Daniel Cordier le magnifique (un véritable espoir)

À propos du désastreux Sommet sur le climat de Copenhague

Je me permets de commencer par un coup de bâton : il est vain d’espérer convaincre la majorité, puis de mettre en place un gouvernement convenable. Non, nous n’arriverons pas à ce résultat, quoi que nous fassions, et cette route est comme barrée loin devant nous, ad vitam aeternam.  Deux crises, au moins, se mêlent de manière indissoluble. D’abord, bien entendu, la crise écologique, qui englobe tout le reste, et nous menace du pire. Ensuite, une crise très secondaire, mais aux effets immédiats dévastateurs, qui est celle de la représentation, de la démocratie. Je me sens tout à fait démocrate, mais je vois bien que le système imaginé il y a un peu plus de deux siècles n’a plus aucun avenir.

Et j’affirme tranquillement qu’on peut aimer la liberté et juger que notre manière de représenter l’intérêt général a fait son temps. Car elle a fait son temps. N’est-elle pas totalement incapable d’affronter les menaces qui pèsent désormais sur la vie elle-même ? Que peut-il y avoir de plus important que la fertilité du sol, la stabilité du climat, la préservation des dizaines de millions de formes vivantes – différentes – qui existent encore ? Oui, quoi ? TF1, un discours de l’occupant de l’Élysée, une publicité pour Free ? Restons sérieux. Le monde s’enfonce dans un chaos qui fait redouter l’effondement, et nos politiciens pensent à leur brushing du soir, et aux élections de mars prochain. Ridicule ? Infernal.

Mais bien entendu, sans nous mêmes, sans notre soutien permanent, sans notre constance à soutenir leurs jeux les plus stériles, ils ne tiendraient pas le manche, et nous ne serions plus les humains versatiles, capricieux et fantasques que nous sommes. Car nous sommes cela, je pense qu’il est inutile de se faire des illusions à ce sujet. Le 26 avril 1944, le maréchal Pétain se rend à Paris, pour la première fois depuis qu’il est le chef de cet État d’opérette – sinistre – que fut Vichy. La controverse n’a pas cessé depuis. Combien étaient-ils à l’acclamer place de l’Hôtel-de-Ville ? En vérité, peu importe. Car ils étaient encore très nombreux, quatre mois avant que le général de Gaulle n’arrive dans une ville libérée autant qu’exultante. En septembre 1944, malgré quatre années d’anéantissement national et de privations, un sondage de l’Ifop révélait que 58 % des interrogés ne souhaient pas qu’on infligeât une peine quelconque à ce vieux salaud. Cela (me) fait réfléchir.

Par bonheur, je suis en train de lire un récit fascinant, le mot n’est pas trop fort, bien que galvaudé. Il s’agit de Alias Caracalla, de Daniel Cordier (Gallimard). Je précise par précaution que si l’on n’a pas des lumières sur la période qui court de 1930 à 1945 – au moins -, sa lecture n’est pas aisée. Qui est Cordier ? Né en 1920, dans une famille bordelaise plutôt riche, il baigne dans une culture politique royaliste, antisémite, fasciste. Militant de l’Action Française, admirateur frénétique de Charles Maurras, il ne rêve que de détruire la République et d’en fusiller, éventuellement lui-même, les chefs.

Le 17 juin 1940, il écoute la radio dans la maison de Pau où il habite en compagnie de sa mère et de son beau-père, lui-même violemment maurassien. Les Allemands ont percé les défenses françaises, Paris est occupé, la débâcle est complète. À la radio, Pétain réclame ce 17 juin les conditions d’un armistice, véritable coup de poignard dans le dos des Anglais, jusqu’ici nos alliés. Cordier monte à sa chambre, et se met à pleurer, comme dans la comptine. Cet ultranationaliste, qui misait tant sur le Maréchal, le voit désormais pour ce qu’il est : un épouvantable traître. Et il s’embarque in extremis sur un rafiot qui quitte Bayonne au moment où les troupes nazies arrivent.

La seule chose que Cordier sait, c’est qu’il lui faut combattre ceux qu’il appelle sans façon les Boches. Sa valeur suprême s’appelle la France, la France éternelle. Le navire, finalement, ne gagne pas comme attendu l’Afrique du Nord, mais Londres. Cordier fait partie des deux ou trois cents (très) jeunes pionniers du mouvement gaulliste naissant. Vous avez bien lu : deux ou trois cents. Et le livre, déjà fort instructif, devient passionnant. Aussi étrange que cela paraisse, nombre des volontaires de ce périlleux An 1 de la résistance militaire anti-allemande sont de jeunes fascistes. Des ennemis de la République, qui s’indignent, comme Cordier lui-même, de toute allusion favorable à la gauche, de tout semblant d’accommodement avec la démocratie.

Je suis obligé de passer sur les événements. Cordier suit un entraînement militaire de très haut niveau, qui dure deux années, puis il est parachuté en France, où il devient le secrétaire particulier d’un homme qu’il ne connaîtra, dans la clandestinité, que sous le nom de Rex. Ce n’est qu’après la guerre que Cordier apprendra que Rex n’est autre que Jean Moulin, chef de la résistance en France, mort après sa capture par les Allemands. En 1942, quand il se met au service de Rex, Cordier est encore dans les vapeurs nationalistes et chauvines. Par extraordinaire – j’ignore s’il a tenu un journal, je sais qu’il a mené un travail acharné d’historien -, Cordier parvient à nous présenter ce temps sous la forme d’un éphéméride, jour après jour, donc, avec une infinité de détails et de dialogues. Ce n’est pas un vieil homme – Cordier va sur ses 90 ans – qui raconte, mais un jeune, qui vit. Et c’est pure merveille. Cordier se débarrasse peu à peu, couche après couche, sous nos yeux mêmes, de son bagage raciste et fasciste. Il devient un démocrate. Il devient un ennemi de la dictature. Il devient ce qu’il aurait eu tant de mal à être dans d’autres circonstances : un homme libre.

