Pourquoi la France est-elle à ce point-là de droite ?

Je viens de lire un papier de l’hebdo libéral Le Point. C’est pas bien ? Aucun journal ne me convient, aucun ne me convainc, aucun ne provoque en moi l’une de ces étincelles qui, autrefois, révolutionnaient mon quotidien. J’apprenais qu’un coup d’État – juillet 1971 – avait eu lieu au Soudan, et j’étais triste pour la journée. Ou qu’un commando tupamaro, s’était emparé d’une ville entière d’Uruguay, avant de repartir sans une anicroche, et j’en étais heureux.

C’est le passé. Le Point, donc. Un papier comme tant d’autres de Sophie Coignard, qui note : « Toutes les enquêtes le prouvent, la France est à droite comme jamais dans son histoire ». Est-ce vrai ? Évidemment ! La Nupes, dont je rappelle qu’elle rassemble toute la gauche traditionnelle, n’aura obtenu qu’environ 12% des Français en âge de voter. Soit 88% qui n’ont pas choisi ses candidats. Si cela vous embête, trop, admettons qu’un quart des votants au premier tour des législatives ont voté pour la gauche. Ça change quelque chose ?

Pourquoi ? Oui, pourquoi cette embardée à droite, et à l’extrême-droite ? Il n’existe que des hypothèses, et le plus que probable est que de multiples phénomènes combinés expliquent tant bien que mal ce qui se passe sous nos yeux. On me permettra d’ajouter mon grain de sel. Je crois profondément que l’opinion française est travaillée comme jamais par l’angoisse. Une angoisse aussi diffuse que multiforme, dont je serais bien en peine de définir le cadre et ses limites.

Il n’empêche. Les générations d’avant étaient installées – de gré ou de force – et maintenues dans une société de classe. Avant la guerre en tout cas, peu de gosses d’ouvriers ou de paysans échappaient à un sort promis par celui de leurs parents. Les Trente Glorieuses – disons à partir de 1950 – ont créé un tourbillon social inédit. Le fameux ascenseur social a permis à des centaines de milliers de gosses pauvres de radicalement changer de direction. De devenir ce que je vomissais, moi, dans mon jeune temps de fils de prolo. C’est-à-dire des cadres de la société que j’appelais bourgeoise. Des collabos de la domination.

La crise a en bonne part ruiné l’édifice. Ils sont bien rares, les parents qui rêvent encore d’un meilleur avenir pour leurs enfants. Vous savez quand a commencé le chômage de masse ? En 1974, à l’époque où un Giscard d’Estaing président préférait parler d’un simple trou d’air. La disparition de millions d’emplois et l’installation de tant de gens dans une sorte de retraite plus ou moins définitive, ont rompu les os de notre société. Aujourd’hui, au fil des décennies, se sont ajoutées des questions apparemment sans solution : l’insécurité, le djihadisme, la numérisation du monde, l’immigration.

L’insécurité. Ce n’est pas une invention de la droite. Dans l’immeuble HLM de mon enfance, la porte restait ouverte jour et nuit toute l’année. Qui diable aurait pensé fermer ? Et celle qui donnait sur la cour, puis la rue, n’avait de toute façon pas de clé. Ce n’est pas une expérience isolée. Tous les gens d’un certain âge le savent. Le sentiment d’insécurité est aussi une grande insécurité. Qu’il soit fondé sur le roc ou plus fragile n’y change rien. Quand on ferme sa porte, on referme plus d’une serrure mentale. Juste un mot sur le terrorisme djihadiste, que des médias irresponsables ont contribué à mettre en scène. Non pas qu’il serait inexistant. Mais sa kalachnikov passe désormais avant tout autre information. C’est du délire. Mais ça compte dans la déréliction de tant d’esprits.

La numérisation du monde est une folie globale, mais ce n’est pas de ça que je souhaite parler. Non, je souhaite écrire que ce phénomène fulgurant laisse sur les bords de sa route des millions de naufragés. Des millions en France. Qui ne savent pas. Ne comprennent pas. Ou mal. Et qui n’osent en parler tant règne un discours univoque sur le “progrès” si manifeste qu’est Internet. Ils souffrent sans disposer du moindre relais d’opinion.

