Le charbon, champion du monde de l’énergie et du mensonge

Le charbon habite le si vaste pays du mensonge. Officiellement, on rasera gratis demain, car on aura éliminé le charbon – gros émetteur de gaz à effet de serre -, par des énergies dites renouvelables. Mais c’est pipeau. En 2022, la puissance installée de toutes les centrales à charbon de la planète a augmenté de 19,5 GW. Elle aurait dû baisser, puisque des centrales à charbon ont été arrêtées – pour un total de 26 GW -, mais dans le même temps, de nombreuses installations ont été ouvertes, pour une puissance installée de 45,5 GW. 59% des centrales nouvelles se trouvent en Chine (1).

La Chine, qui prétend tout ce que les niais – et les corrompus – veulent croire, est une spécialiste de la désinformation, qui a très grossièrement truandé ses chiffres publics. On apprenait ainsi, le 4 novembre 2015, que la consommation de charbon était supérieure de 17% depuis des années à ce qui était annoncé. Pour la seule année 2012, 600 millions de tonnes avaient été dissimulées. Seules les dictatures accomplies sont capables de tels exploits.

L’Inde, au-delà de grandes différences, est sur une pente comparable Sa production a augmenté de 6,3% en 2021 – 805 millions de tonnes -, et même de 11% en 2022, correspondant à 893 millions de tonnes. On devrait atteindre dans deux ans le milliard. Mais ça ne suffit pas, tant la demande est grande. En 2022, la consommation a été de 1,027 milliard de tonnes, obligeant le pays à importer massivement cette arme de destruction massive du climat. Dans ces conditions, qu’attendre ? En 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation mondiale a encore augmenté de 1,2%, dépassant les huit milliards de tonnes.

Malgré les falbalas des tentures officielles et des Sommets de la Terre, le charbon reste, et de loin, le plus grand producteur d’électricité dans le monde. Ne pas oublier que l’électricité n’est pas un minerai ou un puits dans lequel plonger son tuyau. Pour en obtenir, il faut d’abord cramer une énergie dite primaire. Dont le gaz, le pétrole, l’hydro-électricité, l’uranium, etc. Mais le charbon, en 2022, est le champion incontesté, avec 35,9 % du total.

C’est un peu fâcheux, car selon Global Energy Monitor, un Observatoire américain, « le rythme mondial des arrêts de centrales devrait être quatre fois et demi plus rapide, afin de mettre le monde sur la bonne voie pour éliminer le recours au charbon dans le secteur électrique d’ici 2040, comme requis pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat ».

Il est assez douteux que cela s’arrange, car la situation fait penser aux fameuses boucles de rétroaction climatiques. On explique par un exemple : le dérèglement climatique a tendance à faire fondre le permafrost, ce sol gelé des immensités arctiques et sibériennes. Le permafrost relâche ainsi des gaz à effet de serre, dont le terrible méthane. Ce qui augmente le dérèglement global, qui accélère la fonte du permafrost, qui etc. Cette rétroaction dite « positive » – eh oui – est un emballement.

Or on le sait, la crise climatique provoque des phénomènes extrêmes, dont des sécheresses sans précédent. Comme en Chine l’été passé, où l’hydro-électricité – le tiers de la production mondiale -, s’est effondrée, obligeant à massivement augmenter la consommation de charbon. À une échelle moindre, l’Europe a fait pareil à cause de la guerre en Ukraine et des craintes sur l’approvisionnement en gaz.

Si on veut passer, malgré tout, un bon moment, on peut écouter (2) l’historien Jean-Baptiste Fressoz nous raconter à quel point la « transition énergétique » est un mythe. C’est lumineux. Il montre que dans l’histoire de l’énergie, on ne fait jamais qu’empiler les offres les unes sur les autres. Ainsi du bois-énergie, qui n’a pas été remplacé par le charbon. Ainsi du charbon, qui n’a pas été remplacé par le pétrole. Ainsi du pétrole ou du gaz, dont la consommation mondiale n’a jamais été aussi forte, malgré le solaire et le vent. Ainsi de ce nucléaire dont nous sommes si fiers, et qui ne change rien à l’augmentation sans fin de supposés besoins énergétiques.