Voici une première nouvelle, prodigieuse, chargée de tous les espoirs du monde : il est possible de changer. De devenir meilleur. Plus généreux. Plus humain, et en profondeur. N’est-ce pas réellement magnifique ? Mais Cordier nous administre une autre leçon, aussi belle que terrible. Il est probable que la France de 1942 à 1944 – environ 40 millions d’habitants , ne comptait pas plus de 300 000 résistants, dont un certain nombre, disons inefficaces. Autrement dit, dans un pays vendu au pire du pire – le nazisme -, où l’on traquait les Juifs jusque dans les greniers avant de les envoyer vers la mort, grâce au concours empressé de nos flics et de nos gendarmes, la quasi-totalité de la population regardait ailleurs.

Regardait ailleurs ? Cela ne vous rappelle rien ? Chirac, oui Chirac avait déclaré au Sommet de Johannesbourg, en 2002 : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Et, ma foi, en cette occurrence en tout cas, n’avait-il pas raison ? Mutatis mutandis, je crois que la crise écologique nous place dans une situation qui rappelle, de loin certes, celle de juin 1940 à Londres. Il est inutile, sans intérêt, sans espoir de penser qu’il faut convaincre 64 millions de Français de changer de mode de vie. Chacun sait qu’il se passe quelque chose de fou, mais la plupart préfèrent s’occuper de leurs affaires personnelles. Et cela continuera.

Et cela continuera. La responsabilité qui repose sur les refusants, et qui ne sont pas encore des agissants n’en est que plus écrasante. Il faut tout endurer, serrer les dents, serrer les rangs, et préparer le moment où, enfin, peut-être, tout basculera. Si ce jour se produit jamais, il va de soi que les premiers à se lever, les premiers à dire un Non ferme et retentissant, seront aussi les oubliés de la fête. C’est une règle, une loi sociale qui ne se démentira pas. Ceux qui triompheront, si triomphe il y a finalement, seront les mêmes que ceux qui nous crachent au visage aujourd’hui. Car eux savent tout du fonctionnement réel du monde, alors que nous nous contentons de sa partie rêvée, enchanteresse, bouleversante et risquée.

Je vous le dis comme je le pense : les combattants de la vie sont seuls. Les véritables écologistes sont seuls par force, et le resteront, et n’auront jamais droit, dans le meilleur des cas, qu’à une poignée de mains entre deux portes. Et alors ? Oui, franchement, et alors ? Ceux qui se lèvent aujourd’hui et se lèveront demain le font et le feront parce qu’ils sont mûs par un mystérieux appel des profondeurs. Pourrions-nous faire autrement ? Serais-je capable de ne pas écrire ce que j’écris ici ou ailleurs ? Évidemment, non. Je ne mérite, vous ne méritez aucun avantage, pas le moindre remerciement. Vous êtes ? Alors soyez.

J’ajoute un dernier point tout provisoire. Nous sommes encore dans un moment d’accumulation des forces. Ce qui nous attend sera incomparablement plus difficile. Il faudra, un moment ou l’autre, mettre en jeu notre monde personnel, des équilibres chèrement payés, des situations, des bonheurs peut-être. Il est donc bien trop tôt pour dire qui fera partie de la petite bande de notre Londres à nous. De notre 18 juin à nous. Je serais bien stupide, pour ce qui me concerne, de prétendre que j’en serai. Dans ce domaine, comme dans l’amour, il faut des preuves. On verra donc. On verra bientôt. De ce point de vue, Copenhague n’a pas de sens particulier. Ou plutôt, si : cette conférence prouve qu’il nous faut suivre un autre chemin. Solitaire ? Nous n’avons pas le choix.

44 réflexions sur « Daniel Cordier le magnifique (un véritable espoir) »

  1. « Voici une première nouvelle, prodigieuse, chargée de tous les espoirs du monde : il est possible de changer. De devenir meilleur. Plus généreux. Plus humain, et en profondeur. »

    J’ai envie de ne garder que ça de ton billet. C’est une vérité dont je suis convaincue et dont on parle très peu, souvent pour la nier.

    Par contre, j’ai toujours su que les résistants actifs étaient fort peu nombreux. Mais les résistants passifs et silencieux font aussi l’histoire, ainsi que les attentistes, qui ne savent pas trop quoi penser et attendent de voir.

    Ils font aussi l’histoire, parce qu’ils font l’ambiance, le sol, le substrat, et la pépinière. Et quand ça bascule, c’est aussi grâce à eux. Le travail que tu fais, c’est un travail du sol, et le sol, passif et silencieux, est aussi important que l’arbre qui y pousse. Certains feront les arbres, d’autres seront les micro-organismes du sol, qu’importe?

    Je ressens très fort ton troisième point: « Nous sommes encore dans un moment d’accumulation des forces. » C’est ce que je me dis quand le désespoir ou la simple résignation veulent prendre le dessus.

  2. Très agréable cette histoire de Cordier.

    Incidemment, il est écrit: « je vois bien que le système imaginé il y a un peu plus de deux siècles n’a plus aucun avenir. »
    Ta, ta, ta ! Vous allez faire fuir les plus sages d’entre nous, ceux qui se souviennent ce qu' »arbitraire » signifie et qui sont fiers de pouvoir agir à leur guise dans les limites prévues par la loi. Ce serait si dommage, étant donné que nos vues ne diffèrent que sur ce point précis : pas de tyran vêtu de vert…

  3. Fabrice, le mouvement a commencé.

    Oui, mais pas en… Europe.

    Ce qui me motive dans mes moments de découragement, ce sont ces collègues qui avancent et résistent.

    Juan qui lutte contre les plantations de palmier à huile et les pétroliers en Colombie et qui sait qu’il est sur la liste des escadrons de la mort.

