Le développement durable vu par une turbine (Alstom)

Je ne vais pas vous embêter longtemps avec le barrage des Trois-Gorges, en Chine. Beaucoup d’entre vous doivent savoir l’essentiel. C’est le plus grand jamais réalisé, avec 2335 mètres de long. Il a permis de couler 27 millions de mètres cubes de béton, et emmagasine, lorsqu’il est plein, 39 milliards de mètres cubes d’eau. Qu’il faut bien mettre quelque part : à l’amont du barrage sur le Fleuve bleu, ce Yangtsé qui est un fleuve sacré de la tradition chinoise, le lac de retenue approchera les 600 km de long !

Et j’arrête là. Je ne parlerai donc pas des millions de paysans expulsés, des risques trop réels de tremblement de terre, de la destruction désormais accomplie d’un des plus grands écosystèmes naturels de la Chine. Une consolation au milieu de ce deuil général : nous en avons bien profité. Nous, ne finassons pas. À commencer par l’entreprise Alstom, qui compte 80 000 salariés, leader mondial et néanmoins français dans les infrastructures de production d’électricité et le transport ferroviaire, surtout à grande vitesse.

Par hasard ou presque, je suis tombé sur une page de propagande publiée sur le site internet d’Alstom (ici). On y lit par exemple : « Propre, renouvelable, et puissante, l’hydroélectricité est une des sources d’énergie majeures à travers le monde, du barrage des Trois-Gorges en Chine, à celui d’Itaipu, au Brésil. Avec une expertise inégalée dans ce domaine, Alstom a fourni les équipements de plus d’un quart des centrales en opération ». Alstom a fourni 12 des 26 turbines géantes des Trois-Gorges, offrant ainsi une formidable contribution française à la destruction du Fleuve bleu. Bien entendu, je suis fier.

Et ce n’est pas tout. Mais cela se passe de commentaire, je crois  :

« Respect de la faune et de la flore

Fidèle à sa stratégie « Clean Power », Alstom travaille à réduire encore l’impact environnemental des installations hydroélectriques. Des solutions avancées ont été développée par les ingénieurs du groupe pour éviter les rejets d’huiles ou de lubrifiants dans l’eau conçues spécialement pour ne pas porter atteinte aux poissons en facilitant leur passage à travers l’ouvrage. »

Je n’ajouterai qu’une chose : le capitalisme vert, façon Sarkozy et tant d’autres, est en marche depuis de longues années déjà. Il compte quantité d’alliés dans le mouvement écologiste « officiel », celui qui mange dans la main des maîtres. Retenez ceci : il se prépare une opération de publicité géante à l’occasion de la réunion mondiale sur le climat, qui se tient à Copenhague en décembre. Le funeste Grenelle de l’environnement a permis à Sarkozy d’apparaître – lui ! – comme un champion de l’écologie. Le mal est fait. La même bande s’apprête à introniser notre président leader mondial de la lutte contre l’effet de serre. Grâce au nucléaire made in France, opportunément laissé à la porte du Grenelle.

Le lien avec Alstom est (presque) évident. Les hommes du président, ceux d’Alstom et les quelques vedettes autoproclamées du mouvement écologiste font ce qu’on appelle aux Amériques du storytelling (1). Cette technique permet aux entreprises de créer et raconter des histoires auxquelles le groupe finit par croire. Cela ne date pas d’hier, non. Mais cela se développe et se développera, durablement à n’en pas douter. L’étau se resserre.

(1) Christian Salmon, Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte)

7 réflexions au sujet de « Le développement durable vu par une turbine (Alstom) »

  1. L’étau se resserre indéniablement. A nous de faire circuler l’info pour que l’on soit de plus en plus nombreux à ne pas être dupe. Ou à ne pas (plus) vouloir l’être… là est le véritable problème en fait. Tant que ça tient comme ça, pourquoi agir ? La majorité manquerait-elle de sensibilité ? N’aurait-elle pas assez mal aux autres ? Ou à soi-même pour changer, amorcer une transformation. Comment éveiller en grand nombre ? Il y a des jours où c’est démoralisant, la fatalité prenant le pas. La catastrophe semble inévitable, et a déjà commençé. Reste alors, surtout, à se préparer, tout en continuant à faire sa part, à tâcher d’informer autour de soi. Et espèrer. Faire un travail intérieur aussi, pour que malgré toutes les horreurs, l’amour domine et grandisse et que l’amertume et le désespoir ne gagne pas. La vie est belle malgré tout, merveilleusement belle, mais le monde est fou et névrosé.

