Mais pourquoi la politique est-elle morte ?

Attention, ce texte est la poursuite du précédent et ne saurait à mon sens être compris sans avoir lu le précédent et celui viendra derrière. On peut appeler cela une trilogie, mais comme cela semble bien pompeux, restons-en à l’idée d’une série de trois. Enfin, voyez.

Lecteurs, amis, adversaires éventuellement, je suis bien sûr d’une chose : vous partagez un même sentiment sur la politique. Car la politique, fondamentalement, c’est l’action. Or nous ne pouvons plus bouger. Aucun geste ne donne plus rien. Aucune mobilisation ne débouche plus sur le moindre changement, aussi dérisoire qu’il puisse être. Ce n’est pas une panne, c’est la fin ultime d’un cycle probablement né chez nous en 1789.

La Révolution française aura été un souffle prodigieux, qui a montré qu’un mouvement dans la société pouvait conduire à un changement d’état radical. Il est difficile d’imaginer ce qu’un tel tremblement de terre a pu signifier pour des générations. Je passe volontairement sur la suite des événements, qui a dû en décevoir plus d’un. Au passage, ce triomphe (si provisoire) de la volonté a également permis l’établissement d’une foi meurtrière dans l’homme. Le délire de toute-puissance et cette hubris – la démesure déjà décrite par les Grecs anciens – qui sert de fondement aux entreprises techniques les plus folles, ne sont pas nés là. Bien sûr. Mais ils auront trouvé dans ce soulèvement d’un peuple – mais oui, toute aventure merveilleuse contient sa part d’ombre et tout avers son envers – des raisons nouvelles de se déployer. Ne l’oublions pas : 1789 est aussi la grande naissance politique du progressisme, cette croyance naïve dans le sens de l’histoire, qui ne connaîtrait qu’une direction. Le pire en réalité, c’est que le progressisme a vaincu toutes les autres propositions politiques par une alliance indéfectible avec la machine et le savant. Avec de tels acteurs, l’industrialisation du monde, qui est notre monstre bien vivant, ne pouvait que déferler sur des sociétés humaines éberluées par la puissance et le neuf.

Tout cela est terminé. L’alliance est encore là, mais comme elle se heurte à des murailles que personne ne franchira, elle est franchement obsolète, dans le sens qu’elle ne sert plus, qu’elle ne servira plus qu’à détruire, car plus rien ne saurait être construit dans ces conditions. Que s’est-il passé ? D’abord, cette chose aussi vieille que le monde : les idées périssent ou en tout cas s’épuisent au point de n’avoir pas plus de force qu’un vieillard centenaire, et grabataire. Combien de temps aurai duré l’ivresse de 1789 ? On sait qu’elle aura inspiré le coup de force bolchevique de 1917, et donc ce qui a suivi en Russie, puis dans tant de pays du monde. J’ai déjà assez dit l’horreur définitive que m’inspirent les stalinismes, qui sont toujours dans la tête de trop d’humains.

En tout cas, 1789 s’est étiolé et les rêves sont devenus des nuages s’effilochant au ciel des sociétés humaines. C’est ainsi, et il n’en sera jamais autrement. Mais il est un autre changement, bien plus radical, qui condamne toutes, je dis bien toutes les formes actuelles de la politique : l’évidence croissante qu’il existe des limites physiques à l’aventure humaine. La crise écologique nous mord la nuque et bientôt la brisera si nous ne tentons pas quelque chose d’inédit.

Je ne reprends pas la litanie, mille fois décrite ici.  Nous consommons bien plus que ce que les écosystèmes naturels acceptent de nous offrir chaque année, et cela ne saurait durer, ce que peut comprendre un enfant de cinq ou six ans. Si tu ajoutes une bille à un gros paquet chaque matin et que tu en perds deux chaque soir, eh bien, il arrivera, quelle que soit la taille du sac, que tu n’auras plus rien pour jouer, mon biquet. Tu pleureras, mais ce sera trop tard, sauf si tes bons parents t’achètent d’autres billes chez le marchand. Le tout petit problème est qu’il n’y a pas de marchand de terres. Nous faisons gaiement comme s »il en existait trois ou quatre, et demain, avec l’appétit croissant de centaines de millions d’Indiens et de Chinois – entre autres -, il en faudra bien cinq. Mais je me rends compte que mon historiette n’est pas si drôle, pardon.