    Meena confrontée aux chicanes policières et interdite de séjour dans plusieurs provinces de son pays, la Malaisie, en proie à la déforestation.

    Samuel qui risque très gros en s’opposant aux firmes – notamment françaises – qui déforeste le Caméroun.

    Nnimmo qui s’oppose aux multinationales pétrolières dans son pays, le Nigeria, et a vu 500 maisons détuites et 80 personns tuées dans son village où les villageois accusaient Shell de détruire leur environnement.

    Regardons vers le Sud. De grandes choses s’y passent.

    C.

  4. kirikou,

    Vous m’avez mal lu, désolé de vous le dire ainsi. Je parle très explicitement, dans mon texte, de la forme imaginée par les hommes voici un peu plus de deux siècles. Cette forme de réprésentation n’a, à mes yeux, aucun avenir. Mais, et je l’écris en toutes lettres, j’aime la liberté et la démocratie. Et c’est en leur nom, aussi, que je me bats. Puis, tout de même, que raconte l’épopée Cordier ? Le passage de la dictature à la libération personnelle et collective. Je me répète donc : vous m’avez mal lu.

    Bien à vous,

    Fabrice Nicolino

  5. Eh bien moi, s’il y a une chose qui me marque dans ce billet, c’est ce passage.

    « Je vous le dis comme je le pense : les combattants de la vie sont seuls. Les véritables écologistes sont seuls par force, et le resteront, et n’auront jamais droit, dans le meilleur des cas, qu’à une poignée de mains entre deux portes. Et alors ? Oui, franchement, et alors ? Ceux qui se lèvent aujourd’hui et se lèveront demain le font et le feront parce qu’ils sont mûs par un mystérieux appel des profondeurs. Pourrions-nous faire autrement ? Serais-je capable de ne pas écrire ce que j’écris ici ou ailleurs ? Évidemment, non. Je ne mérite, vous ne méritez aucun avantage, pas le moindre remerciement. Vous êtes ? Alors soyez. »

    C’est tellement juste…

  6. Houhouhou !

    J’avais mal lu ! Mais tout de même, je crois que l’idée court. J’ai cru la voir frétiller entre deux lignes.
    Mon avis sur la question qui n’est pas dans le texte : il faudrait que le Gulf Stream cesse de réchauffer l’Europe pour que je me décide à réviser mes droits fondamentaux. Rien de moins !

  7. Kirikou,

    Pardonnez-moi d’insister, mais non, cette idée ne peut pas frétiller entre deux lignes, car elle n’y est pas. Je fais la critique sévère d’une forme politique qui est aujourd’hui inadaptée. Critiquer une forme de la démocratie n’est pas mettre en cause la démocratie. Dans mon cas, cela signifie seulement en chercher ardemment une autre. Une autre forme, pas une autre démocratie.

    Bien à vous,

    Fabrice Nicolino

  8. Très juste le billet, Fabrice…Tu nourris l’espoir, même s’il est ténu…

    Changer en profondeur, ok. Combien de temps il a mis pour changer en profondeur Cordier ?
    Il y a un mouvement certes, mais on se donne combien de temps pour changer ? C’est impossible à définir étant donné que rien ne nous y oblige encore. Avec l’écologie, il n’y aura pas « d’invasion » brutale. Le mal se fait petit à petit. Et donc on a du mal à réagir car on ne sent encore rien…(bien au chaud, derrière nos écrans…). L’eau du bocal de la grenouille n’est pas encore bien tiède…
    Donc pourquoi changer en profondeur ?

    Face au système que nous avons cautionné, il faut agir en tant que consommateur responsable si on veut éviter le chaos de la bascule brutale. Il faut combattre la grande distribution EN Y ALLANT PLUS DU TOUT (ou en y allant beaucoup, beaucoup moins)…Faire autrement pour se déplacer pour EVITER DE DONNER A MANGER A L’INDUSTRIE DE L’AUTOMOBILE…(pour qu’elle pense autrement)..etc… C’est en respectant la provenance et la fabrication du produit final de consommation qu’on va changer les choses, pas en espérant que ça vienne d’en haut…
    Il faut certes de l’opposition physique, voire musclée parfois pour combattre des causes (et j’admire les Juan, Meena, Samuel, Nnimmo , les manifestants et les activistes ecologistes), pour attirer l’attention de tous. Mais il faut surtout regarder la cause. Et la cause, elle se situe dans notre quotidien d’acheteur…Là, on peut agir. C’est notre grande force (et notre grande faiblesse aussi…malheureusement).
    L’autre grande force, c’est le bulletin de vote qui permettrait aux leaders du « mouvement de fond »
    d’être représenté en tant qu’élu et de proposer en local, des actions vertueuses (meilleur tri, utilisation de broyeurs collectifs, compostage, jardins partagés, communaux ou collectifs, voire production locale de légumes + fruits si ça prend, amener au covoiturage, aux déplacements doux, etc…).
    Tout cela est possible (puisqu’on l’a mis en place autour de chez moi…). Il faut d’abord créer des assocs pour informer les gens, les (re)sensibiliser à la nature, etc…
    Nous avons mis 1 an pour créer une assoc + covoiturage dans la foulée + une AMAP.

    Depuis (4ème année), on en est à 3 AMAPs pleines à craquer, un covoiturage de plus en plus actif, un broyeur, achats de biens issu du commerce équitable…on a instauré une « journée verte » pour sensibiliser, contraint le boulanger de fabriquer du pain bio moyennant des commandes fermes payées à l’avance par les consommateurs (esprit gagnant-gagnant)…etc…etc…
    Pour moi, c’est ça le « mouvement de fond ».

