Bis repetita chez les puissants (DSK, Aubry, Lagarde)

 Le Fonds monétaire international (FMI) est l’une des structures de base de ce monde à la dérive. Il intervient sans cesse dans la politique des États. Contre les peuples et des services publics souvent en déroute. Pour le marché, pour la liberté du renard libre dans le poulailler libre [avec mes excuses pour le renard, que j’adore dans la réalité]. Une morale plus proche du sens commun nous ferait voir le FMI pour ce qu’il est : une structure criminelle au service des maîtres de la planète.

Mais ce serait trop simple. DSK en a été le directeur général jusqu’aux menus désagréments que l’on sait, grâce à Nicolas Sarkozy, qui avait mis tout le poids de la France officielle à la fin de l’été 2007 pour que le poste échût au grand socialiste. Par la faute d’une petite femme de chambre venue des hauts plateaux de Guinée, un malheureux traîne désormais sa richesse entre quatre murs, lestée d’un collier électronique.

La farce est-elle terminée ? Elle ne fait que commencer. Notre grande socialiste nationale – amie des patrons, comme DSK, amie d’Alain Minc, comme DSK – Martine Aubry se déclare en faveur d’une candidature de madame Lagarde, actuelle ministre de l’Économie, au poste de directrice générale du FMI, comme vous verrez plus bas. Le miroir inversé de 2007. C’est splendide, cela dit tout de la réalité des relations entre  « opposants » politiques.

Rappelons trois choses. La première, c’est que la politique de Sarkozy, c’est tout de même bien un peu Lagarde. On suggère donc qu’elle aille faire de même à Washington. La deuxième, c’est que madame Lagarde a joué un rôle confus, et très contesté, dans le règlement du litige financier opposant Tapie au défunt Crédit Lyonnais dans le cadre de la vente Adidas. La France a filé 285 millions d’euros à Nanard, qui n’iront ni aux banlieues, ni à la biodiversité. Madame Lagarde a-t-elle été coupable « d’abus d’autorité »,  comme certains l’en accusent ? Ce serait grave. On verra. La troisième en tout cas mérite de sortir de la naphtaline.

Nous sommes le 10 juillet 2007, et tandis que Nicolas Sarkozy s’active dans les coulisses au grand bénéfice de DSK, madame Lagarde est à la tribune de l’Assemblée nationale. Voici un extrait de ce qu’elle y déclare : « Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches ».

C’est cette brave personne qu’Aubry, bientôt candidate à l’élection présidentielle, veut voir à la tête du FMI. Je pense pour ma part aux milliers de jeunes et moins jeunes de la place Puerta del Sol, à Madrid (ici), qui envoient se faire foutre le (très) grand socialiste espagnol José Luis Rodríguez Zapatero. Je pense, je pense vraiment et sincèrement à Nafissatou Diallo, retrouvée tremblante, terrorisée et vomissante dans les couloirs de l’hôtel Sofitel de New York. L’innombrable légion des salauds n’est pas près de rendre des comptes. Ou si ?


AUBRY SE PRONONCE EN FAVEUR D’UNE CANDIDATURE DE LAGARDE AU FMI

PARIS (Reuters) – Plusieurs responsables français, y compris la socialiste Martine Aubry, se sont prononcés dimanche en faveur d’une candidature de Christine Lagarde à la direction générale du Fonds monétaire international.

Londres et Berlin ont, entre autres, déjà apporté leur soutien à la ministre française de l’Economie et des Finances pour prendre le poste laissé vacant par Dominique Strauss-Kahn, accusé d’agression sexuelle aux Etats-Unis. Le premier secrétaire du PS, Martine Aubry, a salué en Christine Lagarde « une femme respectable » bien que membre d’un gouvernement dont elle désapprouve la politique économique.

« Ce serait bien que ce soit la France qui ait ce poste et je crois que madame Lagarde, au-delà des divergences que l’on peut avoir (…), est une femme respectable », a-t-elle déclaré sur France 2. « Si l’Europe peut avoir ce poste et si une Française peut l’obtenir, je crois que ce serait une très bonne chose pour notre pays et pour l’Europe », a-t-elle ajouté.

Pour le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, la politique menée par le FMI est le plus important. « J’ai beaucoup de respect pour Christine Lagarde (mais) la politique que l’on mènera au FMI m’intéresse plus que la personnalité qui la mettra en oeuvre », a-t-il déclaré sur Canal+. Le ministre de l’Intérieur et ancien secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a quant à lui apporté un soutien appuyé à la ministre de l’Economie.