(1)https://www.connaissancedesenergies.org/centrales-charbon-un-parc-mondial-qui-se-moque-de-lagenda-climatique-230406

(2)https://www.youtube.com/watch?v=YbebLbnGyoU

21 réflexions sur « Le charbon, champion du monde de l’énergie et du mensonge »

  1. CCher Fabrice,
    Cet article est clair et lumineux, et il éclaire pour moi le rôle de l’écologie dans la culture, qui est de mettre en lumière le mal que nous faisons en tant que membres de l’espèce humaine. Nos actions ont des conséquences en tant qu’homme, que femme, que professionnel dans une certaine branche, à un certain niveau, que citoyen d’un pays ou d’un autre, etc. et sous chacun de ces aspects nous pouvons trouver que notre responsabilité, les conséquences de nos actions, ont une qualité particulière. L’écologie nous montre vraiment ce que nous faisons en tant qu’espèce parmi les autres, sur la terre.
    Une réaction possible est un certain cynisme, de dire « nous sommes trop nombreux », « tout allait bien et puis l’homme est arrivé » etc. Cela parait acceptable au niveau personnel, car se flageller soi-même est considéré comme moralement acceptable, mais peut justifier politiquement les pires pratiques y compris le fascisme.
    Il faut alors affûter ses crayons, aiguiser la lame du couteau de la pensée, et constater que ce qui pollue vraiment c’est la mécanique, c’est cette part de l’activité humaine qui, même si elle est entièrement causée par l’homme, n’est pas vraiment humaine, en fait n’a rien d’humain. Donc pour polluer moins, il faut être plus humain, pas moins. En d’autres termes, « les robots, c’est pire »!!!
    C’est une conséquence directe, entre autres, de l’entropie, mais c’est observable à tous les niveaux, et par exemple on sait que lorsqu’une tâche est vraiment difficile, les robots se détraquent tellement vite qu’ils illustrent jusqu’à la caricature cette constatation de Georgescu-Roegen que les machines produisent essentiellement des déchets, et que le but ostentatoire de la machine n’est, en termes quantitatifs, qu’un effet marginal, un sous-produit.
    Nous pouvons alors penser en termes de nourriture: Nous consommons les produits de millions d’années de vie sur terre, non seulement le pétrole et le charbon, mais l’argile, la terre, en fait tout ce qui existe autour de nous. Non seulement nous ne brûlons que ce qui est brûlable, mais nous ne collons que ce qui est collable !
    Le ciment, qui nous permet de fabriquer le squelette de nos maisons, de nos gares et bretelles d’autoroutes, est le produit d’animaux qui ont fabriqué leur propre squelette avec du calcium, et de plantes qui ont fabriqué l’argile avec leurs racines, depuis des millions d’années. Pour faire une brique sur Mars, où il n’y a pas de ciment, on a trouvé une méthode: Le sang humain. Un courageux cosmonaute produit assez de sang pour produire une brique par mois. Génial, Elon Musk, non ?

    1. Tout ce que vous dénoncez depuis trente ans dites-vous, tout ce qui est dénoncé par les syndicats d’ouvriers, associations, ONG, opposition politique, altermondialistes, écologistes (taxés de déviants irrationnels, ou de démagogues sans principes, complotistes, d’extrémistes, quand ce ne n’est pas de terroristes), c’est le fonctionnement normal du capitalisme néolibéral mondialisé mais vous refusez de le reconnaître et vous ne voulez pas en changer ! Sans doute parce qu’au final ce n’est pas si mal pour vous !

