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Juste un petit complément (sur Pierre Moscovici)

Vous ne connaissez pas Pierre Moscovici. Ou vous le connaissez, ce qui ne change rien.  Cet ancien ministre socialiste est toujours député du Doubs, et il est le vice-président du Cercle de l’Industrie, où se retrouvent Lafarge, Pechiney, Elf, L’Oréal, Bull, Schneider, Renault, Total, etc. Il ne fait pas de doute que dans le cas où la gauche l’emporterait en 2012, il sera à nouveau ministre. De l’Industrie, peut-être ? Une petite curiosité : le père de Pierre, Serge, a fait partie de cette poignée d’intellectuels de gauche qui s’intéressèrent à l’écologie voici quarante ans, dans le sillage d’Ivan Illich ou André Gorz. Pierre a donc entendu des choses lorsqu’il était enfant, du moins l’espère-t-on pour lui. Et pour son père.

Mosco, comme on l’appelle, était hier vendredi aux Journées d’été des Verts et d’Europe-Écologie, où il représentait les socialistes. Photos, embrassades, plans sur la comète de 2012, et le toutim habituel. Au passage, il a eu un mot pour l’industrie automobile, que voici : « En tant qu’élu du Doubs – où réside le berceau de Peugeot – je suis pour le soutien à l’industrie ». Les Verts et leurs petits ennemis d’Europe-Écologie vont donc utiliser toutes leurs forces, dans les deux prochaines années, à tenter de gagner les élections avec Moscovici et ses excellents amis. Après quoi, il faudra comme de juste soutenir l’industrie.

Où est la cohérence ? Dans l’incroyable incohérence de ces pseudo-écologistes qui vont répétant que la planète est en danger, mais s’apprêtent à mettre encore un peu d’essence sur les flammes ? J’ai sur un coin de ma table un livre signé Jean-Marc Jancovici – un proche de Nicolas Hulot – et Alain Grandjean. Son titre : « C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde ». Il a paru en janvier 2009, ce qui veut dire qu’il ne nous resterait que 18 mois. Pas assez pour atteindre les présidentielles. Crotte, encore raté.

Les écologistes sont une aberration

Je me vois comme une aberration, et je pense, et j’espère même que nombre d’entre vous ressentent la même chose. Je n’écris pas cela pour le (douteux) plaisir de me pousser du col, histoire de me distinguer par le paradoxe, sous les applaudissements. Non, je jure solennellement que je le crois. Une aberration.

Les hommes normaux, quelle que soit leur couleur politique, jouent le rôle que la vie leur a octroyé. Les écologistes, non. Je précise que je ne place pas dans cette dernière catégorie ceux d’Europe-Écologie ni bien entendu, malgré quelques exceptions, les Verts. Non pas. Pour d’innombrables raisons que je ne peux ni ne souhaite d’ailleurs expliciter, ce courant politique n’a rien d’écologiste. Post-soixantuitard – très tard -, individualiste, hédoniste, « environnementaliste » peut-être, mais écologiste, sûrement pas. Voyez plutôt la plaisante et désespérante pantomime jouée au cours des Journées d’été des Verts, à Nantes. Ces mensonges, ces trucages, ces traquenards, ces scènes mille fois jouées et rejouées depuis la création du mouvement, en 1984.

Dans ce conglomérat, je connais certains de près, j’ai même de vieux amis, mais considéré globalement, il n’est qu’une queue de comète dérisoire de mouvements nés il y a quarante ans. Au reste, la plupart de ces gens, Cohn-Bendit en tête, sont des papys et des mamies. Ne rêvons pas : ils incarnent la critique modérée d’un monde extrémiste, qui menace tout, et finira par emporter ce qui tient encore debout. Non, je vous en prie, ne nous trompons pas. Les écologistes sont ceux qui entendent soumettre la politique d’aujourd’hui aux vastes impératifs de demain. Ils prétendent s’occuper du tout qu’est la vie, faite de toutes les vies de tous les êtres vivant sur terre, et la sauver. Ce projet délirant ne peut que s’opposer aux misérables combinazioni qui font le quotidien des réalistes.