    C’est l’état d’esprit au quotidien qu’il faut changer.
    Ca amène plus de solidarité et donc des idées, et donc des actions dans le bon sens…

    C’est pas évident. Il faut se BOUGER, s’investir, s’impliquer. Mettre de côté le(s) petit(s) écran(s) et aller militer, faire une action, assister à son conseil municipal, contester, faire de la pédagogie, etc…(oui, c’est de la réunionite, mais c’est obligatoire…) mais toujours avec le sourire et la pêche.
    Ca commence dans la cellule familiale (c’est pas évident même à ce niveau : regarder le film « Un an d’abstinence » de Webster, il est formidable), puis dans le quartier, puis dans la commune, puis plus haut. ..Dans le sens contraire, ça ne marchera pas sauf si un élu vertueux arrive à s’imposer, ce qui est très très rare (pour le moment)…

    Oui, ramer à l’envers, ça demande de l’énergie…
    C’est ça le défi de l’homme de demain…Avoir de l’énergie pour ramer à l’envers…Car tranquillement, dans son petit confort (je parle du Nord), il est allé loin, beaucoup trop loin…

    Pierre des Alpes (il neige, c’est beau !!).

    PS : Je donne mon interface de gestion de covoiturage local (mini-réseaux) à qui veut gratuitement. Puisse-t-elle aider les gens à se retrouver en partageant les trajets Maison(appart)-Boulot-Maison ou Maison-salle de gym ou Maison-activité ou Maison-Courses et se REFAIRE LE MONDE…N’hésitez pas à me contacter.

    Oui : CHANGEONS ! par les actes ! pas par la tchatche…

  9. Phamb, je suis prête à parier que l’endroit où tu vis ne compte pas plus de quelques centaines d’âmes humaines…
    J’imagine quelques hameaux regroupés au coeur des Alpes, à bonne distance d’une agglomération principale.
    Dans ces lieux de charme où la population est relativement soudée et solidaire par nécessité avant tout, mais aussi par un désir commun de protéger l’authenticité de l’endroit où elle a choisi de s’établir. Où la possibilité de vivre en quasi autarcie est envisageable.
    Dans les moyennes et grandes villes, où la concentration humaine est volontairement exagérée, paradoxalement, le mot d’ordre est : individualité. Personne n’a besoin de personne, tous font appel aux nombreux services à disposition. Le co-voiturage, à part peut-être pour emmener les enfants à l’école, n’a pas d’avenir en ville, car il est trop contraignant de calquer ses horaires sur ceux d’un voisin.
    Quant aux AMAPS, 3 dans le Haut-Rhin, c’est peu et cela implique de nombreux kms à parcourir pour les adhérents.
    Phamb, je ne demande qu’à me tromper : dis-moi que tu vis dans une ville, et dans ce cas, j’admettrai volontiers qu’une prise de conscience générale est (encore) possible.
    En tout cas, bravo pour tes initiatives et ton enthousiasme !

  10. Je vis à Nantes, ville qu’on ne peut guère qualifier de hameau…
    Mon mari a pratiqué le co-voiturage avec plusieurs collègues. Je pense qu’une initiative rendant plus pratique le co-voiturage fonctionnerait assez bien – même s’il est vrai que l’abondance des transports en commun n’encourage pas cette pratique.

    Il y a plusieurs AMAP, et beaucoup de gens sur liste d’attente pour en rejoindre une.

  11. Merci pour cet excellent article qui redonne du courage et de l’espoir pour les petites comme pour les grandes luttes.
    Comme Yoda, j’ai été très touchée, entre autre, par ce passage:
    « Ceux qui se lèvent aujourd’hui et se lèveront demain le font et le feront parce qu’ils sont mûs par un mystérieux appel des profondeurs. Pourrions-nous faire autrement ? Serais-je capable de ne pas écrire ce que j’écris ici ou ailleurs ? Évidemment, non. Je ne mérite, vous ne méritez aucun avantage, pas le moindre remerciement. Vous êtes ? Alors soyez. »
    Merci aussi à « cultive ton jardin » pour son commentaire également encourageant, l’idée que les passifs et les attentistes participent aussi, à leur façon, au mûrissement,au basculement de l’histoire, apaise la consternation que l’on peut ressentir face à l’indiffèrence et l’inertie générales.

  12. @ Chanee19
    Les 3 Amaps sont sur le Plateau des Petites Roches à 25 km de Grenoble 1000m d’altitude. Dans Grenoble, il y a 15 AMAPs !!
    Entre le plateau et Grenoble, dans la vallée, il y en a 4 autres…
    « Population regroupée et solidaire », oui, entre autres grâce aux actions. Au départ, ça n’était pas évident…
    Dans toutes ces actions, il y a un effet boule de neige. Il n’y a pas de raison de se résigner, de trouver des bâtons dans les roues à chaque initiative.
    Il faut trouver des solutions locales, mêmes urbaines pour sortir du merdier (grande surface, flemme, et j’en passe) dans lequel on s’est fourré. Car la bagnole c’est rendre service assez facilement au corps. Mais c’est bien tout…

    La bagnole a sclérosé nos esprits…C’est un des plus grand drame de l’industrie française…
    Je ne dis pas qu’il faut l’abandonner, car elle rend quand même bien des services, mais il faut penser autrement son utilisation pour éviter les bouchons, la pollution, et toute la merde qui va avec.

    Si votre lieu n’est pas de charme, il faut le faire devenir.
    Bien sûr qu’il y a moyen d’organiser du covoiturage en ville pour en sortir.
    A voir les contraintes de partout, on ne fait rien.
    A force de parler avec des gens dans les voitures, on lève petit à petit des objections toutes aussi futiles les unes que les autres. Certaines sont importantes d’autres moins. Il faut s’organiser. Il faut un animateur du covoiturage. Quartier par quartier.
    3 Amaps dans le Haut-Rhin, ça fait pas beaucoup…
    Pourquoi de nombreux kilomètres à parcourir ?
    N’y a-t-il pas un regroupement possible pour la distribution ?
    J’ai beaucoup d’amis à Grenoble dans des AMAPS. Le problème n’est pas aussi grand…
    L’AMAP, au départ, c’est pour rapprocher le consommateur du producteur…

    La prise de conscience est là. Ce sont les actes qui ne sont pas là. A se faire des montagnes de tout, on n’avance pas…

    Contrairement à certains, je pense que les citoyens vont de nouveau s’étaler sur le territoire pour se rapprocher des cultures vivrières qui elles, remplaceront inéluctablement l’agriculture intensive…

    C’est l’alimentation qui va redessiner l’aménagement du territoire.
    Ca recréerait des emplois qui ont été cramés par la grande distribution. C’est une honte, ce qui s’est passé avec nos paysans…

    Les livres de Fabrice sur les pesticides et les agrocarburants sont des références à lire obligatoirement…Tout s’est enchaîné depuis la fin de la guerre. Et nous voici enchaînés à notre tour.

