Osons, osons, Ozon (le Front National en embuscade)

Il ne fait pas bon être parano. Soit. Je le suis avec une relative modération. Il ne faut pas être complotiste, et j’ai la chance de ne pas l’être. Du tout. Je crois au secret, je ne crois pas aux vastes conspirations, dont l’addiction, correctement manipulée, permet justement de cacher ce qui doit l’être. En bref, il existe bien entendu des pans de la réalité maintenus bien loin de toute publicité. Mais le pouvoir n’est pas entre les mains de mystérieuses confréries, capables des camouflages les plus aboutis. Je me flatte d’avoir été poursuivi en justice par Thierry Meyssan, l’homme qui a écrit qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Je l’avais publiquement insulté pour cette raison, ainsi que pour la manière dont il avait accompagné la mort de René Dumont, également pour la façon dont son réseau abominablement nommé Voltaire répandait des rumeurs au sujet d’Hubert Védrine, l’ancien ministre bien connu.

So what ? En 1999, j’ai dû défendre publiquement Teddy Goldsmith, accusé par le journal Libération d’accointances avec l’extrême droite. Dans un article paru dans Politis, je prenais alors le parti d’un homme que je présentais ainsi : « un écologiste, un écologiste tonitruant, militant, planétaire ». Je n’étais pas d’accord avec Teddy sur tout, mais je savais à quel point l’accusation, fort grave, était vide de sens. En revanche, il est vrai que Goldsmith ne prenait pas grande précaution et fréquentait – parlait avec – à peu près n’importe qui. Dont, à l’époque, un certain Laurent Ozon, à cette époque rédacteur-en-chef d’une revue confidentielle, Recours aux forêts.

Au moment des élections européennes de 1999, Waechter, qui avait quitté les Verts, cherchait de l’argent. Et pensait en avoir trouvé pour son microscopique Mouvement écologiste indépendant (MEI) auprès de Goldsmith. Et il avait même trouvé pour cela un intermédiaire bien rodé à la manœuvre, Ozon bien sûr. Lequel Ozon était déjà un homme du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece), autre nom de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Travaillait-il déjà pour le Front National ? Ce n’est finalement qu’anecdotique.

La chose certaine, c’est que Marine Le Pen chasse aujourd’hui l’électeur partout, y compris sur le terrain de l’écologie – j’ai croisé des fripouilles dites Identitaires dans un rassemblement contre les gaz de schiste – et de la défense des animaux. Ce n’est qu’un tout petit début, croyez-moi. Vous ne serez pas trop surpris, j’imagine, d’apprendre que Laurent Ozon est membre du bureau politique du Front National en charge de la formation, responsable bien sûr du secteur Écologie, en pleine expansion. Il poursuit donc une route tracée depuis bien longtemps (ici). Et il n’est pas le seul. Pas question de voir partout des manipulateurs. Mais aucune raison d’être le naïf de service. Ouvrons l’œil.

Quand Ulrich Beck nous parle du nucléaire

Je ne souhaite pas faire mon malin, mais je connais Ulrich Beck pour avoir lu son livre majeur, La société du risque (Aubier). Je sais moins bien le reste, mais assez pour admettre des désaccords nombreux avec ce sociologue et penseur allemand né en 1944. Le journal Le Monde vient de publier un texte sur le nucléaire, sous sa signature. Je vous le mets ci-dessous, car il dit avec une force tranquille une évidence bien cachée chez nous, en France. La sortie du nucléaire est la seule attitude raisonnable, et même rationnelle. Car la certitude, droit devant nous, mais à une date inconnue, c’est un « accident nucléaire majeur ».

Je n’imagine pas le quart ou la moitié de la France inhabitable pour l’éternité, à vue humaine en tout cas. Et tout l’édifice du mensonge et de la folle puissance repose sur notre incapacité à concevoir le drame qui vient. Autrement, nous chasserions comme il le mérite notre maître si provisoire, ses sbires et ses opposants officiels, qui ne valent pas mieux. Lisons ensemble ce texte de Beck paru dans Le Monde. Qui n’est pas exceptionnel – il s’en faut -, mais qui reste pourtant profondément intéressant. De quoi d’autre avons-nous besoin ?

Enfin l’ère postnucléaire, par Ulrich Beck

Ce qui suit présente certaines des recommandations d’experts ayant servi de base à la politique d’Angela Merkel, qui prévoit la mise en place d’alternatives au nucléaire d’ici à 2021. L’Allemagne pourrait montrer qu’une sortie du nucléaire est une opportunité de créer une économie de pointe. « Vous, les Allemands, vous êtes tout seuls », dit le militant écologiste américain Stewart Brand, à propos des plans de sortie de l’énergie atomique ébauchés par l’Allemagne. Et il ajoute : « L’Allemagne agit de manière irresponsable. Pour des raisons économiques, et compte tenu de la menace que font peser les gaz à effet de serre, nous ne pouvons renoncer à l’énergie nucléaire. »

« J’avais des doutes, mais Fukushima m’a convaincu de la valeur de l’énergie nucléaire, renchérit l’éditorialiste du journal britannique The Guardian, George Monbiot. L’accident n’a fait à ce jour aucun mort, et ce bien que les réacteurs nucléaires aient subi au Japon le test le plus rigoureux que l’on puisse imaginer : l’un des pires tremblements de terre jamais survenus, et le tsunami qu’il a déclenché. Voilà pourquoi j’aime l’énergie nucléaire.»

Ce serait toutefois commettre une lourde erreur que de supposer qu’en faisant le choix politique du tournant énergétique l’Allemagne rompt avec le concept européen de la modernité et se tourne vers les racines obscures et forestières supposées de l’histoire intellectuelle allemande. Ce qui est en train de prendre le pouvoir, ce n’est pas cette légendaire irrationalité allemande, mais la foi dans la capacité d’apprentissage et dans la créativité de la modernité face aux risques qu’elle a elle-même engendrés.

Pour étayer leur verdict, les partisans de l’énergie nucléaire font appel à une notion du risque imperméable à l’expérience et comparent de manière irréfléchie l’ère de la première industrialisation à l’ère nucléaire. La rationalité du risque part du principe que la pire des hypothèses peut devenir réalité et que les précautions que nous devons prendre doivent être choisies dans cette perspective. Lorsque la charpente d’une maison brûle, les pompiers arrivent, l’assurance rembourse, on prodigue les soins médicaux nécessaires, etc.

Appliqué aux risques de l’énergie nucléaire, ce schéma impliquerait que, même dans le pire des cas, notre uranium n’irradierait que quelques heures, et non des milliers d’années, et qu’il ne serait pas nécessaire d’évacuer la population d’une grande ville voisine. C’est bien entendu absurde. Continuer, après Tchernobyl et Fukushima, à affirmer que les centrales nucléaires françaises, britanniques, américaines, chinoises, etc., sont sûres, c’est refuser de voir que, d’un point de vue empirique, c’est la conclusion inverse qui s’impose : s’il y a une certitude, c’est celle du prochain accident nucléaire majeur.

Affirmer qu’il ne peut pas y avoir de risque zéro dans les grandes installations techniques de production d’énergie (ce qui est exact) et en tirer la conclusion que les risques courus dans le cadre d’une utilisation propre du charbon, de la biomasse, de l’énergie hydraulique, du vent et du soleil, ainsi que de l’énergie nucléaire, sont certes différents, mais comparables, c’est nier le fait que nous savons ce qui se produit lorsqu’un coeur nucléaire entre en fusion.

Nous savons combien de temps persiste le rayonnement radioactif, quelles lésions le césium et l’iode infligent aux hommes et à l’environnement, et combien de générations auront à souffrir si jamais le pire arrivait. Et nous savons que les énergies alternatives ou renouvelables ne font courir aucun de ces risques dont les conséquences ne s’arrêtent à aucune limite temporelle, géographique ou sociale. Prendre comme aune du risque le nombre de décès relevés, comme le fait M. Monbiot, revient à masquer cette réalité.

Et la question de l’assurance ? Etrangement, dans l’empire de l’économie de marché, l’énergie nucléaire a été la première industrie socialiste d’Etat, au moins pour ce qui concerne le coût à payer pour les erreurs. Les profits vont dans des poches privées, mais les risques sont socialisés, c’est-à-dire assumés par les générations futures et les contribuables. Si les entreprises de l’énergie nucléaire étaient contraintes de contracter une assurance spécifique à l’atome, la fable de l’électricité nucléaire à bon marché ne serait plus qu’un souvenir.

Appliquée à l’énergie nucléaire au début du XXIe siècle, la notion de risque que l’on pouvait utiliser au XIXe siècle est une catégorie morte-vivante qui nous rend aveugles à la réalité dans laquelle nous vivons. Ce qui est irrationnel, ce n’est pas de sortir de l’énergie nucléaire, mais de continuer à la défendre après Fukushima : cette attitude se fonde sur une notion périmée du risque, qui refuse de tirer les leçons de l’expérience historique.

Aucune autre nation industrielle n’a connu une ascension aussi rapide que l’Allemagne. Alors, ce tournant n’est-il pas le fruit d’un mouvement de panique injustifié ? A la longue, l’énergie nucléaire deviendra plus chère, l’énergie renouvelable meilleur marché. Mais l’essentiel est que celui qui continuera à laisser toutes les options ouvertes n’investira pas. Dans ce cas, l’Allemagne ne réussira pas à négocier le virage énergétique. En d’autres termes : l’angoisse qui anime les Allemands n’est pas dépourvue de ruse.

Ils flairent les opportunités économiques qui s’attachent aux marchés liés à l’avenir. En Allemagne, le tournant énergétique se résume à un mot en quatre lettres : « jobs ». Un cynique dirait : laissez donc les autres continuer à ne pas avoir peur – cela leur vaudra une stagnation économique et des erreurs d’investissements. Les partisans de l’énergie nucléaire se barrent eux-mêmes le chemin des marchés du futur parce qu’ils n’investissent pas dans la voie alternative que constituent les matériaux économisant l’énergie et les énergies renouvelables.

La situation au début du XXIe siècle est comparable à d’autres ruptures historiques dans l’approvisionnement énergétique. Que l’on s’imagine ce qui se serait passé si les hommes, voici deux siècles et demi, au début de la première révolution industrielle, avaient envoyé au diable ceux qui leur conseillaient d’investir dans le charbon et l’acier, les machines à vapeur, les métiers à tisser et, plus tard, les chemins de fer. Ou bien, il y a cinquante ans, s’ils avaient rejeté en parlant d' »angoisse américaine » l’idée que les Américains puissent investir dans les microprocesseurs, les ordinateurs, Internet.

Nous sommes face à un moment historique du même ordre. Celui qui exploitera ne serait-ce qu’une partie du désert pour y produire de l’énergie solaire pourrait couvrir les besoins énergétiques de toute la civilisation. Nul ne peut être propriétaire de la lumière du soleil, nul ne peut le privatiser ou le nationaliser. Chacun peut exploiter cette source d’énergie pour son propre compte et en profiter. Quelques-uns des pays les plus pauvres du monde disposent de cette « richesse solaire ».

L’énergie solaire est démocratique. L’énergie nucléaire est par nature antidémocratique. Celui qui tire son énergie d’une centrale nucléaire se fait couper le courant s’il ne paie pas sa facture. Cela ne peut pas arriver à celui dont l’énergie provient de capteurs solaires installés sur sa maison. L’énergie solaire rend les gens indépendants. Bien entendu, ce potentiel de liberté qui s’attache à l’énergie solaire remet en question le monopole de l’énergie nucléaire. Pourquoi les Américains, les Britanniques et les Français, eux qui accordent une telle valeur à la liberté, sont-ils incapables de voir quelles conséquences émancipatrices pourrait avoir le tournant énergétique ?

On proclame partout la fin de la politique, et on la déplore. Paradoxalement, la perception culturelle du risque peut provoquer l’effet contraire, c’est-à-dire la fin de la fin de la politique. Pour le comprendre, on peut revenir à la vision qu’exposait le philosophe américain John Dewey, dès 1927, dans Le Public et ses problèmes(Gallimard, 2010). Selon lui, une opinion publique internationale et assez forte pour créer une communauté ne naît pas de décisions politiques, mais des conséquences de décisions qui posent des problèmes vitaux à la perception culturelle des citoyens.

Un risque perçu impose ainsi la communication entre des personnes qui, sans cela, pourraient ne rien avoir à faire les unes avec les autres. Il impose des obligations et des frais à ceux qui cherchent à le faire disparaître. Ce que beaucoup croient devoir dénoncer comme une hyperréaction hystérique au « risque » de l’énergie nucléaire est au contraire une démarche vitale offrant l’opportunité d’un virage énergétique allant de pair avec un virage démocratique.

Les stratégies d’action qu’autorise le potentiel de catastrophe lié à l’énergie nucléaire, perçu sous l’angle de la civilisation, mettent à bas l’ordre qu’a produit l’alliance néolibérale entre le capital et l’Etat. Face à la catastrophe nucléaire, les Etats et les mouvements de la société civile acquièrent de nouveaux pouvoirs, dès lors qu’ils font apparaître de nouvelles sources de légitimité. L’industrie nucléaire perd les siens dès lors que les conséquences de décisions liées aux investissements ont mis la vie de tous en péril. A l’inverse, une coalition d’un nouveau genre entre les mouvements de la société civile et l’Etat, telle que nous pouvons l’observer en Allemagne, constitue sa chance historique.

Du point de vue politique aussi, ce changement de trajectoire a un sens. Seul un gouvernement conservateur et proche des milieux économiques peut négocier un tel virage énergétique, dès lors que les plus bruyants adversaires de cette mutation sont issus de ses propres rangs. Celui qui critique la décision allemande de sortir de l’économie nucléaire pourrait être victime de l’erreur de la chenille, qui, sortant de la chrysalide, en déplore la disparition, sans se douter encore qu’elle deviendra le papillon des énergies renouvelables.

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Ulrich Beck

Né en 1944, à Stolp, aujourd’hui Slupsk en Pologne, il est l’auteur notamment de « La Société du risque. Sur la voie d’une autre modernité » (Aubier) et, avec Edgar Grande, de « Pour un empire européen » (Flammarion, 2007). Il a été nommé membre du comité spécial d’experts par la chancelière Angela Merkel, à la suite du désastre de Fukushima.

Article paru dans l’édition du 10.07.11

Ce qui est insupportable au WWF (sin límites)

On peut en rigoler – sait-on jamais -, mais ce qui suit est une page de l’histoire du mouvement écologiste mondial, même s’il faut pour l’occasion utiliser de pesants guillemets. Vous n’êtes pas obligé de lire, mais ne venez pas vous plaindre plus tard que vous n’étiez pas au courant. Car ce qui suit est une vérité en marche, qui cherche encore son chemin, et qui le trouvera si vous agissez vous-même. Un grand merci à Christian Berdot pour son irremplaçable coup de main.

On peut prendre cela pour une pub. Mais comme elle serait en faveur du site Arrêt sur images, de Daniel Schneidermann, excellent à mes yeux même quand on n’y parle pas de moi,  je crois que l’on peut aussi parler d’information. Voici ce que je découvre ce jour, et que je vous donne à lire (l’original est ici). Mais avant cela, un ajout dont ne parle pas Arrêt sur images, ce qui est très dommage. Dans le film de la télé allemande ARD sur le véritable WWF, le reporter interroge l’Argentin Jorge Rulli. Un homme valeureux, dont je connais le travail, et qui a perdu un oeil et un rein sous les tortures de la junte militaire fasciste qui a régné là-bas entre 1976 et 1983.

Commentaire de la télé allemande  :  « Le Prince Bernhard [le premier président du WWF] créa aussi le « Club des 1001 », une sorte de comité de soutien au WWF. Parmi les membres, on  trouve de grands entrepreneurs comme Henry Ford, Friedrich Flick ou Giovanni Agnelli ; ou aussi des terroristes d’État, comme Mobutu Sese Seko, le dictateur du Zaïre ; ou bien José Martinez de Hoz, numéro deux de la dictature militaire argentine, grand propriétaire foncier, grand chasseur d’animaux sauvages, fondateur du WWF-Argentine. En tant que ministre de l’économie, Martinez de Hoz ouvrit son pays à l’agrobusiness international ».

A la recherche de pistes à Buenos Aires. Nous avons rendez-vous sur la Place San Martin, avec Jorge Rulli. Il a combattu 5 ans contre la dictature militaire. Il a perdu sous la torture, un œil et un rein. Dans l’immeuble vit son ennemi juré d’alors, José Martinez de Hoz. Il est en résidence surveillée pour crimes contre l’humanité. De l’autre côté de la place, se trouve l’immeuble de Monsanto, la plus grande entreprise de biotechnologies au monde ; pour Jorge Rulli, le dirigeant secret de l’Argentine.

Jorge Rulli : « Monsanto et le WWF sont les deux bras d’un seul et même corps. Un bras, Monsanto, a imposé en Argentine son modèle de production dans le pays. L’autre bras, le WWF, essaye de rendre ce modèle présentable en société. Il veut nous convaincre que le soja GM est bon et qu’on peut même le produire de manière durable. Le WWF fait en sorte que nous et l’opinion publique en Europe acceptions le soja de Monsanto. » Fin du texte allemand.

Je reprends la parole. Ceux qui défendent la politique mondiale du WWF devront tôt ou tard s’expliquer devant un jury d’honneur. J’en lance l’idée avec solennité. Ou c’est vrai, et nous devons tourner le dos à la canaille. Ou c’est faux, et les diffamateurs doivent être traînés devant un tribunal. Ou, ou. Il n’est pas de troisième terme à l’alternative. J’ai moi-même écrit des choses gravissimes dans Qui a tué l’écologie ?, sans provoquer le moindre début de réponse. N’est-ce pas, je vous prends à témoins, une forme évidente d’aveu ?

J’ajoute un autre extrait du documentaire allemand. Citation de l’Américain Jason Clay, responsable premier du WWF au plan international, qui est au centre des relations entre l’industrie transnationale et cette association prétendument écologiste : « Nous devons geler l’empreinte écologique de l’agriculture. Pour cela, nous proposons 7 ou 8 mesures que nous devrions discuter. Premièrement : les biotechnologies. Nous devons produire plus, avec moins de moyens. Les manipulations génétiques ne doivent pas se limiter aux céréales que nous devons replanter chaque année. Nous devons les utiliser aussi avec les fruits tropicaux mais aussi avec les plantes à tubercules et les plantes à racines. Ces fruits doivent produire plus de calories à l’hectare. Nous devons décider : quels aliments sont nécessaire et où. Il faut au moins 15 ans pour qu’un procédé génétique atteigne le marché. Si on calcule à partir d’aujourd’hui, c’est en 2015. La pendule tourne, le temps presse. »

C’est grave ? C’est dramatique. Et maintenant, lisons ensemble le papier d’Arrêt sur images.

 L’ARTICLE D’ARRÊT SUR IMAGES

 

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17h01 lu

« Pacte avec le Panda », le film allemand qui égratigne le WWF
Par la rédaction le 06/07/2011

Rien ne va vraiment plus au WWF. Au moment-même où des salariés de WWF France réclament le départ du directeur général de l’ONG, un reportage de la télévision allemande ARD mettant gravement en cause l’association (internationale, et pas seulement son antenne française) connaît une deuxième vie sur internet. Diffusé le 22 juin dernier, le documentaire tente de démontrer qu’il y aurait un décalage entre le discours de l’association et la réalité de son action sur le terrain.

« Le pacte avec le Panda – que cache le WWF ? » C’est le titre du documentaire diffusé sur l’ARD (et actuellement disponible sur Youtube en allemand). Pendant un an, l’auteur du documentaire Wilfried Huismann est allé sur le terrain pour vérifier l’action du WWF. Et le résultat de son travail n’est passé inaperçu en Allemagne (le journal Süddeutsche Zeitung en a fait un long compte-rendu). En France, il faut chercher sur internet pour trouver des retours sur ce film : sur le blog de Fabrice Nicolino (qui a lancé l’alerte sur les gaz de schiste) ou sur Agoravox et Alterinfo.

Que montre de documentaire ? D’abord que l’association donnerait un peu trop facilement des « certificats de développement durable » à des entreprises douteuses. « Le WWF semble travailler avec des entreprises de génie génétique comme le géant Monsanto, ou la multinationale Wilmar et cautionne ces dernières en assurant qu’elles produisent respectivement du soja et de l’huile de palme durables », selon le journal Süddeutsche Zeitung.

Deuxième reproche du documentaire : il y aurait un décalage entre les engagements de l’association et ce qui est effectivement fait sur le terrain. « Exemple en Indonésie : le WWF fait des collectes pour l’orang-outan de Bornéo, espèce menacée. Sur place, l’équipe de télé de la première chaîne allemande (ARD) ne trouve aucun projet de protection du WWF, en faveur des orang-outans. Au contraire, le WWF coopère avec une grosse entreprise qui détruit les dernières forêts de Bornéo pour mettre en place des plantations de palmiers à huile, ce qui est fatal aux orang-outans », indique le résumé publié sur le blog de Nicolino.Dans une logique de recherche de fonds, l’ONG n’hésiterait pas à se compromettre, comme l’a relevé Agoravox qui cite la voix off du documentaire : « Le WWF a toujours été proche des milieux financiers. (…) En 1967, des milliers d’oiseaux de mer sont morts, suite à un accident de tanker sur les côtes françaises. La direction du WWF a alors interdit toute critique. Raison invoquée : «Cela pourrait mettre en danger les fonds que nous recevons de l’industrie.» »

 

WWF sur Agoravox

Les réponses apportées par WWF

Face à ces critiques, le WWF a répondu point par point sur son site. D’abord, sur ses liens avec des entreprise de génie génétique : « Le WWF ne coopère avec aucun groupe actif dans le génie génétique, Monsanto compris. Le WWF est en revanche membre de la Table ronde pour un soja responsable (RTRS), un forum ouvert auquel tous les acteurs de la chaîne de production du soja peuvent participer, du petit agriculteur au grand groupe d’entreprises. Monsanto en fait également partie. Ce n’est pas pour autant que le WWF collabore avec Monsanto ».

A propos de l’huile de palme, l’ONG reconnaît avoir « formé gratuitement des collaborateurs de certaines sociétés productrices d’huile de palme (…) [mais afin] d’analyser et d’identifier les zones forestières précieuses dans le but d’empêcher la déforestation ». Elle semble tout de même entretenir des relations étroites avec les producteurs de cette industrie, puisque l’association confirme qu’elle « a créé la Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) en 2004 avec des entreprises du secteur de l’huile de palme, des entreprises de l’industrie alimentaire et des banques, dans le but de rendre la production d’huile de palme plus durable ».

La réponse du WWF France

S’agissant de la protection des orang-outans de Bornéo, le WWF assure qu’il n’a pas accepté d’accorder une certification durable à une plantation au détriment d’une réserve d’orang-outans. « La plantation PT Rimba Hararpan Sakti montrée dans le film n’est pas encore certifiée et ne peut donc de ce fait pas être qualifiée de durable, indique le site. Une surface de seulement 0,5% de forêt vierge serait parfaitement insuffisante en vue d’une certification ». L’association reconnaît tout de même qu’il est bien prévu « de faire certifier la plantation (…). Le projet prévoit une protection d’environ 4000 (et non 80!) hectares, soit environ un tiers de la superficie totale de la plantation ».

Enfin, sur les liens étroits entre les industriels et l’ONG, le WWF assume : « Les entreprises dominent les affaires. Sans leur implication, nous n’atteindrons jamais notre objectif qui est de préserver les habitats menacés, tant pour l’homme que pour la nature. C’est la raison pour laquelle nous essayons d’influencer positivement les entreprises par des discussions et des partenariats. ».

L’occasion de revoir notre émission ligne j@une dans laquelle Fabrice Nicolino contestait l’action de grandes ONG comme WWF.

Un certain Stephan Schmidheiny (philanthrope et criminel ?)

Aujourd’hui 6 juillet 2011, et sauf oubli de ma part, j’ai ouvert pour la première fois – disons la deuxième pour plus de sûreté – le quotidien gratuit Metro. J’ai peut-être tort, mais je ne supporte pas qu’une information, fût-elle vraie, soit payée par la publicité. Bon. Et alors ? Et alors ceci : j’étais dans le métro, et la Une du journal m’a littéralement agrippé, car elle parlait de ce vaste crime social connu sous le nom d’amiante.

Sorti des tunnels, j’ai récupéré Metro et j’ai lu l’article en question, que vous pourrez retrouver ici. En deux mots, on y apprend qu’un procureur du tribunal de Turin (Italie) a requis vingt ans de cabane contre un certain Stephan Schmidheiny, ancien patron de l’entreprise suisse Eternit. Eternit, quel joli nom pour une boîte fabriquant de l’amiante ! 3 000 prolos des usines italiennes Eternit sont morts d’avoir été exposés à ce poison. Si le procureur dit vrai – le procès dure depuis des années -, ce Stephan Schmidheiny est un criminel. Un criminel de masse.

Or, surprise, Stephan Schmidheiny n’est plus. Comme après une opération de chirurgie esthétique, ce milliardaire a refait sa vie en Amérique latine, où il est devenu philanthrope, écologiste tendance DD, pour « développement durable ». Il a créé des fondations, mais aussi maintenu un business fort lucratif, bien entendu éthique. Un livre serait nécessaire. Il a refusé de venir ne serait-ce qu’une seule fois à la barre du procès de Turin, et s’il y est finalement condamné, ce sera par contumace. Le procureur a établi l’an passé que Stephan Schmidheiny s’était adjoint les services d’une boîte de com’ italienne pour dissuader les journaux de citer son nom en relation avec le procès. Être philanthrope ou ne pas être.

Ce n’est pas tout. Vous trouverez ci-dessous un extrait de mon livre Qui a tué l’écologie ? (éditions LLL), consacré à ce charmant personnage. J’espère que vous ne vous perdrez pas. Une rumeur insistante, pour l’heure non vérifiée, donne Schmidheiny comme l’un des organisateurs du Sommet de la terre de Rio, en 2012, en compagnie de cet excellent Brice Lalonde. Je vous tiendrai au courant. En attendant, mon livre :

« De nouveau, il me faudrait un livre pour décrire en profondeur un phénomène mondial, dont l’ampleur est colossale. Je me contenterai d’un exemple saisissant : Stephan Schmidheiny. Ce Suisse est l’héritier d’une dynastie capitaliste, qui aura bâti son immense fortune sur l’entreprise Eternit. Cette fois encore, patience, car je ménage certain suspens. En 1990, né en 1947, devient le bras droit de Maurice Strong dans la préparation du Sommet de la Terre de Rio, qui doit se tenir en 1992. Je le précise pour ceux qui ne le sauraient pas : Rio est une date majeure, qui assure le triomphe définitif du « développement durable » partout dans le monde.

À partir de cette date, des milliers d’ONG, d’institutions publiques et privées, de structures gouvernementales ne cesseront d’ânonner le vocabulaire de Rio. Vingt ans après, nous en sommes au même point. Une génération militante a cru – et croit, d’ailleurs – aux Agendas 21, aux conventions internationales sur le climat, la biodiversité, la désertification. Article 3 de la grande déclaration finale, que n’aurait pas renié ce bon Harry Truman, ni bien sûr madame Brundtland : « Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures ».

Impossible de surestimer l’importance de Rio. C’est un point de départ, et un point d’arrivée. Difficile de ne pas s’interroger sur la place centrale qu’y occupent Schmidheiny et Strong. Mais il est vrai que les deux hommes emploient volontiers pour se définir le mot de philanthropes. C’est plus fort qu’eux, ils aiment l’humanité. Cette fois encore, je m’appuierai essentiellement sur des propos estampillés. Dès 1984, Schmidheiny crée au Panama une structure appelée Fundes, qui essaimera ensuite en Amérique latine. L’objectif officiel est d’aider les (nombreux) chômeurs de la région. Il s’agissait, écrira Schmidheiny (www.avina.net), « de mon premier pas en direction de la philanthropie organisée ». Il y en eut d’autres, en effet. Mais avant d’en parler, notons ensemble que, toujours selon notre héros suisse (entretien à la revue chilienne QuéPasa, cité par Avina.net) : « Ma philanthropie n’a pas le sens classique de la philanthropie, qui signifie charité, dons aux pauvres pour manger, ce n’est pas de la miséricorde. Je vois cela comme un investissement dans les processus sociaux. Un investissement dans l’avenir d’une société dont je dépends et où je veux faire des affaires ». Une telle franchise est tout à l’honneur de notre grand « philanthrope ».

Après avoir lancé Fundes et co-organisé le Sommet de la Terre 1992 avec Strong, Schmidheiny est fatalement devenu un vigoureux militant écologiste. On le retrouve donc sans surprise, en 1994, lancer une ONG nommée Avina, financée par une structure appelée Viva, qui est aussi propriétaire d’un trust industriel dont le nom est GrupoNueva, spécialisé dans le bois, l’eau, les tubes plastique, le fibrociment. Simple, non ? Avina a pour but revendiqué de « contribuer au développement durable en Amérique latine afin de promouvoir l’établissement de relations de confiance et de partenariats fructueux entre les chefs d’entreprise et leaders sociaux autour de programmes d’action consensuels ».

Avina et les « entrepreneurs sociaux »

Chaque mot compte, bien entendu. Les leaders sociaux sont ceux qui, voici quarante ans et plus, voulaient soulever le monde et se priver des services de tous les Schmidheiny de la terre. Il semble plus compatible avec l’essor du commerce et de la libre entreprise de se mettre ensemble autour d’une table, à discuter de programmes consensuels. C’est très vraisemblablement ce qu’a réussi le philanthrope au Chili, où une opportune loi du dictateur Pinochet, en 1974, a permis à des sociétés forestières d’exploiter à leur convenance des terres disputées par les anciens habitants du lieu, les Indiens Mapuche. L’entreprise Masisa, qui fait partie de la nébuleuse GrupoNueva, y est installée, et possède 238 000 hectares de monocultures de pins et d’eucalyptus entre Chili, Argentine, Venezuela, Brésil, Pérou, Mexique. Pour qui connaît la chanson, et c’est mon cas, il est aisé d’imaginer tout ce qu’une industrie de la sorte – gros engins, engrais et pesticides – peut avoir d’écologique. Et ne parlons pas des conflits d’usage avec les habitants des lieux, surtout quand la police et l’armée ne sont pas loin.

Parallèlement à sa nouvelle carrière latino-américaine, Schmidheiny a fondé une authentique merveille connue sous son nom anglais de World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Ce Conseil mondial des entreprises pour le développement durable est né au moment du Sommet de la Terre de Rio, en 1992. Il regroupe environ 200 entreprises, dont la liste inclut d’autres philanthropes que Schmidheiny, tels China Petrochemical Corporation, Mitsubishi Chemical Holding Corporation, Solvay, AREVA, Dassault Systèmes S.A., L’Oréal, BASF, Bayer, Italcementi Group, Shell, Philips, Hoffmann-La Roche, Novartis, Syngenta, BP, Rio Tinto, Alcoa, Boeing, Chevron Corporation, Dow Chemical, DuPont, sans oublier The Coca-Cola Company.
Bref, toute la grande industrie a été réunie dans le WBCSD. J’ai sous les yeux un livre admirable – non  traduit – paru en 2002 (BK éditions),
Walking the talk. Le titre signifie : joindre le geste à la parole. Ses auteurs sont Stephan Schmidheiny, Charles Holiday, patron de DuPont et Philip Watts, l’un des grands patrons de la Shell. On y trouve des études de cas, qui concernent l’activité des transnationales partout dans le monde. 67 monographies en tout.

Disons tout de suite qu’il faut avoir le cœur bien accroché. Je ne prendrai qu’un exemple, qui me touche singulièrement : le delta du Niger. Schmidheiny et ses acolytes inventent pages 34 et 35  un autre monde, dans lequel la Shell « a une longue histoire d’assistance aux communautés auprès desquelles elle travaille ». Au Nigeria, cela donne un beau rapport annuel, des tables rondes avec de gentils interlocuteurs, des aides à de beaux projets de « développement durable ». La vérité, connue de tous, est aux antipodes.

Le si prudent Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dans un document de 2006 : « Les compagnies pétrolières, Shell Petroleum en particulier, opèrent depuis plus de trente ans [dans le delta du Niger] sans véritables contrôle ni réglementation régissant leurs activités dans le domaine de l’environnement ». Le dernier rapport d’Amnesty International sur le sujet, en date de juin 2009 : « La région est quadrillée par des milliers de kilomètres d’oléoducs et parsemée de puits et de stations de pompage.Une bonne partie de ces infrastructures sont situées près des maisons, des fermes et des sources d’eau des populations qui y vivent. L’industrie pétrolière est responsable d’une pollution généralisée de l’environnement dans le delta du Niger. Les fuites d’hydrocarbures, les déversements de déchets et les combustions en torchères sont bien connus et fréquents ». En 1995, pour ne pas remonter à Mathusalem, l’écrivain nigérian Ken Saro-Wiwa a été pendu haut et court par le gouvernement de l’époque. Ce naïf, qui n’aurait sans doute pas été invité à une table-ronde, menait une bagarre publique et non-violente contre les activités de la Shell. Dans le delta du Niger.

Le machin appelé WBCSD a évidemment joué un rôle crucial, en coulisses, au Sommet de la Terre de Johannesburg, en 2002. Tandis que Jacques Chirac clamait à la tribune : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », les hommes de Schmidheiny vantaient dans des discussions moins verbeuses les mérites de leur si cher « développement durable ». Et ils ont également joué un rôle essentiel, bien que méconnu, dans la tenue de la Conférence mondiale sur la biodiversité de Nagoya (octobre 2010). Où il ne se sera surtout rien décidé, alors que nous vivons la sixième crise d’extinction des espèces.

Je n’en ai pas encore tout à fait fini. Cet excellent Schmidheiny a donc imaginé (voir supra) Avina. On retrouve dans son « board of directors » une certaine Anamaria Schindler, par ailleurs vice-présidente d’Ashoka. Cela n’a rien de bien étonnant, car Ashoka se fixe comme mission de participer « à la structuration et au développement du secteur de l’entrepreneuriat social partout dans le monde, afin qu’il amplifie son impact sur la société ». En France, la BNP et la Société générale paient pour cela, de même que des entreprises plus discrètes que je n’ai pas découvertes. Au plan international, Ashoka dispose du soutien financier des plus grands cabinets de conseil aux transnationales : McKinsey and Company, Hill and Knowlton, Latham and Watkins.

Avina et Ashoka font à ce point le même métier qu’ils ont signé un partenariat stratégique, ce qui explique la présence de madame Schindler au bureau d’Avina. Encore un tout petit mot sur le sujet : le 18 décembre 2010, j’ai reçu un message électronique d’un gérante de supermarché bio que je connais bien. Et que j’apprécie. Elle m’invitait à une soirée consacrée à l’entrepreneuriat social, organisée à Paris par l’Unesco et…Ashoka. Et cela m’a rappelé que, voici trois ans à peu près, j’ai reçu une demande concernant un ami écologiste, Roberto Epple. Un Suisse. Un autre Suisse. Une structure inconnue de moi m’envoyait une série de questions sur Roberto, pour s’assurer qu’il méritait bien un prix récompensant son impressionnant engagement en faveur des rivières d’Europe. Comme j’estime au plus haut point Roberto, j’ai répondu, et il a obtenu son prix. Cette structure, bien entendu, c’était Ashoka, qui gagne chaque année en légitimité ».

Voilà, les amis, c’est tout pour aujourd’hui. Ne me dites surtout pas que cette belle histoire n’est pas édifiante. Elle donne sûrement envie de vomir, mais plus encore, elle dit le vrai, le noyau dur et irréfragable du réel. Ce réel que personne ne veut voir, et qui pourtant décide et décidera de tout. Dites, à quand un mouvement populaire pour dénoncer l’épouvantable mascarade du Sommet de la terre prévu l’an prochain à Rio ? Qui lancera la première tarte à la crème de la saison à Brice Lalonde, qui organise ce grand rendez-vous mondial du faux ?

La suite au prochain épisode (DSK)

Jean-Christophe Cambadélis. Je ne vais pas m’étendre. Voilà un homme qui a passé quinze années de sa vie dans une secte politique épouvantable, qui utilisait les pires méthodes, y compris la violence physique, pour imposer ses vues. Je veux parler de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), dirigée dans des conditions inouïes par le mentor de Cambadélis, le défunt Pierre Lambert. Un tel parcours, et ce qui a suivi d’ailleurs, devrait rendre prudent tout être humain.

Je lis ce 4 juillet 2011 le texte d’un entretien de ce Cambadélis donné à Europe 1 : ici. Ce monsieur attaque bille en tête Tristane Banon, qui devrait déposer plainte demain contre DSK, pour tentative de viol. Le ton, l’extrême mépris de la personne, la désinvolture désignent Cambadélis comme un type infréquentable, insupportable. Mais voilà : c’est un  ponte socialiste. Et du coup, la question change du tout au tout. Quelle est cette société qui accepte d’être représentée par de tels individus ? Quel est ce monde, qui juge un tel personnage digne de siéger à la tête d’un parti dominant de la scène politique française ? Je crois que ce simple fait en dit très long sur nos limites collectives. Un Cambadélis devrait être déchu. Il triomphe. Il ricane. Il insulte toute conception morale de la politique.