Lulu d’Autun, gardienne du monde (un retour)

Le temps passe par abomination, je ne vous apprends rien. Le 8 décembre 2007, j’écrivais ici même l’un des premiers articles de Planète sans visa. Je le republie ci-dessous, car je viens de regarder avec grand retard le film puissant de François-Xavier Drouet, Le temps des forêts. Je ne sais pas s’il est encore en salles, mais si oui, courez !  Ma Lulu à moi y est présente, et je l’embrasse encore et encore, elle que je n’ai pas vue depuis désormais onze ans. Comment est-ce possible ? Je ne le sais pas. Lucienne Haese est une femme d’exception, ainsi que vous allez pouvoir juger vous-même. Mais place au souvenir.

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Article publié le 7 décembre 2007

Attention, l’amitié peut conduire à Autun (Saône-et-Loire). Celle que j’éprouve pour Lulu, Lucienne Haese, m’a mené là-bas, hier vendredi. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’étais pas dans une forme olympique. Mais bon, Lulu est Lulu.

Et comme elle m’avait invité à parler de mon livre sur les biocarburants, à la suite de l’Assemblée générale de son association, Autun-Morvan-Écologie, j’y suis allé, bien sûr. Je n’ai pas regretté une seconde, car la salle était davantage qu’intéressée par mon propos, amicale en outre, sympathique au possible. J’ai donc pu parler librement, sans détour, de la tragédie planétaire en cours, qui affame, ravage les forêts tropicales et détruit un peu plus le climat. Le maire d’Autun, le socialiste Rémy Rebeyrotte, était là, et m’a même acheté un livre. Le monde réel est plein de surprises. Thierry Grosjean, mon cher Thierry Grosjean, d’Ouroux, avait fait le déplacement. Ceux qui connaissent ce brave, que je n’avais pas vu depuis des années, comprendront.

Autun, donc, par le TGV Paris-Montchanin puis le bus jusqu’à Autun. Où Lulu m’attendait, à l’arrêt Lycée militaire. J’ai connu Lulu il y a quelque chose comme huit ans – je crois -, un jour que j’étais allé la trouver dans son local de la rue de l’Arquebuse. Elle est exceptionnelle. C’est une femme du peuple, aujourd’hui retraitée, qui a vaillamment conquis des responsabilités dans les entreprises qui l’ont employée. Elle a terminé sa carrière comme chef comptable dans une fabrique de parapluies familiale, aujourd’hui morte et enterrée sous les coups de la mondialisation. Et elle aime la forêt. Attention : d’un amour pur et violent, sans détour, évident, quoi !

Hier, elle m’a confié qu’elle devait ce grand défaut, qui est une immense qualité, à son père, qui l’emmenait, au temps de l’enfance, dans les forêts des environs, très tôt souvent. Écoutez-la, plutôt : « Un arbre, c’est comme un animal, c’est un être vivant. Un arbre, on peut l’entendre, car il parle. Vous êtes en forêt, tout est calme, et soudain l’un d’eux se met à parler, aidé parfois par le vent ». Telle est Lucienne, hélas sans son accent morvandiau.

Le soir venu, devant l’assemblée réunie, elle m’a fait un cadeau si fabuleux que l’émotion m’a saisi. Heureusement, je sais me tenir. Elle m’a en effet offert une part de forêt, la 1953 ème part de forêt morvandelle détenue par le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan. Me voilà propriétaire, théorique mais réel, d’un carré de 25 mètres sur 25, là-bas. J’en suis fier, j’en suis infiniment heureux.

Je vous dois une explication : Lucienne ne lâche jamais. Son combat principal consiste à dénoncer le massacre de cette forêt primordiale et mythologique qui a couvert pendant des millénaires sa région. Car le Morvan n’a longtemps été qu’une forêt, trouée de loin en loin pour les besoins humains. Une forêt de chênes et de hêtres, associée à quelques charmes, bouleaux ou châtaigniers, depuis quelques siècles pour ces derniers.