      Dans toutes ces crises, les chantres du libéralisme (les modernistes) ne se sont pas trompés, ce ne sont pas des erreurs, ils l’ont fait exprès, sciemment, c’est l’application pure et simple de leur doctrine, de leur système néolibéral mondialisé qui a parfaitement fonctionné pour les riches et ultras riches – qu’ils poursuivront aussi longtemps que possible tant ils en jouissent, jusqu’à l’effondrement qui de mon point de vue et de quelques autres a commencé, mais ceux qui tirent les ficelles s’arrangeront pour rester privilégiés du nouveau système quel qu’il soit et il y a de fortes probabilités pour que le prolétariat reste le prolétariat et le quart monde, c’est-à-dire la servitude et la pauvreté pour la grande partie de l’humanité écartés du pouvoir !

      Sauf si la nature s’en mêle à cause de la casse climatique, pandémies, ou autre force supérieure inattendue, guerre nucléaire, c’est-à-dire le big-crunch ! La fin probable de l’espèce humaine !

      Vous pouvez continuer trente années de plus à faire des articles polémiques spécifiques, ou même parler pour ne rien dire, pour que rien ne change (il y en a des dizaines disponibles), je ne crois pas que ça changera quoi que ce soit mais ce n’est sans doute pas votre intention que de toute façon je respecte – mais nous sommes différents – je ne sais pas vers quoi nous allons de pire ou de meilleur – ce que je sais c’est que ce système hégémonique est mauvais pour la planète, mauvais pour les êtres humains et l’ensemble du vivant, et qu’il faut, de toute urgence, en changer ! C’est ce à quoi me conduit le déterminisme, le bon sens et la qualité d’observation !
      ————————

      1. Bonsoir,

        Je crois que vous vous êtes trompés de destinataire. Et que vous vouliez me répondre à moi, Fabrice Nicolino. Hélas, vous ne le faites pas, ni même ne le tentez. Car votre position est imprenable et n’a que faire des interrogations. C’est dommage. Au passage, vous me faites sourire en prétendant contre l’évidence que toute ce que j’évoque est « dénoncé par les syndicats d’ouvriers, associations, ONG, opposition politique, altermondialistes, écologistes ». Hélas non. Je vous précise en outre que je n’aime pas les attaques torves. Vous êtes sérieusement gonflé d’écrire que je n’attaquerai pas le système parce que “sans doute parce qu’au final ce n’est pas si mal pour vous ! ».
        Votre ignorance de mes activités publiques n’est pas une excuse, et sachez qu’ici, on respecte des règles de savoir-vivre, ou qu’on va ailleurs. Au fait, cela fait bien plus longtemps – que 30 ans – que je me bats – à visage découvert, moi -, et dans tous les domaines. Et en prenant des risques raisonnés, mais bien réels, en France ou ailleurs.
        Si vous souhaitez débattre, faites-le comme il faut. Et pas en alignant des phrases automatiques. Je vous souhaite néanmoins une bonne soirée,

        Fabrice Nicolino

          1. Vous êtes non seulement d’une réelle ignorance, mais d’une grande suffisance. Car de nouveau, pas l’ombre d’une réponse. C’est si difficile ?

      2. Pourquoi s’entre déchirer, il n’y a pas de vérité sur la façon de vivre sur cette terre, et l’être humain pour vivre perturbe son environnement. La seule certitude, c’est sa finitude, et à mon âge l’échéance est proche, je ne vais pas tarder à fertiliser le sol. Je consacre une bonne partie de mon temps au jardinage (sans adjuvent) et ça me permet de relativiser toutes nos querelles, car cet exercice est bigrement compliqué, à cause de mère nature qui me surprend tous les jours par sa diversité. Comme dit l’excellent livre d’Yves Pacalet, l’humanité disparaitra bon débarras. Laissons donc chacun exprimer son point de vue et choisir son mode vie, s’il n’impacte pas trop celui des autres.