« Christine Lagarde a, à l’évidence, toutes les qualités pour être un excellent directeur général du FMI et je note que beaucoup de pays la soutiennent publiquement », a-t-il déclaré au Grand Rendez-Vous Europe 1-Le Parisien/Aujourd’hui en France. Ni l’Elysée, ni le ministère de l’Economie n’ont pour l’instant commenté une éventuelle candidature de Christine Lagarde à la tête du FMI.

Un rassemblement dans les Cévennes (sur l’énergie)

Bon, ben voilà, il n’y a plus qu’à s’y mettre. Un rassemblement autour des questions d’énergie aura lieu fin août dans les Cévennes. Pour l’instant, Il manque de tout. De bénévoles. De fric. Et même d’idées. Autrement dit, c’est à vous. Je vous transmets bien volontiers l’appel.

ENERGIES POUR LA PLANÈTE

CONVERGENCE CITOYENNE POUR UNE TRANSITION ENERGÉTIQUE

Cévennes – 26-27 & 28 août 2011

À l’initiative de la Coordination nationale des collectifs contre le gaz de schiste, en partenariat avec les réseaux militants nationaux et internationaux, luttant pour un autre avenir énergétique.

L’extraction des gaz et pétroles de schiste est un phénomène européen, planétaire. Ces hydrocarbures posent, avec une acuité nouvelle, la question clé de l’énergie: sa production, le niveau de sa consommation, la préservation de l’environnement, de l’eau et du climat.

Le niveau de vie de notre société repose sur une gabegie énergétique et, encore, bon marché. Nos objets, nos projets, nos manières de vivre, de nous chauffer, de nous déplacer, …, imposent une offre perpétuellement croissante, stimulée par des logiques industrielles, financières et politiciennes. Les transnationales de l’énergie spolient les peuples, prennent en otage les générations futures et hypothèquent l’avenir même de l’humanité. Est-ce tenable ? Nous répondons: non.

En outre, l’année 2011 restera, définitivement, marquée par le drame atroce de Fukushima.
Une fenêtre historique s’ouvre. Prenons le pari de nous y engouffrer et de pousser ensemble à l’adoption d’un projet démocratique sur la production énergétique, construit à la fois sur la mobilisation sociale et l’élaboration d’un scénario crédible, qui permettrait d’entrevoir, en même temps, la sortie du nucléaire, la diminution de nos émissions de gaz à effet de serre, assurant collectivement un avenir aux habitants de notre planète.

La bataille contre les gaz et pétroles de schiste trouverait là sa complète cohérence. Autrement, nous n’aurons, demain, aucune crédibilité à refuser près de chez nous ce que nous acceptons, si facilement, loin. Il s’agit d’états généraux citoyens sur la question de nos besoins énergétiques, embrayant sur une sobriété elle-même prélude à un scénario pour l’avenir totalement différent de celui qui nous est promis. Sans entrer dans les détails, nous avons lancé des pistes autour de plusieurs débats débouchant sur une discussion finale et fondatrice.

Les trois jours abriteraient également, parallèlement aux débats « centraux » des tables rondes et forums, au cours desquels les participants pourront s’exprimer. L’aspect festif, bien que secondaire, serait également et heureusement présent.

Afin de mutualiser et démultiplier nos connaissances et idées, la Coordination nationale des collectifs contre le gaz de schiste invite, dès maintenant, les réseaux militants concernés à la rejoindre pour penser et construire le programme de cette convergence citoyenne pour une transition énergétique.

Contact : organisation@nonaugazdeschiste.com

Cela fait du bien d’être d’accord (avec Pierre Rabhi)

J’ai une très profonde affection pour Pierre Rabhi, que je crois être un prophète. Je lui ai dit hier, au cours d’une longue discussion téléphonique. Mais qu’est-ce qu’un prophète ? J’avoue que je ne suis pas sûr de moi. Allons, tentons une définition : il s’agit de quelqu’un qui incarne par sa présence et son souffle un avenir qui n’est pas encore écrit. Qui est possible. Qui est désirable. Qui demeure incertain. Ce n’est évidemment pas un intellectuel. Encore moins un politique. Admettons par commodité qu’il puisse voir mieux que les autres ce qui émerge au loin dans la brume. Admettons. Admettons que Pierre Rabhi voie mieux et plus loin.

