ce soir la
    personne n atteint la perfection donc, tout zélateur irremplaçable de la sobriete heureuse qu il soit
    Jade lindgaard conduit son article avec mesure et empathie au final , pas de quoi partir en guerre, désolé fabrice
    bien amicalement

    1. Rabaud,

      C’est bien votre droit. Mais je crains pour ma part que, dans ces conditions, la calomnie n’ait de très belles avenues devant elle. Car calomnie il y a, et sur des points concrets, sans aucun souci d’apporter des preuves. Cet article restera, comme tant d’autres du même genre, sous la forme d’un fumet désolant dont plus personne ne saura l’origine.

      Fabrice Nicolino

  18. Un article minable de Jade,traitant Pierre de secte, diffamatoire ,je lui ai fait suivre,franchement que de débilités dites et attaques négationnistes,j’ai trouvé tout ca minable ,elle ne connait rien de Pierre et se lancer dans la diatribe irréelle a ce sujet montre où en sont les journalistes a côté de la plaque ,c’est grave ,un peu réac et triste tout ca,merci a vous de relever la bêtise crasse de cet article infâme!

  19.  » Que n’a t’on pas dit sur la folle et douce utopie de René DUMONT pour aujourd’hui s’en mordre les doigts et reconnaitre qu’il était un visionnaire. L’écologie aujourd’hui a été dévoyée et a servi à des manipulateurs de tremplin pour exister en politique et viser d’abord un certain nombre de postes avant de servir de bien être pour le plus grand nombre. Il est temps de faire preuve d’humilité et de revenir aux fondamentaux qui donnent un sens plus juste et plus noble au rôle de l’homme comme modérateur et protecteur du monde dans lequel il vit  »

    Pierre j’ai trop de respect pour toi, et de toutes façons nous n’avons plus que toi, reste vigilant toute les occasions sont et seront bonnes pour essayer de te et de nous décrédibiliser.

    La multiplication des produits dérivés ne peut que brouiller l’image de ceux qui comme toi prône un autre mode de société basé sur plus de sobriété. D’autres se sont perdus dans le merchandising c’est comme cela qu’ils disent aujourd’hui, au départ insoumis, puis syndicaliste, député européen, il suffit de prendre le temps de relire ses livres dans la chronologie de leur sortie pour suivre l’évolution de son auteur et surtout de son ramollissement.

    Reste vigilant même si nous n’avons aucun doute sur ton message

  20. « Je vois bien que l’auteure est embarrassée, qui oscille entre la réprobation radicale du personnage – ce qu’attend sa revue et, au-delà, cette opinion de la gauche défunte à laquelle elle appartient – et une certaine compréhension, qu’elle paraît partager au moins un peu. »
    C’est en effet ce que j’ai compris, sans l’interpréter comme toi par une allégeance contrariée à Médiapart. Pour moi, cet article est plutôt positif, il m’a éclairée sur plusieurs points.
    D’une part, je suis spontanément positive envers Pierre Rabhi, j’aime sa manière de voir les choses, d’expliquer sa conception du monde, de convaincre, de faire.
    D’autre part, je suis gênée par cette propension de ses adeptes à parler de « prophète » (gourou disent ses détracteurs), et leur incapacité à supporter la moindre prise de distance critique avec lui.
    Je suis gênée, aussi, par des critiques qui visent essentiellement son entourage: de proche en proche, on peut déshonorer à peu près n’importe qui. Cependant, il n’est pas complètement indifférent au regard que l’on porte sur quelqu’un de savoir qui sont ses proches. Il me semblait donc que l’article de Jade Lindgart était plutôt éclairant sur ce point.
    Est ce qu’on a le droit de dire que Pierre Rabhi apporte beaucoup au débat actuel, sans s’aligner sur toutes ses positions? Dire « je prends ça, mais ça, je le refuse fermement », c’est pour moi non seulement un droit, mais un devoir. Personnellement, je refuse fermement (par exemple) sa croyance que l’homosexualité n’est pas « naturelle », son mysticisme, et la tentation d’en faire un homme providentiel, on sait où nous a menés, à droite comme à gauche, cette propension perverse à déifier n’importe qui et à s’appuyer sur une nature fictive pour appuyer des choix politiques.
    Sur le droit de caricaturer « le prophète » (pas lui, un autre!) je serais à la fois en désaccord avec lui, bien sûr qu’on a le droit, et en accord, lorsque cette caricature est instrumentalisée par certains pour blesser les sentiments religieux de toute une communauté déjà bien ostracisée par ailleurs. C’est d’ailleurs pour ça que je ne voulais pas « être » Charlie, et là encore, j’ai eu le sentiment qu’on n’avait pas vraiment le droit de ne pas l’être, sans être considéré comme complice des massacreurs.