  2. La summum de la boucle de rétroaction : consommer encore plus d’énergie et donc du charbon pour nourrir les clim et autres conneries de géoingénierie. Car oui on va en bouffer de leurs techno-solutions à gros coup de financements publiques : c’est que le monde des affaires et sa techno-caste ne va pas passer à coté d’un marché aussi juteux que mortifère pour s’arroger le statu de véritable sauveurs-verts de la civilisation contre la barbarie des mensonges des citoyens pollueurs. Pire : sans aucune garantie de succès, juste un bon blabla habituel sur la gestion des risques (cf JB Fressoz, D Pestre, F Jarrigue, S Topçu).
    À croire que le chemin évolutif que nous avons pris il y a plus de 10000 ans était une trèèèèèès longue impasse.

  3. La capitalisme a gagné bien sûr ! Il a absorbé le communisme et le fascisme dans une brillante synthèse qu’Orwell avait vu se mettre en place. La gourmandise avec laquelle les « grandes démocraties occidentales » et les « grandes dictatures orientales » se sont précipitées dans le covid, auquel seule l’Afrique, et dans une moindre mesure, la Suède, ont échappé, éclaire d’une lumière crue cette unanimité qui essaye de se cacher sous des oppositions de façade, montrant à tous que la synthèse est achevée, et même la critique d’Orwell a été récupérée, et sert de thème favori aux enthousiastes auteurs à succès comme Fukuyama ou Harari.

    Commencer par prendre soin de nos corps, de la terre sous nos pieds, des plantes et animaux qui nous tiennent compagnie et nous donnent 200% de notre nourriture, est peut-être le chemin le plus sûr pour balayer cette confusion dans laquelle les « penseurs » populaires et le complexe militaro-industriel-pharmaceutique se noient jusqu’au cou, et remettre un peu de clarté dans nos esprits.

    1. Ce commencement débutera aussi a minima avec un grand renoncement, sinon de destructions très luddiques.
      Sans séparation des objets qui nous lient fortement à la mégamachine, aucune chance que ces petits soins aboutissent à quoi que ce soit, de la paix de l’âme à la survie des vies complexes sur cette planète. Tout, absolument tout sera transformé et consommé de façon à accroître la puissance abstraite (d’un État, d’une entreprise, d’une espèce ou d’un individu).
      Ce n’est pas le capitalisme qui a gagné, ce serai un lieu commun; puis de soutenir la fin de l’Histoire. Un «communisme» (le vrai ou le réel), et la Chine n’a pas dit ses derniers maux non plus, aurait pu en faire tout autant. C’est notre volonté cartésienne d’être maître et possesseur de notre environnement tout entier – quitte à le détruire totalement pour le soumettre à nos besoins même les plus fantaisistes – qui en est responsable. Tout est une question de récits, rien d’autre. Et celui qu’on se raconte en boucle, pour manger tranquille, et celui qui suinte des sciences, pour justifier qu’il y a quelque chose qui cloche quand même, commencent à nous péter (à) la tête.

  4. Le capitalisme a gagne symboliquement car c’est sous son drapeau qui flotte sur notre champ de ruines, que l’argent coule a flots. Mais le communisme et le fascisme ont gagne techniquement car ce sont leurs idees qui regnent. Je suis d’accord avec votre formulation sur le pouvoir, pas tant sur les objets, car le pouvoir reel est de controler les gens non seulement par leurs objets mais un peu plus en amont, par leurs desirs. Il n’y a pas de petitesse. Chaque ruisseau, chaque maison, chaque sourire qui echappe, meme temporairement, a la machine est une victoire.

