Nagoya mon amour (les charlatans au pouvoir)

 La ville japonaise de Nagoya vient d’accueillir 12 journées de blabla. Soit la dixième Convention mondiale sur la biodiversité depuis la signature d’un traité au cours du Sommet de la terre de Rio, en 1992. La quasi-totalité des commentaires publiés au sujet de Nagoya sont ineptes, sous-informés, ridicules. Ne rayez aucune mention, car nulle n’est en l’occurrence inutile. Rappelons qu’à Rio, il s’agissait déjà de « conserver la diversité biologique », de « veiller à l’utilisation durable » de la biodiversité et de « partager équitablement ses ressources ». Vingt ans plus tard, rien n’a bougé. Ou plutôt, tout s’est aggravé dans des proportions inouïes. Il existe – faut-il réellement le rappeler ? – un consensus chez les biologistes de la conservation de la nature : nous vivons la sixième crise d’extinction des espèces, probablement plus grave que celle qui entraîna la mort des dinosaures il y a 65 millions d’années.

Autrement exprimé, nous sommes plongés dans une crise biblique, ou plutôt biosphérique, dont personne ne peut prévoir les conséquences. Elles sont d’ores et déjà au-delà du drame. Mais qu’importe aux politiciens de ce monde ? Avant même que quiconque ait pu lire les articles techniques et foisonnants du soi-disant Accord de Nagoya, tout le monde était sur le pont pour enfumer un peu plus un public enivré. La palme à Chantal Jouanno, sous-ministre à l’Écologie présente au Japon, qui avait lâché dès le 28 octobre : « Disons-le franchement, c’est une négociation qui a l’obligation d’aboutir. Après Copenhague, l’échec de Nagoya n’est pas permis ». Comme c’était interdit, cela ne s’est donc pas produit, et dès la fin de la conférence de Nagoya, madame Jouanno a pu clamer devant les caméras sa joie devant la « réussite extraordinaire » d’un « Accord historique ».

Je le répète : personne, PERSONNE ne sait ce qui a été signé réellement. Je fais confiance aux surpuissants lobbies présents dans les coulisses pour avoir influencé la rédaction des principaux articles au profit de leurs mandants de l’industrie. Tout n’est que mise en scène, et si par extraordinaire une décision utile figurait au programme, retenez avant tout que le texte adopté n’a pas la moindre valeur contraignante. Ce ne sont de toute façon que des mots ! L’objectif passé de cette fumeuse Convention mondiale – la dixième, je le répète – était 2010. Lisez par vous-même (au bas de cette page, un document en français, à charger) ce texte officiel, qui date de 2006. Je cite : « Atteindre l’objectif de 2010 relatif à la diversité biologique est une tâche ambitieuse mais le faire est essentiel. Cet objectif engage les Parties à la Convention sur la diversité biologique à parvenir, d’ici 2010, à un ralentissement sensible du rythme actuel d’appauvrissement de la diversité biologique aux niveaux mondial, régional et national, de façon à contribuer à l’atténuation de la pauvreté et pour le plus grand bien de toutes les formes de vie sur Terre ». Et c’est signé : Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique.

Le même engagement, qui ne sera pas tenu, vient d’être pris solennellement. Ce n’est plus 2010, mais 2020. Et ce sera ensuite 2030, 2040, et la suite. Un salut confraternel au journal Le Monde, qui se fend dans son édition du dimanche 31 octobre d’une manchette de Une en tout point mensongère : « Biodiversité,un accord mondial décisif est adopté ». Page 4, l’accord décisif – i.e qui aboutit à une conclusion – est devenu, dans le titre, un « accord limité mais significatif ». Est-ce bien la même chose ? Je vous pose la question. Preuve de l’immense intérêt porté au sujet, notre quotidien de référence s’est contenté d’envoyer sur place son correspondant à Tokyo, Philippe Mesmer. Ce n’est pas faire injure à ce dernier que de dire cette évidence qu’il ne connait rien au sujet, et qu’il a dû improviser un papier dans l’extrême urgence d’une fin de conférence savamment manipulée.

Je renvoie pour un peu plus de sûreté à la déclaration du Colombien Karmen Ramírez Boscán, lui aussi présent au Japon. Représentant du peuple indien Wayúu,  Boscán a parlé de trahison, ajoutant : « Nous étions là, nous avons pu nous exprimer, mais toutes les choses que nous demandons depuis longtemps pour le respect des savoirs traditionnels et des ressources génétiques des terres indigènes n’ont pas été prises en compte ». Pas de conclusion. Ma foi, non, car c’en est une.