    1. Cultive ton jardin,

      Pardonne-moi à l’avance, mais je souhaite que tu te ressaisisses un peu. Bien entendu, on peut être en désaccord avec Rabhi sur tous les points possibles. Je n’aime pas certains de ses propos, et je l’ai dit, et je l’ai écrit. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Quand tu tu prétends que Rabhi pense que l’homosexualité n’est pas naturelle, je te demande sans fard : d’où tiens-tu cela exactement ? Je ne prétends pas qu’il ne l’a pas dit, mais moi, je ne le sais pas. Dans la logique qui est peut-être la tienne et qui est en tout cas celle d’une certaine gauche « radicale », cela signifie en chaîne que Rabhi est un mec épouvantable.
      La première des règles est pour moi la vérité. Ensuite, mais ensuite seulement, on peut discuter utilement, éventuellement ne pas être d’accord. Tout ce que tu écris, hélas, est de seconde ou troisième main. Quant à la « la tentation d’en faire un homme providentiel », deux choses. Comme tu le sous-entends toi-même en utilisant l’article « la », ce n’est pas de son fait. Je précise qu’il se situe sur le terrain des idées et de la culture, ce qui contredit tes craintes. Et puis, cette utilisation du point Godwin – Hitler ou Staline ? -, ne ma paraît pas, restons mesuré, utile.
      Encore deux choses. Tu parles de « nature fictive », ce qui me permet de penser que tu ne sais pas grand chose de Pierre Rabhi. Car justement, et cela m’éloigne de lui, il a constamment parlé d’une nature immédiate et concrète, anthropisée, au service des humains. Il a travaillé des années au Burkina, l’un des pays les plus pauvres, pour apprendre aux gueux à cultiver sans abîmer. On parle de la même personne ? Je gage qu’il doit être contre la présence du Loup dans sa chère Ardèche, et je m’en moque, moi qui vénère le sauvage précisément parce qu’il échappe à l’emprise humaine.Je m’en moque, car ainsi que tu sais, je suis un humaniste. Mais réel, au sens que l’humanité doit intégrer pour se sauver elle-même les devoirs qu’elle a nécessairement par rapport au vivant.
      Ultime pointe, amicale je te le jure : je préfère vivement que tu n’aies pas connu le siècle de combats anticléricaux en France, car tu aurais souffert de voir blessés « les sentiments religieux de toute une communauté ». Une religion reste pour moi un fait social que l’on doit critiquer constamment au plan politique, et accepter sans discussion chez les individus.

      Passe une bonne journée,

      Fabrice Nicolino

  21. Bonjour, en ce qui concerne P Rahbi, mon avis sur sa pensée est assez mitigé. En effet, bravo pour le praticien agricole, le type courageux mettant en œuvre la sobriété heureuse, et qui essaie de penser son action. Mais l’ayant entendu une fois dans une conférence affirmer, après une longue condamnation de la pensée moderne (comme s’il n’y avait que du négatif dans cette philosophie), que les femmes ne sont pas douées pour la science, qu’elles sont en fait du coté de la nature, les hommes étant évidemment du coté de la culture, etc…, bref, un discours caricatural essentialiste et rousseauiste sur les femmes que je croyais définitivement remis aux oubliettes. Depuis, je me méfie beaucoup de ce mec là, et surtout de ceux qui le prennent pour un maître à penser.

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