L’aventure, celle-là, est finie. Or toutes les formes politiques, jusqu’au dernier sous-comité public, jusqu’à la moindre assemblée mélenchoniste, jusqu’aux absurdes mouvements prétendument écologistes, oui, toutes font comme si cela pouvait durer. Ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant ! Une élection perdue ? Bah, attendons cinq ans, ou sept, ou vingt-cinq. Jamais aucun parti ne propose ni ne proposera des mesures de rupture vraie avec ce monde. Par exemple mettre en question l’existence même des transnationales, ce centre nerveux de la destruction planétaire. Ou la bagarre assurée, assumée contre la prolifération des objets matériels, qui passe sans nul doute par l’interdiction de la publicité, cette industrie du mensonge. Ou l’abolition de la pêche industrielle, qui trucide des équilibres écosystémiques vieux de millions d’années. Ou encore la lutte organisée pour la fin de l’agriculture industrielle, responsable essentiel de l’Apocalypse des insectes évoquée dans mon dernier papier ici.

Ce ne sont que quelques exemples de bon sens. Les gens qui nous représentent – partis, syndicats, associations, structures publiques de tout niveau – nous précipitent au tombeau collectif parce qu’ils n’entendent pas mener les combats vitaux pour notre avenir. Encore cinq minutes, monsieur le bourreau ! comme a dit – peut-être – Jeanne du Barry en montant sur l’échafaud en 1793. Eh bien oui, nous aurons les cinq minutes, mais pas plus. Sont-ils cons comme des brêles ? Oui, assurément, ils le sont, puisqu’ils ne comprennent pas l’essentiel et se perdent dans de picrocholines querelles. Mais il faut quand même aller plus loin, même s’il m’arrive, comme à vous je l’espère, de les maudire tous.

Je ne reprends pas les raisons – celles que j’entrevois en tout cas – d’une telle faillite, encore que le mot juste, vu les dimensions du drame, reste à inventer. Je me contenterai de constater qu’ils sont tous, mais alors tous, les représentants d’un astre mort. Pour des raisons diverses, intellectuels, syndicalistes, politiques ne parviennent pas à s’extraire pour de vrai du cadre passé et désormais forclos. Voyez par exemple ces tristes exemples de messieurs Hamon et Mélenchon, qui se disputent la dépouille et la mémoire d’un Mitterrand, né il y a 101 ans, et qui n’a bien entendu jamais dit un mot sur la crise écologique, pourtant évidente déjà du temps de son vivant.

Tous les repères, toutes les carrières, tous les livres ou presque, toutes les écoles, toutes les Académies, tous les journaux ne parlent au fond que d’un univers disparu. Le grand fantasme est de récréer le divin passé. Selon les semblants de camp, les Trente Glorieuses, la France éternelle de Dunkerque à Tamanrasset, la rupture – tu parles ! – avec le capitalisme. Comme aucun n’y arrivera, voilà la grande nouvelle que j’entends partager avec vous : la politique est morte, car rien de significatif n’a plus la moindre chance d’arriver comme l’on faisait avant. Le cadre a totalement changé, mais il est décidément trop dur de se séparer des vieilles tapisseries. On garde, on meurt.

Y a-t-il une issue ? Je suis bien loin d’en être sûr, mais peut-être. Seulement, ainsi que je vous l’ai écrit, il faut accepter de rompre sans esprit de retour. Il faut se mettre dans un état intérieur tel que nul ne pourra plus venir dans l’intérieur de nos têtes y faire les diverses propagandes qu’on sait. Il faut tenter de devenir libre. Attention, je suis fort loin d’y être ! Ne croyez-pas que je me présente comme un modèle, car franchement, dans le genre, il y a mieux. En tout cas, j’essaie d’être sincère, honnête, et volontaire. La politique est morte, mais il existe sans doute un (des) moyen(s) de la ressusciter. Rappelez-vous : la politique, c’est l’action. Sans action, nous sommes cette fois irrémédiablement condamnés au pire. Mais en agissant, peut-être pas.