Mais tout a changé, comme partout. Pour la raison folle qu’il faut gagner de l’argent au plus vite – Take the money and run, Prends l’oseille et tire-toi -, des propriétaires forestiers ont commencé à remplacer les feuillus par des résineux. Dès après la Seconde guerre mondiale. Ce qui n’était qu’épiphénomène est devenu épidémie. Le Fonds forestier national (FFN) a massivement distribué des subventions publiques à qui plantait des pins Douglas, et la machine s’est emballée. En 1970, les résineux représentaient déjà 23 % du peuplement forestier du Morvan. Et 40 % en 1988. Et plus de 50 % aujourd’hui.

Des grandes compagnies bancaires ou d’assurance – Axa, les Caisses d’épargne – paient des gens pour répérer les ventes de forêts, ou pour les susciter. Ainsi sont apparues des propriétés de centaines d’hectares d’un tenant, sur lesquelles passent d’infernales machines à déraciner les arbres tout en les découpant. Table rase ! Coupe à blanc ! Lulu m’a montré des photos : je ne croyais pas cela possible en France. Une déroute écologique. Les résineux sont vendus en bloc, d’autres machines passent derrière et plantent des théories de nouveaux résineux, qui seront à leur tour broyés dans trente ou quarante ans. Ces monocultures sont des déserts biologiques. Et une insulte au beau, à l’histoire, à la culture profonde des Morvandiaux.

Lulu est restée debout, envers et contre tout, et tous. « Un jour, raconte-t-elle, j’ai pensé : « Mes cocos, vous allez voir de quel bois je me chauffe ». Et j’ai commencé à apprendre ». Oui, Lulu a dû apprendre à parler la langue des seigneurs. Et ce fut dur. Car elle ne savait pas les codes. Car, dans les réunions, elle entendait des mots qu’elle ne comprenait pas. « Les premières fois, ajoute-t-elle, j’avais les mains paralysées. Mais j’ai pris de l’aplomb ». Tout Lulu est là.

Depuis, infatigable, elle traque députés et préfets, responsables en tous genres, qui la voient arriver de loin. Au cours des repas officiels où on l’invite parfois, c’est à peine si elle mange. Son obsession, c’est le dossier qu’elle a sous le bras, et qu’elle remettra, de gré ou de force, à l’Éminence du jour. D’où ce groupement forestier, dont je fais désormais partie.

En quelques années, Lulu et ses amis sont parvenus à racheter 100 hectares environ, les sauvant de la mort industrielle. Mieux : en s’associant avec le Conservatoire des sites naturels et la ville d’Autun – eh oui, hier soir, le maire n’était pas là par hasard -, la fine équipe a pu acquérir les 270 hectares de la somptueuse forêt de Montmain, au-dessus d’Autun. Dont des sources, un aqueduc, les restes d’une ancienne villa gallo-romaine. Où est la culture ? Qui sont les barbares ?

Je ne connais pas d’exemple, en France, de groupe qui se batte avec tant de vigueur pour nos forêts. Mais peut-être suis-je ignorant ? J’en serais ravi, en l’occurrence. Reste que Lulu, Autun-Morvan-Écologie, le Groupement forestier sont des exemples. De l’esprit de résistance, bien entendu, qui nous manque tant. Si vous avez des idées pour soutenir ces valeureux, debout ! Ils le méritent. Moi, je vais tenter ce que je peux pour faire connaître ce combat, pour qu’il devienne national, européen peut-être.

L’association de Lulu a un site sur le net (autun.morvan.ecolog), et une adresse postale : Autun-Morvan-Écologie, BP 22, 71401 Autun Cedex. Mais je vous conseille de téléphoner, car avec un peu de chance, vous tomberez sur Lulu, directement : 03 85 86 26 02. Et si c’est le cas, je vous le demande, embrassez-la de ma part. Elle est irremplaçable.