L’immigration. Faut-il rappeler que je suis depuis toujours un antiraciste incandescent ? Cela n’interdit pas d’écrire que l’immigration sème dans l’esprit de millions de Français un sentiment de peur, voire d’angoisse, voire de panique. Nul n’avait rien prévu quand des patrons sont allés faire leur marché de main-d’œuvre en Algérie, au Maroc, en Tunisie au début des années 60. Nul n’a rien prévu depuis. Et par exemple le fait évident que la numérisation a fait disparaître tant d’emplois peu qualifiés. Occupés jadis par les laissés pour compte. Une partie de la jeunesse immigrée – même si elle est parfois française – reste seule avec la drogue et ce fantasme de la richesse immédiate, alimentée en boucle par la télé, les réseaux sociaux et le net.

Toutes ces questions si mal appréhendées se mélangent, Dieu sait. Et font des ravages, Dieu sait. Mais il faut y ajouter désormais ce qu’on nomme l’éco-anxiété. Je rappelle un sondage – paru dans la revue The Lancet Planetary Health, une garantie – portant sur les jeunes de 10 pays du monde : Australie, Brésil, Etats-Unis, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal et Royaume-Uni. Eh bien, voici le résultat : « Les trois quarts des 16-25 ans dans dix pays, du Nord comme du Sud, jugent le futur « effrayant ». Vous avez bien lu : effrayant. Au Nord comme au Sud. Avant tout face à cette crise climatique qui ne fait que commencer.

Mon hypothèse principale est que cette terreur-là, ajoutée aux autres, travaille comme jamais la psyché humaine. Et qu’elle produit entre autres un désir d’ordre, ou au moins de sécurité. La droite est dans ce domaine imbattable, en tout cas pour le moment. Bien sûr, elle est incapable de régler quelque question que ce soit, mais elle peut au moins faire semblant. La gauche reste aux oubliettes, dans ce domaine comme dans tant d’autres.

Où veux-je en venir ? À cette antienne : il faut inventer des formes politiques nouvelles et abandonner sans remords toutes les autres. Mélenchon et ses amis-concurrents des Verts sont de très vielles personnes, à grand-peine peinturlurées. Ils me font penser, mutatis mutandis aux groupes d’extrême-gauche de l’après-68, qui ont totalement loupé la critique si féconde pourtant de la production d’objets, de leur consommation aliénée, du fric. Ils en tenaient pour des “héros” à peine sortis de leurs catafalques : Lénine, Trotski, Mao, Guevara.

C’est une règle sociale que bien des problèmes pourtant urgents soient considérés avec les yeux du passé. C’est ce qui se passe selon moi avec la Nupes, mais on n’est pas obligé de me croire. En tout cas, si l’on veut espérer faire bouger la société française dans la bonne direction – la société réelle, pas son fantôme mélenchonnien -, eh bien, cherchons ensemble comment l’assurer et la rassurer. Je sais à quel point notre temps est tragique, mais justement. Traçons des lignes, projetons-nous dans un avenir humain, malgré l’avancée apparemment irrésistible de la barbarie. Imaginons. Créons. Ouvrons sur une autre aventure, avec pour viatique et seul viatique ces deux mots : espoir et coopération.

31 réflexions sur « Pourquoi la France est-elle à ce point-là de droite ? »

  1. Bonjour M. NICOLINO,
    Droite – Gauche, ça ne veut plus rien dire !
    La seule distinction à faire ce serait ceux qui sont « pro » ou « anti » capitalisme économique néolibéral mondialisé or, ils sont tous, tous, pour la continuation de cette idéologie mortifère cause de covid, cancers, casse climatique, massacre de la biodiversité et tous les cygnes noirs qui désormais pullulent ! D’où l’absence réelle de choix – d’où l’abstention massive !

    1. Politiciens – Syndicats, tous dans le même panier !
      A force de se côtoyer ils finissent tous par se ressembler !