13 réflexions au sujet de « Nagoya mon amour (les charlatans au pouvoir) »

  1. Les qualités qui ont permis à l’espèce humaine de réussir vont maintenant la faire échouer. Et pour plagier des réflexions que certains scientifiques ou philosophes ont sûrement eu, peut-être même l’enjeu est-il au delà, il dépasse cette seule espèce et concerne la vie elle-même, l’apparition de la complexité dans la nature. Tout ça pour ça…

    Si notre espèce parvient à se débarrasser de cette forme de politiciens, et d’une manière générale de ce mécanisme de l’égoïsme, ”on“ a peut-être une chance. Mais je la vois bien faible.

  2. Un accord significativement limité > Un accord insignifiant en illimité > Un accord signé qui se fiche des limites (de la planète) > etc.

  3. c’est deja fait,ils achétent tout,ils se partagent les terres,les semences etc,Nagoya une arnaque morbide,en plus là ou les n
    baleines sont massacrées,je comprend même pas que des Ong y foutent encore les pieds,donc ils se fichent du Vivant ,décidés dans leur programme a tout acheter,a faire les lois et a esclavager les clones qu’ils fabriquent,pour le fric,je pense que Terre mére va exploser,les volcans se reveillent,car moi j’en suis proche,et vous?
    je dépense sans compter pour le Vivant et désormais je fait que ce qu’il me plait de faire,desobeir, je connais mais là,les temps sont tenebreux,ils tuent tout et partout,vu un film Suisse en direct de la foret amazonienne ou ils decoupent vivant les reptiles pour les sacs de ces crétines z’a Paris,au coeur de la foret,non et non,alors ,il vont tout faire payer et un max,il n’y a presque plus d’énergie,ca va cailler,et on va manger quoi,alors je raflachis a comment mettre ne place les alternatives,economie solidaire ca marche,il devait y avoir la Banque Etica Europa qui devait se creer en 2011 ,avec Italie,France, Espagne et d’autres mais ca tombe a l’eau,et je suis fumasse,j’ai investie,marre, parce que eux aussi Nef etc,sont dans le systeme mondiale et donc perdent du fric,et alors, et les états les tannent pour :faut pas perdre de fric ou on vous fait disparaitre,mais je pense que le systéme necrophage est a l’agonie ,mais ils ont tout devastés,alors pas evident ,il s’agit desormais de SURVIE et surtout pour la faune et la flore et l’eau et la terre,interdependants totalement d’eux pour survivre,alors antichasse,antichimique,les ecolos doivent être radicaux ,le reste des valets des distateurs repugants.

  4. Stéphane :bonjour j’ai écouté ton lien.
    je suis fou de rage, j’ai transmis le lien a des amis (e)
    Ourse tu es en colere et je partage ton point de vu.
    Il y a bien longtemps que je ne croix plus ses gens, et je me bas sur le terrain, plus de cadeaux a qui se soit.

  5. Un bonjour a fabrice, je suis heureux de te revoir sur ton site.
    Sinon domage pour moi de n’avoir pu te rencontré a Voiron le 16 octobre, Jean-François Noblet a lu ta lettre sur le loup!.
    Merci a toi.

  6. @Marc Liaudon,
    même expérience que la vôtre à Brahic, au-dessus des Vans, tout comme dans les environs de Ribes où un projectile nous est passé pratiquement sous le nez alors que nous prenions un café sur la terrasse du gîte. « Fallait pas vous trouver là » nous a-t-on répondu!
    Les chasseurs détestent les randonneurs et j´ai souvent eu l´impression qu´ils regrettaient fort de ne pas pouvoir nous ajouter à leur tableau de chasse. Et je n´oublierai jamais ce 4×4 monstrueux qui dévalait un chemin de forêt, avec un sanglier (ou un cochonglier) ficelé sur le par-choc. La figure de proue pour une cargaison de viandards avinés. J´ai été frappée par le contraste saisissant avec la beauté de la forêt, souillée par leur présence. Ils puaient la mort.

  7. Je comprends le point de vue de Michel Tarrier concernant l’intérêt éconimique qui se cache subtillement derrière la préservation de la biodiversité, et voilà comme par enchantement après des années de destructions massives des écosystèmes, que les banques se pointent sur leur beau cheval blancs à la réscousse de l’humanité.
    ce même système économique qui est responsable de la perte de la biodiversité, et qui sans gène ni humilité se proclame sauvteur de la biodiversité….comme si on pouvait tout rêgler avec l’argent, comme s’il suffisait de dilapider quelques billets verts pour voir refleurir notre terre, personellement je n’accorde que très peu d’intérêt à ce genre de sommet tape à l’oeil politico-économique, car leurs soucis primaire c’est de s’enrichir encore plus……sans vouloir être alarmiste combien de convention, combien de séminaire combien de lois concernant l’écologie sont tombées à l’eau 🙂 alors pourquoi en accorder plus de crédit à celui-ci ……
    Merci pour votre article certe alarmant mais très réaliste..
    une passionnée de la nature 🙂

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