S’il est à ce point délirant, c’est que les humains ne sont pas programmés pour cela. Quand j’écris programmé, je ne sais pas ce que je veux dire. S’agit-il de génétique, de culture, plus probablement d’un mélange aléatoire des deux ? Il est en tout cas manifeste que l’action humaine se porte sur l’immédiat. Sur le jour même, souvent, et l’on comprend cela sans peine chez eux qui ont « le pain quotidien relativement hebdomadaire ». Même chez ceux qui mangent, même chez ceux qui consomment comme et quand on leur dit de faire, l’horizon ne dépasse pas, dans le meilleur des cas, celui des enfants de la famille. Encore entend-on rituellement, chez la plupart, cette phrase sacramentelle : « Ils se démerderont, comme on a fait ». Où l’on voit bien que l’aveuglement ne saurait être plus total. Car ces excellentes personnes, que nous connaissons tous, ne voient pas que, précisément, on ne pourra pas se démerder. Pour la raison bien simple qu’un tsunami aura entre-temps emporté la plupart des esquifs disponibles.

Que se passe-t-il ? Exactement les mêmes phénomènes qu’à toutes les périodes de l’histoire connue des hommes. On s’intéresse à son sort, on joue des coudes pour obtenir un peu plus d’air, de bouffe et de confort, et l’on imagine ce que l’on est capable d’imaginer, c’est-à-dire la répétition du même. Or la crise écologique, par un extraordinaire coup du sort, n’est pas une répétition. C’est une radicale nouveauté. S’y adapter nécessiterait de rompre mentalement avec des millénaires de tradition humaine. Peut-être bien davantage. Au cours de ce si long passé, il s’agissait pour l’essentiel de s’emparer de ce qui pouvait se présenter. Comme nous n’étions jamais sûrs que la chance passerait une seconde fois, nous engloutissions au plus vite, en se cachant éventuellement, ce que nous trouvions sur le chemin. Toujours ça de pris !

Rien n’a changé, sauf que plus rien n’est pareil. Il faudrait apprendre en quelques années ce que des dizaines de siècles nous ont appris à dédaigner. Le temps long. La coopération définitive. La paix. Les liens cachés entre toutes les créatures et tous les êtres. La supériorité ontologique de la vie sur la mort. On n’y est pas. Je vois bien que mes contemporains n’entendent pas faire passer le sort des chauves-souris et des Mongols, des vautours et des Lapons, des ours bruns et des Bantous, des chimères et des Achuar, des licornes et des Penan, avant les élections de 2012.

J’en reviens au point de départ. Les écologistes sont une aberration culturelle et chromosomique. Ils ont donc tort, et on leur rira encore longtemps au nez. Mais l’évolution est d’un mystère insondable, et tire profit, parfois contre toute attente, d’une minuscule altération que personne n’avait jusque-là remarquée. Aussi bien, la distance entre une aberration et une altération n’est pas si grande que cela. Nous n’avons pas la moindre chance d’être entendus par ce monde imbécile et cruel. Mais il suffira d’une seconde, d’une fraction de seconde, d’un lumignon, d’un fenestron. Et tout le reste suivra. Voyez, je suis dans un jour de trêve, et de rêve.

On se lève tous (contre Notre-Dame-des-Landes)

C’est un test, un test que je crois décisif. La question est celle-ci : saurons-nous, collectivement, nous opposer à cette lamentable sottise connue sous le nom d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (lire notamment ici) ? Il est des dossiers qui symbolisent l’état d’une société. Celui du deuxième aéroport de Nantes fait partie du lot. Ou la machine continuera sa course folle, en avions s’il vous plaît, et en ce cas, nous replierons nos gaules, une à une. Ou nous saurons détruire ce projet à la racine, proclamant que l’avenir n’appartient ni au pétrole ni à la vitesse. Et alors, il restera de l’espoir.