      Députés – Sénateurs – Ministres – MEDEF – dirigeants des confédérations syndicales – dans la majorité, l’opposition, la droite, la gauche, le centre et les extrêmes, tous, absolument tous sont accros au système, se délectent du capitalisme économique ultralibéral mondialisé quoi qu’ils en disent, ont le même langage, le même habillement, c’est pourquoi ce n’est pas près de changer.
      Les uns s’en gavent, en jouissent tellement, même quand ils font semblant de s’offusquer de telle ou telle mesure, l’accompagnent confortablement comme la plupart des syndicats, mais ce ne sont que des opérations politico-politiciennes, à finalité électoraliste, de pouvoir, de domination, d’autres le subissent notamment la classe populaire qui elle aussi se soulève parfois contre telle ou telle attaque de ses droits sociaux, mais jamais, aucun d’eux ne condamne réellement cette idéologie qui les opprime, qui produit exactement ce qu’elle est sensée faire c’est-à-dire l’exploitation d’une très grande majorité condamnée à vivre aux minimas sociaux par une extrême minorité de richissimes et de puissants, l’oligarchie qui règne sur le monde.
      Les conséquences sont pourtant gravissimes, d’une violence inouïe, criminelles pourraient-on dire par les dégâts et conséquences sur le climat, le massacre de la biodiversité, les guerres, la finitude de la Terre, et le devenir de l’espèce humaine elle-même, tous les signes noirs sont là mais c’est une couleur qu’ils ne connaissent pas, rien n’y fait, tous dans le déni, tous dans l’incantation, aucun homme providentiel, aucun visionnaire, continuons toujours dans le même sens, toujours plus vite, toujours plus fort, toujours avec le même novlanguer mensonger, toujours les mêmes carabistouilles, faut-il que nous soyons à ce point mauvais pour les uns et heureux d’être serf pour les autres?
      Rien ne changera jamais ainsi, la plupart des gens sont malheureux mais contents de l’être dans un monde dominé par les jeux de hasard, la téléidioty, le numérique, l’IA, personne ne sait où l’on va mais on y va, aucun ne veut entendre ni prononcer de mots ou idées différentes de la ligne officielle assénée par les grands médias, considérés comme négatifs, arriérés, pessimistes, collapsologues, rien ne doit venir perturber l’économie, la mondialisation, la libéralisation, la dérégulation, la casse sociale, vive le PIB, la croissance perpétuelle, la science et la technique le progrès, le marché.
      Il faut être moderne, dans le nouveau monde, optimiste malgré « les crises » même si tout cela ne veut absolument rien dire, ne sont que des éléments de langage pour noyer le poisson, du bourrage de crâne, mais tout le monde s’en nourrit, ne le remet en cause.
      Comme des prophètes, ils nous disent quoi dire, quoi penser, quoi faire, et nous promettent un avenir exponentiel, illimité, inépuisable, radieux, que rien ne viendra jamais troubler, l’immortalité.
      Ainsi le monde de demain ne sera plus celui d’hier, vous devrez changer de multiples fois de métiers, accepter n’importe quoi, et vous payer vous-mêmes votre retraite si vous le pouvez en travaillant jusqu’à la mort car travailler est un plaisir même lorsque la plupart des gens seront au chômage, c’est le cantique et la pensée unique des dirigeants sortis du même moule qui se disent même « trop intelligents » pour être compris.
      Si ce système était une secte, on pourrait dire qu’elle a formidablement réussi, entrainant le monde entier derrière elle, mais c’est le baiser du diable qu’elle nous a donné.
      Les qualificatifs de réforme, de justice, d’égalité, simplicité, universel, sont complètement dévoyés et se traduisent systématiquement par du négatif pour la population, la casse et le démantèlement des droits et protections sociales devenus des charges insupportables pour les entreprises et les gouvernants.
      Les intégristes du capitalisme économique ultralibéral et tous ses chiens de garde nous leurrent en permanence ; Les empoisonneurs (qui « soignent » les plantes et les animaux) ont le droit de nous empoisonner car l’argent est roi – les lobbys font les Lois – Les ténors du barreau épaulent la bourgeoisie – Ils nous inventent une « écologie capitaliste » qui n’a rien d’écologiste avec leur soi-disant neutralité carbone et compensations qui ne compensent rien, avec leur « neige de culture », la taxe carbone un droit de polluer, c’est la légalisation de la pollution sous toutes ses formes, comme est légalisée la fraude fiscale à partir de l’optimisation fiscale et des paradis fiscaux.
      Pas plus qu’il n’y a d’adaptation à la crise environnementale ni de transition écologique, c’est de la pipe.
      On ne veut plus de fonctionnaires mais dans le même temps les entreprises, le monde agricole sont tellement subventionnés, exemptés, optimisés, niches fiscales, sinistrés permanents qu’ils deviennent quasiment une nouvelle catégorie de super fonctionnaires qui ne porte pas son nom (privatisation des profits – socialisation des pertes).
      Après avoir organisé le déséquilibre des retraites par le chômage de masse et le numérique, ils prétextent qu’il faut « réformer » au motif que les régimes spéciaux (SNCF – RATP – EDF – fonctionnaires…) seraient des nantis qu’il faut supprimer, pour en réalité casser le régime général par répartition, ouvrir la porte à l’assurance privée, tirer tout le monde vers le bas, tellement nébuleux que même le gouvernement est incapable de démontrer quoi que ce soit à l’appui de ses affirmations ! C’est le capitalisme économique ultralibéral dans toute son horreur.
      Le narcissisme des petites différences entre les pauvres et les modestes est utilisé pour dresser les uns contre les autres mais par contre il est interdit de parler, critiquer ou remettre en cause les retraites chapeau, les stock-options, la poignée de milliardaires qui possèdent autant que tous les autres réunis.
      L’égalité de traitement, la qualité de vie, l’Etat protecteur, l’écologie, la finitude de la Terre ils s’en moquent !
      Economisez, plaçez votre argent en actions, en assurance vie, livret A, les purges du système financier et la dette se paieront sur les économies des pauvres, des modestes, baisés nous seront toujours baisés sous prétexte de « crises » qui ne sont en réalité que le fonctionnement normal du capitalisme économique ultralibéral mondialisé.
      Ce système est bon pour une extrême minorité, il est mauvais pour tous les autres et la planète Terre.
      Il faut vivre pour l’argent, aimer l’argent, adorer l’argent, croire à l’argent, se nourrir d’argent alors que dans ce système peut-être 80% des gens seront à terme aux minimas sociaux toute leur vie ! C’est le progrès ! Sur une Terre ravagée, polluée, recouverte d’ordures, artificialisée, devenue inhospitalière pour l’ensemble du vivant.
      Et oui, vous savez tout cela mais on ne vous entend jamais le dire politiciens, syndicats, journalistes et tous les autres, ni rien faire pour nous en extirper! Car vous en jouissez tellement !
      Mais vous n’êtes pas obligés de me croire. (décembre 2019)
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  2. Cher Fabrice,
    Quelle belle question ! Je me suis souvent interrogée sur la droitisation des pauvres au travers de celle de mes parents. Issus d’un milieu très modeste et rural, ce sont les études qui leur ont permis, lentement mais sûrement, de prendre l’ascenseur social avec, pour mon père, un poste de cadre à responsabilité à la CPAM, quand celle-ci était en plein déploiement de cette belle protection sociale qu’est l’accès à la santé pour tous.
    Mon père a fini par avoir des liens d’amitié avec des responsables d’entreprises, des personnes plus aisées, à devenir chiraquien, à s’abonner au Point. Ma normalité à moi, qui suis donc née dans une famille de « droite », était donc d’être de droite. Il est arrivé le moment où mon esprit critique s’est aiguisé et que je me suis sérieusement interrogée sur le fait que mon père soutenait des mesures, des idées, qui ne nous aidaient pas nous, ma famille, dans notre petite vie qui s’embourgeoisait effectivement mais pas dans des proportions délirantes.
    Le fait de gagner un peu plus d’argent pouvait permettre l’accès à un certain confort, ce qui était bien. Mais il arrive un moment, à mon sens, où l’acquisition de biens devient du surconfort, du non-essentiel. Cela va du lit plus grand, de la télé plus grande, plus plate, puis de la chambre individuelle pour chaque enfant, de la voiture plus grosse, de la 2è et 3è télé, 2è voiture, etc… Avec tout cela, imaginant -peut-être !- créer de l’envie chez les autres, finies les portes ouvertes, les clés laissées sur le tableau de bord de la voiture, il a fallu poser des serrures et mettre une alarme.