Donc, la politique. Moi, je crois que ce grand peuple a le besoin et la possibilité de se repolitiser en profondeur, sur des bases neuves. Et j’ai ma petite idée sur le sujet que je m’empresse de partager avec vous. Mais voilà que je me rends compte qu’il est 16h58 et que je n’ai pas encore bu mon thé vert de l’après-midi. Damned ! La suite et fin provisoire dès que possible. Juré.

14 réflexions au sujet de « Mais pourquoi la politique est-elle morte ? »

  1. Bref, si j’ai bien compris ce brillant et vertigineux raccourci, accepter la fin d’une ere commencee en 1789? Voila qui rappelle quelques autres personnes, et en particulier Pierre Fournier, qui en 1969 ecrivait, dans Hara-Kiri Hebdo:

    « Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. Ca représente du travail. »

    La Grande Encyclopedie, c’est bien l’idee de « l’alliance du progressisme avec la machine et le savant », non? (pour reprendre tes mots).

    Je n’ai pas lu le dernier livre de Latour mais celui sur la sociologie des sciences, vers la fin des annees 90, et je ne crois pas qu’on puisse prendre « le commun » comme un critere suffisant de validite, a moins de revenir en arriere par rapport a la Grande Encyclopedie, ce qui serait une grande perte.

    En revanche, on ne peut que constater que l’ere qui a commence avec 1789 a plus reve la politique qu’elle ne l’a faite. Elle a laisse se developper le capitalisme sous diverses decorations, elle n’a ete qu’une fabricante de facades decoratives pour la machine capitaliste, qui s’est developee de plus belle a chaque « revolution ».

    Donc, peut-etre, arreter de seulement rever la politique pour commencer a la faire, ce qui implique une revolution interieure en chacun, condition pour que la revolution exterieure cesse de n’etre qu’une image pour devenir reelle?

  2. merci Fabrice
    comme dit mon frérot « il n’y a pas d’application « beurre » sur les portables dernier cri… »
    respect pour les paysans qui nous nourrissent tous
    actions quotidiennes de leur part
    payées parfois bien chichement
    cette poule aux œufs d’or de l’agriculture saine à taille humaine est en train de crever

    dans le village où j’habite, on s’apprête à débourser 2 millions d’euros pour refaire la chaussée et les abords de la rue principale mais les gosses de la cantine mangent des plats achetés « clés en main » à une société de restauration qui se fournit je ne sais où en matières premières;
    quand j’étais gamine, à la cantine de l’école, tous les fruits et les légumes venaient des exploitations agricoles des parents d’élèves, en classe, plus de la moitié des enfants étaient fils ou filles d’agriculteurs; on mangeait toujours de saison; le maître qui nous surveillait nous disait qui avait donné à l’école son écot en nature: les salades du père d’un tel, les carottes du papa d’une telle , les pommes de l’oncle à C. …
    L’épicière du coin achetait sur la commune la majorité des légumes et fruits qu’elle vendait; pour en avoir discuté avec sa fille qui avait pris le relais à l’épicerie mais qui a dû fermer il y a déjà plus de 10 ans , elle vivait correctement en vendant les marchandises avec un coefficient multiplicateur de 1,5 ; l’école lui achetait les pâtes, les yaourts, les oranges et toute l’épicerie nécessaire à la préparation des repas;
    3 dames rondelettes et joviales préparaient les repas qu’on payait au ticket (un franc vingt au début des années 70) la viande venait de la boucherie du village qui a fermé il y a 5 ans, faute de rentabilité; comme les 2 banques mais pour « restructuration de leur réseau »;
    ce cadre passé n’est plus, où chacun avait une place, une fonction, une identité
    cette prospérité locale et modeste est morte, remplacée par un système d’une très grande fragilité- car reposant entièrement sur les transports motorisés sur des distances conséquentes – et au final bien plus coûteux socialement
    j’admire certaines municipalités traduisant en actes leurs valeurs, qui salarient des maraîchers pour offrir aux gosses de leur commune déjeunant à la cantine du bon, juste, sain et local cultivé par des gens qu’on peut rencontrer qui ont la dignité d’un travail bien fait correctement rémunéré et non pas du réchauffé sans âme cuisiné avec on ne sait quoi , par on ne sait qui, on ne sait où…