    Il faut REAGIR. Ca va être dur. Mais c’est le seul moyen. Fabrice prône le radicalisme dans ce domaine. Il me semble que ça n’est pas possible.
    Je me suis déjà frotté plusieurs fois à l’autorité et à la justice suite à des actions. Ca va bien…
    On n’agit pas sur le fond, ainsi.

    Pédagogie, patience, solidarité, enthousiasme, engagement, sont les ingrédients pour trouver la porte de sortie.
    Il ne faut rien lâcher…Il faut oser. Ne plus avoir peur. Se lever…
    Pour nos enfants…

    On commence petit et ça va finit par le faire…
    Allez courage.

    Pierre.

  13. cette parabole avec cette époque ou l’oppression rendait certains hommes egoistes,est interressante,car l’oppression est plus general,diffuse,et l’adversité qui a l’époque changeait le regard de certains comme

  14. « Et j’affirme tranquillement qu’on peut aimer la liberté et juger que notre manière de représenter l’intérêt général a fait son temps. Car elle a fait son temps. »

    On peut aussi détester une « démocratie » représentative au nom de laquelle toute les oppressions deviennent permises (par exemple la chasse aux étrangers, aux pauvres récalcitrants, aux « terroristes » de gauche…) PARCE QU’on aime la liberté…

  15. Si notre hôte le permet, je trouve que ces fragments de discours prononcés par Evo Morales à Copenhague méritent d’être lus:

    « Je tiens à exprimer mon mécontentement devant la désorganisation et les retards qui caractérisent cette rencontre internationale. »

    « Quand nous interrogeons nos hôtes au sujet de ce qu’il se passe… ils nous répondent que c’est un sommet des Nations Unies ; quand nous le demandons aux Nations Unies, elles nous répondent que c’est le Danemark, et nous ne savons pas qui désorganise cette réunion internationale. »

    « …je suis très surpris de constater qu’on ne parle que des effets, mais pas des causes des changements climatiques.

    « Si nous n’identifions pas d’où vient la destruction de notre environnement… nous ne réglerons jamais, assurément, ce problème…

    « …deux cultures s’affrontent : la culture de la vie et la culture de la mort, la culture de la mort qui est le capitalisme. Nous, peuples indigènes, nous disons que le vivre-mieux revient à vivre mieux aux dépens d’autrui.

    « …en exploitant autrui, en pillant les ressources naturelles, en violant la Terre nourricière, en privatisant les services de base…

    « Vivre bien, c’est vivre dans la solidarité, dans l’égalité, dans la complémentarité, dans la réciprocité…

    « Ces deux formes de vécu, ces deux cultures existentielles s’affrontent quand nous parlons des changements climatiques. Et si nous ne décidons pas quelle est la meilleure forme de vécu ou de vie, nous ne réglerons jamais ce problème. Il s’agit en effet de problèmes existentiels : le luxe, la surconsommation, qui font tort à l’humanité. Mais c’est là une vérité que nous ne voulons pas dire dans ce genre de réunion internationale.

    « …dans notre façon de vivre, ne pas mentir est quelque chose de sacré, mais que nous ne pratiquons pas ici.

    « …notre Constitution consacre l’ama sua¸l’ama llulla, l’ama quella, autrement dit ne pas voler, ne pas mentir, ne pas fuir.

    « …la Terre nourricière ou la Nature existe et existera sans l’être humain, mais l’être humain ne peut vivre sans la planète Terre. Nous sommes donc obligés de défendre le droit de la Terre nourricière.

    « …je salue les Nations Unies qui ont enfin déclaré cette année le Jour international de la Terre nourricière.

    « …la mère est quelque chose de sacré, la mère est notre vie ; la mère, vous ne la louez pas, vous ne la vendez pas, vous ne la violez pas. La mère, vous devez la respecter.

    « Nous avons de profonds désaccords avec le modèle occidental, et c’est de ça dont il faut débattre.

    « Nous sommes en Europe. Vous savez que beaucoup de familles boliviennes, de familles latino-américaines viennent en Europe. Pourquoi y viennent-elles ? Pour améliorer leurs conditions de vie. Une personne peut gagner en Bolivie cent, deux cents dollars par mois ; mais si elle vient ici en Europe s’occuper d’une personne âgée, elle en gagne mille par mois.

    « Voilà les asymétries qui existent d’un continent à l’autre, et nous devons débattre de la façon d’introduire un certain équilibre… de réduire ces profonds clivages entre les familles, entre les pays, et surtout entre les continents.

    « Quand… nos sœurs et nos frères viennent ici pour survivre ou pour améliorer leurs conditions de vie, on les expulse… il existe ces fameux documents dits de retour… mais quand les ancêtres européens arrivaient jadis en Amérique latine, on ne les expulsait pas. Mes familles, mes frères ne viennent pas ici pour s’emparer des mines, ni de milliers d’hectares pour devenir propriétaires fonciers. On n’avait pas besoin jadis de visas ni de passeports pour arriver à l’Abya Yala, appelée maintenant l’Amérique.

    « …si nous ne reconnaissons pas le droit de la Terre nourricière, nous parlerons en vain de ces dix milliards, de ces cent milliards, qui sont de toute façon une offense à l’humanité.

