Les autoroutes du Mékong

Sont-ils beaux ? Je vous présente ces gentils messieurs, presque aussi avenants que nos Sarkozy à nous. De gauche à droite, les Premiers ministres vietnamien (Nguyen Tan Dung), thaïlandais (Samak Sundaravej), birman (Thein Sein), laotien (Bouasone Bouphavanh), chinois (Wen Jiabao) et cambodgien (Hun Sen). La scène se passe à Vientiane (Laos), le 31 mars 2008.

S’ils sont à ce point heureux, c’est que ces imbéciles et criminels – les deux se marient fort bien – viennent de signer un accord « historique », forcément « historique ». Et surtout hystérique. Très bientôt, demain serait parfait à leurs yeux, un maillage d’autoroutes devrait réunir les régions les plus « retardées » de leurs pays respectifs.

Ces « corridors économiques » comme les appellent leurs promoteurs sont censés irriguer, comme chez nous, des régions oubliées par la dévastation écologique. Permettez-moi de citer l’un des nôtres – si, ne protestez pas -, qui s’appelle John Cooney, responsable « infrastructures Asie du Sud-Est » pour la Banque asiatique de développement (BAD). C’est cette banque maudite – oui, maudite soit-elle ! – qui financera. Et voici la citation rapportée par l’AFP : « Notre but est de transformer des infrastructures économiques de base, les routes et les réseaux d’électricité, en corridors économiques qui deviendront le nerf d’un groupement économique ».

C’est tout le bassin du Mékong, l’une des hauts lieux de la biodiversité de la planète, qui va être ravagé, sans retour en arrière possible. Dans les forêts humides entre Laos et Vietnam – ce n’est qu’un exemple -, on découvre encore aujourd’hui des mammifères inconnus de la taille d’un petit cerf. Est-ce possible ? C’est. Bienvenue aux marées de camions pleins de pacotille made in China.

Les écologistes, dont je suis je crois, protestent contre un projet qui augmentera les trafics de toute sorte, du bois tropical au braconnage, en passant par la traite d’humains. Mais qui s’intéresse à de telles choses ? Le Figaro-Économie, TF1, le Nouvel Obs ?

Le grand réseau autoroutier du bassin du Mékong me touche pour un grand nombre de raisons. Et parmi elles, le souvenir des guerres atroces qui ont ensanglanté l’ancienne Indochine française entre 1946 et 1975. Les peuples martyrs du Vietnam, du Laos et du Cambodge, après avoir supporté le napalm, la dioxine, les B52, les massacres directs au fusil d’assaut – et le stalinisme -, vont enfin découvrir le progrès à notre manière. Je vous assure que je pense à eux. À cette poussière de peuples dispersés dans ces pays sublimes. Aux animaux, aux arbres, à ces merveilles menacées par notre coutumière folie.

Désolé, je tâcherai d’être plus gai une prochaine fois. J’avais même mis de côté une rencontre avec le professeur Claude Got, formidable personnage. Mais bon, une autre fois.

23 réflexions au sujet de « Les autoroutes du Mékong »

