Un canard laqué, la taxe et l’addition

Faut ce qu’il faut : ce sera un article chiant. Le 12 novembre 2014, le journal Le Monde publie un article dont le titre est : « Accord décisif sur le climat entre la Chine et les Etats-Unis ». Le sens du mot décisif, pour les oublieux que nous sommes tous, c’est que cela doit régler un débat, résoudre un problème. Ainsi donc, cette désinformation majeure annonce qu’on vient de venir à bout de la plus grande question humaine, celle du dérèglement climatique.

Depuis, le gaz carbonique a continué sa marche en avant triomphale, et voici qu’on apprend une autre nouvelle fantastique, qui se trouve être le prolongement du supposé accord de 2014. Dans un article fiable – la Chine n’est-elle pas la plus grande nation totalitaire de la planète ? – le Quotidien du peuple chinois publie un article annonçant l’ouverture d’un immense marché du carbone (1).

Qu’est-ce qu’un marché du carbone ? Dans cet exemple, il s’agit d’une décision politique, qui consiste à définir un niveau maximum d’émissions de gaz à effet de serre, et à diviser ce tout en quotas à ne pas dépasser, entreprise par entreprise. À la fin d’une année, on fait les comptes et les vertueux – qui sont sous la jauge – vendent aux pécheurs – qui sont au-dessus – ce qui a été « économisé ». Au prix d’un marché fluctuant entre l’offre de carbone et la demande. Ces gens, parmi lesquels de nombreux économistes, jugent que donner un prix au carbone est le meilleur moyen, sinon le seul, de limiter sa présence dans l’atmosphère.

Avant de revenir sur le fond des choses, quelques infos. Ce n’est pas en soi un argument, mais ce beau système a conduit à des fraudes portant sur des milliards d’euros en Europe. La plus grande des escroqueries jamais réussie en France. Mais plus sérieusement peut-être, est-il bien raisonnable de confier l’avenir du monde au système même qui l’a mené au bord du gouffre ?

Ne parlons même pas des facéties chinoises, habituelles dans un pays où tous les chiffres sont politiques. On apprenait ainsi en novembre 2015, un mois avant la grande farce appelée COP21, que les statistiques chinoises de production de charbon étaient bidonnées. Pour la seule année 2012, il fallait ajouter la bagatelle de 600 millions de tonnes. Chaque année, la Chine envoyait dans les cieux 1 milliard de tonnes d’un gaz carbonique qui n’avait été enregistré nulle part. Mais oublions ces détails encombrants.

En quoi consiste concrètement ce marché du carbone chinois, célébré par les marchands transnationaux d’un bout à l’autre de la planète ? On parle de 4 milliards de tonnes de gaz à effet de serre encadrés par ce système. De milliers d’entreprises concernées, avant dix ou cent fois plus.

La réalité à peine cachée est burlesque. Comme le rapporte Valéry Laramée de Tannenberg dans un papier très détaillé (2), cette annonce « devrait éviter aux produits exportés vers l’Europe d’être frappés par le futur mécanisme d’ajustement [carbone] aux frontières européennes », que la Chine tient pour une lourde entrave possible à ses exportations.

Est-ce donc du flan ? En partie, sans l’ombre d’un doute, car il s’agit d’abord d’un plan commercial servant la politique expansionniste de la Chine. Mais même si le marché du carbone se mettait à fonctionner d’une manière radieuse – on en est très loin -, il ne réglerait évidemment rien. Dans le meilleur des cas, il permettrait de réduire la quantité de carbone rejetée dans l’atmosphère par unité de production.

Entre 2005 et 2019, pour fabriquer 10 000 yuans de marchandises, les Chinois sont passés de 3,2 tonnes de C02 émises à 1,6. Une division par deux. Mais dans le même temps, par la grâce d’une croissance qui « tire » la nôtre et nous inonde de colifichets, les émissions globales de CO2 de la Chine sont passées de 6 à 11 milliards de tonnes. Autrement dit, il faudrait les baisser très vite d’au moins 80%, mais on les double.

Tout le monde est complice de ce jeu de bonneteau, à commencer par Macron et le système mondialisé qu’il défendra jusqu’à la fin. Et nous sommes des petits cons.

(1) http://french.peopledaily.com.cn/n3/2021/0107/c96851-9807021.html

(2) journaldelenvironnement.net/article/la-chine-ouvre-le-plus-grand-marche-du-carbone-du-monde,113048

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L’eau de Javel, cet excellent cancérogène

Qui ne connaît l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes ? Cette AFPA délivre, comme son nom le laisse deviner, des diplômes professionnels dits « qualifiants ». Cela couvre un peu tout, du tourisme au bâtiment, passant par la cuisine, la direction d’une PME, la ferronnerie, etc. C’est du lourd : 145 000 stagiaires en 2018 et 8200 salariés.