Quoi de neuf à propos de Notre-Dame-des-Landes ? D’abord une bassesse coutumière. Un appel d’offres avait très normalement été lancé au sujet des travaux d’infrastructure. Qui allait gagner ? Grand suspense. Tout soudain, le microcosme apprit comme par miracle que le géant Vinci allait emporter les enchères. Ce qui provoqua, quelques heures avant la décision  publique, ce cri de Louis-Roland Gosselin, patron du groupe d’ingénierie SNC Lavalin, qui pétitionnait lui aussi : « C’est un peu inquiétant. Cela fait peser quelques doutes sur la régularité du processus. Nous ne voulons pas y croire et considérons qu’il s’agit plutôt de désinformation. Je suis serein sur la qualité de notre offre et de nos partenaires et je suis sûr que le choix se fera sans autre considération que celle-là (lire ici) ».

Je ne crois pas utile d’enfoncer le clou. Les mots se suffisent, n’est-ce pas ? Là-dessus, quelques dizaines d’opposants au projet – Marie et tous les autres, tenez bon ! – ont occupé quelque temps le siège du conseil général de Loire-Atlantique (lire ici). Cette collectivité est gérée par les socialistes, grands défenseurs, avec Ayrault, le maire de Nantes, du projet d’aéroport. Où l’on voit pour la millième fois que la gauche et la droite partagent la même vision du monde. Où l’on pressent, pour la millième fois, que l’argent public sera tôt ou tard mobilisé pour combler les pertes du privé, comme c’est le cas avec l’aéroport de Ciudad Real, en Espagne.

Vinci triomphe pourtant, au moins provisoirement. À lui le chantier, et les centaines de millions d’euros que coûteront, pour commencer, les travaux d’aménagement. Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, amuseur public, rigolo de service, écolo à la sauce Grenelle, esbroufeur de première, copain comme cochon avec le désosseur d’entreprises Nanar Tapie, Borloo a ajouté son grain de sel au dossier. On est là dans le registre des farces et attrapes, croyez-moi. Car Borloo, non content d’avoir fait annoncer par ses services la victoire de Vinci, vient de décider la création d’une liaison tram-train entre Nantes et le nouvel aéroport (lire ici). Une formidable « victoire environnementale », ainsi que notre excellent ami le proclame à tout va.

Ce foutage de gueule a quelque chose de sublime. Un, on aura – on aurait – un aéroport de plus, au détriment d’un bocage miraculeusement préservé. Et deux, au nom de l’écologie, une nouvelle ligne ferroviaire qui zébrerait un peu plus ce pays. Au fait, Jean-Louis, tu n’as pas dit à qui seraient attribués les travaux de la ligne. Tu permets que je te tutoie, j’imagine ? Alors, et ces travaux en plus ? À Vinci, j’espère.

Je me répète et radote jusqu’à plus soif. Il n’est, à ma connaissance, aucun dossier plus important, ces temps-ci – en France, cela va sans dire – que celui de Notre-Dame-des-Landes. Mais pour l’heure, la vraie grande mobilisation que j’espère tant n’a pas commencé. Il faut pourtant s’y mettre, et malgré le poids émollient d’août, je compte sur nous, je compte sur vous pour que tous les réseaux chauffent jusqu’à ébullition. Il faut sortir du bois et de la paille, descendre des collines. Il va falloir se battre. Et jusqu’au bout ¡ Adelante !

Quand les OGM nous prennent à revers

« Activation of Akt Signaling Reduces the Prevalence and Intensity of Malaria Parasite Infection and Lifespan in Anopheles stephensi Mosquitoes ». Je dois avouer que, même pour qui pratique l’anglais, ce n’est pas une entrée en matière affriolante. En résumé, qui n’engage que moi, l’activation du signal Akt réduit la prévalence et l’intensité de l’infection par le parasite du paludisme et la durée de vie des moustiques anophèles qui en sont les porteurs. Akt est une protéine qui favorise le mouvement de cellules ennuyeuses pour la santé. Le tout est un article paru le 15 juillet dans une revue imparablement sérieuse, Journal of Public Library of Science Pathogens.

À distance, c’est très simple (lire ici). Des chercheurs, parmi lesquels Michael Riehle, professeur d’entomologie à l’Université d’Arizona, sont parvenus à créer des chimères génétiquement modifiées de moustiques, de manière qu’ils ne puissent plus transmettre cette maladie qui tue entre un et trois millions de personnes par an. Bien entendu, on ne sait à peu près rien de l’efficacité on the field, sur le terrain, de cette trouvaille. Mais est-ce bien le problème ?

Ne s’agit-il pas, aussi, de tout autre chose ? Je m’autorise à poser cette question : les OGM – puisque ces insectes sont des OGM – n’apportent-ils pas nécessairement des « avantages » et des améliorations à ce que nous connaissions ? Et la réponse est fatalement oui. Oui,  les OGM peuvent apporter bien des choses positives aux sociétés humaines tout en représentant un danger insupportable pour notre avenir commun. Attention ! Oui, attention à ne pas verser dans le dogmatisme et le manichéisme. Nous en sommes tous menacés.

L’écologie est fondamentalement une disposition plastique de l’esprit humain. Pour moi, en tout cas. Une volonté de comprendre, un effort pour mettre en relation des phénomènes affreusement complexes. Et nous n’avancerons guère, et nous n’avancerons pas si nous nous montrons incapables de contester radicalement – les OGM par exemple – sans pour autant nous ridiculiser en niant certaines évidences. Nous n’avons pas fini d’être surpris par les trucs et astuces des innombrables professeurs Nimbus de la terre. Il vaut mieux donc être prêts à faire face. Au fait, le nucléaire dit civil n’a-t-il pas été, des décennies durant, un formidable espoir de la médecine humaine ? Il me semble.

Un certain 14 juillet 2010

J’imagine qu’on garde le droit d’être balancé. J’espère que l’on conserve la liberté de penser ceci en même temps que cela. L’un des nombreux drames de l’époque – mais y en eut-il de plus favorables ? -, c’est qu’il faut nécessairement dire une chose sans accepter son envers. Avers ou envers, c’est pourtant toujours la même pièce, oui ou non ? Je veux parler de la révolution démocratique de 1789, dont on fête ce jour le 221ème anniversaire. Cela ne nous rajeunit pas, aucun doute hélas.

Moi, j’aime 89. Dans ma maison au-dessus du vallon magique – au fait, Hacène, j’y suis, j’ai tracé, je ne suis plus à Paris -, j’ai une pierre sur laquelle est inscrite la date fatidique : 1789. Je suis allé la chercher il y a un couple d’années avec mon ami Patrick, chez un homme de la vallée qui disposait de belles pierres venues d’une maison défunte. J’en avais besoin, je le lui en ai achetées quelques-unes. Dont une splendide entre toutes, sur laquelle est gravée cette date : 1789.

Disons-le, même si c’est passablement évident : j’aime la révolution. J’ai toujours aimé la révolution. À la folie, mais vraiment à la folie quand j’étais jeune et que je la voyais comme évidente, naturelle, arrivant à point nommé pour régler les questions du monde. Alors, je croyais sincèrement que l’on pouvait tirer sur les malheurs au fusil d’assaut. Un M16 ou un AK47 me semblaient la meilleure façon d’appréhender les problèmes du temps. Je reconnais que c’était une funeste sottise, mais elle fut mienne.

Maintenant que le temps a passé, je vois bien que la révolution est aussi inévitable qu’impossible. Je ne crois plus dans « l’homme nouveau », cet hombre nuevo qui paraissait si vrai, qui me paraissait à portée de main, ou de flingue. Mais dans le même temps, seul un bouleversement total des valeurs et des hiérarchies permettrait de limiter au moins la casse désormais inévitable de la crise dans laquelle nous sommes tous immergés. Et qui est, avant tout autre considération, écologique.

Je retrouve cette ambivalence à propos de 89. D’un côté, il s’agit d’un mouvement prodigieux de l’âme humaine. Les hommes d’il y a deux siècles ne pouvaient plus supporter le carcan. Celui du roi de droit divin. Celui des argousins au service des maîtres. Celui de la taille et de la gabelle. Celui des évêques emperlousés. Celui des guerres absurdes et meurtrières. Celui des enfants mort-nés. Celui des lettres de cachet. Celui des famines et des maladies. Celui des interminables labeurs. Celui de la soumission aux éternelles autorités. Dieu ! comme je me sens proche, aujourd’hui encore, des insurgés de la Bastille. Au fait, saviez-vous ce qui s’est passé rue Dénoyez quelques jours avant la prise de la célèbre prison ? On y attaqua un percepteur des impôts du roi, et je crois bien me souvenir qu’on lui fit la peau. Moi, je me promène parfois dans cette ruelle de Belleville (Paris), où résiste je ne sais quoi de ce passé. En 1789, la rue Dénoyez, qui était hors les murs de Paris, abritait quantité d’auberges et de bistroquets où la canaille – celle que j’aimerai toujours – se saoulait avant de se jeter à l’assaut du ciel.

Où en étais-je ? Le vin généreux que je bois ici m’aura monté à la tête, je crois. L’ambivalence. Je me sens donc du côté des émeutiers de 89, pardi. Ils sont des miens, je suis des leurs. Et en même temps, la révolution démocratique aura ouvert une tragique boîte de Pandore, celle des droits de l’homme, réduits à ceux de l’individu. J’entends déjà les cris de protestation. Non, pas ça ! La liberté ne se divise pas. Les droits de l’homme sont la plus belle conquête de l’histoire moderne, etc. Eh bien, je n’en suis pas si sûr. 89 aura finalement sacralisé le droit absurde de l’individu à réclamer toujours plus un dû qui ne peut lui être consenti. Rien n’arrête l’infernale revendication de procréation – jusqu’à 110 ans ? -, d’union, de possession, d’argent, de bonheur, de santé, d’espérance de vie même. Tout est désormais dû. En Italie, il existe une expression que j’utilise quand l’occasion m’en est donnée. La voici : « Piove, governo ladro ! ». Autrement dit : il pleut, gouvernement de voleurs !

Une telle attitude n’est pas née avec 89, mais indiscutablement, la révolution a enfoncé dans la tête de tous et de chacun que nous avions des droits, et que ces droits pratiquement sans limite devaient être garantis par l’État. Or, la multiplication de droits individuels qui ne sont jamais contrebalancés conduit au chaos. J’appelle chaos un monde où des possesseurs de portables, parce qu’ils le méritent bien, parce qu’ils ont payé pour cela, privatisent un espace public au profit de leur intérêt privé. Ce n’est qu’un exemple, que l’on peut multiplier par 100 et 1 000.

Je crois discerner ce qui a tragiquement manqué à 1789. Je ne fais pas de procès rétrospectif aux héros de ce temps passé. Ce qu’ils avaient à faire, ils l’ont fait, et merveilleusement. En revanche, je suis stupéfait par l’incapacité des sociétés d’Occident à imposer le complément vital des événements d’il y a deux siècles. Car bien entendu, nous avions, nous avons encore besoin d’une seconde Déclaration universelle. Enfin, réfléchissez avec moi : cela crève les yeux ! Je veux parler d’une Déclaration universelle des devoirs de l’homme et du citoyen, sans laquelle nous sommes perdus. Le monde malade qui est le nôtre exige cette déclaration. Il exige que soit proclamé avec solennité le devoir des hommes à protéger toutes les formes de vie qu’il menace de mort avec tant d’allégresse.

Notre terrifiante puissance de feu matérielle a fait de notre espèce une force géologique. Comme les volcans ou les tremblements de terre. Nous sommes passés sans oser le dire de l’ère holocène à l’ère anthropocène, celle que les humains ont forgée. La moindre des sagesses serait de tenter de limiter cette incroyable capacité à changer toutes les faces du monde. Moi, je vous propose pour finir l’article 1 de cette nouvelle Déclaration universelle. Voici : « L’homme détruit le vie, mais a les moyens de la protéger. Il a en conséquence le devoir premier, préalable, essentiel d’empêcher la disparition de formes de vie qui portent témoignage des insondables mystères de la création. Se soustraire à cette tâche reviendrait à nier l’homme en son essence ».