    « …les pays riches doivent accueillir tous les émigrants engendrés par les changements climatiques, et non pas les renvoyer dans leurs pays, comme ils le font actuellement.

    « … notre obligation est de sauver toute l’humanité, et non une moitié.

    « …la Zone de libre-échange des Amérique… n’était pas une zone de libre-échange, mais une zone de libre-colonisation des Amériques… »

    Parmi les questions qu’Evo a suggéré d’inclure dans un référendum mondial sur les changements climatiques, il a proposé celles-ci :

    “Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la Nature, en reconnaissant les droits de la Terre nourricière ?

    « Êtes-vous d’accord de changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?

    « Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de gaz à effet de serre ?

    « Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui se dépense dans les guerres et pour allouer aux changements climatiques un budget supérieur à celui de la défense ? »

  16. Ce mode de démocratie a vécu.Il faudrait pour représenter le peuple ,des hommes du peuple,et non plus des énarques,qui apprennent dans ces grandes écoles,les meilleures techniques pour faire voter des lois a leurs profits.Le modèle capitaliste n’est pas a réformer,il est a détruire.

  17. Ce que je veux ajouter, c’est que la blogosphère, la télé, Internet, a pris trop de place dans le quotidien de certains. Il faut rééquilibrer et laisser plus de place à l’essentiel, au concret pour éviter que tout file entre les doigts…

    Les blogs, c’est formidable, mais on ne pourrait faire que ça. Lire, relire, poster, contre poster…Où est la place pour l’organisation du « mouvement de fond ». On reste finalement de plus en plus à distance. Pour beaucoup, c’est très arrangeant…
    Malheureusement, ça ne suffit pas…Il faut mettre la main à la patte. Remodeler, refaire, repenser à partir de zéro des fois…

    Je pense que c’est un problème, le(s) petit(s) écran(s).
    Il arrive à lier les individus (je parle pour Internet), mais bien souvent, c’est du superficiel.

    Un exemple même sur ce blog.
    On arrive à s’emballer sur des sujets philosophiques etc…(entre 20 et 30 posts en moyenne), ce qui est très bien. Il en faut et merci Fabrice d’alimenter cette pompe à penser en permanence.

    Arrive alors un sujet dramatique sur la Grande Bibliothèque de l’Ecologie…pour laquelle il faut se bouger…
    Résultat : 0 post…zéro !! pour celui du 14/12/2009.

    Alors qu’il devrait y en avoir 60…

    Pour moi, c’est caractéristique du mal qui nous ronge dans cette société de consommation…une illustration du « nous regardons ailleurs »…

    Comme le refus des gens à prendre d’autres en stop…alors qu’ils savent qu’ils sont voisins…
    Des trucs qui me rendent dingue au regard des problèmes des pays du Sud…

    Solidarité ? Oui, mais bien souvent de loin…
    Je ne pourrai jamais blâmer les activistes qui sont au contact dans les ONGs, fussent-elles corrompues, malveillantes, à côté de la plaque. Ils y sont…

    Je crois que nous avons à balayer devant notre porte. Dans beaucoup de domaine. Sur le seuil de nos petites bulles individualistes que nous avons construites en Occident et que malheureusement se reproduisent en Asie (voir le cas de Pékin avec la bagnole…)…Ca nous ferait du bien…

    Sans être moraliste bien sûr…

    Courage, « ça va l’faire » (comme dirait mon fils…)

  18. Copenhague ne pouvait rien donner car les mendataires sont les fomenteurs de la farce consumériste, de la mise en concurrence et donc de la systématisation des inégalités. La conférence de Rome sur la faim dans le monde a été un échec, les négociateurs supposés n’ont pas même daigné s’y rendre , comment un sommet sur le climat pouvait-il espérer mieux qu’une organisation de la mascarade du bien privé ?

  19. « ..Arrive alors un sujet dramatique sur la Grande Bibliothèque de l’Ecologie…pour laquelle il faut se bouger…
    Résultat : 0 post…zéro !! pour celui du 14/12/2009.Alors qu’il devrait y en avoir 60..

    …Phamb, ne soyez pas inquiet, mais je crois que ceux qui ont pu aller donner un coup de main, l’ont fait..quant aux autres, ils devaient être trop loin..par ex. Ceci dit c’est aussi un classique, au moment de passer à l’acte, les troupes se raréfient un peu, beaucoup..

  20. Sans vouloir sous-estimer l’Appel du 18 Juin, sans l’armada américaine, nous serions encore en train de faire sauter des ponts et des voies de chemin de fer pour libérer la France…

    La vraie question est celle de la démocratie: par ex. quand un dirigeant africain, dont le pays est au bord de la famine, fait voter démocratiquement la vente de ses forêts et terres cultivables à des Chinois qui payent le prix fort, à quoi sert-elle la démocratie ? Ce qu’il faut abolir rapidement, c’est la spéculation financière des boursicoteurs sans scrupule, et en second lieu les fanatiques religieux de tous bords qui divisent les hommes, ensuite les gens pourront commencer à discuter des vrais problèmes de la planète, à savoir la protection de l’environnement.

  21. @ Christian Berdot:

    pourrais-tu stp envoyer un lien, une référence, des différents cas que tu cites? Celui de la Colombie m’intéresse en particulier. Merci, et bonne lutte de ton côté.

  22. Fabrice,
    ton texte me rappelle un papier que j’avais lu il y a quelques années dans l’American Journal of Sociology sur le mouvement « true love waits », qui, sur certains campus américains, invite les jeunes étudiants à attendre jusqu’au mariage. L’étude montrait bien que ce mouvemlent ne fonctionnait que parce qu’elle créait un mouvement minoritaire qui suscitait un attachement identitaire propice à l’entraide pour atteindre les objectifs (ridicules, en l’occurrence. Mais nombre de gens prennent ceux qui renoncent à la voiture, à l’avion, à la viande, aux vacances au soleil, pour des cinglés de la même espèce — ce qui renforce la détermination à être cinglé).
    Je crois qu’il en va de même de l’écologisme/écologie radical(e) que tu prônes — et que, même si je n’ai pas ton parcours, ni tes origines, politiques notamment, j’approuve pour bonne partie, en tout cas à cause de son analyse radicale. Seulement voilà, je crains que la destinée d’une tel mouvement est justement de rester minoritaire, c’est la condition pour qu’il demeure radical dans ses analyses et déterminé dans ses objectifs.