Je sais que des propos comme ceux-là ne peuvent qu’irriter ceux d’entre vous qui tiennent fort à leur héritage rationaliste. Je me moquerais d’autant moins d’eux que j’ai longtemps repoussé de toutes mes forces ce qui ne me semblait pas relever de ce que je nommais pompeusement la « raison critique ». Pour éviter un premier malentendu, je précise que je reste profondément attaché à l’examen critique par la raison. Seulement, je sais ou je crois savoir désormais qu’une infinité de choses pourtant bien réelles nous échappent à jamais. L’intelligence humaine est intrinsèquement faible, et plus d’une fois dérisoire.

Mais je me rends compte que je fais comme si chacun connaissait Pierre Rabhi. Et bien entendu, ce n’est pas le cas. Si je devais vous le présenter, mon attachement à sa personne me ferait oublier mes devoirs de rigueur. Je vous conseille donc de lire page de wikipédia à lui consacrée. Nous sommes lui et moi des amis, et j’en suis réellement heureux. D’autant plus que nous sommes le plus souvent d’accord sur l’essentiel. Par quel miracle cet homme né dans une oasis algérienne avant la Seconde Guerre mondiale peut-il être ami avec moi ? Les fois où j’y songe, j’en demeure stupéfait.

Ce qui est sûr, c’est que nos conversations m’aident puissamment à vivre. Je pense qu’il le sait. Hier donc, après que je lui eus dit : « mais Pierre, voyons, la vérité est que tu es un prophète, et voilà tout ! », je lui ai suggéré l’idée d’un Appel mondial, dont il pourrait prendre l’initiative. Un appel ? Mais pour dire quoi, au juste ? Eh bien, le plus simple est tout de même de me citer moi-même. Il m’arrive souvent d’être sinon moqué, du moins interrogé, et vivement. Je me contenterais de critiquer. Je n’aurais jamais la moindre proposition à faire. Franchement, et vous allez comprendre pourquoi, je trouve cela aussi pénible qu’injuste. Voici ce que j’écrivais ici-même le 11 mars 2009:

« J’ai écrit ici, coup sur coup, deux textes qui comptent davantage que d’autres à mes yeux (ici et ici). Je les reprends en quelques phrases. Pour commencer, je crois qu’il n’y a pas pire désordre moral et même mental que le racornissement de l’Occident sur ses biens matériels. C’est bien sûr une infamie, mais c’est aussi une rare stupidité. Car rien n’arrêtera le flot des réfugiés écologiques. Nous y perdrons ce qui reste de notre âme, nous y perdrons aussi le reste.

» Il n’y a rien de plus urgent que de trouver les moyens d’un vrai discours universel, qui relie de façon solide, authentique et sincère, le sort de qui meurt de faim à celui de qui meurt de voracité. Si nous y parvenons, des portes s’ouvriront devant nous. Si nous en restons au cadre de la France, si nous continuons nos défilés Bastille-Nation pour sauver la télévision à écran plasma, nous échouerons, et ce sera le sang rouge des pires batailles.

» Donc, un véritable discours universel. Depuis le temps que je pense à cela, j’ai eu le temps d’assembler quelques pièces du puzzle. En voici trois, qui sont majeures. Un, l’économie de casino qui nous plonge en ce moment dans la crise qu’on sait, cette économie a produit des milliers de milliards de dollars qui ne savent où s’investir. Sur cette planète pourtant dévastée. Deux, il existe dans le monde une force de travail colossale qui n’est pas employée. Combien d’humains au chômage ou en situation de sous-emploi ? Plus d’un milliard, j’en jurerais, bien que ne disposant d’aucune statistique précise. Trois, les écosystèmes naturels sont tous menacés d’effondrement à plus ou moins long terme. Sans eux, ni avenir ni société. Pas même de téléphone portable.

» Je propose donc de réfléchir au lancement d’un nouveau mouvement. Neuf. Audacieux. Utopiste. Fou. Révolutionnaire ô combien. Ce mouvement proclamera l’unité irréfragable du genre humain. Et créera une coordination planétaire entre groupes du Nord et du Sud. Dont le but premier sera de s’emparer, en s’inspirant des méthodes radicales et non-violentes de Gandhi, d’une fraction des richesses financières de la planète. Moi, je n’ai jamais eu peur de l’expropriation. S’il faut dépouiller un Bill Gates de l’argent qu’un système criminel lui a octroyé, je n’y vois pas l’ombre d’un inconvénient. Et des Bill Gates, il y en a des milliers.