  3. Je suis toujours secoué de voir combien nous sommes d’accord et parlons des mêmes choses ! N’est-ce pas la preuve, Fabrice, que nous ne sommes pas si seuls que nous en avons l’air ? J’ose le croire !
    Ceci par exemple, que tu viens d’écrire ci-dessus, me semble d’une évidence à crier sur tous les toits :

    « La politique est morte, mais il existe sans doute un (des) moyen(s) de la ressusciter. Rappelez-vous : la politique, c’est l’action. Sans action, nous sommes cette fois irrémédiablement condamnés au pire. Mais en agissant, peut-être pas. »

    Allez Fabrice, savoure ton thé et dis nous ce que tu as derrière la tête, nous sommes impatients.
    En attendant, avec des copains de la FRAPNA Ardèche (autour de ton ami Frédéric Jacquemart !), on a passé deux jours sur la « métamorphose culturelle » et cela nous a donné plein d’idées pour la suite. J’y reviendrai … car nous sommes en train de mettre en forme des petits supports simples (petits textes, petits fichiers son ou vidéo avec conférence, etc…) pour que chacun comprenne de quoi il s’agit et puisse s’en saisir.
    Je suis sûr que c’est compatible avec ce que tu vas proposer 😉
    A bientôt alors 🙂

  4. Quand on voit l’Etat de l’Ardeche,aujourd’hui..il y a pas de quoi être fier!!
    Frapna? métamorphose culturelle? Quel rapport avec la Protection de la Nature et des Animaux?
    les chasseurs se réunissent le 1er décembre pour finaliser leur acquisition totale du Territoire,en ayant pris soin de s’approprier agriculteurs et particuliers..lors des dernières décisions prises..
    Des mas fermés,en résidences secondaires.. 10/11 mois sur douze…avec des terres agricoles à l’abandon!!Lesjeunes du paysne peucventplus s’installer..
    Des dizaines de piscines qui se remplissent au printemps..pour ces messieurs-dames urbanisés..pour que ,la population locale et la Nature et sa faune, subisse ensuite la sècheresse!!!En septembre c’est les rivières polluées de crèmes solaires, canettes,emballages,détritus de toutes sortes(300 litres en une semaine sur 1 hectare en bord de rivière)..poissons qui disparaissent,qui s »asphyxient, nuage de pollution de l’air de plus en plus épais..insectes,oiseaux en perdition,déshydratés,sans alimentation…des dizaines d’animaux écrasés l’été ;TOUT CELA POUR DEUX MOIS DE TOURISME ET LE PLAISIR DE MRS WAUQUIER/SARKOSI QUI VEULENT DESANCLAVER
    L ARDECHE(routes,trains) POUR EN FAIRE leNouveau Département de campings de luxe..ethop!!plus d’agriculture..déforestation,méprisdu bienêtre local,de l’environnement..piscines géantes,ect…
    Que vient faire la métamorphose culturelle alors qu’il y a URGENCE àsauver ce que l’on a!!En deux jours…tant d’animaux souffrent ,meurent en silence!!Des milliers d’arbres sont coupés faisant mourir(espèces protègées,entr’autres) un ancestral écosystème…
    Et que fait la FRAPNA?Quelle transition opère telle? A lors que son rôle est crucial…
    Elle se penche sur la Culture???C’est bien normal ,cela???au mécontentement de nombres de citoyens :((

  5. Ruffo, visiblement, tu n’as pas compris le rôle de la culture dominante dans la destruction que tu décris. Dommage, c’est à mon avis la clé indispensable pour agir sans s’agiter dans le vide mêmes si s’agiter, ça fait du bruit.
    Tu n’es pas fatigué de jouer les Sysiphes ? Nous oui !
    Je n’ai jamais été fier de l’état de l’Ardèche et même du monde, je te rassure !
    Quant à savoir ce que fait la FRAPNA Ardèche, viens nous voir à Largentière et on en reparlera (tu prends RV avant et avec moi, car nos salariés ont du boulot par dessus la tête et ne peuvent absolument pas recevoir ta colère …). Je pense que tu seras très étonné de comprendre avant de condamner.
    Et surtout, évite de te tromper aussi grossièrement de cible, ce sera bien pour nous tous, toi le premier.

  6. Certains trouvent qu’il faut chercher une explication a la guerre de Syrie, et aux autres conflits, dans la catastrophe ecologique. Certains en veulent meme pour preuve que les militaires s’interessent a la degradation ecologique. Comme si cet interet militaire n’indiquait pas plutot le contraire! Comme si la guerre de Syrie, et tous les autres conflits, n’etaient pas la cause majeure de la catastrophe ecologique. Comme si cette catastrophe n’etait pas un instrument de guerre, une arme. Tout tourner en arme, n’est-ce pas le B.A. – BA de l’art militaire?

    Les pays en guerre sont les plus riches en ressources commercialement valorisees. Riches en ressources, mais faibles politiquement et militairement. Les pays pauvres en ressources mais forts politiquement et militairement ne sont pas en guerre sur leur propre territoire. Mais constamment hors de leur territoire. Le Royaume-Uni, puissance nucleaire, fut en guerre -hors de son territoire- chaque annee entre 1945 et 2017. Pareil pour les Etats-Unis et la France, tous deux puissances nucleaires, tous deux pays agricoles et militaires.

    Un renouveau de la politique implique de regarder en face l’hypothese de base de la politique actuelle, qui est non pas, contrairement a ce qu’on croit, le liberalisme et la competition, mais la predation et la prevention de la libre concurrence par la regle du plus fort, appuye par la force militaire.

    Les media jouent un role central dans les guerres. Il ne faut pas leur « demander des comptes », nous ne sommes pas des enfants, n’allons pas « reclamer » (au pere noel?) un « droit a l’information », mais nous devons prendre une part de plus en plus active dans les media.

    L’ancien premier ministre du Qatar, Hamad bin Jassim bin Jaber al-Thani, pleurniche:

    « Nous etions ensemble dans le coup depuis 2011. On a fait tout ce qu’on nous a demande. Chacun a le droit de se tromper et de changer d’avis, mais la moindre des choses c’est d’informer ses partenaires. Nous non plus nous n’avons pas de probleme avec Assad. Il etait convenu que nous nous partagerions le gibier. Si maintenant il n’y a plus de gibier, pourquoi continuer a se battre? Ca va mal finir. »

    https://southfront.org/former-qatari-prime-minister-admits-qatar-saudi-arabia-turkey-and-us-coordinated-efforts-to-support-terrorists-in-syria/

    http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/11/04/revelation-usa-mene-guerre-secrete-contre-syrie-des-2011/

    http://fabrice-nicolino.com/?p=1338

    Bienvenue au club, Hamad bin Jassim! Serieux, vous pensiez que les Etats-Unis ont « prevenu » leurs partenaires Saddam Hussein et Kadhafi, avant de « changer d’avis »?

    Emmanuel Macron va-t-il demander a Sarkozy ou Hollande d’aller pleurnicher eux aussi a la tele, si ca s’avere necessaire?

    1. Laurent, je ne te trouve pas très clair ou bien je ne comprends pas très bien. Chacun ses limites 😉
      Mais rien dans tes démonstrations ne montre que le changement climatique ne joue pas (au minimum étant donné l’ampleur) comme un facteur aggravant. Rien.

      Côté manière de penser, en 1991, le FN était contre la guerre du golfe… certains socialistes, pétris d’une profonde stupidité, n’ont pas hésité à justifier l’engagement français en disant « puisque le FN est contre, c’est bien qu’il faut être pour »… en résumé, puisque les armées instrumentalisent le changement climatique (sûrement !), faut-il en tirer la conclusion que ce dernier a un faible impact ? Je ne le pense absolument pas !

  7. PP, il y a plusieurs aspects.

    Premièrement, l’énergie consommée par les armées. Par exemple, le ministère américain de la défense, le plus gros consommateur mondial d’énergie, utilise chaque année l’énergie de l’Irak ou de la Suède (wikipedia). Un rafale brûle les 1.5 tonnes de carburant de ses réservoirs internes en 11 minutes. Chaque litre de ravitaillement en vol coûte 3 litres.

    A cela il faut ajouter des chiffres plus difficiles à trouver:

    – L’énergie consommée par les fabricants d’armes (avant que ces armes ne soient vendues aux militaires).
    – L’énergie libérée par l’explosion des bombes.
    – L’énergie libérée par la combustion des immeubles et infrastructures détruites (ca fait beaucoup lorsque ce sont des usines ou des réservoirs de pétrole, cibles prioritaires).
    – L’énergie consommée par la reconstruction. Enorme la aussi. Pensons à Mossoul ou Raqqa grandes villes prospères, rasées comme le fut Dresde en 1945.

    A l’énergie il faut ajouter la pollution. Il est connu que toutes les anciennes bases militaires sont tellement polluées qu’elles sont impossibles à reconvertir. Le fort de Vaujours, l’Ile Longue, Marcoule, tous les sites de production et de stockage des bombes atomiques, gorgés de plutonium, mais aussi de produits chimiques impossibles à nettoyer. On peut ajouter tous les sites nucléaires avant 1974, date fatidique du passage au nucléaire soi-disant « civil ». (J’ajouterait bien la totalité du nucléaire civil post-1974, puisque son seul but a été de rentabiliser l’investissement pré-1974, qui avait pour seul but de faire la bombe atomique). Tous les sites nucléaires du monde sont dans la même situation, en plus ou moins grave.

    A cette pollution crée par la fabrication des armes il faut ajouter celle crée par leur utilisation. Chris Busby a documenté la pollution radioactive massive en Irak, que les media ont paresseusement classifiée comme de « l’uranium appauvri » mais qui en fait contient plus d’uranium enrichi que d’uranium appauvri, et signale l’usage d’armes (probablement certains « bunker buster ») non encore documentées.

    La pollution crée par la destruction des infrastructures, surtout les usines et les entrepôts mais pas seulement, est massive. Le pétrole, les produits chimiques, les dioxines, les matières synthétiques, etc. Les pollutions monstrueuses issues de la destruction du World Trade Center ou de l’inondation au Texas ou du Tsunami au Japon ont été partiellement documentées, celle issue de la destruction de villes entières est similaire, multipliée par la surface concernée.

    A ces chiffres disons « comptabilisables », qui peuvent être trouvés dans des rapports ou estimés à partir de quantités mesurables, il faut ajouter le coût de la sécurité. Les routes, ports et aéroports construits pour des besoins militaires, mais dont le coût n’est pas pris en charge par le ministère de la défense. C’est le cas partout: L’armée est généralement largement subventionnée, son cout réel est toujours supérieur à son budget. Tous ces coûts se traduisent directement en énergie consommée et en pollution produite. Certains diront que c’est le cas de toute activité humaine! Mais justement pas. Cultiver sa terre correctement (au sens ou l’entends, par exemple, Pierre Rabhi) non seulement ne pollue pas, mais enrichi la biodiversité. La plupart des foyers d’habitation humaine sont des foyers de fertilité et de biodiversité, comme les centres Vavilov d’origine des espèces, d’où les innombrables variétés de riz, de blé, de pomme de terre, de mais, etc. sont originaires.

    Et enfin, de manière encore plus difficile à mesurer, mais non moins réelle, le cout en énergie et en pollution de la mentalité de la guerre. Le lien est direct: Monsanto a fait fortune en produisant l’agent Orange, et maintenant le glyphosate. Sur cet aspect, le livre de Fabrice sur la chimie est très clair, et largement documenté. Cela reste un travail trop isolé, même si courageux voire héroïque, qui mériterait d’être poursuivi et approfondi, dans la chimie et dans tous les domaines. Par exemple, on sait que la seconde guerre mondiale a accouché des ordinateurs, qui en retour sont devenus une pièce centrale de toute guerre. Le lien entre Google et la guerre terroriste moderne est partiellement documenté, par Snowden et Veterans Today (Gordon Duff) entre autres, mais reste essentiellement à faire. Il reste a documenter avec precision le fait que les pays politiquement et militairement puissants font la guerre hors de leur territoire, et detruisent l’environnement des pays politiquement et militairement faibles.

    Il est donc difficile de soutenir, comme tu le fais, que les militaires et politiques ne font « qu’instrumentaliser » le changement climatique. Ils le causent, et causent aussi, délibérément, tout comme les entreprises multinationales, la destruction écologique de territoires ciblés, dans un but militaire de domination, d’assujettissement, et parfois, de création de prolétariat.

    Face à cela, dire « le changement climatique est une des causes de la guerre » est une confusion mentale complète. C’est comme dire, la route qui a permis au meurtrier de se rendre sur les lieux de son crime est un des facteurs. Toute causalité est une chaine, potentiellement infinie. Plutôt un arbre qu’une chaine, d’ailleurs, comme les arbres généalogiques, avec leurs branches et leurs racines. La notion de causalité est essentiellement religieuse; elle n’est pas définissable en dehors d’un projet, car elle suppose la possibilité d’alternatives. « Que se serait-il passé si le meurtrier avait eu une crevaison, une crise cardiaque, si la victime avait décidé d’aller au cinéma ce soir-la, si, si, si… » Nous en sommes en Occident, exactement au niveau ou Saint Augustin était arrivé, c’est a dire à une division arbitraire de la réalité entre le temps de l’univers, qui n’admet pas le libre arbitre, et celui de l’homme qui l’admet, et qui était une simplification radicale des conceptions bien plus diverses et complexes de l’antiquité, qui existent encore dans des philosophies/religions comme le bouddhisme ou l’Islam.

    Donc la notion de causalité n’a de sens que par rapport a un ensemble de possibilités alternatives, et il est nécessaire de croire à la possibilité de ces alternatives pour penser qu’il y a une cause et un effet, c’est donc une notion religieuse, qui implique la croyance. Poser une question définit une vision du monde.

    Quelle vision du monde est présupposée par la question, « le changement climatique est-il une des causes de la guerre? » Le présupposé est que la souffrance des hommes causée par le changement climatique les incite à faire la guerre. C’est entièrement faux puisque ceux qui décident de la guerre sont ceux qui souffrent le moins du changement climatique, les dirigeants – aujourd’hui et encore pour quelques temps, essentiellement occidentaux – et leurs conseillers qui en général ont les moyens de se payer des vacances et des résidences secondaires dans des coins non pollués et de manger bio.

    Ce présupposé est aussi celui du Prince William, qui va bientôt être père pour la troisième fois, et a récemment déclaré qu’il y a trop d’hommes sur la terre. Je ne sais pas combien d’énergie et de pollution coute le train de vie de sa famille, mais je sais qu’il est officier de l’armée, comme tous les membres mâles de sa famille. Il y a donc surement trop de « princes », même si on peut sûrement se permettre d’avoir encore des « William ».

  8. Hé bêêêê ouf ! comme aurait dit la chèvre de M. Seguin ! Activons-nous avant qu’il ne soit trop tard parce que, pour l’instant, nous sommes derrière nos claviers et pianotons… sans bien enfoncer… les touches !

  9. Laurent, tu écris :
    « Il est donc difficile de soutenir, comme tu le fais, que les militaires et politiques ne font « qu’instrumentaliser » le changement climatique. »
    Je te réponds : non ! J’ai écrit que les militaires instrumentalisent sûrement le réchauffement climatique et non pas qu’ils « ne font que ça » !
    Je suis bien d’accord, les armées sont d’énormes pollueuses, c’est évident et elles jouent un rôle important dans les émissions de gaz à effet de serre et de tout un tas de saloperies, nous sommes d’accord là-dessus. Qui le nierait ? Et pourquoi ?
    Après, que ce soit délibéré ou pas, je n’en sais rien et pour moi (pour moi, je souligne), ça importe peu. Je suis antimilitariste de toute façon 😉

  10. Cher PP, en effet j’écris trop vite, et il y a pas mal de confusions et imprécisions dans ce que j’ai écrit. Merci de me forcer à préciser mes idées.

    D’abord, poser une question est bien sur légitime, et ne « présuppose » pas une vision du monde. C’est la réponse qui présuppose une vision du monde. Tu auras sûrement corrigé ma confusion due à ma précipitation.

    Ensuite, c’est quand même toi qui a pris le soin d’écrire « instrumentalisent » d’abord, et « que ce soit délibéré ou pas » ensuite, alors que je ne me pose pas cette question du tout. Je crois qu’il ne faut pas se laisser piéger par la question de savoir à quel niveau de la conscience ces décisions sont prises. Ca ne nous regarde pas! Encore une fois, nous ne sommes pas des enfants. C’est un peu comme se demander si BASF et Thyssen Krupp avait « instrumentalisé » le « contexte juridique » mis en place par les nazi pour vendre du gaz et faire des affaires, ou au contraire, s’étaient « délibérément » fait les instruments du crime. Cette question est un piège. L’ignorance n’est pas un droit.

    Ce qui m’amène au cœur de la question, que tes remarques m’amènent à aborder enfin frontalement (encore un fois, merci!).

    L’exemple de la route que j’ai donné précédemment était mauvais. En effet, dire que le changement climatique est une des causes de la guerre est en fait bien plus grave que de confondre une cause circonstancielle avec une cause déterminante, c’est confondre la victime avec le bourreau! On a reproché à Hannah Arendt de ne pas cacher la collaboration des « autorités juives » avec les nazi, dans son livre « Eichmann à Jérusalem ». C’était lui faire un mauvais procès, mais ca révèle une vraie question, difficile. Le problème c’est que toute victime collabore avec son bourreau. C’est dans la nature de la violence de faire travailler les victimes à leur propre perte. C’est même un phénomène physique: Tout artisan, tout cuisinier même, sait que chaque scie, chaque outil, chaque couteau doit être adapté à la matière à découper, à dents pour couper une tomate, lisse pour couper une pomme. Si on observe le phénomène, on ne peut que dire ceci: les dents du couteau et la peau de la tomate collaborent, travaillent ensemble à la découpe de la tomate! La chair ferme de la pomme, parce qu’elle ne se dérobe pas, se laisse fendre par une lame lisse. C’est la résistance de la chair qui aide le couteau à lame lisse à pénétrer la peau, plus facilement qu’un couteau à dents, même si en tant que telle elle est plus résistante que la peau de la tomate.

    Lorsqu’on étend ce genre de considération aux hommes, la question devient morale. Tout l’art militaire revient à faire travailler les hommes à un but décidé par d’autres qu’eux-mêmes. Certains politiciens et « managers » qui se croient habiles font exactement ça. Il est facile face à ces phénomènes de confondre la victime et le bourreau, voire, pour une personne astucieuse et habile, d’en brouiller les limites. Il est donc important de choisir lucidement son camp.

    C’est cela que je veux dire en dénonçant l’idée que « le changement climatique serait un facteur de guerre », alors que c’est EXACTEMENT le contraire.

    (La violence est profondément liée à l’intelligence, pas à la force. C’est là que le siècle des lumières, l’Encyclopédie, etc. étaient naïfs de croire que l’intelligence est intrinsèquement bonne. Ce n’est probablement pas vrai, et les mythologies antiques le savaient, elles sont pleines de démons à l’intelligence, et même à la sagesse, et parfois à l’honnêteté, supérieures à celles des hommes et des dieux, comme Ravana dans le Ramayana)

  11. Un exemple plus contemporain que BASF et Thyssen Krupp, c’est Lafarge et l’etat islamique. Vendre 6,000 tonnes de ciment par jour, c’est des travailleurs, des ingenieurs dont il faut payer les salaires, des noria de camions, des carrieres qui produisent, des pompes a essence qui fournissent, et surtout des gens qui achetent, et bien sur qui payent. Aucune usine n’a jamais fonctionne sans argent. 6,000 tonnes de ciment par jour. Pour construire quoi, en pleine zone de guerre sous occupation de l’etat islamique? La question n’est pas de savoir si « la direction etait au courant » ou pas, mais de savoir a quoi ce ciment a servi. Une chose est sure, ce n’etait pas pour faire du logement social!

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