    Et puis, je ne comprenais pas non plus, en feuilletant le Point, comment le fond des articles pouvait susciter un intérêt réel pour les problèmes et idéaux de mon père, quand ceux-ci parlent « de problèmes de riches » que nous n’avions pas. Le tout avec des publicités où nous n’étions pas non plus le public-cible (bijoux, fringues, voitures de luxe, lieux de vacances etc.).
    Plus tard, j’ai commencé à questionner mon père sur son intérêt pour le Point et l’incohérence que je voyais par rapport à son niveau de vie (qui n’était plus le mien maintenant, en tant qu’adulte indépendante). Quand il ne s’énerve pas à tout bout de champ (ma gauchisation et ma révolte sont pour lui une erreur éducative), j’arrive quand même à saisir que notre société baigne dans une envie pour les biens de consommations. Posséder des objets, s’afficher avec, défendre des idées qui permettront d’acheter plus, plus beaux, plus chers, de changer plus souvent de voitures… Avec cette idée, aussi, de « se mettre à l’abri », de la misère, des conditions de vie plutôt dures. Ce sont mes parents, je ne peux pas leur reprocher de ne plus avoir à restreindre l’accès à l’eau pour un bain (hebdomadaire !) chaud, le chauffage dans une seule pièce,… Mais il s’est passé quelque chose (pardon, je ne suis pas autant érudite que vous au point de fournir une analyse sociologique fine de la droitisation des pauvres, mais Thomas Frank a écrit un livre sur le sujet qui est sur ma table de nuit) dans une pensée sociale majoritaire tendant à centrer les problèmes sur l’individu ou un cercle restreint (la famille) et non plus sur la collectivité, à vouloir être « de l’autre côté » et penser à soi d’abord. Sauver sa peau et se fondre dans la masse pour vivre en paix.
    Il y a aussi une auto-alimentation du système : en créant l’envie pour l’accès à tout un nombre de « trucs de riches », sans jamais pouvoir y parvenir (il faudrait gagner 100 à 1000 fois plus !), j’ai l’impression qu’ils vivent dans l’illusion que voter toujours à droite (sans remise en question possible) les met dans la classe sociale qu’ils envient. Et ça, c’est peut-être déjà faire partie – un peu- d’elle. Et en bons chrétiens, ils pardonnent sûrement à cette classe sociale-là qu’elle ne le leur rende pas si bien. Ils acceptent alors d’être dans la classe moyenne qui trinque peut-être le plus, mais qui a tout pour être heureuse (avec les besoins primaires et secondaires assouvis, j’entends).