    Sur la comparaison avec le gaullisme originel, celui de 1940, même si on ne peut qu’admirer ce courage insensé à contre-courant, il ne faut pas pousser la comparaison trop loin. Il s’agissait d’un ennemi identifié, et le comabttre allait rejoindre une aspiration qui ne tarderait à s’exprimer tôt ou tard dans la population. Surtout avec l’aide des armées anglo-américaines (et, en toile de fond, stalinienne, qui ont fait le vrai boulot), sans lesquelles rien ne serait advenu… Aujourd’hui « l’ennemi », je sais que tu rêves de le voir, comme Hervé Kempf, dans une caste d’industriels, de financiers, de dominants, et leurs laquais des médias et de la politique. Mais ça va beaucoup plus loin, l’ennemi, ou plutôt le problème, c’est l’aspiration légitime pour la très grande majorité des hommes, à vivre matériellement mieux. L’ennemi que tu combats à longueur de chronique c’est d’abord, la tyrannie du bien.

    Enfin, dernière métaphore, même si tu ne la mentionnes pas ici, j’ai entendu ou lu plusieurs fois Lester Brown inviter à une mobilisation aussi totale pour l’environnement, le climat, etc., que celle mise en oeuvre par Roosevelt à partir du début 1942. Mais orienter temporairement sa production industrielle et exiger un effort gigantesque et général pour gagner une guerre gagnable contre un ennemi facile à identifier (je simplifie un peu l’histoire, mobiliser l’Amérique sous le mot d’ordre « Germany first » n’a pas été aisé) n’a rien à voir avec une mobilisation générale contre soi-même.

    Il est à craindre que les ajustements nécessaires au niveau de la planète entière seront imposés par les nécessités biologiques et géologiques, dans la plus grande douleur, et pas obtenus par le consentement raisonné et raisonnable des populations.

  23. Géry,

    Évidemment, le rapprochement avec la période de juin 40 atteint vite ses limites. C’est d’ailleurs le propre des rapprochements, qui ne sont pas des comparaisons. Il est évident que sans la force mécanique américaine et le sacrifice humain géant des troupes soviétiques, la minuscule résistance française ne serait pas venue à bout du fascisme.

    Cela ne change rien au fait que, sans cet état d’âme tellement singulier, la France de 1944 n’aurait sans doute pu s’extraire des ruines morales de Vichy. Je veux dire que l’action consiste à…agir. Sur ce qui est à portée. Ceux de juin 40 s’attendaient, d’un jour à l’autre, à une invasion de la Grande-Bretagne, qui eût pu signer la fin de la guerre en Europe. Mais ils étaient néanmoins là, sans savoir ce qui suivrait. Combien de nobles révoltés, dans l’histoire des hommes, ont-ils été broyés avant d’être oubliés ?

    Fallait-il néanmoins ? Oui, parce que l’histoire n’est pas écrite. Oui, parce qu’il faut maintenir, d’une façon ou d’une autre, le meilleur de l’homme, en espérant qu’il servira.

    Par ailleurs, Géry, je ne suis nullement d’accord avec Hervé Kempf, que j’estime pourtant sans réserve. Je ne suis nullement d’accord avec lui, car précisément, je ne crois pas que l’affrontement soit entre nous et eux. Entre nous, qui serions les victimes de ce monde, et eux, qui en tireraient les ficelles. Compte tenu du nombre de textes que je vous inflige, je ne peux décemment me plaindre que tu ne les lises pas tous. Mais sache que ma vision est autre. La crise écologique est inédite. Elle est une forme stupéfiante de guerre de tous contre tous. Et la ligne de combat passe au milieu de nous mêmes, ce qui, à mes yeux, renforce son caractère sans précédent.

    Voilà. Bien à toi,

    Fabrice Nicolino

  24. Fabrice, je te lis intégralement, mais parfois moins attentivement, et là je suis peut-être allé un peu vite, en tout cas dans mes propos [sur l’assimilation à certains propos de Kempf].

    Commence une période où l’on recroise certaines personnes — famille, amis — on va bien voir quel est le niveau de conscience de cette ligne de combat qui passe au milieu de nous-mêmes… Je ne suis guère optimiste.

    Je maintiens d’ailleurs que Copenhague aura contribué à ce que persiste l’idée que les coupables sont les autres — les gouvernements, les industriels, les autres pays, les Etats-Unis, …

    A cet égard il faut espérer (et faire en sorte que) l’état d’esprit soit différent que l’incantation à un « accord ». Ce n’est pas grave de perdre un an.

  25. D’accord pour Daniel Cordier, mais on pourrait parler des hommes qui ont fait le chemin inverse: Pierre Laval, membre de la S.F.I.O., pacifiste avant 1914 et, après la défaite de 1940, ministre du régime de Vichy. Plus près de nous, Denis Olivennes, Denis Kessler , anciens membres de la L.C.R. , devenus des patrons de choc avec tout ce que cela signifie.

  26. « Mais ça va beaucoup plus loin, l’ennemi, ou plutôt le problème, c’est l’aspiration légitime pour la très grande majorité des hommes, à vivre matériellement mieux. L’ennemi que tu combats à longueur de chronique c’est d’abord, la tyrannie du bien. »

    Je trouve que certains écologistes versent dans un apolitisme plus qu’inquiétant. Ne pas voir que le monde est régi par des rapports de forces, de domination, d’inégalité, d’oppression, et que la destruction du monde s’opère avant tout par la domination d’un système politique mortifère, c’est tragique: il faut vraiment être devenu aveugle, sourd et insensible aux oppressions de toute sorte pour en arriver là.