    La difference entre les materiaux et la main-d’oeuvre, c’est la difference entre le passe et le futur. On ne peut pas resoudre le probleme de la pollution sans clarifier, individuellement et collectivement, cette relation, qui est liee a la confiance. Retrouver les fondements de la confiance en les autres est indispensable a l’elimination de la pollution. Et on pourra alors travailler avec les materiaux, y compris le charbon, avec le respect necessaire.

    https://laurentfournier.blogspot.com/2022/08/bringing-architecture-back-into-culture.html

    1. Jeffrey Herf a fait un très bon travail et expose, même s’il n’est pas le seul a en arriver à cette conclusion, en quoi le nazisme a triomphé aujourd’hui.

      Ethymologiquement, pouvoir : du latin posse composé de potis sum (« je suis maître de »
      Le pouvoir réel est celui qui s’opère sur la matière de manière totale; y compris celle qui nous compose, c’est à dire aussi son agencement, l’information est donc essentielle. Et il nécessite beaucoup, beaucoup d’énergie. C’est en cela qu’il serait plus que fâcheux de donner une source potentiellement infinie aux mains de techno-tarés et leur bulbe militaro-rachidien.

      Le pouvoir réel par exemple (dont le principe exclu sa distribution, ici bas nous ne l’aurons jamais), c’est de se foutre totalement des abeilles et autres êtres pollinisateurs sous prétexte qu’il faut laisser en paix les affaires de ceux (agro-business) qui nourrissent la plèbe et qu’il est d’ores et déjà possible, sans les gêner (les conflits épuisent aussi, des alliés sont toujours appréciables), de
      – faire le boulot par des petites mains -> mais problème éthico-tartuffe
      – synthétiser le produit utile comme vitamines/fructose en labo puis en réacteurs industriels -> pas encore prêt à bouffer leur techno-pâté, mais ça arrive progressivement, on avait bien Hénaff depuis… houuu!
      – faire le boulot par des nano robots style FAIRY -> à éviter, ça pourrait se disséminer dans le monde et faire le taff pour des salauds de pauvres qui ne payeront pas
      – faire accepter cette fatalité comme un progrès par un cortège d’experts de leurs rangs
      – éventuellement se passer définitivement de tout ça

      Les êtres vivants, les informations permettant d’en faire une armée de clones est dorénavant stockée aux 4 vents. De la formidable GPA ici, nous avons déjà avancé vers les utérus artificiels (chinois, GPA interdite là-bas). Les neurosciences permettent d’en faire des caniches d’assaut ou des tueurs de théorèmes. Bien que les prothèses gonfées à l’ «IA» pour augmenter des moelles épinières sur pattes pourraient suffire.
      Il n’y a plus aucune raison d’en conserver 8 milliards, en dehors du fait qu’ils se tapent dessus pour se persuader d’être l’élu dont ce système a besoin pour ses basses besognes, ils ne remettent rien en cause et ne sont en aucun cas une menace pour le fonctionnement de la mégamachine. Il n’y a qu’a regarder aujourd’hui la façon dont ça fonctionne au plus près du centre des opérations : il faut savoir se vendre et hop ! Connecté à la matrice.
      Quand la magie n’opérera plus, ce système a déjà montré toute son affection pour les produits obsolètes: nous allons être détruit en masse. Cela s’est déjà fait.
      Le climat fou et l’empoisonnement généralisé aident grandement à maintenir la nasse. En l’absence de techno-solution rentables et de larges soutiens, que les État traînent des pieds à agir n’est guère surprenant.

      Le maintien de la paix sociale actuelle n’est que passager, et elle se considère de plus en plus légitime à utiliser de véritables armes de guerres contre les civils. Il est le moyen d’une autre fin.
      Cette fin, n’est rien d’autre que l’autonomie de la technique. Rien d’humain, rien de vivant, pur machinal.