  1. comment peut-on imaginer une économie valable sans réserve de vie ? c’est complètement absurde …
    en géographie en terminale, déjà qu’on ne voit que les pays importants économiquement, et encore, « l’endroit japonais », « l’europe rhénane », c’est plus les endroits les plus dynamiques économiquement parlant que des pays… On a étudié le brésil dernièrement, avec sa vaste forêt amazonnienne et cette plaie béante qu’elle arbore, son autoroute hideuse, ses feux de forêts visibles par satellites … on en a parlé quelques minutes, puis la prof a ensuite désigné l’arrière pays, avec le mato grosso et ses terres volcaniques fertiles, comme une réserve à exploiter plus tard… comme si les terres n’étaient là que pour la monoculture et pour satisfaire els besoins humains, que pour l’économie mondiale, que pour développer le territoire et se laisser mourrir …
    j’ai du mal à supporter une telle vision du monde qui est pourtant celle de beaucoup aujourd’hui …
    j’en suis venue même à éprouver une sorte de fierté orgueilleuse pathétique d’être dans la triade, et d’être dans un endroit avec un bon PIB, un bon taux de natalité et de densité… pourtant celà n’a aucun sens ! parvenir à tourner ses phrases de manière à penser qu’il faut aller coloniser ces endroits désertiques d’humains, comme s’il n’y avait rien, alors qu’il y a tant…
    et j’ai l’impression qu’on me voile les yeux, et que je les rouvre seulement grâce à ushuaia tv que je regarde de temps en temps … (je n’ose pas imaginer les endroits qui ont été filmés jusqu’en 1997, ce qu’ils sont devenus aujourd’hui) que dans les endroits vides d’hommes, ils sont plein de beauté, de nature sauvage et luxuriante, et belle …
    et cette beauté, gratuite, naturelle, originelle même, elle est tue, passée sous silence, elle n’est considérée que comme un enjeu économique.
    ça me révolte et me révulse …
    du point de vue d’un géographe contempporain, la nouvelle du maillage d’autoroutes pourraient être bonne, désengorger et développer les régions pauvres … mais c’est trop que d’oublier la nature et l’environnement, et on l’a trop oubliée, on l’oublie trop en ce moment, on parle de trop de choses sans intérets… cette nouvelle je la sais et je suis heureuse de la connaitre maintenant, heureusement que je passe sur ce site!
    d’ailleurs j’ai pris une décision, je sais ce que je veux pour mon anniversaire : un bout de la forêt amazonnienne. car si on l’achète, avec des milliers de propriétaires qui la protègent de loin, légalement j’espère que ça aidera la forêt à ne pas disparaitre sous un tas de cendre … je pense que c’est une bonne solution …
    non ?
    il me tarde d’en savoir plus sur claude got !
    et j’espère aussi que mon commentaire est assez lisible quand même ^^’
    d’après ma prof de philo ce j’écris c’est du capharnaüm :s …
    je te souhaite encore bon courage !

  2. Lorsque je les vois sur cette photo, les bras croisés, je me dis qu’ils prennent presque la position pour recevoir les menottes qu’ils mériteraient. C’est curieux cette tendance à confondre le progrès et le développement économique. L’intelligence n’est vraiment pas indexée au cac40 ou au dow jones.

  3. A Neela : c’est d’autant plus lisible qu’il y a de quoi lire, c’est-à-dire une pensée, une intention (du remplissage, même bien orthographié et ponctué, reste du remplissage).
    Quant aux autres, c’est sûr qu’ils font ça pour le bien de « leurs » peuples, il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Birmanie, par exemple…

  4. @ Neela, merci, tu redonnes de l’espoir .
    bah oui, on ne sauvera pas tout, et peut-être même pas grand chose . On ne défend que ce qu’on aime, plus je réfléchie, plus c’est cette valeur qui fait défaut . En ayant revu le film « we feed the world », ce qui me saute aux yeux une fois encore , c’est l’extrême brutalité avec laquelle on traite le vivant . ces aubergines qui disparaissent à jamais, ces tomates si dures aux chocs, ces malheureux poissons, ces malheureux humains, ce paradoxe fort laid qui existe entre la douceur, la fragilité d’un poussin et l’existence si violente qui lui est offerte dans la grande distribution . Comme si tout ce qui était vivant était enemi (soumettez la terre…) alors que nous devrions être les gardiens de la création . je cite la bible, mais toujours pas de prosélytisme , ce n’est pas mon but . Simple constatation logique : nous n’aimons pas assez, et souvent pas du tout , mais ça s’apprend .

  5. Ton cri Neela nous fait chaud au coeur : puisse ta pensée se répandre parmi ta génération sans plus s’arrêter, et exercer une contagion effrénée dans les familles, les copains, les voisins. Achetons tous une parcelle à aimer comme on parraine un enfant qui souffre, pour encercler et étouffer les exactions des menottés de la photo. J’aime tout particulièrement ces pays, ils m’ont boleversée définitivement, et je vais y retouner, mais j’ai peur de ce que je vais trouver, on m’a dit que cela changeait très vite depuis peu, très très vite. qu’est-ce que cela va être après ces saignées irrémédiables!