 

18 réflexions au sujet de « Lulu d’Autun, gardienne du monde (un retour) »

  1. Bonsoir
    Merci pour cette info…..Je ne suis pas loin…plus au sud, dans les mêmes forêts de pins Douglas…Effectivement plus rien dans les forêts en monoculture…..Et quand parfois subsistent quelques mètres carrés de feuillus, ils restent vivants uniquement par oubli…Ils font alors mon bonheur en cohabitant avec quelques mousses et autres fougères.
    Pour ce qui est de Thierry Grosjean…je ne l’ai pas encore rencontré mais bientôt j’espère, car il s’active avec une belle énergie pour les Coquelicots, avec la CAPEN71, à Chalon sur Saone…
    https://www.facebook.com/coquelicots71/photos/a.1990539187651942/2054055874633606/?type=3&theater

    https://www.facebook.com/duparay/

    Bonne soirée

  2. Cher Fabrice,
    « Notre » forêt, qui fut aussi la vôtre, est beaucoup plus petite, mais tout aussi menacée, les gens qui la protègent le font avec les seules armes de leurs corps plus ou moins vieillissants et en bonne santé, car la Région et la mairie la plus proche, celle de Romainville, est restée sourde à tous leurs appels à abandonner ce projet de base de loisirs déraisonnable. Depuis deux jours, ce sont des vigiles et des maîtres chiens qui tentent de les intimider, une des femmes a reçu un coup de pied de la part du responsable de chantier, d’autres se font traîner dans la boue, mais elles et eux sont toujours là, toujours bien convaincu.e.s qu’un seul arbre arraché, c’est un crime contre le climat et contre l’air que respirent tous les habitants de l’Ile de France. Leur combat en inspirent d’autre : les enfants de Pantin tentent de protéger de l’abattage des platanes magnifiques soi-disant malades, et promis à la tronçonneuse également.

    1. Chère Anne-Lise,

      Je pense à vous chaque jour ou presque. Ce que vos amis, nos amis de La Corniche des Forts tentent, en bloquant le chantier de la grande destruction, est un exemple pour nous tous. Je vous embrasse,

      Fabrice Nicolino

  3. J’ai vu ce film hier soir au Lido à Prades dans les Pyrénées Orientales.
    Trop sensible sans doute, je me suis surprise à sangloter, sans bruit, à voir des arbres magnifiques, qui ont mis des années à pousser, être débités en deux temps trois mouvements pour en faire des copeaux !
    Les nouvelles machines sont des abominations !
    La forêt n’est que rentabilité pour certains.
    Heureusement des gens sont lucides et se battent pour que la forêt avec ses nombreuses essences puissent continuer à exister…
    A Prades, devant le lycée Charles Renouvier, des platanes centenaires sont en grand danger d’abattage pour un parking.
    C’est la Région Occitanie qui est aux manettes…
    Honte ! Honte ! Honte !

  4. Bonjour,

    oui belle personne que cette Lucienne Haese.

    Pour dialoguer avec le film de François-Xavier Drouet, je vous glisse une petite suggestion de lecture, Un court instant de grâce, d’André Bucher, éditions Le mot et le reste.
    https://lemotetlereste.com/litteratures/uncourtinstantdegrace

    On y croise Emilie, une sœur de combat de Lucienne Haese, une femme-montagne, «femme de soleil et de vent». Une entreprise veut faire main basse sur la forêt pour alimenter une centrale à biomasse. Coupes blanches au programme. Il faut l’accord d’Émilie pour un droit de passage et pour pouvoir accéder aux forêts privées. Elle refuse.

    Quelques mots sur l’écrivain et planteur d’arbres :
    https://reporterre.net/Andre-Bucher-ecrivain-entre-terre-et-ciel-raconte-le-combat-ecologique-d-une

    Belle journée, en forêts et ailleurs,
    Benoît Pupier

  5. Ce n´est pas une consolation mais sachez qu´il se passe la même chose en Allemagne. Pourtant, le succès momentané, de la lutte pour la forêt de Hambach nous a mis du baume au cœur. Mais son destin demeure incertain et personne ne sait ce qui va se passer en 2020.