      1. Oui, mais l’autonomie de la technique, si elle est bien le but, n’en est pas moins un mythe impossible à réaliser.

        On voit ce mythe se former par l’intermédiaire de différentes personnes, que ce soit Stanley Kubrick dans « 2001 l’odyssée de l’espace », Ray Kurzweil du « media lab » au MIT ou Yuval Noah Harari, auteur à succès et conseiller de Klaus Schwab. Récemment le media lab du MIT a organisé un séminaire sur la santé physique et mentale des astronautes qui iront vivre sur Mars (on ne ris pas!)… https://spacechi.media.mit.edu/spacechi-2023-program/ Le programme est hilarant, pour nous autres pauvres terriens (Je suis tombé dessus pas hasard parce qu’une copine, mathématicienne géniale, qui travaille sur la visualisation des structures en 3D y a été invitée… Je ne la critique pas, on prend l’argent où il tombe, au moins elle ne fabrique pas des bombes…

        Un point commun entre toutes ces activités: Leur véritable sujet est « les media », l’interaction entre l’homme et la machine. C’est complètement et de plus en plus explicitement autocentré. On arrivera bientôt au point où « 2001 l’odyssée de l’espace, les films de la NASA et « capricorne 1 » ne feront plus qu’un, où Hollywood et la NASA ne feront plus qu’un, où ces auteurs et organisations seront tous des contributeurs d’un même récit. Rich Cohen ici opère brillamment cette fusion pour nous, un peu en avance mais pas tant que ça : https://www.theparisreview.org/blog/2019/07/18/how-stanley-kubrick-staged-the-moon-landing-and-other-stories/

        On a vu une version différente de la même confusion durant le covid, où les outils et méthodes pour fabriquer le virus et justifier les efforts nécessaires pour le faire (Menachery et al. 2015 https://www.nature.com/articles/nm.3985) étaient exactement les mêmes que pour « lutter » contre (confinement, surveillance, médicaments toxiques, « vaccins » géniques), et où la différence entre l’arme et la bouclier, entre le poison et l’antidote, est de plus en plus confuse, à un niveau de plus en plus fondamental, à l’image de l’avant-dernier paragraphe de l’article de 2015, qui ressemble à une tentative bancale de justifier la recherche sur le plan moral .
        L’interdiction de se promener dans la nature était une partie essentielle de la « philosophie » (si l’on ose dire) du covid. Le trans-humain doit avoir peur de la nature. C’est une de ses définitions possibles.

        Il y a plusieurs manières de montrer que tout cela n’est qu’un récit, du mauvais cinéma (les films de la NASA, dénués d’humour et d’ironie, sont du mauvais cinéma, mais les films de Kubrick sont du très bon cinéma !), une imagination qui s’écroulera d’elle-même, non sans causer des dégâts avant.

        Une manière courte, en 3 phrases simples, est celle-ci:

        « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vies supérieures qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La seule vraie question qui se pose n’est pas de savoir s’il sera supportable une fois né mais si, oui ou non, son avortement provoquera notre mort ».

        Pierre Fournier, Hebdo Hara-Kiri, 28 avril 1969, repris dans le premier éditorial de La Gueule Ouverte, novembre 1972 https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1741

        La reconquête de la nature et la reconquête de la science (et Fabrice a écrit des articles ici sur probablement chacun des grands savants qui ont ouverts de nouvelles voies où la science et la morale ne sont plus divorcées, de Jacques Benveniste à Joël Sternheimer en passant par Alexandre Grothendieck) sont un seul et même travail.

        1. Gébé, le grand Gébé de Charlie-Hebdo et de l’An 01, la personne la plus puissamment anti-fasciste que je connais, avait montré de manière poignante et drôle, de nombreuses manières et de nombreuses fois, comment le rêve technologique nous séduit lorsque nous le laissons salir nos désirs. Nos désirs sont nobles, ils sont puissants et beaux, ne laissons pas l’illusion technologique les salir. Qu’est-ce qui nous sauve de la technologie ? La nature, et la confiance en la noblesse de nos désirs !

        2. «Oui, mais l’autonomie de la technique, si elle est bien le but, n’en est pas moins un mythe impossible à réaliser.»