  6. Oui, parrainer un bout de terre vivant… Parrainer une semence reproductible avec l’association Kokopelli, c’est important aussi (+ ça ne nécessite pas de déplacement en avion + cette assoc vient de perdre 2 procès pour vente de graines « illégales », car non inscrites au catalogue officiel désormais entre les mains des grands semenciers que l’on commence à trop bien connaître…et elle a besoin de soutien). Parrainer ces graines pour qu’elles ne disparaissent pas à tout jamais, ce qui nous pend au nez, au moment où des experts européens (non indépendants, hélas) décident du devenir des semences paysannes et où le Sénat organise la répression: délit de fauchage d’OGM passible de 2 ans de prison et 75000€ d’amende… A bon entendeur salut!

  7. @ valérie, vous allez donc y retourné ? je suis bien contente pour vous et nous tous, car j’espère que vous nous ferez par de vos aventures ! Aidons les personnes à aimer ce monde !

  8. Eh ! les écolos de salon et même de terrain d’une France bien propre, bien bordée, il faut ouvrir les yeux. Notre planète bleue et ses potentialités ont été offertes à l’homme pour qu’il en fasse un jouet de développement et un champ d’expérimentation pour assouvir son esprit primaire destructeur et sa mégalomane.
    Toutes nos protestations contre un monde insipide et ravageur n’auront aucun écho tant qu’il n’y aura pas une catastrophe majeur( par exemple suppression de la moitié de la population mondiale en raison d’une pollution chimique gigantesque ou une famine planètaire dont l’origine mettrait clairement en aaccuserait clairement les activités humaines et

  9. Eh ! Nous écolos de salon et même de terrain d’une France bien propre, bien bordée, il faut ouvrir les yeux. Notre planète bleue et ses potentialités ont été offertes à l’homme pour qu’il en fasse un jouet de développement et un champ d’expérimentation pour assouvir son esprit primaire et sa mégalomanie.
    Toutes nos protestations et actions contre un monde insipide et ravageur n’auront aucun écho tant qu’il n’y aura pas une catastrophe majeure( par exemple suppression de la moitié de la population mondiale en raison d’une pollution chimique gigantesque ou une famine planètaire dont l’origine mettrait clairement en accusation notre mode de vie et la technoscience chère à ceux qui se délectent déjà de pouvoir nous cloner pour mieux nous contrôler.
    Pas d’espoir tant que nous manquerons de philosophes qui ne peuvent être que nous-mêmes, n’est-ce pas Epicure mon ami ?

  10. D’accord avec la fin léonnard . ce qu’il y a à changer dans le monde c’est en premier lieu toi et moi .

  11. Ce blog c’est toujours l’assurance de s’en prendre une et comme tu dis Benédicte l’envie de changer tous les jours un peu plus ma façon d’être, et de me remémorer cette phrase peinte dans une « petite » gare quelque part vers Mysore en Inde:  » you can’t change the time, but it’s time to change you »,et depuis çà me poursuit entre me convaincre que c’est nécéssaire et le découragement que cela puisse être utile.
    Chaque page Fabrice, j’aimerais qu’on puisse l’entendre comme chronique sur ma radio, qu’elle soit le plus largement entendue,car depuis mes années printanières qui m’ont amenées à des choix à l’époque radicaux, c’est la première fois que je retrouve cette même saine colère,celle qui se communique et donne de l’élan

  12. fabrice,
    cesse de t’exuser de ne pas etre gai à tout bout de champs… si tu n’est pas gai et que tu te fait Cassandre tu n’as pas à t’en exuser !
    d’autre part je suis entierement d’accord avec ce que denonces dans ce blog, j’ai aussi lu le livre sur les pesticides , tres interessant.
    pour ma part je pense fermement que la base du probleme est une certaine structure mentale d’homo sapiens, developpée au cours des millenaires de generation en generation; à mes yeux pas de changement (reel) possible tant que cette structure mentale ne changera pas; et comme il y a tres peu de chance que cette structure change, il est tres possible que nous allions vers l’extinction de la race humaine, et peu etre plus vite que nous le pensons vu l’acceleration des processus qui y conduisent et que tu decris fort bien dans ce blog.