» Un mouvement planétaire. Si fort qu’il permettrait la création d’un Fonds mondial, doté de 500 milliards de dollars pour commencer. Juste pour commencer. Cet argent serait bien entendu dévolu, pour l’essentiel, aux communautés locales et paysannes du Sud. Pas pour nous faire plaisir. Pas pour nous rassurer. Pas pour leur faire acheter notre bimbeloterie.

» Non, pas pour cela. Pour que ceux qui n’ont ni travail ni pitance puissent être payés dignement afin de restaurer les écosystèmes dont dépendent si directement leurs vies. Ici une rivière. Là un coteau, une forêt, une mangrove, un banc de corail. Ailleurs une barrière végétale contre l’érosion, la diffusion de connaissances agro-biologiques, ou des travaux de génie écologique.

» Un tel mouvement uni du Nord au Sud changerait, dès ses premiers pas concrets, la face du monde et de la crise écologique. Car il secouerait de fond en comble les pouvoirs corrompus du Sud. Car il redonnerait de l’espoir. Car il montrerait le chemin. Car il nous élèverait tous au-dessus de nous-mêmes. Il n’y a aucun doute que la constitution d’une telle force nous aiderait, lentement mais sûrement, pas après pas,  à susciter de nouveaux enthousiasmes, de nouveaux engagements. La jeunesse du monde, tellement désabusée, y trouverait matière à redresser la tête, et à avancer enfin ».

Je reprends la plume ce 19 mai 2011 pour vous dire que c’est de cela, en résumé, que j’ai parlé hier à Pierre Rabhi. Nul ne sait s’il en sortira quelque chose. Pierre est à ce point absorbé par ses innombrables obligations qu’il ne se sera peut-être agi que d’un sincère échange entre deux amis, un après-midi de printemps. Mais qui connaît à l’avance le destin d’une graine ?

Très grande décroissance de l’amitié autour de Vincent Cheynet

 À LIRE :

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=892

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=911

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=913

Je vous avoue que je n’en aurais pas parlé spontanément. Vincent Cheynet, patron de choc du journal La Décroissance m’attaque dans la dernière livraison avec une haine qui m’a fait balancer entre la stupéfaction et le rire. Oui, croyez-moi, et pour des raisons profondes, je sais rire des choses tristes. Par chance. Je ne lis pas La Décroissance, mais une amie m’a transmis le texte au format PDF, empli jusqu’à la gueule de sornettes, d’inventions, de mensonges divers, sans être variés.

Ma foi, je vous jure que j’en serais resté là, car je sais trop bien que les Cheynet prennent un immense plaisir dès que l’on prononce leur nom. Mais cette fois, par extraordinaire, il semble être allé trop loin. Et je reçois à l’instant une lettre que je considère comme de soutien, signée comme vous le verrez par des gens longtemps proches – pas tous – de Cheynet. Paul Ariès lui-même prend parti, et j’en suis fort content. À tous, merci.

Lettre ouverte à Vincent Cheynet et au journal La Décroissance”

Un journal appartient aussi à ses lecteurs et à ses auteurs. Surtout lorsque le titre a choisi de porter le nom générique d’un mouvement d’idées ambitieux. Nous pouvons avoir des différends politiques entre nous et avec des représentants d’autres sensibilités proches, mais les anathèmes entre objecteurs de croissance nous desservent collectivement. Cette forme de violence n’appartient pas à la culture de la décroissance.

Nous nous déclarons donc solidaires des compagnons de route de la décroissance qualifiés d’écotartuffes. Non, Patrick Viveret et Fabrice Nicolino ne sont pas des écotartuffes. Ces deux dernières affaires ne sont pas isolées. Combien reste-t-il des fondateurs initiaux de La Décroissance ? Le mensuel la décroissance, qui peut apporter encore beaucoup, ne doit plus
confondre la nécessité de faire dissensus avec le capitalisme et le productivisme, ou la nécessité de critiquer, comme il sait le  faire, les adorateurs de la croissance, et la pratique du sectarisme.

Il doit accepter le débat avec et entre toutes les sensibilités de l’objection de croissance et de l’écologie anti-productiviste. Nous sommes convaincus que ce n’est qu’au prix de cette mutation que le journal La Décroissance pourra regagner de l¹influence, ce que nous souhaitons.