          Et c’est justement là toute la beauté du mythe propre aux humains d’aujourd’hui qui peut devenir réalité pour ce qui peut advenir demain : devenir des êtres-objets issus de la technique, autrement dit améliorés, fabriqués, commandés, requis, etc. pour les besoins affinés de la société technique et donc pour la technique elle-même. Comme la palette des TPMA dès aujourd’hui, en plus automatisé et sans lourdeurs administratives. Purs produits sortant de l’usine, le véritable homo faber évoluant homo aedificavit sinon un cyborg sérialisé.
          Rien d’humain, rien de vivant, pur machinal.

          Et la science (inféodée) ne nous y aidera en rien en l’état actuel; il y en aurait de trop même – Camille Rullan, Jean-Marc Lévy, ‘Tomjo’, Olivier Rey, Jean-Paul Malrieu. La décroiscience, se séparrer de celles, en priorité les technosciences, qui peuvent nuire pourrait être aussi mis à l’honneur. Désertons, tient !

  5. Un peu de sérieux.
    Si il y a bien un type avec qui on a envie d’aller boire un verre sur ce qu’il reste de cette planète, c’est bien fabrice nicolino, intègre et simple, n’ayant pas succombé à la folie de la consommation ni de l’intérêt personnel, regardant le monde depuis les nuages.
    Merci pour « qui a tué l’écologie » et tout le reste, merci de prendre encore le temps d’écrire ces articles à la place de claquer la porte à nous tous.
    Je pense à Waechter, qui disait il y a 40 ans à la télé « la vraie question c’est de savoir si les français sont prêts à diviser leur consommation par 4 » et on le traitait de nazi, dans les 60 Cousteau disait qu’il fallait limiter les naissances et on le traitait de nazi. Monsieur Nicolino est donc un nazi, tout comme Pierre Rabhi et sa sobriété, ou encore Janco et ses avions, Cochet et son mad max, Barrau et sa biodiversité, Keller et son effondrement systémique, Stéphant et ses mines.
    Quand la courbe des « prélèvements/destruction du vivant » (au regard de sa croissance exponentielle) repassera de manière contrainte sous la courbe des ressources réelles planétaires, on aura même pas le temps de dire « merci quand même d’avoir prévenu les gars ! « .
    C’est tout de même assez dingue cette sensation de voir des souris qui bouffent frénétiquement du chocolat dans un immense entrepôt fermé et doublent en quantité chaque jour jusqu’au moment où elles sont 1.000.000 et que tout est bouffé. Sans compter les crottes et l’urine qui s’accumulent dont je ne parle pas pour ne pas gâcher le décor. C’est d’ailleurs ce qu’il restera à bouffer une fois le chocolat englouti.
    Et on continue d’éduquer les enfants au numérique à l’école en plus de leur faire bouffer du toon en 3D sur netflix quand ils sont à la maison alors qu’il suffirait de les faire s’émerveiller du vivant dans le jardin et de débrancher (un peu) les prises.
    Vite, du charbon pour faire tourner les smartphones des enfants du monde entier afin qu’ils puissent aller voir les influenceurs sur tiktok ! C’est beau le progrès.
    J’oubliais, …. , merci quand même d’avoir prévenu M. Nicolino.

  6. …On n’a plus Orwell mais on a encore Agamben !

    ++++++++++++++++++++++++++

    On a aboli l’amour
    au nom de la santé
    puis on abolira la santé.

    On a aboli la liberté
    au nom de la médecine
    puis on abolira la médecine.

    On a aboli Dieu
    au nom de la raison
    puis on abolira la raison.

    On a aboli l’homme
    au nom de la vie
    puis on abolira la vie.

    On a aboli la vérité
    au nom de l’information
    mais on n’abolira pas l’information.

    On a aboli la constitution
    au nom de l’urgence
    mais on n’abolira pas l’urgence.