    J’ajouterai que si cette conception du monde est partagée par beaucoup de ceux qui sont sensibles à la cause écologiste (ce que je n’espère pas), c’est encore plus grave: ceux qui font si peu de cas de ce l’homme est capable de faire de sa liberté sont mûrs pour toutes les tyrannies.

  27. « Denis Olivennes » je sais par la presse people que je trouve très très instructive…que Denis Olivennes est très amoureux de Inés de la Fressange (top de dior et milliardaire) et réciproquement…Ces gens-là que pensent-ils et pourquoi oeuvrent-ils précisèment? en tout cas une réalité curieuse mise en perspective avec le texte de D Olivennes sur « les 2 écologies »..dans le fond. Alors que les « idiots utiles » (je ne sais plus de qui est cette expression) se méfient un peu.
    « Mais la plupart préfèrent s’occuper de leurs affaires personnelles. » Et cela continuera. » écrit Fabrice, qui a lu « les Thibault » de RM du Gard,? nobel de littérature qui a écrit ces 6 ou 7 volumes en 18 ans!! A la veille de la grande guerre de 1914-1918, tout le monde s’occupe de « ses affaires »! personne ne voit arriver le massacre sauf quelques « allumés »..et la force de ce roman est aussi de monter les clivages dans chaque famille..1 des frères ne voit rien, ne veut rien voir ..et l’autre milite pour la paix, et tente d’alerter..en vain évidemment, il est aussi moqué par les « gens sérieux », dont le frère, médecin. Quoiqu’il en soit, la guerre les cueillera tous les 2 et ce sera dur.

  28. A Marie,
    Un petit complément à ce que je viens d’écrire. Ils sont bien plus nombreux – et c’est remarquable- ceux qui font le parcours inverse de celui de Daniel Cordier. On peut ajouter aux noms précédemment cités Bernard Kouchner, Serge July, André Glucksmann, Alain Geismar pour parler des plus connus.Pour en revenir à Denis Olivennes,il semble, dans son article sur « Les deux écologies » , avoir oublié qu’il a fait partie pendant un certain temps des « archaïques »et des « sectaires ».

  29. Je me faisais cette remarque au visionnage d’une conférence souverainiste accusant les etats unis de manipuler l’europe en y ayant imposer une entité de 27 co-propriétaires totalement ingérable :les coopératives de production qui existent dans le monde entier montrent chaque jour l’aptitude humaine à gérer des intérêts contradictoires (recherche, formation, production, perennité, compétitivité et protection des salariés)…
    Pourquoi continuer à regarder les choses qui ne marchent pas plutot que de valoriser celles qui marchent ?
    Un reflexion en passant…. Ton blog est très bien. Merci.

  30. Les problemes écologique,de faim(fin?),sont des priorité a combatre ,et beaucoup le savent,mais l’apathie de confort et de consommation dans laquelle on baignent rend EGOISTE,et cette ligne est ici ,tapie dans une certaine bulle de mépris de « l’au dela « de cette bulle privé,et de soumission a l’ordre des choses;hervé KEMPF est juste quand il précise(il faut encore le dire tellement c’est gros),que les puissants de la finance,les industrie du pétrole,minerais,agroscarburanidiot,mènent le jeux,et entretiennent l’addiction aux voiture,et autres ustensiles du bonheur de l’égo.la force de caractère,et la conscience d’etre au monde avec un ensemble vivant fragile ,qui disparait par nos envie de vivre » mieux »,devrait nous faire évoluer,et d’arreter de cautionner un systeme créant la mort.

  31. @ Ossian

    Je ne fais qu’évoquer un constat incontournable. S’il en fallait une preuve, il faut aller la voir dans les programmes et réflexions politiques des parties de gauche (verts compris) qui ne peuvent pas, évidemment, proposer une vision cohérente entre réponse aux désirs d’élévation matérielle (légitimes) de la majorité de la population et réponse sérieuse à la crise écologique mondiale.

    Supposons une société sans « riches », ni dominants, ni capitaines d’industrie… mais qui résoudrait les aspirations au confort matériel telles qu’elles se manifestent aujourd’hui dans la majorité de la population, y compris « dominée », la résolution de la crise écologique globale n’aurait pas avancé de beaucoup.

    Aussi, quand on parle de la tyrannie du bien, c’est la soccer mom américaine ou la famille de banlieue pavillonnaire en France qui triment dur, n’ont pas forcément conscience de ne pas contribuer au bien en conduisant leurs gosses au foot ou à la danse, ni de l’impact écologique aggloméré de la « vie moyenne » de millions de ménages qui aspirent à – et sont aspirés par – des exigences de bien être qui ne sont pas illégitimes, mais sont incompatibles avec la biosphère et irréalisables.

    Je vous invite à gagner les élections en expliquant aux français que pour résoudre la crise écologique, il faudrait qu’ils réduisent leur niveau de vie (pardon, de consommation matérielle) à celui d’un RMIste.

  32. Slider écrit, « mais l’apathie de confort et de consommation dans laquelle on baignent rend EGOISTE,et cette ligne », on peut aussi inverser la proposition: c parce que nous sommes egoistes que nous avons laissé « secrété » ce système-là…
    Sinon les puissants entretiennent les addictions, eh oui, mais là où je me sens génée c que nulle norme ne vient interroger la conscience de « les puissants » sur cet aspect des choses, au contraire la norme implicite c  » ce ne sont que des lambdas, bons à être pigeonnés, c vous les plus forts! » les chrétiens sont loin…n’oublions pas que techniquement parlant nous sommes des « cibles » pour les publicitaires; comme on nous parle!!!à lire certains cours de publicité et marketing: un bon résumé de nos sociétés.

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