Liste des signataires :

Paul Ariès
Geneviève Azam
Jean-Claude Besson-Girard
Agnès Sinaï
Jacques Testart
Jean Gadrey
Serge latouche
Bertrand Méheust

La caste se rebiffe (au sujet de DSK)

Badinter ! Silence dans les rangs. Total respect. Abolition de la peine de mort. Bon, je ne joue pas le jeu une seule seconde. Sur Inter ce matin, Robert Badinter se dit « bouleversé et indigné » par cette « mise à mort médiatique volontaire » de DSK, qui est son ami. Et il ajoute : « Pourquoi n’a-t-il pas été mis en liberté sous caution? Parce qu’il est Français ? Parce qu’il dirige le FMI? ». Je me contenterai d’un mot : Badinter n’est pas que l’icône que l’on sait. Il aura consacré une bonne part de sa vie professionnelle à défendre, comme avocat d’affaires, de grands ou plus petits capitalistes. Pas de malentendu ! Je défends évidemment le principe que tout homme, fût-il le pire, doit pouvoir se défendre dans des conditions dignes, et choisir pour cela un avocat de qualité.

Simplement, il faut raconter les histoires jusqu’au bout. Badinter a défendu des hommes comme Marcel Boussac, le baron Empain, l’Aga Khan, ou encore Hubert Flahaut, directeur de la société Givaudan, productrice du talc Morhange (200 enfants morts, plongés dans le coma ou victimes de séquelles neurologiques). Encore une fois, un tel métier est nécessaire, essentiel même. Mais ne rapproche-t-il pas spontanément d’un DSK, lui-même avocat d’affaires une vingtaine d’années plus tard ? Et que dire à ce compte de l’épouse féministe de Robert Badinter, Élisabeth, grand héritière de l’empire Publicis et présidente de son conseil de surveillance ? Ne semble-t-elle pas très proche, socialement, culturellement – et politiquement – d’Anne Sinclair, épouse de DSK et grande fortune elle-même ?

Autre élément que vous connaissez aujourd’hui forcément : l’affaire Banon. Dans l’émission « 93, Faubourg Saint-Honoré », diffusée en 2007 sur Paris Première (ici), Tristane Banon raconte comment DSK l’aurait agressée sexuellement. À l’heure où j’écris, il n’y a aucune plainte, et nul ne peut en toute certitude se prononcer sur le fond. Mais. Mais il y a le reste, qui est considérable. Regardez si vous avez le temps ce bout de film. Autour de la table de Thierry Ardisson, il y a Jacques Séguéla, Thierry Saussez, Jean-Michel Aphatie, Roger Hanin, Gérald Dahan, Claude Askolovitch et Hedwige Chevrillon. Je n’ai pas même le goût de tous vous les présenter. Notez cependant qu’il y a là deux des plus « grands » pubeux de Paris, qui tutoient tous les grands chefs de la politique. Ils appartiennent aujourd’hui à la Sarkozie, corps, âme et porte-monnaie inclus.Il y a là également le beauf de Mitterrand, qui connaît la moitié du microcosme. Il y a là deux des principaux journalistes politiques de la place. Le très ambitieux Claude Askolovitch d’une part, et Jean-Michel Aphatie de l’autre.

Réunis, ces êtres peuvent en une heure ou moins sonner le tocsin d’une manière telle que toute la France sorte sur le pas de sa porte. Or, rien. Ou plutôt, écoutez la réaction dominante. Nul ne vole au secours de DSK. Ardisson confirme qu’il sait, et les autres, en ne s’indignant de rien, démontrent qu’ils en ont aussi entendu parler. Mais surtout, je pense aux rires gras qui se font entendre. Je n’ai pas souhaité regarder de près, et je n’accuserai personne en particulier. Le seul qui se marre ouvertement, c’est Ardisson. Pour les autres et dans le détail, je ne sais. Tel ou tel s’est peut-être tu, accablé. Cela reste possible. Ce qui est certain, c’est qu’aucun n’a bougé ensuite. Aucun. Pas la moindre enquête, pas la moindre suite.

Réfléchissons ensemble, car c’est réellement dramatique. Ou Tristane Banon ment, et il faut organiser la défense démocratique d’un homme politique injustement accusé. Ou elle dit vrai, et la responsabilité morale de ces grands personnages devrait les mener plus loin, ne serait-ce que pour informer la nation qu’elle pourrait, un jour, avoir comme président de la République un prédateur sexuel. Mais rien de tout cela. On se marre un bon coup. Et on passe au rendez-vous suivant. C’était la rubrique « Un pour tous, tous pour un ». Une histoire d’Ancien Régime. Une histoire de caste, qui sera détruite tôt ou tard, de gré ou de force. Tel est en tout cas mon espoir le plus véridique.