    Une fois quand même, mon père m’a montré le fascicule « spécial Noël » du Point, où il n’y avait pas d’idées cadeaux à moins de 2500€. Il était -enfin- choqué. Je lui ai proposé de se désabonner « tu vois bien papa, que ce journal ne te correspond pas, par essence-même, à ce que tu es, d’où tu viens… Je veux bien, sinon, que tu m’offres cette bague, si tu veux assumer pleinement ton abonnement 😉 ». J’ai bien failli réussir, puis il m’a dit qu’il n’allait pas trouver d’autre journal qui lui correspondrait et qu’au final, non non, ce journal lui convenait bien en terme d’idéologie, malgré les pubs.
    Il parait plus facile d’adhérer à la majorité et d’adopter les codes de la classe sociale enviée pour se sentir « comme les autres », c’est-à-dire de droite. Je pense aussi qu’il est plus facile de gérer un certain nombrilisme qui circonscrit sa vie dans une résolution de problèmes abordables (poser une clim’ quand les étés sont de plus en plus chauds, installer la fibre pour que les téléchargements durent 1 min au lieu de 3, prendre un abonnement à BEIN sports si Canal+ n’a plus les droits…), plutôt que de s’attaquer à des enjeux globaux qui donnent le vertige. On va à la messe pour prier pour ça, c’est largement suffisant.

    Je suis parfois usée de tenter d’éveiller la conscience de mes parents ; je ne prétends pas être dans le juste avec ma vision politique et sociale mais j’en appelle juste à la cohérence. Et puis, je n’ai pas l’impression qu’ils soient si heureux que ça. Mais je sais qu’il y a