  6. Ah, le bel héritage que nous faisons à nos enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants, à tous ceux qui vont nous suivre, auxquels nous préparons une vie de souffrance et peut-être une mort prématurée. Pourtant, personne (ou presque) ne prétrendra ne pas aimer ses gamins. Mais comme on dit, qui aime bien, châtie bien ! Et pour ce qui est de châtier, ça oui, on frappe fort !!! On condamne nos gamins à endurer le pire des châtiments, celui de tenter de survivre le plus longtemps possible sur une planète devenue invivable ! Mais qu´ à cela ne tienne et pour ne pas offusquer les natalistes béats, continuons à faire des moufflets, toujours plus de moufflets. De toute manière, nous grignoterons tranquillement les pissenlits par la racine, ou les sacs en plastique, quand ils se débatteront avec la chienlit climatique que nous leur auront laissée. Et qu´ils se demanderont pourquoi nous les avons mis au monde tout en sachant pertinemment que nous ruinions leur avenir. Enfin, peut-être n´auront-ils plus le temps de se poser ce genre de question !

    https://reporterre.net/Le-rechauffement-climatique-constitue-une-menace-majeure-pour-la-sante-humaine

    Je vous recommande de lire le texte en anglais. C´est un peu coton quand la langue n´est plus familière, ce qui est mon cas, mais cela en vaut la peine.

  7. Si chacun ne respirait que l’air qu’il n’a pas massacré, il n’y aurait presque plus d’avions, moins de pq, plus aucun journal avec publicité, presque plus de meubles « quasi-jetables » en agglo ou en contre-plaqué (merci ikea), et plus de nécrocarburants ni de « marché carbone »

  8. Première victoire !
    Le projet d’abattage de 19 platanes centenaires devant le lycée de Prades dans les Pyrénées Orientales est suspendu par la Région Occitanie qui est aux commandes.
    Espérons qu’ils revoient leurs plan en intégrant les platanes sur le parking prévu, ce qui serait la moindre des choses.
    Ils ont quand même été élus avec les voix des écolos !
    Comme quoi ça sert à quelque chose de protester et de crier au crime…

      1. Effectivement de barbera

        Le Canard Enchaîné de la semaine dernière mentionne les marronniers de Bordeaux dans un article intitulé : ‘Chauds les marronniers’

        Je vous le poste ici :

        « En septembre 2016 est présenté au conseil municipal de Bordeaux le projet de réaménagement de la place Gambetta. Touche finale de la réhabilitation du centre historique de Bordeaux, ce projet implique l’abattage de marronniers emblématiques de la place. L’édile Alain Juppé déclare alors, la main sur le cœur : « Je vous assure qu’il faudra beaucoup de conviction pour me convaincre d’abattre des marronniers sains. Les marronniers malades, au vu d’une étude phytosanitaires précise, on sera bien obligé de les abattre, mais, ceux qui sont sains, il va falloir que vous trouviez un autre cheminement pour les conserver, parce qu’on n’aime pas abattre les arbres, à Bordeaux. »

        Jeudi 22 novembre, pourtant, le jour n’est pas encore levé qu’une armée de tronçonneuses dézingue et découpe en rondelles 18 marronniers de la fameuse place. Ces arbres avaient été déclarés « sains ».

        La mairie explique que d’autres essences seront replantées, qu’il y aura plus d’arbres après qu’avant, que les magnifiques façades XVIIIe qui bordent le côté ouest de la place seront mises en valeur…

        Contrairement à ses amis les arbres, Juppé n’est pas du genre à se laisser abattre.  »

        Signé C. Az.

        Un dessin accompagne ce petit article
        On y voir 4 souches d’arbres et Juppé sur une grande pancarte où est écrit :
        « A Bordeaux pas de place pour les septuagénaires »

        Et la légende du Canard : « A facétieux, facétieux et demi. Les Bordelais expriment leur colère sur les grilles entourant le chantier de la place Gambetta, où 18 marronniers sains, plantés pour la plupart en 1945, ont été abattus. »

        Donc oui… nous défendrons les platanes du lycée de Prades…
        Un parking ombragé par des platanes centenaires quoi de mieux ?

  9. Quel portrait. Lulu des arbres, la sentinelle. Veilleuse de la forêt. L’irremplaçable. Je ne la connais pas, mais à lire ce billet, j’ai l’impression que si. Au moins un peu. Les mots, quand ils touchent vraiment, agrandissent l’espace et les êtres qui le peuplent. Elle est des rares qui rendent le monde plus beau. Le monde et l’humanité.
    Avec les arbres, on n’en finit jamais. De regarder venir le soir avec eux. De les écouter. D’aller à leur rencontre. Et d’en être ébloui. De les aimer pour ce qu’ils sont.
    Ils sont le « manteau sacré » de la terre, pour reprendre les mots de Giono, comme le sont l’air et l’eau, les vraies présences, ce qui nourrit nos corps et nos âmes. Comme ils devraient l’être.
    Ils sont des frères. Et Lucienne Haese ? Une sœur.

    Parler ainsi fera sourire. L’heure est au chiffre. Je sais. Combien rapporte un arbre ? Quelle quantité de carbone stocke-t-il ? Quels services éco-systémiques rend-il ? Tout réduire à des unités de valeur, des titres de compensation. Détruire une forêt ici, en fabriquer une autre ailleurs. Dans la logique industrielle, tout est équivalent, tout devient remplaçable. Le passé d’un lieu, sa complexité, ses êtres invisibles à nos machines, ses mystères qui font sa poésie, rien de cela n’existe.
    Nous n’avons rien à attendre de la civilisation industrielle, sinon la misère et la mort. Vivre ne se mesure pas. Vivre n’est pas fonctionner.

    Je me souviens d’un vallon peuplé de grands arbres. Des chênes, des châtaigniers, des hêtres, des érables, des bouleaux, et d’autres dont le nom se dérobe à mes souvenirs. Il y avait un chemin que l’on prenait les dimanches de liberté. On pouvait y flâner au pas des saisons, récolter des châtaignes, des mûres, des champignons, ramasser du bois mort. Il n’y avait pas de quoi se perdre, il était bien trop modeste pour cela. Mais on y respirait, on y partageait des moments de paix et d’unité. Ça suffisait à faire de beaux dimanches.
    Et le chemin est devenue une route, une quatre-voies tant qu’à faire. Pour ceux qui traversent ce désert de bitume aujourd’hui, pas de nostalgie, pas d’état d’âme. La société industrielle saccage jusqu’à notre mémoire, jusqu’à notre sensibilité, et même la nostalgie pour tous ces mondes perdus qui avaient leur beauté, leur vie propre et respectable. Elle nous transforme en somnambules errant de non-lieux en non-temps, en boulimiques d’ersatz et de gadgets toxiques, en toxicomanes sous perfusion toujours plus forte, en unités de bétail humain sous surveillance électronique, et bientôt, en « chimpanzés du futur ». Elle transforme la beauté en laideur, la liberté en dépendance, la terre en dépotoir, le bien commun en ressources à extraire pour combler nos appétits sans limites. La pauvreté est devenue la misère, la faim et le désespoir en plus, les solidarités humaines vivantes en moins (Majid Rahnema, « Quand la misère chasse la pauvreté »).

    Moi, je n’oublie pas. Je ne vous oublie pas, mes arbres. Je sais la force de faire avec ce que l’on a. La lenteur, l’émerveillement, la vie, je vous les dois.
    Mes flamboyants, qu’avons-nous fait de vous ? Des cadavres pour faire place nette. Des guillotinés pour construire des routes, des aéroports, des zones commerciales plus hideuses les unes que les autres, des métropoles, des technopoles, des centrales électriques dites propres, des monocultures de résineux, de soja transgénique, de nécro-carburant…
    Mes vénérables, qu’avons-nous fait du sacré ? Bazardé dans la bagnole, les smartphones, la croissance, l’innovation. Claquemuré dans ce qui détruit le monde. La débâcle n’est pas seulement écologique. Elle est également morale, tragiquement morale, je veux parler de sujétion à l’ordre industriel et technologique, de renoncement à vivre sa condition avec ses limites et ses devoirs.

    Il reste des amis des arbres et des coquelicots, des amis des rivières et des animaux dont nous sommes. Il reste des réfractaires au puçage, à la numérisation du monde, à sa marchandisation. Plus que jamais, tenir, rassembler nos forces, faire vivre nos idées, car oui, l’heure à cela. Ne pas se taire. Jamais.

  10. Pour info, l’association ASPAS (l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages) dans la Drôme, a créé depuis quelques années les “réserves de vie sauvage”.
    Rachat de forêt ou petits espaces pour les rendre à la nature. Dans ces lieux devenus domaines privés, les seules activités autorisées : rando ou vélo. Chasse, engins motorisés complètement interdits.
    Ce projet “réserve de vie sauvage” est soutenu et parrainé par le réalisateur Jacques Perrin.

