Rocard, Bourg, Augagneur, Attali et moi (grave)

Je le sais, le Net, c’est l’extrême rapidité. Mais si je ne vous demande pas, à vous, la lenteur, à qui ? Ce qui suit se découpe en trois parties, toutes numérotées. La première, c’est mon numéro habituel, qui introduit les deux suivantes. Par ordre d’apparition à l’écran, d’abord une fantastique tribune signée par l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard et deux autres personnages estimables, le professeur Dominique Bourg, membre du Comité de veille écologique de la fondation Nicolas Hulot, et le philosophe Floran Augagneur. Ensuite une chronique de Jacques Attali, parue dans l’hebdomadaire L’Express.

PARTIE 1 : Mon propre commentaire

Il y a des moments importants. Nous en connaissons un ces jours-ci. Gaffe ! très probablement, cette fenêtre ouverte sur le véritable avenir va se refermer sous peu. Dans quelque temps, dans quelques semaines tout au plus, sauf catastrophe majeure, tout aura été digéré par la machine que nous connaissons tous. On parlera du foot, de Nicolas Hulot, de Nicolas Sarkozy et du bronzage sur les plages de l’été. Mais le moment n’est pas encore arrivé. Les plus inquiets de ce monde malade, disons les plus critiques à l’intérieur des frontières de ce monde agonisant, se posent de vraies questions. Croyez-moi ou non, je pense qu’ils sont sincères, jusques et y compris dans leur extrême fantaisie.

Car, oui, ce sont des fantaisistes de première qualité. Commençons par cette tribune parue dans le quotidien Le Monde, et que vous lirez ci-dessous en intégralité. Elle est cosignée par Michel Rocard, que je ne peux pas m’empêcher de plaindre. Quelle tristesse ! Cet homme, qui a prétendu, contre l’évidence, incarner le changement culturel et social en profondeur, a finalement servi les intérêts d’un parti indifférent – le PS – et d’un maître-queux infernal, François Mitterrand. Il aura tout incarné : l’opposition de la SFIO à la guerre d’Algérie, la lutte des classes, la soi-disant révolution, l’autogestion, le socialisme, avant de sombrer corps et biens. Il a sombré, et ne croyez pas que j’en m’en réjouisse. Mais il a sombré. Dans les derniers temps, on l’a vu se rapprocher, dans de grotesques accommodements, de Sarkozy, puis s’en éloigner, puis s’en rapprocher. La vieillesse est parfois un naufrage, n’y insistons pas.

Mais Rocard n’est pas seul. Bourg, proche de Hulot, n’est pas de la même génération, tout comme Augagneur. Aussi bien, il faut considérer la tribune du Monde comme un texte pensé, car il l’est. Que dit-il ? Mais tout simplement, amies et amis de Planète sans visa, que le genre humain est menacé. Mazette ! Citations : « Mais si nous n’agissons pas promptement, c’est à la barbarie que nous sommes certains de nous exposer ». Vous avez bien lu comme moi. La barbarie serait à nos portes. Si c’est faux, ce trio est d’une irresponsabilité à faire frémir. Si c’est vrai, comme je vais le démontrer, ce trio est d’une irresponsabilité à faire frémir.

Continuons. Citation : « Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps médiatique, la politique s’est peu à peu transformée en gestion des affaires courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre faveur. Parce que nous créons les moyens de l’appauvrissement de la vie sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons celle-ci crédible ». Ne dirait-on pas une condamnation totale et définitive de ce qui a fait la vie de l’octogénaire Michel Rocard ? Si.

Un ultime extrait : « Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu. Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses aux enjeux et défis de l’écologie ». Faisons semblant de prendre au sérieux ces paroles-là. Nous serions face à un devoir moral absolu. Qui devrait commander tout, n’est-ce pas ? Un devoir moral absolu. Tout devrait passer loin derrière, ne sommes-nous pas d’accord ? Mais passons sans transition à la chronique de Jacques Attali, immarcescible penseur passé du mitterrandisme au sarkozysme mondain, en passant par la désopilante « Commission pour la Libération de la croissance ». Oui, ce monsieur tellement savant réclamait et réclame encore, pour régler les problèmes de la France, d’accélérer par tous moyens disponibles, la croissance économique. C’est un aigle.