Or v’là-t’y pas que ces gens déconnent salement, au moins sur ce point précis que je vais détailler. Précisons d’abord qu’un Massive open online course est un MOOC, c’est-à-dire un cours, en l’occurrence une formation, dispensé sur le net. Par ces temps légers de pandémie, cela semble utile, et l’AFPA fait les choses en grand.

Dans son MOOC consacré à la cuisine, je lis dans le chapitre consacré au « traitement des légumes » (1) ceci : « Tous les légumes doivent être impérativement et soigneusement lavés. Les légumes souillés et insuffisamment lavés peuvent contenir des œufs de vers parasitaires embryonnés ou leurs larves, (ascaris, oxyures, larves de mouches, grande douve du foie, etc.). Des traces de produits chimiques utilisés en culture, (pesticides, fongicides, engrais, etc.) ».

Premier commentaire inutilement vachard : l’AFPA ne sait pas qu’un fongicide est un pesticide. Les distinguer signifie qu’on ne sait pas grand-chose dans le domaine, ce qui n’est pas encore grave. La suite l’est, car il est écrit : « Il est possible d’améliorer considérablement la qualité microbiologique des légumes en ajoutant à l’eau de lavage de l’eau de javel à 1/1000 ».

Les auteurs de ce texte, sans s’en douter, se livrent à une désinformation de première. Le chlore contenu dans la Javel est en effet un très grand poison chimique, qui peut créer jusqu’à 600 sous-produits appelés SPC dès lors que ses molécules rencontrent le moindre fragment lilliputien de matière organique. Or, de cette dernière, il en est évidemment beaucoup sur des légumes sortis de terre. Parmi les SPC, une mention sur les très redoutables trihalométhanes et acides haloacétiques, cancérogènes. En salade ou dans la carotte râpée, c’est excellent.

  1. Désolé, c’est très long : mooc.afpa.fr/assets/courseware/v1/7589b10bc3c9e88312d013afe1212265/asset-v1:afpa+Les101techniquesdebase+MOOCCUISINEAFPA+type@asset+block/400415_-_Le_traitement_des_legumes-V2.pdf

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Journal de l’Environnement, de profundis

Je regarde en ce moment le Journal de l’Environnement (JDLE) en ligne (journaldelenvironnement.net), avec une pointe d’incrédulité. Dans quelques jours, ce sera fini, ce qui ne fera pas même une ride à la surface de cette machine infernale qu’est le net. Né en 2004, et d’abord gratuit, il était devenu payant en 2010 et balayait d’un geste vif tout le terrain : l’air, les déchets, l’eau, le droit, le climat, la biodiversité, la mer, l’énergie, les sols, etc.

Je connais son rédacteur-en-chef, Valéry Laramée de Tannenberg, qui n’est pas un ami, mais une connaissance que j’apprécie. Et Romain Loury qui, depuis Montpellier, déniche quantité d’histoires, d’études et de faits éclairants. Avec Stéphanie Senet, ils form(ai)ent une belle équipe, certes éloignée souvent de ma manière de considérer la crise écologique, mais efficace sans l’ombre d’un doute. Le malheur de ce trio, c’est d’avoir été la propriété d’un groupe surpuissant de la presse professionnelle, Infopro Digital, qui possède des dizaines de médias spécialisés – L’usine Nouvelle et Le Moniteur sont dans la besace – et emploie 3300 salariés. Les trois du JDLE représentent donc un millième des effectifs globaux. Un millième, une misère.

Le patron, Christophe Czajka ne sait rien. Son but, avec sa petite bande de diplômés de Sciences Po, de l’ESSEC, de la London Business School, de HEC, c’est de grossir, et il y parvient. De devenir toujours plus puissant dans un monde d’aveugles, et il y réussit chaque année un peu plus. Pauvre garçon.

9 réflexions sur « Un canard laqué, la taxe et l’addition »

  1. Bonjour. Fabrice Nicolino
    Je fais mon retour sur le bloc de planète sans visa.
    De parcourir et lire les billets que vous publiez et cela est un plaisir de lire des articles de qualité.

  2. Comment vas tu Fabrice ?
    A part Charlie où peut on te lire ?
    Je suis en deuil des rendez-vous annuels des coquelicots.
    Quelle belle expérience cela a été !
    Merci à toi

  3. Bonjour,

    Fabrice, je reviens voir ce que vous publiez sur votre blog après une bien longue absence. Trop occupé à tenter de m’informer / covid.

    Lu dernièrement le dernier livre de Gilles-Eric Seralini & Jérôme Douzelet, assez édifiant.

    Mais je reviens au covid, aux polémiques sur les traitement. Chiffon rouge pour vous ? Tant pis : pour moi l’attitude des autorités de santé vis à vis de l’Ivermectine est dilatoire et déloyale. Si l’on a conscience de cela ( cf blog de Gérard Maudrux, interventions de Pierre Kory et Tess lawrie par ex.) on peut entrevoir la raison de mon intervention ici : ce sont les MEMES lobbies qui poussent les vaccins arn ( à l’exclusion de tout autre traitement même seulement associé )…et les autres saloperies que vous dénoncez à longueur d’années.
    Si on ne voit pas ça…les luttes pour le climat, la vie animale passeront sous les fourches caudines de technologies verdiseuses imposées.