    Giorgio Agamben 6 novembre 2020, traduction Florence Balique

  7. Super, la conference de Jean-Baptiste Fressoz ! Brillante ! Je ne regrette pas d’y avoir consacre 1 heure !
    Il confirme totalement les « decroissants » : On ne changera rien avec des solutions techniques, qui ne font que s’ajouter les unes aux autres. Sa finesse me rappelle Gilbert Simondon ! Sa conclusion sur les voitures electriques est imparable. L’histoire des origines « anarchiste-libertaire-socialiste » du developement de l’electricite aux Etats-Unis est troublante : C’est aussi comme ca que « l’ordinateur individuel » a defendu sa legitimite bien avant de pouvoir justifier son cout par les services rendus, et proposait des « solutions » a des « problemes » que personne ne savait qu’ils existaient ! Dans les annees 1980-90, Roger et Bella Belbeoch demandaient d’arreter de detruire les centrales au charbon pour pouvoir arreter le nucleaire, ce que certains ecologistes digeraient mal. EdF detruisait les centrales au charbon qui pouvait durer 30 ans de plus, pour rendre le nucleaire indispensable (et le resultat, comme Stephane Lhomme la montre, c’est que la France vend a perte l’electricite en surplus dans les periodes d’abondance a l’Allemagne et lui rachete, beaucoup plus cher, l’electricite au gaz et au charbon qu’elle peut produire instantanement en periode de demande). Fressoz montre aujourd’hui qu’a long-terme les Belbeoch avaient raison : Le nucleaire ne fait qu’ajouter une couche de plus, et augmenter la consommation generale.

  8. A écouter et a ré-écouter, Jean-Baptiste Fressoz ! Vraiment, merci Fabrice de nous servir de « hunier » !

    Après tout, si nous aimons tant les histoires à dormir debout, si nous voulons tellement croire au père Noël, à qui se plaindre ? A Eisenhower, à Norman Borlaug, à Bill Gates, à Albert Bourla, à Elon Musk ? Au prochain joueur de flûte ?

    On devrait avoir honte de tomber à répétition dans tous les pièges des histoires magiques, des « grands récits simplificateurs », de la « fée électricité », à « la voiture individuelle » puis à « l’ordinateur individuel », au « nucléaire qui rendra l’électricité tellement peu chère que ça sera trop cher de mettre un compteur », qui « transformera la France en Arabie Saoudite du Nucléaire », au « numérique qui deviendra tellement bon marché qu’on ne le facturera plus », à « l’économie décarbonnée » (comme si le carbone, qui compose la majeure partie de nos corps et de ceux des êtres vivants était un poison plus dangereux que le plutonium!), aux « vaccins magiques » qui promettent en échange d’une simple piqure de Pfizer de ne plus tomber malades, et maintenant aux voitures électriques, dont on s’apercevra, mais seulement après avoir bien enrichi Elon Musk, qu’elles sont bien pire que les voitures à essence !

    Pour rire un peu, quelques bus électriques (mais pas « nucléaires », au moins !) en Angleterre et en Inde :

    https://www.youtube.com/watch?v=yjOM_P_y5Mc
    https://www.sustainable-bus.com/news/electric-buses-powered-by-diesel-generator-harrogate-bus-company/ !
    https://www.snopes.com/fact-check/electric-scooter-bike-abandoned-graveyard/

  9. Merci Fabrice de continuer à écrire dans Charlie chaque semaine dans Bouffée d’oxygène.
    Ces trois articles hebdomadaires sont une flamme qui alerte dans la nuit qui envahit peu à peu cette planète…
    Chaque semaine, je vais à la médiathèque de Prades (66500) pour les lire et, bien que le moral soit touché chaque fois, je te sais gré de continuer à partager ces tristes nouvelles avec tout l’humour dont tu fais preuve.

  10. Pardon, dans Charlie Hebdo, ta rubrique si instructive c’est : « Une bouffée d’oxygène » page 7 avec à droite les quatre dessins de Kuper toujours percutants !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *