Le transhumanisme de Politis (pourquoi je ne suis pas de gauche)

Lecteur, je ne vais pas te prendre en traître : l’article ci-dessous est démesurément étiré. Je n’avais pas prévu, mais c’est écrit, et si tu as mieux à faire que te perdre dans mes méandres personnels, je crois pouvoir t’assurer que je comprends. J’insiste : c’est long.

J’avais pensé ne rien dire sur un extravagant dossier de l’hebdomadaire Politis (ici, le texte complet), en kiosques de fin juillet à fin août pour cause d’été. Mais j’ai finalement changé d’avis. Le groupe grenoblois de critique sociale Pièces et main d’œuvre (PMO) et le groupe lillois Hors-sol (ici) en ont fait une critique acerbe, que j’approuve, mais à laquelle je crois devoir ajouter mon grain de sel.

Une chronique oubliée

De quoi s’agit-il ? De transhumanisme. C’est un courant idéologique qui représente à mes yeux un grand danger. Je l’ai dit de nombreuses fois, et le drôle, c’est que j’ai écrit sur le sujet une chronique parue en janvier 2002 dans … Politis (n°682). Il y a dix ans et plus, je peux vous assurer que nous n’étions que très peu à en parler. Trois, deux, un ? Passons.  Voici un extrait de cette chronique : « Avec les transhumanistes, vous ne risquez pas de vous ennuyer, soyez-en sûr. Qui sont-ils ? Une poignée pour l’heure, mais dont tout permet de penser qu’ils forment l’avant-garde d’une armée immense. Le transhumanisme est une sorte de théorie, née chez certains scientifiques et concepteurs de nouvelles technologies. Selon eux, la nature humaine, loin d’être inaltérable, ne cesse d’être modifiée en profondeur par les découvertes, le changement, le neuf. Elle est malléable, à volonté ou presque.
> Or de glorieux horizons se découvrent, grâce notamment aux nanotechnologies moléculaires, aux machines intelligentes, aux « médicaments de la personnalité », à la vie artificielle, à l’extension devenue possible du corps par la machine, etc. Qu’allons-nous faire de ces miraculeuses vendanges ? Mais en profiter, bien entendu, pour sortir de nous-mêmes. C’est là l’occasion d’aller au-delà –
trans – de notre misérable enveloppe. De l’audace, de l’audace ».

Et encore ceci : « Les plus allumés [des transhumanistes ]envisagent de coloniser l’espace, de réanimer des gens tenus congelés pendant des dizaines d’années, de repousser la mort si loin qu’on ne la verrait plus ou presque. Les limites, la limite n’existeraient plus : l’anti-écologie ». Et enfin cela  : « Et place à l’homme nouveau. Supérieur ? On aimerait se tromper, mais on croit retrouver des effluves transhumanistes chez des auteurs comme Maurice G. Dantec – récemment encensé, jusqu’au grotesque, dans Le Monde – ou Michel Houellebecq. Annoncent-ils une nouvelle poussée de régression ? Ce serait une mauvaise nouvelle, mais elle n’étonnerait guère ».

Un autre transhumanisme est possible

Presque douze ans plus tard, comme le notent PMO et Hors-sol, Politis se fend donc d’un dossier consacré au transhumanisme. Je l’ai lu, bien entendu. Et je comme je connais un peu la chanson, je vois bien quel en est le sens général. Malgré quelques précautions jetées ici ou là en travers des textes, ce qui domine est bien une fascination. Le titre de couverture résume d’ailleurs au mieux l’état d’esprit de ce magazine-là : « L’homme augmenté, c’est déjà demain ». Oui, une fascination, mais aussi l’acceptation d’un fait présenté comme inévitable.

La roue tourne, la machine avance, la science et la technique commandent aux sociétés humaines. Même s’il n’est pas formulé explicitement, je distingue sans mal une sorte de mantra progressiste. L’homme n’accepte pas sa condition, depuis le début de sa réflexion, et recherche en conséquence de nouveaux outils. « Serions-nous tous déjà un peu transhumains ? », se demande avec un petit frisson Politis. Pardi ! Les jeux sont faits. Dès lors, comme avec toutes les saloperies passées, il s’agit de composer, d’entraîner le fatal progrès dans la bonne direction supposée. Laquelle est clairement indiquée par un personnage inouï, Marc Roux, président de l’association française de transhumanisme Technoprog (AFT). Attention les yeux ! Roux est de gauche. Bien sûr ! C’est un fier « technoprogressiste » qui ne s’interdit rien « en matière de progrès » et clame pour finir : « Un autre transhumanisme est possible ! ». Tu l’as dit, bouffi.

À ce stade, il convient de préciser la nature de mes relations avec Politis. J’ai fait partie de l’équipe qui a fondé ce journal en 1988. Je suis celui qui, avec Jean-Paul Besset, a tenté, en 1990, de le changer, lui faisant quitter les rives de la gauche – plutôt radicale – pour lui faire aborder celles de l’écologie. Nous y avons échoué, pour des raisons trop longues à détailler ici. J’ai quitté l’hebdomadaire à l’été 1990, et j’ai repris une collaboration extérieure en 1994, réalisant chaque semaine une page consacrée à l’écologie. Et je me suis barré dans un grand éclat au printemps 2003. L’amusant, c’est que Hervé Kempf, qui vient de quitter Le Monde, où il estimait ne pouvoir travailler librement, a consacré un article aux conditions de ma rupture avec Politis, totale et définitive (ici, l’article de Kempf en 2003).

Un avis sur Bernard Langlois et Denis Sieffert

Tout cela, bien qu’anecdotique, mérite quelques lignes supplémentaires. Certains d’entre vous lisent ou, plus sûrement encore, ont lu Politis. Je ne garde aucune amertume de ces années-là, car à la vérité, j’ai toujours pu écrire ce que je voulais, sauf à la fin. Et c’est rare. Mais je savais, et il ne s’agit pas d’un anachronisme de la pensée, que deux cultures radicalement différentes cohabitaient. La première, hégémonique, était représentée par Bernard Langlois, talentueux éditorialiste et très discutable directeur. Bernard est un homme de gauche, indécrottablement de gauche, et c’est bien son droit. C’est son univers, son passé, son avenir. Certes oui, l’écologie compte à ses yeux, mais comme une pièce rapportée, un ajout qui enrichirait les vieilles pensées. Et non pas comme une façon vraiment neuve de penser le monde  et ses si nombreux problèmes.

De même chez Denis Sieffert, l’actuel directeur de la rédaction. Sur un plan personnel, je l’ai toujours trouvé humain – sous ma plume, un vrai compliment -, malgré quelques vrais défauts personnels que je n’appréciais pas. Je suis sûr qu’il en a autant à mon sujet. En ce qui concerne sa vision du monde, c’est autre chose. Formé à la terrible école des lambertistes (OCI, Jospin, Mélenchon et tous autres), il voit la plupart des questions sous leur angle tactique, pour être gentil. L’écologie n’existe pas. Le courant écologiste, si. Tout, chez lui, est passé à la moulinette du rapport de forces et des vieux schémas. Là encore, c’est bien son droit. Comme c’est le mien d’être aux antipodes.

Seul contre tous (humour)

Voilà pour l’idéologie dominante de Politis. Une éternelle resucée de propos tenus depuis des décennies dans des milliers de gymnases et préaux, dans des centaines d’émissions télévisées ou radiodiffusées. Le public de ce journal est connu : des gens respectables mais vieillissants qui, ayant cru dans la gauche, parfois extrême, ne parviennent ni ne parviendront à renoncer à leurs illusions. Surtout ne pas les réveiller ! Oh ne les faites pas lever ! C’est le naufrage. L’autre culture, à Politis, c’était moi. Du moins après le départ définitif de Jean-Paul Besset et malgré le soutien de la journaliste Véronique Lopez. Je ne dis pas cela pour me vanter : il s’agit d’un fait.

Mais ce n’avait rien d’un enfer : je crois devoir parler d’une coexistence (le plus souvent) pacifique. On me foutait une paix royale, fortement teintée d’indifférence pour mes articles. Et je faisais semblant de croire que nous étions d’accord sur l’essentiel, ce qui n’est pas vrai. Car, et j’ai eu l’occasion de le dire au moment de mon départ en 2003, je ne suis pas de gauche. Eh oui ! c’est comme cela, amis lecteurs : vous lisez la prose d’un qui n’est pas de gauche. Avant que de mettre ma tête dans la lunette de la guillotine, je réclame deux minutes supplémentaires au(x) bourreau(x). Franchement, la gauche, c’est quoi ?

Aussi rude que doive être la secousse, je dois dire tout de suite que la gauche est une création humaine. Elle a son point de départ historique. Elle disparaîtra, fatalement. Pendant les deux millions d’années de son existence – plus ou moins, le débat ne sera jamais clos -, l’Homme s’est totalement passé de cette invention, qui ne date que de…1789. Au cours d’une séance de l’Assemblée constituante, cet été brûlant-là, les opposants au veto royal se placent sans y penser à gauche du président; et les partisans du roi à sa droite. Il faudrait donc remercier la Révolution française ? Pas réellement. Car la distinction se perd dès les origines, pour ne s’imposer en France qu’à la fin du XIXème siècle, au moment de l’Affaire. Dreyfus, évidemment.

Et avant la gauche, les gars ?

Ne serait-ce pas un peu fâcheux pour ceux qui se drapent dans le drapeau au moindre souffle d’air neuf ? La Commune de Paris s’est totalement foutue de la gauche, dont elle ignorait l’existence. Fourier, Proudhon, Marx, Bakounine s’en sont tapés tout autant. Certes, ils n’arrivent pas à la cheville de M. Mélenchon, mais tout de même, n’est-ce pas incroyable ? Cessons de rire un instant : la gauche est un mythe, une croyance. Je crache d’autant moins sur cette évidence que je sais la nécessité de fondations psychiques dans toute action humaine d’importance. Donc, une croyance. Une croyance qui a la peau exceptionnellement dure, je m’empresse de l’écrire. Car quoi ?

Si l’on regarde l’histoire concrète de la social-démocratie – française, pour mieux me faire entendre -, on voit avec facilité que ce courant a pactisé avec le pire sans le moindre état d’âme. La politique de ce bon M. Hollande vient de là. Je cite sans hiérarchie ni exhaustivité la défense de l’Empire colonial et le racisme institutionnalisé qui l’a toujours accompagné ; le soutien forcené, par le biais de l’Union sacrée, à la vaste boucherie continentale déclenchée en septembre 1914 ; le refus d’armer le gouvernement légal de l’Espagne républicaine, en 1936 ; d’innombrables massacres dans des pays soumis, comme à Madagascar ; la torture de masse en Algérie, etc. Je passe volontairement sur les années Mitterrand, sommet de la manipulation de masse, au cours desquelles tant de bons couillons auront cru, successivement, et en quelques mois, dans la rupture avec le capitalisme puis dans la réhabilitation de celui-ci, sous la forme d’embrassades avec l’excellent Bernard Tapie et le formidable Silvio Berlusconi. Question imbécile : un mouvement à ce point éloigné de ses nobles buts constamment proclamés mérite-t-il encore le respect ?

L’autre branche de ce mouvement socialiste s’appela, à partir de 1920 la Section française de l’Internationale communiste (SFIC), autrement dit le parti communiste. Comme je ne fais pas une histoire du communisme français – de nombreux livres disent l’essentiel -, j’en reste à une généralité : le parti communiste a une histoire honteuse, indéfendable. Pour ne considérer que l’exemple de la lutte contre le fascisme hitlérien, qui fait pourtant la fierté des vieux de la vieille, il est sans conteste que le parti communiste a commencé par pactiser avec l’occupant à l’été 1940. Sur ordre de Staline, on s’en doute. Comme on se doute que, si Hitler n’avait pas envahi l’Union soviétique en juin 1941, les staliniens ne seraient jamais entrés en résistance. Tout le reste n’est que propagande. Un mot sur Jacques Duclos, dont la biographie n’a jamais été écrite, mille fois hélas.

Jacques Duclos et l’Espagne stalinienne

Duclos a été dirigeant du parti communiste pendant un demi-siècle, de 1926 à sa mort en 1975. C’était un homme de l’Apparat international, comme les staliniens appelaient leur vaste appareil policier. Je ne sais pas s’il fut, comme des gens sérieux le pensent – et parmi eux des historiens – un pur et simple agent du Guépéou/NKVD. Cela expliquerait bien des choses. Et jetterait sur son rôle en Espagne une ombre encore plus terrible. Car Duclos fut l’homme en France  de l’Espagne stalinienne, aux côtés de l’ordure appelée André Marty, qui gagna au passage le surnom de boucher d’Albacete. À partir de 1930 – cette date est importante, car elle montre que, dès cette année, Duclos cornaque l’alors groupusculaire parti communiste espagnol – jusqu’au triomphe franquiste de 1939, le chef stalinien multiplie les voyages au-delà des Pyrénées. Qui connaît l’histoire de l’Espagne de ces années noires – et c’est mon cas – sait ce que signifient ces missions à répétition. Car le parti communiste espagnol a été pendant tout ce temps l’auxiliaire de la politique soviétique stalinienne en Europe. Laquelle passait, entre 1936 et 1939 par l’enlèvement, la torture, l’assassinat de centaines de militants espagnols, poumistes ou anarchistes notamment, qui déplaisaient au grand Manitou du Kremlin.

J’entends déjà les soupirs. Encore ces vieilleries ! Mais ce type est malade ! Eh bien, je m’en moque totalement. J’ai vécu à Montreuil, dans la banlieue parisienne, où une station de métro porte encore le nom maudit de Jacques Duclos, cette canaille. Et, tenez, l’ancien maire de Montreuil, qui entend bien reconquérir son bien éternel en 2014 – Dominique Voynet a gagné l’élection de 2008 -, s’appelle Jean-Pierre Brard, ancien député. Qui est-il ? Un apparatchik du parti communiste, lui aussi, d’une époque plus récente que celle de Duclos il est vrai. Il a fait l’école des cadres du parti, qui était dans les années soixante, quand il y fut, le tremplin des carrières bureaucratiques. Et il a séjourné en Tchécoslovaquie entre 1969 et 1971, au pire de la répression contre le Printemps de Prague. Avant de s’installer en Allemagne de l’Est, patrie de la Stasi et des tirs dans le dos des passeurs de Mur. En bref, quel talent ! C’est cet homme qui s’est présenté aux élections législatives de Montreuil l’an passé. Sur une liste Front de Gauche, ce rassemblement de M. Mélenchon. Mais quelle surprise !

En mémoire des massacrés

Passons au-delà de nos si petites frontières. Je plains – je plains et je maudis – ceux qui, ici, ailleurs, hier, aujourd’hui comme demain, osent absoudre sans rien en connaître les crimes sans nom du stalinisme. On ne cesse de me reprocher ce qui serait une obsession, vaguement malsaine. Seulement, il y a erreur : je REVENDIQUE mon obsession de tous ces massacres oubliés. Je pense, moi, oui je pense aux millions de morts de la famine organisée par Staline après 1933. Je pense aux peuples innombrables du Goulag. Je pense aux dizaines de millions de morts de l’époque maoïste. Il n’y a pas, il ne saurait y avoir la moindre prescription, car je vous rappelle que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Libres à vous, alzheimériens volontaires, de vous sentir quittes de ces flots de sang. Libre à moi de vous considérer comme complices.

Il m’est plaisant de constater que les hommes de gauche, et par exemple ceux qui dirigent Politis, se sont toujours réclamés d’une philosophie de l’Histoire – dans le passé, elle se voulait scientifique – sans seulement comprendre ses leçons les plus évidentes. Parmi elles, la différence constante, flagrante, indiscutable entre l’adhésion à des valeurs et la soumission à l’idéologie. Je le répète : la gauche est toute récente, mais les combats émancipateurs sont de tout temps. Aussi bien, comment classer la révolte somptueuse des paysans de Münster (ici), qui a commencé en 1524 ? La vulgate progressiste, c’est-à-dire cette manière tellement de gauche de considérer l’Histoire comme la marche plus ou moins linéaire du progrès, cette vulgate considère toujours le luddisme (ici), ce mouvement anglais des briseurs de machines industrielles, comme régressif. Pardi ! Il s’opposait à la prolétarisation des paysans et artisans, annonciateur, selon les Saintes Écritures, de la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Il était donc réactionnaire, pas vrai ?

Un mouvement et des valeurs

Où veux-je en venir ? Mais voyons, n’est-ce pas évident ? J’ai constamment défendu, au long de ma vie, des valeurs qui m’accompagneront au tombeau. Et ce sont, je le crois, des valeurs universelles, qui m’auront aidé à vivre dignement. M’auraient-elles conduit à mourir ? En tout cas, je suis vivant. Et bien plus, je le crains pour eux, que tant de pantins et de polichinelles qui se réclament de la gauche chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. Non, décidément non, je ne suis pas de gauche. J’appartiens à une vaste Internationale confuse, qui trouvera ou non sa voie. Qui se cherche en tout cas, qui se reconnaît parfois en ce qu’elle remet en cause la totalité des formes politiques nées de l’industrialisation du monde. La droite, cela va sans dire. Mais la gauche tout autant, qui fait semblant d’aller en direction de l’écologie, comme M. Mélenchon chez nous, alors qu’elle ne fait que passer une couche de peinture verte sur les vieilles harangues. N’est-il pas évident que les mélenchonistes – et nul doute que Politis est mélenchoniste – font du greenwashing, de même que la Shell ou EDF ?

Je résume, et que personne ne rie, car je résume vraiment. La gauche est une vieille chose, associée étroitement au processus de la destruction du monde. Une autre culture émerge des décombres, qui suit un chemin difficile, hésitant, fatalement long. La première est morte. La seconde reste fragile, mais elle déborde d’énergie, et comme elle est le seul avenir concevable, pour le moment du moins, il faut lui souhaiter de grandir au point de dominer culturellement le monde. Car c’est de la culture profonde des humains que surgiront d’éventuelles solutions. J’ai choisi depuis longtemps, et ma rupture avec Politis, si ancienne déjà, ne saurait être plus totale.

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L’article paru dans Le Monde au moment de mon départ de Politis en 2003

Le regard écologiste sur les retraites déchire « Politis »

Article paru dans l’édition du 19.06.03

Le départ du chroniqueur écologiste, un des fondateurs de l’hebdomadaire de la gauche mouvementiste, révèle la résistance de la culture de gauche à l’écologie. Croissance à tout prix contre environnement ?

PEUT-ON critiquer dans un journal de gauche l’opposition à la réforme des retraites ? C’est apparemment difficile, comme le manifeste la crise ouverte à Politis par son chroniqueur écologiste, qui s’est traduite par son départ volontaire, expliqué dans le nº 755 de l’hebdomadaire de la gauche mouvementiste. Mais l’affrontement entre caractères fougueux est, bien plus qu’une péripétie de rédaction, le révélateur d’un fossé entre la gauche et l’écologie.

Tout part du 8 mai, quand Fabrice Nicolino, un des journalistes de Politis depuis sa fondation en 1989, aborde dans sa chronique hebdomadaire le débat sur les retraites : « Nous sommes – grosso modo 500 millions d’habitants du Nord – les classes moyennes du monde réel. Nous consommons infiniment trop, et précipitons la crise écologique, jusqu’à la rendre peut-être – probablement – incontrôlable. Tandis que quatre à cinq milliards de ceux du Sud tiennent vaille que vaille avec deux ou trois euros par jour, nous vivons de plus en plus vieux, et ne travaillons pour de vrai qu’à partir de 23 ou 25 ans. La conclusion s’impose : ne touchons surtout à rien ! » Et d’enfoncer le clou : « Le syndicalisme, fût-il d’extrême gauche ou prétendument tel, est devenu réactionnaire. Où trouve-t-on la moindre critique de la prolifération d’objets inutiles et de l’hyperconsommation chère à tant de retraités ? »

L’article agit comme une décharge électrique sur nombre de lecteurs, qui envoient des lettres indignées, publiées dans le numéro du 22 mai : « Croyez-vous que la paupérisation des retraités va permettre de résoudre le dérèglement climatique ? », interroge Marlène Ribes. « En quoi serait-il préférable, pour se questionner et agir sur l’avenir de la planète, la situation des pays du Sud, etc., de travailler plus longtemps, d’avoir des revenus diminués de 30 à 40 % ? », questionne Chantal Jouglar. Et d’autres de pester : « C’est déplaisant de lire dans Politis des propos dignes du Figaro », regrette Odile Horn.

Discussions enflammées

Dans le même numéro, Fabrice Nicolino précise sa position, sans l’affadir : « Je ne serai plus jamais solidaire avec ceux qui, ayant «conquis» la télé, la voiture individuelle, le magnétoscope, la chaîne hi-fi, le téléphone portable et le lecteur DVD, se préparent à de nouvelles campagnes d’hyperconsommation. » Evoquant la crise écologique globale, le journaliste affirme : « Le mouvement syndical, en étant incapable de relier ses revendications, que je ne conteste pas dans leur principe, à ce drame qui domine et conditionne l’époque – les menaces sur la vie -, est devenu fondamentalement réactionnaire. (…) Ceux qui se battent pour le maintien de leur situation personnelle, souvent privilégiée sur le plan personnel, sans remettre en cause nos manières concrètes de vivre et de gaspiller ont tort. »

En interne aussi, le débat a provoqué des discussions enflammées en comité de rédaction. Denis Sieffert, directeur de la rédaction, a expliqué avoir dit au perturbateur que les termes de « “criailleries corporatistes” ressortissaient au vocabulaire libéral ». La discussion a été vive et elle a conduit Fabrice Nicolino à choisir de quitter l’hebdomadaire. Politis a publié une nouvelle explication de son ex-collaborateur, ainsi que des lettres de lecteurs approuvant son approche. L’un d’eux, Philippe Drion, « salue son courage pour oser aller à l’encontre d’une sorte de pensée unique, commune à presque toute la classe politique française, qui affirme que notre bonheur doit impérativement passer par plus de croissance, plus de productivité, plus de pouvoir d’achat et donc plus de consommation. »

La figure tutélaire du journal, Bernard Langlois, ironise par contre sur « les adieux de Fontainebleau d’un collaborateur de ce journal qui s’érige en porteur de la vraie croix écologiste », tout en reconnaissant que la gauche est « encore beaucoup trop marquée par le culte du progrès, de la croissance ». Mais cette gauche peut-elle accepter de proclamer la nécessité de réduire la consommation matérielle, un impératif qui reste au coeur de l’approche écologiste ?

Hervé Kempf

59 réflexions au sujet de « Le transhumanisme de Politis (pourquoi je ne suis pas de gauche) »

  1. Patrick,

    Oh la la ! J’ai oublié, tant cela me semble hélas insignifiant. Il y a de belles personnes à Europe Écologie Les Verts, j’en ai même rencontrées quelques-unes. Mais le parti Vert est une structure pervertie et même si tel n’était pas le cas, je vois qu’elle n’est, au plan des idées, qu’une queue de comète de ce que mai 68 a produit dans ses très mauvais jours : l’hédonisme et l’individualisme petit-bourgeois. Je dis « très mauvais jours », car 68 contenait bien d’autres germes, bien d’autres idées, bien d’autres libertés.

    Mon avis : EELV n’est pas réformable.

    Fabrice Nicolino

  2. « C’est donc par rapport à ce nouveau modèle qu’il faut considérer le désir que nourrit l’homme d’aujourd’hui de devenir un self-made man, un produit : s’il veut se fabriquer lui-même, ce n’est pas parce qu’il ne supporte plus rien qu’il n’ait fabriqué lui-même, mais parce qu’il refuse d’être quelque chose qui n’a pas été fabriqué (…)
    Avec cette attitude, à savoir la honte de ne pas être une chose, l’homme franchit une nouvelle étape, un deuxième degré dans l’histoire de sa réification : c’est le moment où l’homme accepte la supériorité de la chose, accepte d’être mis au pas, approuve sa propre réification ou rejette sa propre non-réification comme un défaut.
    (…) Il se méprise maintenant comme les choses, si elles pouvaient, le mépriseraient ».

    Günther Anders, L’obsolescence de l’homme, 1956

  3. Je prévois quand même quelques réactions argumentées de gens de GOOOOche à ce billet. En attendant quelques lignes de Brassens qui lui aussi semblait avoir compris depuis longtemps que la senestre était assez sinistre.

    « J’ai milité chez les anars, les libertaires .Voilà mon fond. J’ai fait part, dans mes chansons, de mes opinions personnelles. J’ai ressassé de vieilles vérités, dénoncés des iniquités qui ont l’âge de la lune. J’ai dit que je mettais par-dessus tout, le respect de la vie et de la dignité de l’être humain…Faut-il que j’aille me prononcer sous une banderole ? Manifester ? Défiler avec les ouvriers ? A l’usine j’y étais avant beaucoup … »

  4. Albert Jacquard

    Dans les années 80,j’ai beaucoup utilisé « Eloge de la différence.La génétique et les hommes » avec mes jeunes éléves de collège.

    Et ces jours ci, on cite sa parole « Devenir soi nécessite un détour par les autres » qu’illustre Fabrice en rédigeant ce dossier du transhumanisme

  5. Merci à Fabrice Nicolino pour ce billet, si clair.

    Je n’ai lu que peu de choses dans vos écrits, mais je suis d’accord avec tout ce que j’ai lu ;-).
    2 questions svp.
    1) Je retrouve chez vous bien des choses qui me font penser à JC Michéa. Que pensez-vous svp de son travail ?

    2) que faire (politiquement), quand on a les idées que nous partageons ? Y a-t-il un groupe quelconque rassemblant les personnes ayant cette vision de monde et de la politique ?

    Merci.
    EV.

  6. Un exemple de transhumaniste bien allumé : le physicien britannique paraplégique Hawking, qui envisage , sur le modèle du film de science fiction de Kubrick « l’odyssée de l’espace » de coloniser ules exoplanétes « habitables » (ou terraformées? « soyons fous! ») avec un vaisseau spatial géant qui mettrait des centaines d’années à arriver et sur lequel se succéderaient des générations. « Yes, we can! » comme dirait l’autre…complétement débile, oui…alors qu’il y aurait tant dechantiers ici bas pour un esprit aussi brillant! quel gâchis!

  7. Bonjour,

    Suis-je déjà moi-même un transhumain ?

    (j’écris sous pseudonyme, car je n’ai pas envie que ce que je vais dire ici, indexé par les moteurs de recherche, reste « éternellement » attaché à mon vrai nom sur internet jusqu’à l’extinction des réseaux)

    Je veux juste poser une question, et ce n’est pas une question rhétorique car je n’ai pas de réponse. Je la pose ici, sous ce billet, car vous, Fabrice, ou un lecteur, en avez peut-être une. Je ne sais pas.

    Je me demande si je suis déjà un transhumain, car je ne serais probablement pas vivant aujourd’hui, où alors je serais en très mauvais état, sans le bénéfice de très hautes technologies médicales, et sans le gros complexe techno-scientifique de recherche qui le permet, et le très très gros complexe social qui le finance (avec tout plein de chimie dedans, et de gros capitalistes aussi, qui s’engraissent à mort sur la bête, et une giga-bureaucratie publique par là-dessus, qui fabrique de la dette publique à mort).

    Je suis en effet atteint d’une très sale maladie, du genre qui fait mourir à petit feu, se termine dans la souffrance et la déchéance et fait perdre toute dignité.

    Il se trouve aussi que le complexe techno-scientifico-social me propose aujourd’hui une solution, enfin une sorte de solution. Il y a un traitement.

    Ce traitement ne me guérira pas. Mais il ralentit la dégradation, il contient le développement de la maladie, et, tant que je le prends, je peux vivre à peu près comme tout le monde. Si j’arrête, je replonge, à plus ou moins long terme (j’ai déjà expérimenté cette option)…

    Suivre ce traitement n’est pas rose tous les jours. Il me soigne et en même temps il me ronge. C’est, comme disent les techniciens, une complexe évaluation du bénéfice/risque.

    C’est aussi un traitement au coût prohibitif. Il est, littéralement, au dessus de mes moyens : il coûtait, chaque mois, deux fois la totalité de mon revenu mensuel, quand j’avais un revenu! Son prix a certes baissé depuis, mais mon revenu s’est effondré entre temps. Il ne « coûte » plus aujourd’hui « que » trois fois mon RSA…

    Bref, je vis aujourd’hui soutenu par une énorme béquille technologique, issue d’une recherche scientifique de pointe et des gros labos pharmaceutiques, et par une énorme béquille sociale (merci la Sécu!) qui mutualise le coût de ma survie sur l’ensemble de la société.

    Pour ce que j’en comprends, il me semble que c’est déjà ça le transhumanisme.

    J’aurais préféré me soigner moi-même avec des plantes que j’aurais cueillies dans la forêt sur les conseils de bonnes femmes dépositaires d’un savoir traditionnel séculaire. Mais les bonnes femmes n’ont pas grand chose, autant dire rien, à me proposer.

    Je sais bien que mon cas est particulier. Il n’est pas recommandé d’en tirer des réflexions générales. C’est, comme on dit, un « cas-limite ». Mais il est parfois intéressant de réfléchir « à la limite »…

    Je suis bel et bien aujourd’hui un de ces « hommes augmentés » par la technologie qu’annonce le transhumanisme. Sauf que l’augmentation, dans mon cas, ne fait que me remettre plus ou moins à niveau du plus grand nombre.

    Je vois bien ce que le transhumanisme peut nous faire perdre, à un niveau général, d’humanité. Mais je vois aussi ce qu’il me permet d’en retrouver, à mon niveau particulier.

    On en revient donc à ce complexe calcul de… bénéfice/risque.

  8. Stricto,

    Vous pardonnerez, je l’espère, la brièveté de ma réponse. Je n’ai simplement pas le temps. D’abord, et pour éviter tout malentendu, sachez que je comprends – ou crois comprendre – votre situation. Qui serait assez cruel pour vous reprocher quoi que ce soit ?

    Dans le même temps, vous illustrez vous-même le grand pas qui sépare, et doit séparer, l’individu du groupe social. Vous avez évidemment le droit d’avoir recours à ce que vous voulez pour sauvegarder votre vie. Mais la société, à mon sens en tout cas, a le devoir de s’interroger sur ce qu’implique l’addition de tant de nécessités et désirs individuels.

    On peut à la fois comprendre, voire approuver, le père qui assassine le meurtrier de son enfant, et reconnaître à la société la possibilité d’abolir la peine de mort. Car on ne se situe évidemment pas au même plan de réalité.

    Question : l’édifice social peut-il reposer sur le désir de vengeance ? Et, pour en revenir à votre propos, doit-on accepter une régression globale – tel est bien, à mes yeux, le transhumanisme – parce qu’un homme refuse la maladie et la mort ? Et quand je dis un homme, je sais qu’il faudrait dire à peu près : les hommes. Qui a envie de souffrir, et de mourir ?

    Enfin, et c’est peut-être le plus dur à entendre, certaines situations sont sans issue. Je ne dis pas, et je ne souhaite surtout pas que cela soit votre cas, mais enfin, n’est-ce pas évident ? Notre époque scientiste, positiviste à tout crin, ne cesse de sussurer à nos oreilles complaisantes qu’il y a toujours une solution. Mais c’est une imposture, aussi douce et sucrée qu’un gâteau à la crème, aussi éphémère que lui. Pardonnez-moi cette banalité, mais c’est de la condition humaine qu’il est question.

    En bref comme en résumé, mon propos : vous avez le droit de vouloir. Mais il existe un étage supérieur, qui peut considérer nécessaire, indispensable, une autre voie.

    Avec mes salutations,

    Fabrice Nicolino

  9. Mais Fabrice, en quoi le transhumanisme serait-il particulièrement de gauche ? Je le pense au contraire motivé par des raisons très pécuniaires, et il y a de la marge ! Les riches de plus riches pourront s’offrir ce que les autres ne pourront pas… exception faite pour des personnes comme Stricto, parce que nous bénéficions dans notre pays du soutien de l’Etat, mais ailleurs ?…

    Tu amalgames beaucoup de choses. Je sais bien que le communisme a déclamé vouloir changer les paysages et détruire les montagnes (c’est ce qu’ils font en Chine…) mais en matière de destruction de la nature et de jouer les apprentis sorciers avec l’humain, droite et gauche se valent bien !

  10. La question des limites du transhumanisme est en effet posée par l’ami stricto. Je pourrais du reste étendre son raisonnement à moi même : si je n’avais pas été opéré (sous anésthésie générale) de la cataracte et de la hanche (2 interventions pratiquées ceci dit depuis trés longtemps, surtout la cataracte), je serais aujourd’hui à ton âge, Fabrice (je suis né en 1955), borgne, et boiteux. J’en ai totalement conscience. Mais je pense qu’entre le fait de subir des greffes et de cryogéniser des gens pour qu’ils se réveillent au bout de 1000 ans,ou injecter à des femmes du sperme pour qu’elles portent l’enfant d’un étranger qui l’aura préalablement soudoyée pour ce faire, il y a un fossé, que dis-je? un abîme géant, celui qui sépare le bon sens et l’éthique de la science sans consciences, méphistophélienne, des drs Folamour et autres « blouses blanches »expérimenteurs du vivant….

  11. Merci de m’avoir répondu, Fabrice (et aussi les autres), même si vous devez vous douter que votre réponse me laisse sur ma faim. 😉

    En contre-point, on peut verser au débat un autre modèle de société que le nôtre actuellement, qui a déjà prouvé qu’il pouvait durer sur de très longues périodes (des centaines de milliers d’années), en assurant la reproduction des humains et la conservation de leur culture, sans compromettre les capacités de régénération de la planète.

    Et il semble bien, finalement, que ce fut le seul mode de vie « renouvelable » que l’humanité ait jamais connu.

    Je pense au mode de vie des chasseurs-cueilleurs du paléolithique, qui devait ressembler à celui qui a persisté jusqu’au siècle dernier encore dans certaines sociétés nomades chamaniques de Sibérie orientale, du côté du lac Baïkal (et que des ethnologues ont observé, ce qui nous permet de le connaitre alors qu’il a quasiment disparu aujourd’hui).

    Il s’agissait de sociétés où l’on vivait bien, dans le sens que l’on pouvait y être heureux, en communion avec la nature sauvage, naître, grandir, chasser, manger, chanter et danser, faire l’amour, avoir soi-même des enfants et les voir grandir…

    Ces sociétés ne connaissaient pas ces maladies dues au mode de vie moderne et à ses excès, de l’alimentation trop riche aux pollutions diverses et souvent insidieuses, mais elles ne connaissaient pas non plus beaucoup de ces maladies infectieuses qui ne se développent pas dans un climat très froid et sont friande de la promiscuité.

    On peut y voir une sorte de paradis, un paradis perdu en l’occurrence. Mais ce « paradis » avait un prix.

    D’abord, on y naissait difficilement, et un couple devait accepter de voir mourir dans ses bras un certain nombre de ses nourrissons avant d’espérer en conduire un ou deux jusqu’à l’âge adulte.

    Ensuite, les handicaps ou les maladies (il en survenait tout de même quelques uns), valaient condamnation immédiate dans ces conditions de vie assez rudes physiquement.

    Enfin, et c’est surtout là que je voulais en venir, on n’y faisait pas de vieux os.

    Quand un ancien devenu trop vieux ne pouvait plus suivre sa famille, car affaibli, ou simplement rouillé par le temps, on le laissait tout bonnement sur le bord de la route et on continuait sans lui. Souvent, pour alléger le poids pesant sur ses proches, c’est le vieux (ou la vieille) lui-même qui prenait la décision de s’arrêter là, et invitait les autres à poursuivre leur chemin.

    Ce mode de vie (et la philosophie de la mort qui avec) fut celui des humains durant la plus grande partie de leur présence sur Terre (et de très loin!). Il n’a changé que lorsque les hommes ont « posé leurs valises », au néolithique, avec la sédentarisation, l’invention de l’élevage et de l’agriculture, il y a, somme toute, fort peu de temps.

    Ensuite, tout est en effet allé très vite. La population humaine s’est mise à doubler en quelques milliers d’années (néolithique). Puis elle a doublé en quelques centaines d’années (période historique). A la fin du XXe siècle, elle doublait en quelques dizaines d’années!

    Il y a deux raisons à cela: le mode de vie sédentaire a permis que plus d’enfants survivent et il a permis aux survivants de vivre plus longtemps. Mais ça ne peut plus durer comme ça désormais, et je suppose que c’est ça que vous évoquez, Fabrice, dans votre réponse.

    Il n’y a, me semble-t-il, que deux moyens de sortir de la mécanique infernale qui s’est engagée à partir du néolithique et se poursuit aujourd’hui jusqu’aux limites de capacités de la nature à supporter le nombre des hommes:

    – contrôler drastiquement la démographie pour la réduire massivement (faire moins d’enfants, euthanasier les vieux et les malades, ou les deux, ou encore ne laisser vivre que les humains de certaines couleurs, ou tout autre critère de ségrégation servant à désigner ceux qui devraient rester au bord du chemin).

    Cette « solution finale » peut-elle être menée sans violence à l’échelle qui est nécessaire?

    – ou bien détacher complètement l’espèce humaine de la contrainte environnementale de la nature, qui ne peut plus soutenir son développement aujourd’hui. On y parvient par l’artificialisation totale de la vie, la re-constitution d’un éco-système artificiel hors-sol.

    Sans aller jusque dans l’espace, ça consiste à placer les villes sous cloche et produire la nourriture en laboratoire. Bien des auteurs de sciences fictions ont déjà (d)écrit cet avenir… Ils ont d’ailleurs souvent imaginé que cette avenir-là ne vaudrait pas pour tout le monde et que certains seraient laissés au bord du chemin…

    Cette seconde « solution » est celle qui mène vers le transhumanisme (et il semble bien qu’elle ait la préférence aujourd’hui dans les pays « développés »).

    Je vois bien que vous n’en voulez pas, Fabrice. Mais voyez-vous une autre alternative à la première solution, sachant que l’une comme l’autre conduisent à ce que des gens comme moi soient, de toute façon, laissés sur le bord du chemin… ou invités à le faire d’eux-mêmes?

  12. Merci pour cette leçon d’histoire et de politique. Je ne crois pas qu’il faille mettre sur le même plan le transumanisme comme l’envisages des fous furieux, parfois richissimes, qui s’ennuient à mourir d’être de simples mortels et se convainquent que l’argent peut tout ET les progrès médicaux élaborés d’abord, souvent, dans des labos publiques puis mis à dispositions de nous (il est vrai, aux riches peuples du nord).
    Sauf erreur sur ce que tu appelles le transumanisme, Fabrice, il y a un saut quantique entre ces deux mondes, bien que l’un procède sans doute de l’autre.

  13. Ivan Illich est plus que jamais d’actualité,qui écrivait en 1994:
    « Il ne m’apparaît pas qu’il soit nécessaire aux Etats d’avoir une politique nationale de « santé », cette chose qu’ils accordent à leurs citoyens. Ce dont ces derniers ont besoin, c’est de la courageuse faculté de regarder en face certaines vérités:

    * nous n’éliminerons jamais la douleur;
    * nous ne guérirons jamais toutes les affections;
    * nous mourrons certainement.

    Voilà pourquoi, en tant que créatures pensantes, nous devons bien voir que la quête de la santé peut être source de morbidité. Il n’y a pas de solutions scientifiques ou techniques. Il y a l’obligation quotidienne d’accepter la contingence et la fragilité de la condition humaine. Il convient de fixer des limites raisonnées aux soins de santé classiques. L’urgence s’impose de définir les devoirs qui nous incombent en tant qu’individus, ceux qui reviennent à notre communauté, et ceux que nous laissons à l’État. »

  14. Est-ce que l’on pas n’est pas déjà bien engage avec le mariage et l’adoption pour tous, PMA-GPA pour tous, la théorie du genre, le transhumanisme etc… dans la fabrication d’un autre Homo Sapiens? Sapiens et Neandertal ont cohabite jusqu’à ce que ce dernier soit « éliminé » d’une niche écologique ou il n’y avait pas de place pour ces deux espèces.

  15. Merci René pour ces quelques lignes d’Illich, effectivement brûlantes d’actualité.

    Il y a urgence, en effet, mais comment la tracer, cette frontière entre « les devoirs qui nous incombent en tant qu’individus, ceux qui reviennent à notre communauté [concept très peu français, soit dit en passant], et ceux que nous laissons à l’État » ?
    La question est d’autant plus cruciale que le « transhumanisme  » (pardonnez les guillemets, mais il me débecte que ces gens aient réussi à imposer ce mot, dans lequel le doux son du mot « humanisme » nous rassure alors que c’est précisément le contraire qui s’avance là-derrière)– le transhumanisme crée sans cesse une confusion qui lui profite en plaçant le débat sur le plan médical de la lutte contre la maladie.
    On voit bien, et on le voit ici même depuis deux jours, que tout débat qui s’amorce alors part sur des bases faussées, et que ce n’est pas par hasard : ainsi posé le « transhumanisme », sa critique est immédiatement réduite et assimilée à un refus de toute forme de soin médical, c’est ridicule — mais c’est exactement cette confusion-là qui est recherchée. Même procédé qu’avec le débat sur la filiation, dévié, faussé vers le pseudo-débat sur le mariage homosexuel et l’homophobie.

    Or il s’agit de bien autre chose. Il s’agit de ce qu’on entend par condition humaine, et même, par « être humain ». Rien que ça.

  16. Valérie (et Stricto,)

    Valérie, je vous rejoins. On peut être d’accord – ou non – avec le point de vue de notre hôte, mais le jeu consiste à échanger des arguments. Et non pas de réduire le débat, alors qu’il s’agit en effet de condition humaine, à l’intérêt supposé de la médecine officielle. Je précise à toute fins utiles que je me fais soigner quand c’est nécessaire.

    Mais telle n’est pas la question. Fabrice, dans une réponse à Stricto, sépare d’une manière qui m’a convaincu la sphère de l’individu et celle de la société. Et dans sa « réponse », Stricto repart comme si de rien n’était sur autre chose. Et là, franchement, ça me saoule. Si on n’a pas envie de discuter, c’est vraiment pas grave. Mais pourquoi dans ce cas venir ici ?

    Michel

  17. A Valérie,

    Le texte posté précédemment est la conclusion du « Renoncement à la santé », dans lequel Ivan Illich expose ses arguments. On peut en prendre connaissance sur le lien suivant:

    http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/illich/renoncement-sante.htm

    Il est récurrent l’argument qui consiste à mettre en avant un progrès pour la santé des techniques ou des produits que l’on veut imposer. Les promoteurs des O.G.M. n’ont pas manqué de s’en servir dans des débats publics pour tenter de convaincre une opposition majoritaire à leur utilisation.

  18. Merci beaucoup René.

    « Renoncement à la santé »…Peu d’expressions sont aussi subversives que celle-ci, par les temps qui courent, n’est-ce pas ?

    En attendant d’aller regarder ça de plus près, je voudrais évoquer une intervention, très proche sur le fond il me semble, qu’a faite l’italien Paolo Francesco Adorno (pas de parenté avec l’autre) au Banquet du livre de Lagrasse en 2010.

    Cette intervention passionnante, qu’il avait intitulée « La liberté d’être une brebis », Adorno la concluait ainsi : « Nous avons besoin de penser la nature d’un être qui trouve dans sa propre finitude son humanité. C’est cette anthropologie-là que j’appelle de tous mes vœux ».

    Dans le cours de son exposé, replaçant son propos dans une analyse de ce qu’est devenue la/le politique (le gouvernement du troupeau en échange de la protection dont il est — soi-disant — demandeur, une politique de contrôle qui, sous le masque et le registre du soin, a pris la place de l’ancien humanisme), Adorno avait évoqué — et c’est bien le seul que j’ai entendu le faire — la dernière trouvaille, depuis tout à fait oubliée, du PS : la théorie du CARE, qui, je le cite, « réduit toutes les relations au modèle malade/soignant et fait ainsi de nous tous, ontologiquement, des malades ; ne se propose pas de surmonter notre vulnérabilité, mais, au contraire, de l’institutionnaliser ; s’appuie sur l’idée que la dépendance est la valeur sur laquelle fonder le politique et la société.

    Je me souviens de mon émotion quand je l’ai entendu rappeler que « la finitude et la mortalité sont un moyen de singularisation », et que « apprendre à mourir n’est pas qu’une morale, c’est aussi « désapprendre à servir » « (Montaigne), et donc une position politique ».
    Oui, sortir du CARE et de ses avatars, revenir, par exemple, à une mort improductive et a-économique, démédicalisée, est ou va devenir un acte politique. Il ne s’agit pas pour autant de se laisser mourir et/ou de s’abandonner les uns les autres « au bord du chemin ». Évidemment.

    Mon émotion a été plus grande encore quand, à ma surprise, il fut très applaudi. Comme quoi tout reste possible.

    Bien à vous.

  19. Il faudrait d’ailleurs plutôt parler de renoncement à ce que la société industrielle nous vend sous le nom de « santé ».
    Car qu’est-ce que le système de « santé » aujourd’hui, sinon, de plus en plus clairement, la médicalisation perpétuelle de nos vies méthodiquement empoisonnées, la gestion — au sens propre, originel du mot — de nos cancers présents et à venir, et de nous-mêmes ?

  20. D’accord avec Nicolas sur le texte d’Illich, qui fait plus que rejoindre l’intervention dont je parlais : il va bien au-delà et remonte bien en deçà. La parole d’Illich est renversante, à tous les sens du mot.
    Il va falloir non seulement le relire, mais y revenir, souvent et longuement.
    Encore merci.

  21. Et oui… Politis, c’est la gauche… et la gauche, c’est bien ça aussi : « fascination » (donc complicité) avec le nucléaire, les nanos, le transhumanisme, etc…
    Grattez un peu (parfois beaucoup, certes) mais vous finirez toujours par trouver.
    Je me souviens de ton départ de Politis, Fabrice, je t’avais suivi en tant qu’abonné (depuis des années !) peu après car moi non plus je n’en pouvais plus : Politis n’est, ne sera plus jamais moi ! Et encore moins depuis cet été.
    C’est autre chose qu’il est urgentissime de construire…

  22. A Stricto :
    cette histoire de contrôle de la démographie telle que vous la formulez m’interpelle : « – contrôler drastiquement la démographie pour la réduire massivement (faire moins d’enfants, euthanasier les vieux et les malades, ou les deux, ou encore ne laisser vivre que les humains de certaines couleurs, ou tout autre critère de ségrégation servant à désigner ceux qui devraient rester au bord du chemin). »
    Il y a pourtant un moyen très simple de contrôler la démographie, bien mis en évidence par les démographes, c’est l’éducation, en particulier celle des filles. Un fille qui a accès à l’éducation n’accepte pas d’être réduite à une simple reproductrice d’individus potentiellement sources de revenus car c’est bien de cela qu’il s’agit.
    Oui l’éducation, l’accès à la culture émancipent, tout simplement, dans un cadre démocratique.

  23. Fabrice, quand tu dis  » Une autre culture émerge des décombres, qui suit un chemin difficile, hésitant, fatalement long. La première est morte. La seconde reste fragile, mais elle déborde d’énergie, et comme elle est le seul avenir concevable, pour le moment du moins, il faut lui souhaiter de grandir au point de dominer culturellement le monde. Car c’est de la culture profonde des humains que surgiront d’éventuelles solutions. »
    Est-ce que tu veux parler d’initiatives comme , par exemple,celle qui suit ?

    bonjour

    La Maison Citoyenne de Villeneuve sur Lot organise un marché gratuit ce dimanche. Vous êtes tous les bienvenus.

    Un marché gratuit à Villeneuve sur Lot,

    qu’est ce que c’est et pourquoi faire ?

    Un marché du gratuit pour rompre avec le Tout marchand

    Le concept de marché gratuit nous vient d’Amérique Latine, et plus précisément de Buenos Aires. L’idée, initiée dès 2010 par Ariel Bosio , a rencontré un succès grandissant, d’abord localement, puis à l’étranger.
    Déjà fort populaire dans certains milieux alternatifs, la gratuité n’est certes pas une idée nouvelle. Cependant, la multiplication d’initiatives comme les gratiferias témoigne d’un intérêt croissant de la part de la population.

    Principe :

    « Amenez ce que vous voulez ou rien

    Repartez avec ce qui vous plaît »

    Repas : on prépare ce qu’on a apporté et on partage

    Pourquoi organiser ce premier marché gratuit ?

    Pour donner une deuxième vie à toutes ces choses qui pourraient être utilisées et ainsi réduire le gaspillage

    Pour que la gratuité entre dans nos vies et pour sortir de la logique marchande

    Pour créer des liens autour de la préparation du repas, du marché,

    Pour redécouvrir les rapports humains, la solidarité et en finir avec l’individualisme

    Pour une nouvelle politique de mise en commun pour construire un autre monde,(suite aux crises socialex, politiques, écologiques et financières) où l’on produirait pour couvrir des besoins et non pour VENDRE et faire du profit.

    Pour en finir avec l’emprise de la finance

    C’est un choix de société contraire au repli sur soi et à la défiance

    Rien n’est plus contraire au libéralisme que la gratuité

    Les initiatives en faveur de la gratuité se multiplient. Elles vont à l’encontre de l’idée dominante selon laquelle tout service doit être payant. Elles ouvrent d’autres horizons que les rapports marchands. Sans aller jusqu’à dire que ces échanges remplaceront l’économie de marché, nous pensons s qu’ils accompagneront un changement progressif de notre rapport à la consommation.

  24. Gratuité ou pas, ce n’est pas celà l’essentiel. L’essentiel, c’est qu’aujourd’hui nous sommes 7 milliards, et au milieu du siècle 10 milliards et la Planète n’en peut plus. Le blogue Démocratie responsable explique celà mieux que je ne pourrais le faire.

  25. Au sujet de l’article, je suis globalement d’accord, toutefois, je rajoute, qu’il n’y a pas un transhumanisme propre à la droite ou à la gauche, mais un « déshumanisme », vu dans un but financier et hégémonique à droite et d’une façon naïve comme pouvant être contrôlé à gauche et chez certains verts.

    Aussi, si je suis anarchiste écologiste athée, je ne vais pas imposer aux autres de suivre ma voie, et à ce sujet je préfère agir avec un croyant, un gaulliste ou un communiste ouvert qu’avec un vert adepte de « l’enfer vert » et tout ce qu’il comporte : compteur « intelligent », contrôle de la population…

    Je rejoint aussi Vu de Sirius, la technologie pose problème quand elle nuit à notre liberté, la trithérapie, la chirugie cardique et d’autres découvertes médicales, si elles ne sont pas imposées au patient, n’empiètent pas sur la liberté et permet au « prolongé » de poursuivre son but.

    Le problème n’est pas de s’opposer à la science, mais de discerner ce qui peut conduire à une privation de liberté sous couvert d’un prétendu progrès comme le nucléaire, les nanotechnologies (et leur association à la neurobiologie), les OGM, et imposer un moratoire pour ces cas où les quelques avantages sont mis en avant pour masquer la finalité de ces techniques destinées à surveiller, contrôler et contraindre la population.

    Pour les non-convaincus, prenez l’exemple le plus ancien : le nucléaire, mettez d’un côté de la balance ce qu’il a apporté de plus à la population au cours des 50 dernières années :des ajustements en radiothérapie, et ce qu’il à apporté à l’armée : combien de missiles et de pays disposant l’arme nucléaire? , et comme nuisances au niveau de son utilisation énergétique : coût et problèmes des déchets, accidents, mauvaises politiques énergétiques…

  26. « – contrôler drastiquement la démographie pour la réduire massivement (faire moins d’enfants, euthanasier les vieux et les malades, ou les deux, ou encore ne laisser vivre que les humains de certaines couleurs,… »

    Il y en a au moins un, Patrick Pique, qui a relevé cette phrase mais cela ne choque personne que Stricto mette sur le même plan le fait de ne pas concevoir un être humain et le fait d’en assassiner ?

  27. Au sujet d’Illitch et du « renoncement à la santé », si je suis en accord avec certains points
    notamment : « Je revendique certaines libertés pour ceux qui préfèrent célébrer l’existence plus que de préserver la «vie»:
    la liberté de juger moi-même si je suis malade;
    la liberté de refuser à tout moment un traitement médical;
    la liberté de choisir moi-même un remède ou un traitement;
    la liberté d’être soigné par une personne de mon choix, c’est-à-dire par quiconque dans la communauté s’estime apte à guérir, qu’il s’agisse d’un acupuncteur, d’un homéopathe, d’un neurochirurgien, d’un astrologue, d’un sorcier, ou de toute autre personne;
    la liberté de mourir sans diagnostic. « 
    il n’empêche qu’il commet des raccourcis du niveau de scientistes, de maoïstes, de néocons ou d’autres illuminés .
    – « Il ne m’apparaît pas qu’il soit nécessaire aux Etats d’avoir une politique nationale de «santé», cette chose qu’ils accordent à leurs citoyens » une couverture médicale gratuite universelle est non seulement bénéfique mais aussi révolutionnaire si elle est soustraite du monde marchand.

    – »Pendant vingt ans, j’ai défendu l’idée que la consommation médicale, au-delà d’un seuil très bas, devrait être frappée de taxes de luxe comme le sont l’alcool. le tabac et les loteries. En taxant les dialyses, les pontages et les ACT, on obtiendrait les moyens de financer pour tous — même à Sumatra — des interventions telle que l’appendicectomie. »
    Désaccord sur le seuil de très bas, un pontage, un dose de morphine ou d’un autre anti-douleur, n’est pas forcément un luxe, quand au soins et à la nourriture pour tous, elle était possible à l’époque et l’est encore actuellement si l’on change de système économique. Tant que le système fera que producteur vendra sa production plus chère pour des utilisations telles que les agrocarburants ou l’élevage intensif plutôt qu’aux pauvres, le problème ne sera pas résolu que l’agriculture soit « conventionnelle, biologique ou ogm 
    De plus la somme nécessaire à une santé accessible est très faible par rapport aux dépenses d’armements, de surveillance, des dividendes et de tas de projets inutiles.

    – »Je constate, pour le déplorer, que beaucoup d’entre nous entretiennent l’étrange illusion que tout un chacun a «droit» à quelque chose qui s’appelle les «soins de santé». Ainsi se trouve-t-on légitimé à recevoir le plus récent assortiment de thérapies techniques, fondé sur le diagnostic d’un professionnel quelconque, afin de survivre plus longtemps dans un état qui est souvent affreux, douloureux ou simplement fastidieux. « 

    s’il est vrai qu’il a beaucoup d’abus en matière d’acharnement thérapeutique, beaucoup de personnes ont un prolongement de plusieurs décennies de vie sans être grabataire, j’en suis un exemple, au 19ème siècle j’aurais été mort né, pour quelques secondes de revenus d’un individu comme liliane bettancourt, j’ai été sauvé, et aujourd’hui avec plus de 40 ans je peux parcourir, sans problème, les Pyrénées d’Ouest en Est à pied ou à vélo

    Je ne vais pas reprendre chaque point de divergence, si nous sommes mortels et que nous ne guérirons pas toutes les affections et les douleurs, il n’empêche que nous pouvons lutter contre et que nous ne sommes pas la seule espèce à le faire : chimpanzé, bonobo, chat…

    Pour ce qui est du système de santé actuel, s’il beaucoup de tares doivent lui être enlevées : traitements imposés, lobby des labos, institutions vichystes comme l’ordre des médecins, manque de remises en cause de certains pontes…, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

    Renoncer à sa santé ou au mariage pour tous, ne changera rien à la tyrannie technologie, une lutte efficace doit refuser le renoncement à la liberté au nom d’une prétendue sécurité qu’elle soit civile, médicale ou autre, et empêcher les lampistes de permettre aux tyrans de tout bord de prendre le pouvoir.

  28. Illich aujourd’hui, ou Descartes hier, peuvent être des philosophes, cela ne les empêchent pas de se fourvoyer et de sortir des conneries.

  29. PS Excusez moi pour les fautes de frappe, mais le clavier se fait « vieux » comme l’ordinateur, ils approchent la dizaine et je n’ai pas envie de les remplacer tant que le tout fonctionne, 10 ans pour un objet c’est encore trop court.

  30. Des monstruosités lues dans les commentaires en effet…
    J’ai commencé à écrire 3 suites à ce billet haut en colères, tant il aborde la cible de nos dernières illusions sociétales (à mes yeux).
    Et j’ai abandonné. Je ne suis ni Descartes, ni Illich, et si les conneries viennent si vite chez eux… Il faut de plus accoucher d’un texte lisisible, et avancer là où l’on est entendu.
    Mais de tant de costaud, le rudeau, la rudesse se fâche, toutes couenneries dehors !

    L’avenir avec une alternative (entre deux horreurs) ?
    Avec en rétrospective des chasseurs cueilleurs qui abandonnent leurs fragiles ou fatigués ?

    Les traces les plus anciennes des humains ne nous parlent que de rites de mort !
    Des cérémonies, des grosses pierres levées, des tombeaux, des cairns…
    Pour les chefs seuls ?
    Les dépouilles, les bois et les collines deviennent poussière et surtout humus (si on ne laboure pas à tout propos).
    Les animaux accèdent aussi à la consécration, les minéraux !

    Nos dernières illusions d’avenir scientiste reposent si peu étonnamment sur les mêmes affres (mort, souffrance ; le peps choc du capitalisme ayant su arroser de plaisir et de confort le coeur de nos lancinantes préoccupations / vive les camping-car, oublié dans la liste de objets « vitaux »)… On serait vernis ?
    Le transhumanisme, ce serait alors de plus avoir peur, ni crever ? Jouissance fixe, ou en ondulation ?

    Le transhumainsme donc : comme le reste, loin des articles super-lights et hardi-lourds de Politis, quelques mots doivent suffire à dire ce que c’est, et ouvrir les yeux sur la tragédie naturelle qui s’y joue. Que va-t-il subsister, en effet ?
    – des manipulations entre espèces et règnes vivants,
    – des importations de systèmes électroniques ou de toute « haute »-technologie, soit des imports de puissances énergétiques, là où l’on soupçonne aujourd’hui un univers fondé sur les vibrations d »énergie justement,
    – le tout, car cela ce pourrait n’être que de petites amusailles : à toutes les échelles, dans toutes les dimensions ! Amigos, non pas « adios », mais grands « dias », car tout est ouvert, tout est permis !
    Qualité, quantité, complexité. Pourquoi s’emmerd…

    Les comités d’éthique vont se multiplier ?
    Les consommateurs acheter non, non, non ! ?
    Les gens de pouvoir (savants, politiques, etc, etc.) abandonner leur poste, les banquiers leur coffre-fort, ces coquins mondiaux arrêter de savourer la naturalisation de hiérarchisations humaines, les sélections éliminatrices, les génocides nettoyeurs, les contrôles et gestions totalisantes ? Là, l’humanité n’est évidemment pas seule concernée, animaux, minéraux, en ordre !

    Mot incident et retenu pour la santé, et d’autres domaines, et assez souvent cité chez Planète sans visa ces temsp-ci : la balance Bénéfice / Risque ?
    Bénéfices / maléfices ! C’est tout de même plus équilibré, neutre (scientifique, objectif, les copines), et rien qu’à l’énoncer, on réalise l’arrogance, ou la paupière tombée du regard humain sur son joli travail (dodo, gaga).
    Quand va-t-on enfin mesurer ou accepter les effets véritables de ce que nous faisons depuis des siècles ?
    A quel point nous nous fourvoyons, en privilégiant toujours la rupture et / ou le dépassement de ce qui est ?
    Combien de succès contre des malheurs qu’aucun homme du Moyen-Age n’aurait pu imaginer (un peu de rétro-fiction, à mon tour, ce temps est encore méprisé, je l’aime assez).

    Et je conçois l’être humain comme doté de qualités merveilleuses, eh oui.
    Et je conclus aussi que la connaissance humaine est fantastique. Et que dans le merdier où nous sommes, nous possédons des outils inespérés, de ces faits, de ces habilités naturelles, beaucoup pour comprendre notre long chemin passé, et trouver une voie de continuer, d’une forme sans forme encore, aux multiples possibilités, autant dire des voies, et des vies, au nombre incalculable (tabou la population humaine pour moi, voyons le reste : y réside l’avenir !).
    La Nature est notre salut, comme elle est notre berceau et notre anima, notre jus. Elle est création, elle est abondance, elle est aussi mort, laquelle est l’assurance de poursuite, et de régénation.
    Nous disposons d’un savoir suffisant aujourd’hui / il déborde même notre domaine de perception directe / pour nous regarder et imaginer toutes les sorties, à la dimension qui est la nôtre, à la place qui est la nôtre, perceptions enfin savourées. A cette dimension, c’est l’infini qui nous est ouvert, et l’esprit avec.

    Une connerie de plus ?
    Elle n’est pas de moi, mais de Bilal. Ou comment, sous prétexte de critique, on en balance pour le post-humanisme (trans-narcissisme) :

    « Je rêve qu’on puisse intervenir sur le cerveau humain pour y maintenir de l’humanité… »
    Enki Bilal.
    Ouf, seul le cerveau de la si moche espèce est concerné avec lui !

    Ah, oui, j’oubliais, pour la nature, la Nature oui, lire les déf… de ? Masanobu FUKUOKA !
    Pour les belles idées, aussi !

  31. Merci Florence pour cette citation de Bilal qui vaut largement Alphonse Allais et son idée de construire les villes à la campagne.

    Sauf qu’Alphonse Allais était rigolo.

    J’ai eu l’occasion cet été de jeter un coup d’œil à ce très malsain dossier de Politis — non non, je ne l’ai pas acheté — et j’ai pris la fuite après qu’on m’a lu, entre autres, quelques phrases tout à fait perplexifiantes du très ambigu Bilal. Mais j’ai loupé celle-là, qui en effet levait toute ambiguïté.

  32. Tres bel article. Le hasard a fait que je l’ai lu immediatement a la suite de celui sur Naomi Klein, et comme tous deux recapitulent ton histoire personelle, Fabrice, je les ai inconsciemment reunis. Deux beaux articles, donc.

    Et cette reunion, due au hasard (mais etait-ce un hasard?) d’avoir sauvegarde les deux articles dans le meme fichier PDF pour les lire plus tard, m’a fait penser a cette phrase de Novalis:

    « Seul celui qui fait un bon couple, une bonne famille, avec lui-meme, est mur pour faire un couple, pour fonder une famille, avec quelqu’un d’autre ». (je cite de memoire, vous me pardonnerez si c’est approximatif – Novalis, Fragments et Poemes, Aubier Montaigne)

    Et ce lien entre avoir un rapport sain avec soi-meme et avoir un rapport sain avec la nature, me semble etre le meme!

    Je commence a decouvrir la pensee de Jacques Ranciere, qui a ecrit cet article genial:

    http://bougnoulosophe.blogspot.in/2010/09/le-racisme-populaire-nest-quun-mythe.html

    article ecrit avant celui, plus celebre, de Badiou « Racisme d’Etat et racisme intellectuel » (et publie dans le monde sous un titre deliberement errone) http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-ariane-badiou/070512/lautocensure-scandaleuse

    Ce que je trouve extraordinaire chez Ranciere, c’est comment une pensee si subtile et si puissante, qui etend ses racines dans l’idee de l’esthetique, peut s’alimenter, se frotter a ce que notre epoque a justement de plus pourri et de plus decadent (pour le denoncer bien sur).

    Ranciere, comme Chakravorty Spivak (mais qui s’exprime de maniere insupportablement compliquee) et a la suite de Schiller, s’attaque de front aux questions politiques les plus brulantes en puisant a ce qui est le plus fragile et le plus delicat: l’esthetique.

    Et l’esthetique a ceci de particulier qu’elle reunit l’homme a la nature, puisque toute source de beaute est dans la nature, et en meme temps elle l’en eloigne puisqu’elle est la source meme de mouvement dans l’homme.

    Le « transhumanisme » joue sur les mots. Car l’etre humain a toujours ete « transhumain », depuis l’origine des temps. Mais cette nouvelle religion qui consiste a faire porter son salut dans la technologie, puise ses forces dans la peur, dans la terreur de mourir, de n’etre plus soi-meme, le petit « moi » tiede, mediocre et apprivoise que l’on connait. Car c’est bien cela le projet d’immortalite de Ray Kurzweil. Grace a la technologie la peur se donne des allures d’optimisme!

    Pour rebondir sur les interrogations sur la sante de Florence et Valerie, voici une question: Qu’est-ce que la sante? La plupart du temps on repond que la sante c’est trouver son equilibre. Avec son environnement, avec soi-meme, etc. Mais il y a une difficulte: Quand l’equilibre est trouve, peut-il encore y avoir un mouvement? Ou pour etre encore plus clair, le seul vrai equilibre, le seul equilibre parfait, n’est-t-il pas la mort? Mort biologique, mais aussi « mort tiede » de l’univers, etc. Donc, la sante serait la mort? Ou bien, etre vivant necessiterait de n’etre pas « en bonne sante »?

    Et l’immortalite comme sante perpetuelle de Ray Kurzweil ne serait-elle pas la mort absolue, totale, la seule qui garantisse l’arret a jamais de tout mouvement?

    Chers co-malades, bien a vous tous 😉

  33. Bonsoir,

    Merci Fabrice. Merci a toutes, tous.

    Mr Stricto,

    Mes plus belles pensées vous accompagne.
    Aimerais tant pouvoir vous aider.

    Cordialement,

  34. Merci Laurent.
    Allons donc à l’essentiel dans ce débat : parmi les cinglés qui promettent la fin de la mort, et parmi ceux qui les écoutent et veulent les croire — soit presque tout le monde, j’en ai peur — personne n’a donc une seconde essayé d’imaginer ce que seraient nos vies sans la mort ? Ce qu’il en serait aujourd’hui de la civilisation, de la transmission, de la culture, au sens fort, plein, multi-millénaire de ce mot ?

    Personne pour mesurer tout ce qui, dans nos vies, n’existe que par le prix que lui donne la mort ? Personne pour ouvrir un livre de vraie littérature, et voir qu’à chaque page on ne nous parle que de ça ? Personne pour faire un bref effort d’imagination et se rendre compte que la beauté des choses humaines tient tout entière dans l’urgence où nous sommes de nous dire des choses, de comprendre, de transmettre, d’aimer, avant qu’il soit trop tard ? Personne pour apercevoir l’évidence : que la difficulté terrible que c’est de vivre, d’aimer, de souffrir, forme seule ce que nous appelons « la vie » digne d’être vécue ?

    « Eh bien justement, supprimons la mort, vous pourrez aimer tant que vous voudrez », dirons ces absurdes crétins dont l’âme et le cerveau onta été anéantis par la « pensée » hédoniste et consumériste. Mais quel besoin aurons-nous d’aimer, et comment y arriverons-nous, si nos cœurs ne se serrent plus à l’idée de la perte qui les attend, si la finitude des êtres et des choses n’est plus là pour leur donner les contours qui nous émeuvent ? Que seront nos vies et nos civilisations sans ce vertige-là, cette émotion-là, sans la mort qui nous sépare et nous réunit tous ?

    Le « transhumanisme » a réussi ceci de fou : ébaucher une perspective plus effrayante encore que toutes les apocalypses nucléaires réunies : un monde où nous serions condamnés à ne plus mourir. Une vie invivable (dont l’obsession actuelle du « risque zéro » et la vie aseptisée qui va avec est un signe avant-coureur, un avant-goût). Un cauchemar éternel.
    L’impossible.

    « Il est pourtant clair que nous devons nous tenir au difficile. Tout ce qui vit s’y tient. Chaque être se développe et se défend selon son mode et tire de lui-même cette forme unique qui est son propre, à tout prix et contre tout obstacle. Nous savons peu de choses, mais qu’il faille nous tenir au difficile, c’est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. »
    Rainer Maria Rilke (lettres à un jeune poète)

  35. Fabrice nous a mis disposition le Politis de l’été, Valérie.
    C’est dans son intro, à cliquer, couleurs froides plein la tronche, dessin peu inspirés en prime (100 fois les mêmes tronches, les mêmes nibards – pardon, pardon, les mêmes roues et filaments).

    Ce n’est pas un cadeau, là (réf. aux Cahiers de St-Lambert), mais la possibilité comme il sied à notre hôte, finalement très peu bistrotier, que chacun se fasse son idée (ou ses spasmes).
    Aveu : je l’ai survolé ! Comme le dossier le fait du dossier.
    Si la presse, c’est cela aujourd’hui, que d’économie (pour moi), que de gaspillages, encore et toujours…

  36. Laurent, sur la santé, je suis en dynamique, l’équilibre, dynamique.
    Propre de la vie ?
    L’homéopathie, si vous me lisez quand je file mon coton avec, s’y retrouve.
    J’ai écrit beaucoup d’autres conneries là-dessus chez Fabrice.

    Car je suis obsédée. Diffilce de le cacher.

    Sur Rancière, LAurent, toujours : allez jeter un oeil sur le site Lieux communs (filiation Castoriadis), s’y trouve un non-amateur, averti en un sens. Ca frite. Et comme la lecture de « La haine de la démocratie » m’a donné quelques onces de gêne (dans une mer de satisfaction), j’y ai trouvé des explications.
    Alexandre Anizy est aussi un lecteur intéressant de notre penseur (son blog à fouiller).
    Badiou pourrait relever des mêmes distances.

  37. Me v’la encore.
    A force de les aimer, et sans doute parce qu’ils sont le pas majeur de la vie, je les ai oubliés : les végétaux.
    Eux aussi en ordre humain, que notre volonté soit…

    NON !

  38. Florence, merci d’avoir repondu ce qu’il fallait sur l’image d’epinal completememt absurde des « chasseurs-cueilleurs a moitie sauvages ». (Au passage, une etude Americaine a montre que le Q.I. a considerablement diminue depuis quelques milliers d’annees, ca vaut ce que ca vaut, mais c’est a garder en memoire).

    Moi aussi, comme l’immense majorite d’entre nous, je suis « trans-humain » selon le critere de Stricto! Bien qu’etant adepte de l’homeopathie et « contre » les antibiotiques (au sens ou je limite leur utilisation aux cas graves) je serais deja mort une bonne dizaine de fois d’infections diverses sans ces medicaments. Donc bien evidemment je ne peux etre « contre » qu’avec une pincee de sel, car sans ces medicaments je ne serais pas meme capable d’ecrire ces lignes aujourd’hui, ce qui serait une contradiction assez amusante.

    Mais c’est important de saisir que nous sommes de plus en plus nombreux a etre ainsi des « morts en sursis », que c’est devenu le lot de plus en plus de gens, qui ne doivent leur survie qu’a des medicaments administres de maniere frequente voire quotidienne, soit parcequ’ils ont des maladies graves, soit parcequ’ils ont des vulnerabilites qui pourraient devenir graves si on arretait le traitement (diabete etc.)

    En fait le paradoxe de « la vie augmentee » c’est qu’elle nous rapproche de la mort, nous fait vivre de plus en plus pres de la mort, au coeur de la maladie, alors meme que la motivation c’est d’eloigner la mort et la maladie, de retarder la mort le plus longtemps possible.

    Il est donc important, au contraire de ce que voudrait nous faire croire le « transhumanisme » que nous apprenions de plus en plus a regarder ces choses en face, a comprendre la maladie et meme peut-etre la mort, comme une partie de soi-meme, puisque nous faisons tout pour en rendre l’experience une part de plus en plus intime et de plus et plus longue de notre vie.

    « L’equilibre dynamique » c’est pas une notion tres claire pour moi. Car de deux choses l’une: Ou bien il y a du changemement, et alors l’equilibre est instable, ou il n’y en a pas, et l’equilibre est stable. Et le seul equilibre vraiment stable est la mort. Il y aurait peut-etre une notion alternative, c’est la notion de « temps quasi-cyclique » qui correspondrait aux cosmologies pre-Chretiennes (en tout cas pre-Augustiniennes) et que le mathematicien C.K. Raju propose de remettre au gout du jour en physique et en sciences, afin de concilier le « temps deterministe » de la science avec le « temps usuel » du physicien qui est libre de faire une experience ou de ne pas la faire. Mais c’est un peu complique pour moi, ca suppose une « inclinaison de la fleche du temps », ca joue avec les concepts de la relativite generale de Henri Poincare que Einstein n’aurait compris qu’a moitie, bref c’est assez trapu…

    Pour ceux qu’une conception de la science « non religieuse et nettoyee de la metaphysique Augustinienne » interesse: http://ckraju.net/

  39. Il ne faut pas se faire d’illusions: Passe 50 ans, nous sommes tous un peu transhumains, avec au moins 4 ou 5 fausses dents, une tige en fer dans le tibia, des lentilles dans les yeux, un tube de plastique dans une artere, des medicaments en prise reguliere, et un sentiment inconfortable, meme si inavoue ou inconscient, des que l’i-phone a besoin de recharge.

    Le transhumain c’est cela: Un cadavre en sursis, en equilibre sur ses bequilles, qui n’a besoin pour tout aliment que de ses propres lubies, repetees a l’infini.

    Comme « Warhole » de Enki Bilal, ou comme Enki Bilal.

    Ou comme nous, ses lecteurs.

    Mais un artiste beaucoup plus puissant aurait ete Francis Bacon!

    Sauf que ses peintures auraient transperce si violemment le discours du transhumanisme, que le « dossier » de Politis se serait effondre sur lui-meme…

    http://www.productionmyarts.com/blog/wp-content/par-amour.jpg

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/7/79/Francis_Bacon_Study_for_the_Nurse_in_the_Battleship_Potemkin.jpg

  40. @ Laurent

    « Il ne faut pas se faire d’illusion…. »

    Tout à fait d’accord avec ton commentaire illustré

    Nous sommes tous des cadavres en sursis.. c’est normal et indispensable à la continuité de la vie sur la planète (avec ou sans homme, « transhumain » ou pas, c’est un détail ) et de ses écosystémes. Heureusement nous allons être « réutilisés », recyclés, grâce aux décomposeurs qu’on oublie souvent au profit des carnivores. A mon âge, j’ai donc encore l’espoir d’être bientôt utile, voire utilisé…

  41. Du Tesson trouvé sur la route hier matin.

    Ben l’avait pas cinquante balais, pas de béquilles, pas de fausses dents…même pas viré sa cuti…l’a juste traversé la route – pour aller de l’autre côté – devant un transhumain qui allait où ce con ?

  42. Je suis désolée d’écrire trop vite, avec de plus des fautes de frappe ou d’orthographe…
    Y aller d’un bond m’est plus facile, surtout quand j’ai des spasmes !
    Je vois que je me trouve à côté de vos propos, Laurent. Je n’acquiesce pas non plus à nombre de nos commentateurs, et ne suis pas davantage entendue.
    Je vais tâcher d’être posée à mon tour.
    Et d’expliciter mes assauts, et le trapu (joli mot).
    Je constate que j’évolue ces temps-ci. La lecture Masanobu Fukuoka a confirmé et éclairci de mes tendances. Mais un mûrissement est inévitable, souhaitable. L’écrit aide parfois à avancer. Tentons. Je veux voir clair de mon côté. Les enjeux sont drastiques. Et je suis paralysée d’inquiétude devant nos potentiels de criminalité et de folie furieuse.

    Laurent ?
    – L’équilibre, en dynamique…
    L’idée de cycle peut pourvoir à sa représentation, d’autant plus selon l’idée de régulation. Je n’ai pas vos références, comme souvent. Mais je n’en ai pas immédiatement besoin pour que cette vue corresponde à une possibilité de réalité crédible pour moi. Avec un détour assez long plus loin si j’ai le courage aujourd’hui, peut-être cette conception, qui m’est d’accès immédiat, vous parlera davantage. Au plus près voici :
    Une fois de plus, l’équilibre n’est peut-être qu’une notion relative ! tandis que le mouvement est premier et créateur de variation voire de ruptures. Avant tout, la stabilité dans le mouvement se conçoit, ne trouvez-vous pas ? Et l’équilbre, si l’on s’attache à l’un des autres mots que vous questionnez, est stable en ce qu’il est équilibre, et instable en tant qu’il est équilibre !
    Possible réponse ?
    En me relisant, je corrigerais bien en affirmant que l’équilibre est tout aussi premier que le mouvement… Sueur. Non dualisme certain.

    – Concernant l’homéopathie, j’en ai beaucoup parlé à Planète et je ne suis qu’en phase de découverte heureuse (jusqu’alors, j’étais une patiente ignare et docile de cet art de guérir). Cette phase me conduit à renforcer ma vision « écologique ». Ni plus ni moins.
    Je puis cependant vous affirmer que l’homéopathie n’a rien à voir avec son avatar de « médecine douce » de caricature actuelle. C’est même sans doute la seule médecine qui guérit véritablement les patients, dans les limites du seuil de morbidité… si jamais d’aucun sait où il se situe exactement, d’ailleurs. Les antibiotiques sont éradicateurs de manifestations symptomatiques et induisent un choc au corps dont on ne mesure pas les effets réels et profonds. Sans même parler de l’individuation qui est absente de l’allopathie, sa concurrente, lucrative pour certains, et chérie de notre société, l’homéopathie véritable (car ont été créées de toutes pièces la plurialiste et la complexiste, alors qu’il n’en existe qu’une, mise en place par Samuel Hahnemann) actionne un mécanisme (?), un processus naturel qui outrepasse notre entendement, et réimplante l’être humain dans la chaîne de l’évolution du vivant, minéral compris. C’est admirable, troublant et prouvé (guérison). Les effets indésirables existent, en ce que tout médicament, a fortiori tout remède, agit.
    Les homéopathes praticiens quant à eux sont effrayés de l’état de santé (de non santé et de déséquilibre !) que connaissent les populations soignées à coup de substances de synthèse (molécules crées par la chimie humaine du moins / artificielles). George Vithoulkas parle de « destruction de l’espèce humaine » et avance que sans le niveau de santé déplorable qui est le nôtre, oui, des maladies comme le sida ne pourrait exister… C’est affreux. Que penser ?
    Les quelques expériences de maladie et de fin de vie que j’ai eu à vivre récemment dans mon entourage m’ont alarmée de la nocivité et de l’irresponsabilité de nos services sociaux et soignantx. C’est personnel, soit.

    J’en profite pour écrire que l’euthanasie est à mes yeux un crime ; et que sous couvert de questionnements philosophiques ou réalistes, tandis que les centres de palliation ont dans leurs armoires un produit au moins qui, à force de tenir le rythme cardiaque (en équilibre ?), savent l’issue fatale (attendue ?) de leurs injections, l’échec d’une société qui se familiarise à de tels actes, et s’y abandonne, je ne peux énoncer « civilisation », m’y paraît patent.

  43. Philou écrit: » une lutte efficace doit refuser le renoncement à la liberté au nom d’une prétendue sécurité qu’elle soit civile, médicale ou autre, et empêcher les lampistes de permettre aux tyrans de tout bord de prendre le pouvoir.  » Il me semble qu’Ivan Illich n’aurait pas été d’un avis différent.
    Pour faire court, Illich  s’est attaché à montrer que, passé un certain seuil, certaines institutions de notre société deviennent contre-productives ( par exemple, la médecine nuit à la santé ); en outre, ces institutions ont souvent tendance à priver les citoyens de leur autonomie.
    Et, à en juger par l’état actuel de notre société, les événements lui ont donné raison.
    Enfin, pour ce que j’en ai lu et dont je me souviens, je n’ai pas le sentiment qu’Illich ait écrit beaucoup de « conneries ».

  44. C’était de l’ironie René ! Mais je comprends que mes figures de style ne vous plaisent pas.
    J’ai tenté d’en dire le moins possible à mon tour et « tour d’échelle » (et en texte et en conneries).
    Mais que personne n’écrive jamais de bêtises, voilà une assurance tout risque à laquelle je ne souscrirai pas.
    Chacun ses maîtres, par ailleurs. Ou simplement ses interprétations.

    Sur l’humus, étymologiquement proche d’humain, d’homme et d’humilité (rappel des Bourguignon à si bon escient dans leur livre sur le sol), merci LBL.
    Fukuoka se catastrophait de la disparition d’une bactérie essentielle à la vie des pins rouges, au Japon.

    Je me demande si au lieu de développement durable, on ne devrait pas évoquer le (vrai) déchet durable comme caractéristique de notre temps, de notre économie.
    Terr…ible.

    A la suite des commentaires encore, je refuse le transhumain que nous serions tous, aujourd’hui comme hier, ou davantage qu’hier. J’y décèle une manière possible de noyer le poisson ; cela peut permettre de se regarder en face, certes, mais un mot existe, et il me paraît suffisant. Humain. Ou même homme (mais j’ai un back-ground de « femme » parfois pesant).

    Si la tendance à recourir et inventer des relais, des moyens pratiques qui nous servent favorablement (a priori ?) est une propriété de notre espèce, le fait de calquer sur la nature quelques (ou de nombreuses) relations de cause à effet, d’intégrer et surtout et définitivement de tenter de supplanter à cet ordre (?) naturel nos ordres (double sens agréé) au combien partiels, et souvent erronés, imprudents, si vite illusionnés par quelques succès et résultats tangibles (des techniques, des technologies à partir de fragments théoriques) me paraît la pire des pistes que nous puissions suivre.

    Cette tendance ou compétence humaine n’est pas la seule, alors qu’elle porte diablement à conséquence physique, matérielle, pénètre et enfreint toujours plus loin des domaines et limites de la vie, du donné, telle que celle-ci se présente à l’évidence à nous en tout cas (et là où nous devrions sans doute savoir nous cantonner, de nos potentialités d’extrapolation pour autant ouvertes et déployables).

    A côté de la rationalité et de la créativité technique, l’humain possède une palette de capacités jouant tout autant de la vérité (éthique – qui serait innée ai-je lu récemment, sensibilité et esthétique, vécu et mémoire, sens et perception, spiritualité et sens de l’infini – je tente une première liste). Selon les époques, certaines sont hypertrophiées et favorisées.
    Dans une perspective anthropocentrée, l’influence paraît aussi l’une de nos propriétés, comme l’illustre la volonté et le pouvoir de décision (acteur et auteur), comme l’illustre notre émanation du vivant, notre incorporation en son sein et son cours, à l’opposé (agi mais acteur).

    De nos manipulations et nos interventions passées sur la nature, pouvons-nous continuer à en soutenir les bienfaits et le bien-fondé écrasants, ou même équilibré, rapportés aux méfaits (dans la balance) ?
    Ou l’on admet la destruction du monde et notre responsabilité, ou l’on constate l’essor de l’espèce humaine et l’enrichissement de la planète voire de l’univers corollaire à ce phénomène…(y’en a qui le disent à longueur d’édito, à longueur de banalités).
    Le transhumanisme est le miroir de cette question, pour moi.

  45. @René, je n’ai pas dit qu’Illich a écrit beaucoup de conneries, bien que je sois d’accord avec la plus part de ses idées, j’ai dit qu’il en avait écrit dans ce texte (cf commentaire ci dessus).
    Il est dans ma nature de reconnaître les erreurs, même si elles proviennent de mon camp ou de moi même.

  46. « On supprimera l’Âme
    Au nom de la Raison
    Puis on supprimera la Raison.
    On supprimera la Charité
    Au nom de la Justice
    Puis on supprimera la Justice.
    On supprimera l’Esprit
    Au nom de la Matière
    Puis on supprimera la Matière.
    Au nom de rien on supprimera l’Homme ;
    On supprimera le nom de l’Homme ;
    Il n’y aura plus de nom.
    Nous y sommes. »

    Armand Robin, 1945

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