    Pour moi, ça ne fait pas un pli : c’est maintenant, aujourd’hui, qu’il faut se concentrer sur la reconnaissance de l’Ivermectine, sur les bienfaits qu’elle peut apporter . Avec ou sans vaccins.
    Le pouvoir joue la montre. A tous les niveaux des procédés dilatoires sont utilisés. Le peuple ne doit pas savoir que ça existe ; ça ne doit pas être une option ! Voilà ce qu’ils décident pour nous.

    Déjà en parler ; en faire un objet de discussion acceptable. Ensuite, on verra.

    Je veux croire que vous ne trouverez pas ce commentaire inapproprié.
    D’avance merci.

      1. Un grand merci Fabrice.

        Je ne saurais moi-même faire la critique de l’article de Sofia Dollé et Louis San. Je crois que Gérard Maudrux y oppose des arguments bien convaincants. On pourrait s’étonner que les journalistes de France Télévision s’abstiennent de citer Kory ( auditionné deux fois devant le Sénat (américain) ses interventions ont contribué à lever l’interdiction US, sans aller jusqu’à la reconnaissance qu’il aurait souhaité) ; ils ne citent pas Tess Lawrie , habituée à faire des analyses et recommandations pour l’OMS tout de même. On comprendra qu’ils voudront éviter de citer des travaux à leurs yeux trop partisans et qui les auraient obligés à prendre des positions difficiles vis à vis de leur rédaction.
        Mais pourquoi n’ont ils pas cité le papier du prix Nobel lui même, qui réduit à néant les positions de l’INSERM sur lesquelles ils s’appuient ?

        http://jja-contents.wdc-jp.com/
        http://jja-contents.wdc-jp.com/pdf/JJA74/74-1-open/74-1_44-95.pdf

        Ceux qui savent lire entre les lignes apprécieront la sincérité de l’intérêt des spécialistes :
        https://www.redactionmedicale.fr/2021/03/mesurons-les-impacts-societaux-economiques-politiques-pour-evaluer-la-recherche-plutot-que-de-compter-des-haricots

        “Le 24 février 2021, j’ai saisi l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé afin que l’évaluation concernant l’utilisation de l’Ivermectine dans le cadre du traitement du Sars-Cov2 / Covid19 soit réalisée sans délai. Ce courrier est resté depuis sans réponse.”
        https://martinewonner.fr/news-1/actualite-assemblee-nationale/absence-de-traitement-precoce-du-covid-mise-en-demeure-de-letat

        Je m’arrêterai là. Ne reviendrai plus vous en reparler, et vous remercie encore d’avoir accepté mon premier commentaire.

  4. Zut, j’ai lu bien trop vite l’article de FranceInfo : les journalistes citent effectivement l’article du prix nobel japonais. Mais n’en extraient que le minimum syndical.

  5. depuis une semaine des chauves souris
    le soir venu ressortent
    zigzaguent entre les arbres le long du canal
    le matin la huppe chante aussi
    les abricot sont gros comme des noisettes
    et voilà qu’on annonce des gelées matinales
    ce printemps épargnera-t-il les jeunes pousses
    des chênes et du mûrier
    que mai l’an dernier avait gelées?
    et les fleurs des cognassiers
    et les bouquets blancs des poiriers?
    je ne sais
    mais vous espère Fabrice
    en bonne santé

  6. Beaucoup d’entre nous ont pu constater quelles ont été les réactions de nos politiques (notamment celle du Ministre de l’Economie , des Finances et de la Relance et celle du Ministre des Transports) au sujet du vote par le conseil municipal de Poitiers d’une baisse des subventions à deux aéro-clubs de la ville. Madame La Maire a déclaré : »l’argent public ne doit plus financer les sports fondés sur la consommation de ressources épuisables. » Mais ce qu’ont seulement retenu nos dirigeants et certains leaders politiques, c’est: »l’aérien, c’est triste, mais ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui ». Propos répétés à l’envi, montés en épingle et qui permettent de faire l’impasse sur la décision du conseil municipal dirigé par E.E.L.V. Une décision à la limite de l’insignifiant, mais qui a une certaine portée symbolique, les écologistes n’étant pas des révolutionnaires, loin s’en faut. En conclusion, lorsqu’un fait divers prend de telle proportions, il paraît impossible de s’attaquer aux causes du changement climatiques et à tout ce qui menace notre planète. On peut aussi envisager des arrière-pensées politique et considérer que les écologistes, ayant actuellement le vent en poupe, tous les moyens sont bons pour tenter de les affaiblir.

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