Dans L’Express numéro 3117, dont vous trouverez le texte plus bas, Attali embouche les trompettes de l’Apocalypse pour parler de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Une première citation : « On évacue nos ressortissants; on fait des communiqués lénifiants. Pour ne pas paniquer les populations. Pour sauver l’industrie nucléaire. Pour dormir encore quelques jours tranquilles ». Eh, dites-moi, mais on dirait bien de la panique ! Deuxième citation : « L’heure est très grave. Un scénario mettant en cause l’intégrité à moyen terme de l’humanité ne peut plus être exclu ». Oh oh, ne sont-ce pas des mots que l’on écrit au moment des déclarations de guerre ? Si. Troisième citation : « Tout cela parce que les autorités nucléaires japonaises ont, pour des raisons de pure rentabilité financière, construit cette centrale là où il ne le fallait pas et refusé d’y installer toutes les sécurités qui leur avaient été proposées ». Ne jurerait-on pas une radicale remise en cause, par un de ses thuriféraires, du système économique dans lequel nous nous engloutissons jour après jour ?

Ces deux tribunes sont simplement et nettement extraordinaires. Si la page se tourne comme à l’habitude, elles seront tôt oubliées. Ou l’on verra ces charlatans se vanter d’avoir vu clair avant d’autres. Tout reste possible, croyez-moi. Au fait, pourquoi utiliser cette désobligeante expression de charlatans ? Mais parce qu’ils le sont, assurément. Voilà des gens à l’aise dans un système dont ils nous avertissent, sans en tirer la moindre conclusion crédible, qu’il nous menace d’une mort collective effroyable.  Rocard a été Premier ministre de la France de 57 à près de 61 ans. Que ne nous a-t-il prévenu du désastre en cours, profitant de son poste ? Il n’en était pas conscient ? Quel imbécile ! Il en était conscient ? Quel criminel, préférant sa carrière personnelle au bien commun de l’humanité. Quant à Bourg, qui conseille Hulot depuis tant d’années, la seule riposte à cette menace biblique serait donc une tribune et la candidature de son champion en 2012, en attendant 2017 et 2022 ?

Attali sort du cadre raisonnable. Je crois désormais cet homme totalement cynique et par là-même désabusé. Ce qui compte pour lui, c’est le jour qui passe, la semaine qui se profile, le mois espéré, et ses retombées médiatiques. Croit-il ce qu’il écrit ? Je me garderais bien de répondre, de peur d’un frisson mortel. En tout cas, cet homme jadis au service de Mitterrand, aujourd’hui ami revendiqué de Sarkozy, décrit en toutes lettres l’extrême folie du nucléaire. Et donc, même s’il ne le reconnaîtrait pas la tête sur le billot, la complète inanité des politiques industrielles menées en France depuis plus de quarante ans. Seulement, l’avouer serait se condamner soi-même. Or Attali, qui n’attend rien d’autre que ce qu’il peut encore arracher, ne l’admettra jamais.

Au-delà, tous ces braves signataires montrent une réalité qui crève les yeux. Pour sortir de ce monde, si c’est encore possible, il ne faut pas faire confiance à ceux qui ont à jamais les deux pieds pris dans sa glu. De Rocard à Attali, en passant par Bourg, la même cécité incurable. Ils voudraient garder le cadre, grâce à quoi ils sont si heureux d’être ce qu’ils sont. Mais, taraudés par l’inévitable inquiétude, ils voudraient nous faire croire qu’ils sont lucides, quand ils ne sont qu’impuissance et falbalas du monde ancien. Ce que je pense d’eux, au stade extrême où nous sommes, je ne peux l’écrire. J’ai le sentiment que je ne serais pas compris.

PARTIE 2 : la tribune ROCARD-BOURG-AUGAGNEUR

Débat
Le genre humain, menacé
| Le Monde, 02.04.11 | 15h11  •  Mis à jour le 04.04.11 | 15h39

Une information fondamentale publiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est passée totalement inaperçue : le pic pétrolier s’est produit en 2006. Alors que la demande mondiale continuera à croître avec la montée en puissance des pays émergents (Chine, Inde et Brésil), la production de pétrole conventionnel va connaître un déclin inexorable après avoir plafonné. La crise économique masque pour l’heure cette réalité.

Mais elle obérera tout retour de la croissance. La remontée des coûts d’exploration-production fera naître des tensions extrêmement vives. L’exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère de desserrer l’étau des prix à un horizon de temps proche. Les prix de l’énergie ne peuvent ainsi que s’affoler.

Le silence et l’ignorance d’une grande partie de la classe politique sur ce sujet ne sont guère plus rassurants. Et cela sans tenir compte du fait que nous aurons relâché et continuerons à dissiper dans l’atmosphère le dioxyde de carbone stocké pendant des millénaires… Chocs pétroliers à répétition jusqu’à l’effondrement et péril climatique. Voilà donc ce que nous préparent les tenants des stratégies de l’aveuglement. La catastrophe de Fukushima alourdira encore la donne énergétique.
De telles remarques génèrent souvent de grands malentendus. Les objections diagnostiquent et dénoncent aussitôt les prophètes de malheur comme le symptôme d’une société sur le déclin, qui ne croit plus au progrès. Ces stratégies de l’aveuglement sont absurdes. Affirmer que notre époque est caractérisée par une « épistémophobie » ou la recherche du risque zéro est une grave erreur d’analyse, elle éclipse derrière des réactions aux processus d’adaptation la cause du bouleversement.

Ce qui change radicalement la donne, c’est que notre vulnérabilité est désormais issue de l’incroyable étendue de notre puissance. L' »indisponible » à l’action des hommes, le tiers intouchable, est désormais modifiable, soit par l’action collective (nos consommations cumulées) soit par un individu isolé (« biohackers »). Nos démocraties se retrouvent démunies face à deux aspects de ce que nous avons rendu disponible : l’atteinte aux mécanismes régulateurs de la biosphère et aux substrats biologiques de la condition humaine.

Cette situation fait apparaître « le spectre menaçant de la tyrannie » évoqué par le philosophe allemand Hans Jonas. Parce que nos démocraties n’auront pas été capables de se prémunir de leurs propres excès, elles risquent de basculer dans l’état d’exception et de céder aux dérives totalitaristes.

Prenons l’exemple de la controverse climatique. Comme le démontre la comparaison entre les études de l’historienne des sciences Naomi Oreskes avec celles du politologue Jules Boykoff, les évolutions du système médiatique jouent dans cette affaire un rôle majeur. Alors que la première ne répertoria aucune contestation directe de l’origine anthropique du réchauffement climatique dans les revues scientifiques peer reviewed (« à comité de lecture »), le second a constaté sur la période étudiée que 53 % des articles grand public de la presse américaine mettaient en doute les conclusions scientifiques.

Ce décalage s’explique par le remplacement du souci d’une information rigoureuse par une volonté de flatter le goût du spectacle. Les sujets scientifiques complexes sont traités de façon simpliste (pour ou contre). Ceci explique en partie les résultats de l’étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pilotée par Daniel Boy sur les représentations sociales de l’effet de serre démontrant un sérieux décrochage du pourcentage de Français attribuant le dérèglement climatique aux activités humaines (65 % en 2010, contre 81 % en 2009). Ces dérives qui engendrent doute et scepticisme au sein de la population permettent aux dirigeants actuels, dont le manque de connaissance scientifique est alarmant, de justifier leur inaction.

Le sommet de Cancun a sauvé le processus de négociation en réussissant en outre à y intégrer les grands pays émergents. Mais des accords contraignants à la hauteur de l’objectif des seconds sont encore loin. S’il en est ainsi, c’est parce que les dirigeants de la planète (à l’exception notable de quelques-uns) ont décidé de nier les conclusions scientifiques pour se décharger de l’ampleur des responsabilités en jeu. Comment pourraient-ils à la fois croire en la catastrophe et ne rien faire, ou si peu, pour l’éviter ?
Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps médiatique, la politique s’est peu à peu transformée en gestion des affaires courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre faveur. Parce que nous créons les moyens de l’appauvrissement de la vie sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons celle-ci crédible.

Il est impossible de connaître le point de basculement définitif vers l’improbable ; en revanche, il est certain que le risque de le dépasser est inversement proportionnel à la rapidité de notre réaction. Nous ne pouvons attendre et tergiverser sur la controverse climatique jusqu’au point de basculement, le moment où la multiplication des désastres naturels dissipera ce qu’il reste de doute. Il sera alors trop tard. Lorsque les océans se seront réchauffés, nous n’aurons aucun moyen de les refroidir.
La démocratie sera la première victime de l’altération des conditions universelles d’existence que nous sommes en train de programmer. Les catastrophes écologiques qui se préparent à l’échelle mondiale dans un contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale de l’eau, la fin de l’énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l’érosion et la dégradation des sols, les événements climatiques extrêmes… produiront les pires inégalités entre ceux qui auront les moyens de s’en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront. Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits.

L’ampleur des catastrophes sociales qu’elles risquent d’engendrer a, par le passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C’est, hélas, une réalité historique objective. A cela s’ajoutera le fait que des nouvelles technologies de plus en plus facilement accessibles fourniront des armes de destruction massive à la portée de toutes les bourses et des esprits les plus tourmentés.
Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. Pour s’être heurtées aux limites physiques, les sociétés seront livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester a priori le risque que les démocraties cèdent sous de telles menaces.

Le stade ultime sera l’autodestruction de l’existence humaine, soit physiquement, soit par l’altération biologique. Le processus de convergence des nouvelles technologies donnera à l’individu un pouvoir monstrueux capable de faire naître des sous-espèces. C’est l’unité du genre humain qui sera atteinte. Il ne s’agit guère de l’avenir, il s’agit du présent. Le cyborg n’est déjà plus une figure de style cinématographique, mais une réalité de laboratoire, puisqu’il est devenu possible, grâce à des fonds publics, d’associer des cellules neuronales humaines à des dispositifs artificiels.

L’idéologie du progrès a mal tourné. Les inégalités planétaires actuelles auraient fait rougir de honte les concepteurs du projet moderne, Bacon, Descartes ou Hegel. A l’époque des Lumières, il n’existait aucune région du monde, en dehors des peuples vernaculaires, où la richesse moyenne par habitant aurait été le double d’une autre. Aujourd’hui, le ratio atteint 1 à 428 (entre le Zimbabwe et le Qatar).

Les échecs répétés des conférences de l’ONU montrent bien que nous sommes loin d’unir les nations contre la menace et de dépasser les intérêts immédiats et égoïstes des Etats comme des individus. Les enjeux, tant pour la gouvernance internationale et nationale que pour l’avenir macroéconomique, sont de nous libérer du culte de la compétitivité, de la croissance qui nous ronge et de la civilisation de la pauvreté dans le gaspillage.

Le nouveau paradigme doit émerger. Les outils conceptuels sont présents, que ce soit dans les précieux travaux du Britannique Tim Jackson ou dans ceux de la Prix Nobel d’économie 2009, l’Américaine Elinor Ostrom, ainsi que dans diverses initiatives de la société civile.

Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique et maîtriser l’immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long. Nous pouvons encore transformer la menace en promesse désirable et crédible. Mais si nous n’agissons pas promptement, c’est à la barbarie que nous sommes certains de nous exposer.

Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu. Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses aux enjeux et défis de l’écologie.

Michel Rocard, ancien premier ministre, coauteur avec Alain Juppé de « La politique, telle qu’elle meurt de ne pas être » (JC Lattès, 314 p., 18 €).
Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’université de Lausanne, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot
Floran Augagneur, philosophe, enseigne la philosophie de l’écologie à l’Institut d’études politiques de Paris

PARTIE TROIS, LE PAPIER DE JACQUES ATTALI DANS L’EXPRESS

Branle-bas de combat pour sauver Fukushima et l’humanité

Par Jacques Attali, publié le 30/03/2011 à 10:04 /L’Express

La communauté internationale doit agir au plus vite afin d’empêcher l’évaporation en quantité immense de particules radioactives de la centrale de Fukushima.

L’heure est très grave. Un scénario mettant en cause l’intégrité à moyen terme de l’humanité ne peut plus être exclu. Si les cuves ou les piscines stockant les combustibles irradiés des réacteurs de Fukushima cèdent sous l’effet de la chaleur, d’une explosion ou d’une réplique sismique, on verra se dégager, sous forme liquide ou gazeuse, dans la mer, dans l’air ou en sous-sol, des quantités immenses de matériaux radioactifs. Et même, s’il s’agit de l’enceinte de confinement du troisième réacteur, des quantités considérables de plutonium. Avec, alors, des conséquences certaines sur la contamination d’une partie du Japon, devenant largement inhabitable; et avec d’autres implications, moins certaines, sur la contamination de la planète entière.

Tout cela parce que les autorités nucléaires japonaises ont, pour des raisons de pure rentabilité financière, construit cette centrale là où il ne le fallait pas et refusé d’y installer toutes les sécurités qui leur avaient été proposées. Et parce que, depuis le début de la catastrophe, ces mêmes autorités ont accumulé erreur sur erreur dans la gestion des secours, laissant des jours durant les réacteurs sans refroidissement, causant des dommages irréparables aux systèmes de protection encore intacts et, par un mélange d’orgueil et de goût du secret, refusant longtemps l’aide internationale et ne communiquant pas la réalité de ce qu’ils savaient sans doute être, depuis le début, une catastrophe méritant une mobilisation planétaire.

En agissant ainsi, ces autorités ont d’abord mis en danger le magnifique peuple japonais, qu’ils ont sous-informé; et en particulier des travailleurs, mal payés, employés à des tâches extrêmement dangereuses, pour lesquelles ils n’étaient pas formés. Désormais, afin de ne pas avouer qu’ils ont menti, ces mêmes responsables refusent la coopération des spécialistes étrangers; et c’est la planète tout entière qu’ils mettent en danger.

Il est ahurissant que la « communauté internationale », désormais (et c’est heureux) si prompte à réagir, à s’indigner à la moindre violation des droits de l’homme, reste, dans ce cas, totalement impavide: on demande poliment aux responsables japonais ce qu’ils font; on n’insiste pas lorsqu’ils refusent notre aide; on évacue nos ressortissants; on fait des communiqués lénifiants. Pour ne pas paniquer les populations. Pour sauver l’industrie nucléaire. Pour dormir encore quelques jours tranquilles.

Tout cela est absurde. L’industrie nucléaire ne pourra être, éventuellement, sauvée que si cette catastrophe est enrayée au plus vite. Il faut donc d’urgence mettre en place un consortium mondial de toutes les compétences. Il faut que nos amis japonais acceptent au plus vite la venue sur place des meilleurs spécialistes mondiaux de la gestion de l’après-accident. Ce qui sera, d’ailleurs, le seul moyen de savoir ce qui se passe vraiment à l’intérieur de cette centrale. Sans attendre les conclusions de ces spécialistes, il faut, d’ores et déjà, envoyer sur place, par avion, tous les hélicoptères, lances à incendie, robots, bétonneuses qu’on pourra trouver pour organiser un confinement efficace de ces réacteurs et mettre fin à ce désastre. Il n’est plus temps de s’interroger sur le droit ou le devoir d’ingérence. Mais d’agir.

Jean-Louis Borloo roi bouffon (sur les gaz de schistes)

Soudainement, je dois le reconnaître, les mots me manquent. Soit un type copain de trente ans avec Bernard Tapie et Michel Coencas (pour en savoir plus – il n’y a pas de petit profit -, voyez Qui a tué l’écologie ?). Jean-Louis Borloo a réussi, grâce au WWF, à Greenpeace, à la fondation Nicolas Hulot et à France Nature Environnement (FNE), une captation d’héritage. Lui qui n’a rien à voir avec l’écologie est devenu, par la grâce du Grenelle de l’Environnement, un écolo. J’utilise ce mot car je le déteste. Le mot. Borloo m’est simplement insupportable, sauf quand il me fait rire à pleurer. Et c’est le cas.

En avril 2010, lors qu’il était au sommet, quand il était ministre de l’Écologie – et de l’Énergie -, il a signé de son auguste mimine des autorisations d’exploration des gaz de schistes en France, provoquant la plus belle mobilisation vue depuis longtemps – hors toute véritable organisation – dans les profondeurs de notre peuple. On dira ce qu’on veut de Borloo, et Dieu sait que je ne me prive pas, mais c’est un authentique politicien. La carrière avant tout. Impossible de traîner cette lourde casserole au moment où il fourbit avec son cher Sarkozy des plans dont on nous dira sous peu des nouvelles. Il fallait bien sortir de ce piège infernal. Et Borloo, comme il a le culot sans limites d’un Tapie, a trouvé.

Vous trouverez quoi plus bas, sous la forme d’une dépêche de l’AFP. Je vous recommande de conserver ce document, car c’en est un de première importance. Parmi bien d’autres signaux, souvent plus retentissants il est vrai, cette nouvelle montre que la démocratie d’antan est morte. Et qu’il faut donc recommencer. Cela arrive. Cela s’appelle l’Histoire.

Gaz de schiste: interdire l’exploitation
AFP

04/04/2011 | Mise à jour : 17:48

L’ancien ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo a annoncé lundi avoir déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale pour « donner à l’Etat les moyens d’interdire la recherche et l’exploitation immédiates » des gaz et huiles de schiste.

M. Borloo était ministre de l’Ecologie et de l’Energie quand ont été accordés, en 2010, trois permis d’exploration pour le gaz de schiste qui suscitent une forte mobilisation dans le sud de la France.

 »Le droit ne donne toujours pas à l’Etat et au public les moyens de s’informer et de s’opposer efficacement à des projets susceptibles de s’avérer dangereux », indique le communiqué de M. Borloo, désormais député (app. UMP) du Nord après le remaniement ministériel en novembre.

« S’il existe des lois spécifiques pour l’eau ou l’air, tel n’est pas le cas pour nos sols et sous-sols. C’est ainsi qu’en 2010, et d’ailleurs jusqu’à ce jour, l’Etat ne peut que difficilement s’opposer à des demandes de permis de recherche, et in fine d’exploitation », affirme ce texte. 

M. Borloo précise avoir déposé « une proposition de loi tendant à donner à l’Etat les moyens de mieux protéger nos sols et sous-sols et d’interdire la recherche et l’exploitation immédiates d’hydrocarbures non conventionnels ».

La semaine dernière, le groupe PS et le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, avaient déjà déposé des propositions de loi dans le même sens.

Un historiette à propos des compteurs (à eau, à gaz)

Comment marche le système industriel. J’ai une petite maison quelque part. Avec de l’eau au robinet qui provient du vallon au-dessous. Une simple pompe la fait remonter au-dessus du hameau et remplit un réservoir enterré qui, par gravitation, abreuve les habitants du lieu, dont moi. C’est parfait, sauf que non. Nous pourrions, nous devrions nous passer de tout intermédiaire, et boire l’eau que la vie nous apporte gratuitement sans nous demander notre identité (et notre numéro de compte bancaire).

Mais une compagnie privée est passée par là. A bâti un minuscule bâtiment. Installé des compteurs individuels. Et l’eau est devenue imbuvable, pour moi en tout cas, car elle est surchargée en chlore. Mais surchargée ! Pourquoi ? À cause de consignes nationales liées au plan Vigipirate. Je le jure. L’homme qui vient ajouter du chlore dans notre eau à nous, et que l’on paie pour cela, a expliqué qu’il était contraint de doubler – ou tripler ? –  la dose de chlore. Au cas où Al-Qaida viendrait s’attaquer, avec sa fourberie coutumière, à ce vallon perdu. Et ce n’est pas tout.

La compagnie privée que je payais jusqu’ici pour mettre des surdoses de chlore dans mon eau a disparu sans prévenir. Elle était de taille régionale. Un beau jour récent, j’ai reçu des factures signées Veolia. C’était le grand saut dans le monde des transnationales.Veolia avait racheté. Un peu plus tard, j’ai reçu une lettre m’informant que mon compteur, qui marchait excellemment bien, venait d’être changé sans que cela me coûte un centime d’euro. Comme il est sur la rue du hameau, l’opération s’était faite en mon absence. Mais, me précisait la lettre, tout cela était gratuit. Gratuit, donc mystérieux.

Je crois désormais disposer de l’explication. Car là où j’habite en ville, un employé d’une société sous-traitante de GDF vient de passer me voir. Un lettre, que j’avais totalement oubliée, m’avait en effet prévenu de sa visite. Et que voulait-il ? Changer mon compteur à gaz. Gratuitement. Et pourquoi ? Parce que les compteurs doivent être changés tous les vingt ans. Et pourquoi ? Ah, bé, ben, l’employé était embarrassé. Comme je lui arrachais les mots de la bouche, il m’a finalement raconté la vérité. Et la vérité est que, peu à peu, les compteurs tournent moins vite. Beaucoup ? Je pense : un tout petit peu. Ce qui veut dire que le profit baisse, inéluctablement. Et ce qui vaut pour le gaz doit valoir, de même, pour l’eau.

On jette donc des compteurs en parfait état, faits de matières premières hautement précieuses, on en installe de nouveaux, qui utilisent à nouveau des matériaux plus ou moins rares. Et gonflent alors les stock-options. Et grimpent avec les bénéfices et les dividendes. Pour ma part, j’ai refusé tout net le changement de mon compteur à gaz, et continuerai de refuser tant que la police d’État ne sera pas venue, accompagnée par le Raid et le GIGN. Je vous en avais prévenu, c’est une historiette.

PS ignoble : Veolia est partenaire de France Nature Environnement (FNE), ce que je dénonce, entre autres, dans Qui a tué l’écologie ?

Une simple vérité sur le nucléaire (les aveux de M.Lacoste)

Le journal Le Monde daté 31 mars 2011 contient en sa page 6 un entretien avec André-Claude Lacoste, patron de la sécurité nucléaire en France. L’univers de l’atome est chez nous celui de l’opacité et du mensonge. Comme au Japon, soit dit en passant. Je ne crois pas que Lacoste, bien que faisant évidemment partie du cadre, soit un homme foncièrement malhonnête. J’ai donc prêté une attention spéciale à ses propos. Et ne me suis pas arrêté à son aveu – déjà ancien, mais tout de même ! – que nul ne peut garantir notre pays contre un accident grave. Le texte ci-dessous est, entre les lignes, l’esquisse d’une critique radicale du système, que jamais Lacoste n’assumera publiquement. Il n’empêche, c’est un document. Nous sommes menacés directement par des fous, ivres de leur puissance pour la raison que nous leur avons confié les clés de l’enfer. Lisez Lacoste, relisez Lacoste, songez en même temps au drame biblique que connaît le Japon. Vous tremblez ? Moi aussi.

André-Claude Lacoste, président de l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN)

« On ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident grave en France »

Quel regard portez-vous sur la crise nucléaire à Fukushima ?

André-Claude Lacoste : Le Japon vit un drame absolu, effroyable. Le séisme et le tsunami ont fait au moins 25 000 morts, sans compter les sans-abri. L’accident nucléaire n’est qu’un élément de cette tragédie. Concernant l’état de la centrale, deux éléments sont positifs : les Japonais ont remplacé l’eau de mer par de l’eau douce pour refroidir les cuves des réacteurs et maintenir le niveau d’eau dans les piscines de combustibles usés ; et nous avons moins d’inquiétudes sur l’état de ces piscines. Pour autant, nous sommes toujours face à une crise majeure. L’issue dépend de deux facteurs : le rétablissement d’un refroidissement permanent des installations par de l’eau douce et la disponibilité d’une source froide. Il faudra un nombre considérable de semaines ou de mois, d’autant qu’il y a maintenant des fuites permanentes de radioactivité, sans qu’on sache très bien d’où elles émanent.

» Les conditions d’intervention sont extrêmement difficiles. Il ne s’agit pas d' »opérations suicide »: on n’envoie pas les travailleurs à la mort. Mais leur temps d’intervention est très limité: on parle d’une vingtaine de minutes, ce qui est très court.

Qu’en est-il de la contamination de la région de Fukushima ?

Sur le site, la radioactivité est très intense. Alentour, il faut attendre de disposer de chiffres pour se prononcer. Tout dépend des concentrations que l’on trouvera, notamment en iode et en césium radioactifs. J’ai le sentiment que la zone d’évacuation de la population [dans un rayon de 20 km] et celle de mise à l’abri [10 km supplémentaires] représentaient des périmètres raisonnables. Mais il est clair qu’il existe une dispersion de radioactivité au-delà des 30km en « taches de léopard ». La gestion de ces territoires contaminés va durer des années, sinon des décennies.

Quelle assistance la France peut-elle apporter ?

Areva a des compétences sur les réacteurs à eau bouillante, héritées de Siemens. Le Commissariat à l’énergie atomique a des capacités de recherche. Ces entreprises peuvent fournir des esprits neufs, moins englués dans la gestion quotidienne de cette crise effroyable.
En ce qui concerne l’ASN, nous menons depuis 2005 une réflexion sur les situations post-accidentelles, avec un comité directeur (Codirpa) qui associe une centaine de personnes. On n’a, Dieu merci, pas d’expérience pratique, mais des idées sur la façon de gérer le moins mal possible. Notre offre d’assistance intellectuelle sera confirmée à l’occasion du déplacement du président de la République et de la ministre de l’écologie, jeudi 31 mars à Tokyo.

» Concernant ce Codirpa, certaines associations regrettent que les scénarios étudiés ne soient pas assez graves… Il a toujours été dans notre intention de couvrir une gamme de scénarios allant du plus probable au plus extrême. Il me paraît évident qu’on va intégrer, typiquement, ce qui se passe au Japon.

Un accident nucléaire majeur peut-il survenir en France ?

Je l’ai toujours dit : personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais un accident grave en France. Il convient de faire deux choses: essayer de réduire la probabilité que cela arrive, ainsi que les conséquences, si cela arrive. C’est toute la philosophie de la sûreté nucléaire. Quand survient une crise comme au Japon, il faut en tirer un retour d’expérience. Deux initiatives politiques vont en ce sens, portées par la Commission européenne, avec des stress tests, et par le premier ministre, François Fillon, qui nous a demandé un audit des centrales françaises. Celui-ci portera sur l’aléa sismique, l’inondation, la perte d’alimentation électrique, la perte de source de refroidissement, la gestion de crise et le cumul de ces difficultés.

» Nous sommes en train de bâtir ce programme. Je veillerai à sa cohérence avec les tests de résistance demandés par la Commission européenne. Avec mes homologues d’Europe de l’Ouest, nous avons publié une première proposition sur le contenu de ces tests. Pour nous, c’est une vérification des marges de sûreté. Prenons l’aléa sismique: on a vérifié que l’installation y répondait, voyons comment elle réagirait à un aléa plus fort. Existe-t-il un risque que ces « stress tests » répondent au plus petit dénominateur commun entre les autorités de sûreté ? Je ne crois pas. Pour chacun des chefs d’autorité nucléaire, ce qui se passe au Japon est un vrai choc. Nous prenons très au sérieux les conditions d’analyse.

En 2003, en France, il y a eu conflit entre EDF et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur cet aléa. Les antinucléaires vous accusent d’avoir tranché en faveur de l’électricien…

On va tout revisiter. En matière sismique, il y a des chapelles de spécialistes qui se battent avec furie. En l’occurrence, en 2003, j’ai tranché de façon que l’on arrive à une évaluation raisonnable du risque. Je n’ai strictement aucun regret. L’ASN a pour mission de trancher des débats techniques ou scientifiques.

Nicolas Sarkozy a dit que si un réacteur ne passait pas les tests, il n’hésiterait pas à le fermer. Quels sont ceux qui vous paraissent les plus faibles ?

Nous n’avons pas commencé ce travail. Si on trouvait matière à fermer, on le ferait. Mais en désigner à l’avance voudrait dire que nous n’avons pas fait notre travail par le passé. La déclaration du commissaire européen Günther Ottinger affirmant que certaines centrales ne vont pas passer le test me paraît de nature à décrédibiliser le système d’évaluation.

Avez-vous les moyens de conduire rapidement ces analyses ?

L’audit national et les stress tests porteront sur les cinq thèmes cités, à partir de données disponibles. S’il faut poursuivre les études, nous le ferons, mais il est légitime que nous rendions compte à la fin de l’année au Parlement. Il va falloir augmenter nos moyens pour éviter de baisser la garde sur nos contrôles habituels. On ne peut pas faire appel aux compétences étrangères, mobilisées sur leur propre terrain. Peut-on rappeler des retraités? Nous en sommes au tout début de la réflexion.

Vous attendiez-vous à ce qui s’est passé au Japon ?

Non, parce que la crise japonaise résulte d’un cumul d’agressions extérieures – un tremblement de terre, puis un tsunami – qui a surpris l’exploitant et nos homologues. En France, avec des phénomènes d’un ordre de grandeur très différent, nous n’avons pas étudié, par exemple, le cumul d’un tremblement de terre et d’une inondation. Il y a à l’évidence des problèmes nouveaux à se poser.

Comme la rupture de barrages…

Tout à fait. Mais ces questions dépassent, et de beaucoup, le seul domaine du nucléaire. Il faut avoir l’esprit totalement ouvert.

Propos recueillis par Pierre Le Hir et Hervé Morin

Visite à l’Assemblée nationale (sur les gaz de schistes)

Comme à l’habitude en ce moment, pas le temps. Un mot toutefois concernant mon audition à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une mission d’information menée par le député UMP François-Michel Gonnot (Oise) et le député socialiste Philippe Martin (Gers). On arrive au 101 rue de l’Université, à Paris, et l’on se retrouve comme dans une salle d’embarquement aéroportuaire, avec portique de sécurité et tapis roulant envoyant ses rayons X dans mon pauvre sac à dos. Attention, ça ne plaisante pas. J’ai failli devoir enlever mes chaussures, dont le bout métallique faisait sonner les alarmes. Et puis non.

Ensuite, on laisse sa carte d’identité, on se pose un badge sur la chemise, et l’on part dans un périple labyrinthique qui mène en fait au 95 rue de l’Université. Mais pas question d’entrer par là. On peut sortir du 95, mais pas y entrer. On m’a gentiment fait patienter dans un « salon d’accueil » confortable, où j’ai failli fermer l’œil. Mais juste avant la fermeture des écoutilles, un administrateur de l’Assemblée – j’espère ne pas me tromper sur son statut, d’autant qu’il a été charmant – est entré et m’a conduit dans un bureau voisin où j’ai serré la main de nos deux élus. Je ne ferai pas d’autres commentaires sur leurs personnes, disons simplement que j’étais attentif aux mouvements de l’air.

Monsieur l’administrateur, qui aide au travail de la mission, était lui aussi présent, et m’a d’ailleurs posé deux ou trois questions. Pour le reste, disons que j’ai entendu (presque) exclusivement Philippe Martin. De mon côté, j’ai balancé calmement, mais sans me censurer, ce que je sais de l’aventure industrielle des gaz de schistes. Les liens entre le clan Bush et l’industrie pétrolière et gazière du Texas, qui expliquent pour une part le nombre effarant de puits en activité là-bas, soit plus de 500 000 pour les seuls gaz de schistes.

J’ai ensuite abondamment parlé du rôle historique et très politique du corps des ingénieurs des Mines dans la définition de la politique énergétique de la France. J’ai enfin pointé la proximité extrême de notre président, Nicolas Sarkozy, avec deux acteurs majeurs – côté industrie – du dossier, Albert Frère et Paul Desmarais. Je ne jurerais pas que tout le monde était aux anges. Voilà. Après, je suis reparti, et le temps était humide rue de l’Université. Je me suis demandé si la pluie de Paris contenait des microparticules d’iode 131 venues du Japon. J’ai pensé que oui. Et j’ai foncé au métro.