  2. Sylvain,

    Pleinement d’accord. La vie est belle, a pesar de los pesares, en dépit des chagrins, elle est belle. Et l’amour peut et doit beaucoup, j’en suis tout aussi convaincu. Je suis bien certain, de même, que ce monde est fou.

    Fabrice Nicolino

  3. En cherchant des infos sur tout autre chose, je suis tombée sur un courrier intéressant, dont voici un extrait :

    “On décapite nos platanes, pour laisser place à de belles avenues, propres, rectilignes, sur lesquelles les saisons n’ont aucune prise. Doit-on se convaincre que le progrès frappe à notre porte ? Peut-on ignorer que ces arbres deviennent le symbole de tous ceux, isolés et silencieux que notre époque tue à petit feu, au nom de la rentabilité économique et du progrès technique ? Voulons nous continuer à ignorer que la politique se joue dans notre quartier et notre ville avant de se diluer dans les arènes européennes ?

    Je ne savais pas, je n’ai pas pris le temps de m’engager, de m’informer. On se sent ce matin tous coupables, démunis, c’est déjà trop tard. Les scies grondent, les broyeuses effacent les traces, les travailleurs exécutent, les badeaux rentrent chez eux, le coeur lourd”.

    Triste n’est-ce pas ? Et en même temps porteur d’espoir, car j’espère que cette personne aura retenu la leçon et que, dorénavant, elle s’informera et elle s’engagera, et qu’elle encouragera d’autres à le faire. De petites boules de neige, partout sur la planète. Il est en grande partie là, le combat à mener.

  4. Comme le président du Niger vient d’être ré-élu pour un nième mandat, il se fera peut-être une joie d’être également de la partie à Copenhague .
    la vie est belle mais :

    “Que no quiero verla!

    Dile a la luna que venga,
    que no quiero ver la sangre
    de Ignacio sobre la arena.

    ¡Que no quiero verla!

    La luna de par en par.
    Caballo de nubes quietas,
    y la plaza gris del sueño
    con sauces en la barreras.

    ¡Que no quiero verla!
    Que mi recuerdo se quema.
    ¡Avisad a los jazmines
    con su blancura pequeña!

    ¡Que no quiero verla!….”

  5. Photocopies à distribuer à tout grand de ce monde avant toute réunion.

    Chanson des oiseaux- Victor Hugo (1802-1885):

    Vie ! ô bonheur ! bois profonds,
    Nous vivons.
    L’essor sans fin nous réclame ;
    Planons sur l’air et les eaux !
    Les oiseaux
    Sont de la poussière d’âme.

    Accourez, planez ! volons
    Aux vallons,
    A l’antre, à l’ombre, à l’asile !
    Perdons-nous dans cette mer
    De l’éther
    Où la nuée est une île !

    Du fond des rocs et des joncs,
    Des donjons,
    Des monts que le jour embrase,
    Volons, et, frémissants, fous,
    Plongeons-nous
    Dans l’inexprimable extase !……

    Avril ouvre à deux battants
    Le printemps ;
    L’été le suit, et déploie
    Sur la terre un beau tapis
    Fait d’épis,
    D’herbe, de fleurs, et de joie.

    Buvons, mangeons ; becquetons
    Les festons
    De la ronce et de la vigne ;
    Le banquet dans la forêt
    Est tout prêt ;
    Chaque branche nous fait signe……..
    ..Ce poème est merveilleux, et trèstrèstrès long
    …..Voici la dernière strophe

    Le nid que l’oiseau bâtit
    Si petit
    Est une chose profonde ;
    L’oeuf ôté de la forêt
    Manquerait
    A l’équilibre du monde.

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