  13. Cela me rappelle la Banque mondiale qui sommait la Pologne (au tournant des années 90) de fermer une multitude de lignes de chemin de fer (non « rentables »).
    Comment stopper tous ces crétins ?

    Tiens bon le cap, Neela. Tu montres par ton exemple que la lumière peut surgir là où on ne l’attendais pas. Même si je faisais preuve de quelques « déviances » déjà, à ton âge j’étais bien moins critique sur le contenu des cours que je suivais au lycée. Bien sûr que ce sera dur pour toi, mais si tu t’exprimes, cela veut dire que d’autres n’en pensent pas moins silencieusement en étant encore isolés. Pour l’orthographe, sois aussi persévérante, et ça viendra tout seul.

  14. Pas besoin d’aller en Asie: l’A65 entre Bordeaux et Pau est une ineptie complete pour l’équilibre écologique de la région et nos élus poussent au train à qui mieux mieux. Pitoyable.
    Je me permet Fabrice de mettre le lien du site d’on parle Katia:
    http://www.kokopelli.asso.fr/
    Signons la pétiton et
    Plantons plantons
    Que des semences pures
    abreuvent nos sillons
    Salut

  15. Parce que vous croyez que ces autoroutes vont résister longtemps au climat du coin. En Assam, il tombe 10 mètres d’eau par an, et le barrage des trois gorges commence déjà à se boucher. On aura simplement des ruines beaucoup plus laides qu’Angkor Vat, mais pour construire des temples comme ça, je ne vous dit pas tout ce qu’il a fallu détruire.

  16. J’espère qu’ils ont parlé aussi des projets de barrages du régime chinois notamment sur le Mékong artère de vie de « l’Indochine ».

    Du goudron contre de l’eau ? Pour étancher la soif de profit.

    Tiens, d’ailleur, le Mekong prend sa source au Tibet comme le Bhramapoutre, l’Indus, le Yang zi et le Huang He… Y aurait-il un rapport avec les jeux olympiques ?

    MH

  17. D’après les stats de la Banque Mondiale, voici le pourcentage de forêt/superficie de différents pays en question.

    Cambodge 59
    Chine 21
    France 28
    Laos 70
    Birmanie 49
    Thailande 28
    Vietnam 42

    Vous noterez que pour la France, on en est à 28% (et je ne vous parle pas de nos forêts de pins bien alignés). Par conséquent, je ne vois pas au nom de quoi on se permettrait de donner des leçons de bonne conduite écologique voire d’insulter les dirigeants de ces pays de vouloir le développement alors qu’on y souffre encore de pauvreté abjecte, de chômage massif et de multiples maladies d’un autre siècle. Ceux qui prônent une voie alternative devraient aller vivre quelques temps dans ces pays là pour se rendre compte de la misère des gens.

    Renseignons-nous avant d’accuser et de dénigrer avec nos préjugés. Et surtout, balayons devant nos portes.

  18. Pour Demesure,

    Je ne veux pas polémiquer avec vous. Simplement, je trouve navrant de s’appuyer seulement sur des statistiques de la Banque mondiale pour aborder une question pareille. Si vous saviez – mais vous ne savez pas – ce qui se passe réellement dans l’Asie du sud-est ! Je vous crois tout à fait sincèren, mais je vous assure que vous manquez gravement d’informartions. Bien à vous,

    Fabrice Nicolino

  19. A Demesure : oui, vous m’avez convaincu, avec 49 % de forêt,les dirigeants birmans sont probablement de braves gens qui veulent le « développement » pour le bien de leur peuple !

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