    3 projets concrétisés :
    – Réserve du Grand Barry dans la Drôme.
    – Réserve des deux lacs à Châteauneuf-du-Rhone dans la Drôme.
    – Réserve du Trégor, à Lannion, en Bretagne.
    2 projets en cours :
    – Réserve du Ranquas, dans l’Hérault Larzac.
    – Réserve Vercors Vie Sauvage, massif du Vercors.

    Touts ces rachats sont financés par mécénats ou dons.

    Site internet :
    https://www.aspas-nature.org/reserves-vie-sauvage/les-reserves-de-vie-sauvage/

  11. L’humanité continue de creuser sa propre tombe : les rejets de CO2 explosent des records en 2018.

    La COP24 qui se tient actuellement en Pologne oblige les plus grands dirigeants du monde à affronter leurs responsabilités en matière d’empreinte écologique. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le constat de l’année 2018 est amer : les émissions de CO2 mondiales n’ont jamais été aussi élevées, atteignant un pic de croissance record de 2,7 % en 2018 après des années de stabilité.

    Un chiffre considérable qui illustre l’échec des politiques actuelles en matière d’écologie et remet en cause l’efficacité de l’accord de Paris pourtant signé par 195 délégations en 2015.
     
    Un bilan record

    Le dernier bilan des émissions mondiales de CO2, vient de tomber : 2,7 % en 2018. Jamais le constat n’avait été aussi alarmant, surtout lorsque l’on sait que ce taux s’était stabilisé depuis 7 ans. Ce taux représente 37,1 milliards de tonnes de CO2 rejeté dans l’atmosphère, un nouveau record par rapport à l’année 2017, qui enregistrait pourtant déjà une augmentation de ces rejets de 1,6 % par rapport à l’année 2016.

    Seule l’année 2011, marquée par la sortie de la crise financière de 2008 avait enregistré pire taux, avec sa moyenne de 3,1 % d’émissions supplémentaires par rapport à l’année précédente. Majoritairement liées à l’industrie et à la combustion du pétrole et du gaz, ces émissions sont la première cause du réchauffement climatique mondial.

    Un phénomène qui dépasse la sphère politique, selon Glen Peters, climatologue et coauteur de l’étude, qui estime que  » les politiques se font distancer par la croissance de l’économie et de l’énergie. (…) on est loin de la trajectoire qui nous permettrait de rester à 1,5 ° ou même 2°  » de réchauffement climatique prévu par l’accord de Paris.

     
    À qui la faute ?

    D’après Philippe Ciais, directeur de recherche du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, « l’augmentation des émissions est en fait liée aux activités humaines qui sont les transports – liée à l’utilisation du pétrole –  ; le chauffage – que l’on appelle le secteur résidentiel ; et la production d’énergie si on produit de l’électricité avec des centrales à charbon, on émet aussi du CO2 ».

    En tête du palmarès des responsables de rejet de CO2 en 2018, on trouve en première place le charbon, puis le gaz naturel, suivi de près par le pétrole, dont la consommation est en constante augmentation.

    Du côté des pays responsables des plus grosses émissions de CO2, on trouve dans le viseur des écologistes en premier lieu la Chine, plus gros pollueur de l’année qui connait un boom d’émissions  de 4,7 % en 2018, une déception après les efforts pourtant réalisés par le pays ces dernières années. Cependant, « nos experts chinois pensent que cette résurgence est liée aux stimulus économiques donnés par le gouvernement, et donc possiblement temporaire », souligne Corinne Le Quéré, de l’université d’East Anglia.

    Les États-Unis ont également beaucoup pollué l’atmosphère cette année, et arrivent second du palmarès du nombre de rejets avec une augmentation de 2,5 % de leurs émissions de CO2. Si on peut attribuer cette hausse au scepticisme climatique du président Donald Trump, il n’est pas le seul en cause : la météo s’est avérée être très rude cette année pour les Américains, qui ont massivement utilisé chauffages et climatiseurs pour contrecarrer les aléas météorologiques.

    Enfin, si les pays européens ont progressé, enregistrant une baisse des émissions de CO2 de 0,7 %, le record de la hausse la plus importante est détenu par l’Inde, qui a en revanche augmenté ses rejets de 6,3 % en 2018.

    Les 37,1 Gt (gigatonnes) de CO2 rejetés dans l’atmosphère en 2018, auxquels s’ajoutent 5 Gt liées à la déforestation, devraient inciter les politiques à tirer la sonnette d’alarme. Des chiffres effrayants, qui laissent peu optimistes quant à l’avenir de la planète et montrent que malgré l’urgence et les promesses politiques, nos sociétés sont toujours dépendantes des énergies fossiles.

    https://globalclimat.files.wordpress.com/2018/12/s09_2018_fossilfuel_and_cement_emissions_1990.png?w=1300

    1. Salauds de Chinois, salauds d’Indiens! Les Europeens, eux, progressent, et les Americains pauvres cheris, ils sont victimes de la collusion entre Trump et la Meteo!

      Mais ces donnees sont fausses, car il manque l’empreinte carbone des guerres Americano-Europeennes. Bon an mal an, entre 12000 et 26000 bombes par an, chiffres officiels rien que pour l’armee US. En ajoutant les bombes occidentales livrees aux « distributeurs locaux » (Arabie Saoudite, Israel, Emirats, etc.) et ciblant les pays de tres loin les moins polluants de la planete (Syrie, Yemen, Afghanistan, Palestine) on arrive bien au double. Empreinte carbone de l’explosion de la bombe, du kerosene de l’avion, de sa fabrication, des maisons, infrastructures, forets et fermes detruites qui devront etre reconstruites, et toutes ces vies ravagees…

      Non vraiment, « oubliez les douches courtes »!!!

  12. « Le Monde » decouvre la « frugalite heureuse ».

    https://www.lemonde.fr/climat/article/2018/12/12/dans-la-construction-il-faut-etre-frugal-en-materiaux-en-energie-en-technique_5396521_1652612.html

    Merci! C’est très bien!

    Et qu’en 2018, que ce combat reste encore entièrement à mener, c’est désespérant.
    Ca fait quand même 49 ans (1969) que Hassan Fathy publiait « Construire pour le peuple », que Fournier dénonçait la destruction des Halles dans Charlie Hebdo (ainsi que Fernand Pouillon, probablement le meilleur architecte français de son époque, ici:
    https://www.ina.fr/video/I09015223), que Pierre Fournier avait le courage de défendre, encore dans Charlie Hebdo, « le message sentimental » que portent les maisons paysannes, et sans lequel la « frugalité » a quand même un peu de mal à être « heureuse », 45 ans que Reiser illustrait chaque semaine, durant presque une décennie, dans La Gueule Ouverte, la « low-tech » joyeuse, 40 ans que CraTerre publiaient leur magnifique « Construire en Terre »!

    Et c’est vrai, le lobby de la climatisation redouble ses attaques contre le climat, avec les fonds généreux d’une palette de gouvernements et cherchant à s’approprier la bénédiction des Nations-Unies, sur fond de « droits de l’homme » et catastrophisme climatique. https://www.thewire.in/environment/un-cooling-human-right-not-luxury

    Voila leur programme: Remplacer le climat par la climatisation, c’est-à-dire, comment réduire les pauvres encore un peu plus en esclavage, au nom des… « droits de l’homme »!!!
    C’est comme livrer des armes à Daesh « par erreur » sous prétexte de lutter contre. Ou comme utiliser Daesh pour menacer les Gilets Jaunes. Comment peut-on être non seulement ignoble, mais tout simplement si stupide?

    Voila, postiers Syriens et postiers Français, Vestes Jaunes, Coquelicots, Grenouilles, Semences…
    Même combat!

    Ils révèlent notre unité dans leur panique, par leur bêtise même.

    Mais l’intelligence et la bonté, lorsqu’elles se protègent mutuellement, sont invincibles. Clairement, les coquelicots sont de notre coté. Et meme si on perds, au moins on se sera battus pour des coquelicots, on n’aura pas honte.

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