La vie va et vient

La vie va et vient, cela ne surprendra personne. J’ai créé Planète sans visa en août 2007. Il y a donc plus de 17 années. J’y ai écrit environ 1700 articles exclusifs, et peut-être deux centaines déjà publiés ailleurs. En accès gratuit, bien sûr, sauf pour moi. Pendant quelques années, ce lieu a été très fréquenté. Du temps où je cherchais et trouvais parfois des statistiques, jusqu’à 7000 visiteurs me faisaient l’honneur de venir ici chaque jour. Peu à peu, j’ai fatigué, et moins écrit. De moins en moins. Parallèlement, comme je me refusais à tout contact avec les réseaux sociaux comme Facebook, grands pourvoyeurs de lecteurs via les téléphones portables, il y eut moins de visites.

Je n’abandonne aucune des idées ici exposées. Je les revendique même. Mais j’arrête Planète sans visa. Ceux qui veulent savoir ce que je deviens peuvent me lire sur Charlie, ou guetter mes livres. J’en publie un vers mai sur la folle situation de l’eau en France. Vous, lecteurs, je vous tiens évidemment pour des amis. Vous avoir à mes côtés a été un bonheur. Planète sans visa a été un grand bonheur. À l’échelle d’une si petite vie, c’est impressionnant. Portez-vous du mieux qu’il est possible. Je ne lâche rien.

Fabrice Nicolino

7 réflexions sur « La vie va et vient »

  1. Bonjour Monsieur NICOLINO.

    J’ai appris votre existence par le biais d’une vidéo dans laquelle vous faisiez référence à
    l’article 40 du CPP (ou Code de Procédure Pénale). Si nous avions pu nous rencontrer avant ! Je ne connaissais pas Planète sans visa, j’aurais aimé vous suivre lors de partages de réflexions et d’engagements. Mais il n’est jamais trop tard.
    Je voudrais dans un premier temps vous faire parvenir par courriel copies des tracts que j’ai réalisés et vous informer que je vais engager la bataille contre ces politiciens de tous bords qui ne pensent qu’à une chose, s’en mettre plein les poches dès lors qu’en votant les « Citoyens » leur offrent les clés du coffre.
    J’attends votre retour avec impatience.

    Yannick THOMAS

    PS : J’ai suivi le même chemin. Blog actif pendant quelques années et puis recentrage sur mon engagement.

  2. Un grand grand merci Fabrice pour tout ce formidable travail pour la cause de l’écologie ! Tu es formidable !
    Je te suis bien sûr dans Charlie depuis des années !

  3. Oui tu as raison,
    Tu as moins écrit depuis quelques années – la vie on le sait, ne t’a pas épargné (enfin, « la vie »… les balles, plutôt… la vie, heureusement, t’est restée, même si on a du mal à t’appeler chanceux… sinon au regard des autres autour de toi ce jour-là), et il était normal que tu puisses écrire moins, même si on n’a pas tout su de ton calvaire.
    Tu as moins écrit, et prosaïquement, il y a une lassitude pour tous les types de blogs qu’on a pu lire à un moment, moins de disponibilité, le temps et l’attention concurrencés, phagocytés, par les autres supports, plus chronophages, moins exigeants, mais qui s’imposent aux gens plus ou moins faibles face à ce type de tentation. En plus des obligations autres de l’existence, parfois celles des jobs bullshiteux, parfois celles des expériences humaines plus intemporelles et importantes.
    Il n’empêche qu’à un moment – pendant des années, certainement depuis la première fois que je t’ai entendu, dans l’émission de Ruth Stegassy, en 2007, et que je me suis intéressé à ce que tu exprimais, pendant des années intensément, peut-être pas jusqu’au 7 janvier, mais je t’ai lu quasi quotidiennement, et tu as énormément influencé ma vision du monde, alors que je venais avec une armature idéologique différente, et un parcours de vie plus confortable et qui ne me poussait pas à une telle remise en cause et à l’admiration pour des formes d’engagement qui m’étaient étrangères.
    Les influences sont multiples et parfois hybridées. Le hasard a voulu qu’en quelques mois de 2007, simultanément, je lise quasiment tout de Nicolino, et tout de Jancovici. J’ai toujours essayé de trouver les points communs entre sa rationalité et ta poésie, son approche technocratique et ta révolte, son approche quantitative et froide, mais inquiète, de l’évolution des sociétés humaines et ce qu’elles font au stock géologique et au monde vivant, ton émerveillement devant la beauté du monde qui existait avant ou sans nous et ce que pourrait être l’humanité, ta rage devant la destruction à laquelle elle s’adonne, pour ne pas être heureuse, même pas.
    Pour cela, j’ai pleuré de joie quand la victoire est allée du côté de ceux qui se sont opposés à Notre-Dame-des-Landes, avec lesquels je n’avais pas grand chose à voir et sûrement pas le courage. Peu de mes amis dits « de gauche » ont compris ce qui n’allait pas à ce moment. Pour ma part, c’est le croisement de Janco et Nicolino qui m’a permis de saisir, à contrecourant de tous les autres autour de moi, la folie de ce projet de plus. Il y a tant d’autres sujets où on pourrait trouver le même schéma – de la guerre industrielle et froide menée à la multitude qui peuple les mers à la destruction des civilisations agraires, du massacre de la vie dans nos campagnes à l’absurdité de l’accumulation des produits manufacturés, de l’empoisonnement universel par la chimie de synthèse à l’abomination de la standardisation du monde par les flux touristiques, de la fuite en avant dans les infrastructures ripolinées (prétendument nécessaires contre le changement climatique, bien sûr) à l’infrastructure numérique qui vient détruire chacune de nos neurones et nos vies, encore avec le même argument de sauver l’humanité… Hélas, ces sujets comme des dizaines d’autres sont des défaites.
    Une certaine gravité et une réelle tristesse m’habitent depuis, mais toujours me reviennent, comme des impératifs de l’existence, le souci de la justice que tu exprimais dans ces textes, et l’amour inconditionnel que tu portes à la vie qui existe sur terre, sans que vienne y interférer l’homme, sa technique, sa puissance, sa capacité à ravager, qui l’indiffère.
    Certains éditorialistes jugent bon de publier leurs chroniques, et c’est souvent du papier gâché; avec la réserve technique que beaucoup de tes textes font référence à des écrits précédents et que le livre se prête mal à cela – et que certains commentaires et tes réponses à ceux-ci mériteraient aussi de rester -, et que certains étaient très ancrés dans une conjoncture précise, il faudrait s’assurer que le long cri d’alarme et de refus contre ce monde tel qu’il va et empire, que constitue cet ensemble de textes que tu as écrit à travers les années, qui convoie dans une langue parfois très belle une révolte et une indignation, une unité cohérente aussi, rarement lues ailleurs, persiste pour l’avenir, et serve aussi de témoignage de ce qu’il était possible de voir, de comprendre, et de refuser encore, quand ce siècle et ce millénaire avaient dix ans.
    Merci de nous avoir donné tout ça.

      1. Chacun de tes textes quasiment méritait une réponse aussi longue, alors j’ai essayé de transmettre en peu de mots ce que m’inspirait la fin de Planète Sans Visa.
        Sa lecture quotidienne avait fait de toi un invisible compagnon, pendant quelques années importantes de ma vie (je ne dois pas être le seul).
        Je ne connais pas grand monde dont les textes et analyses m’ont inspiré et influencé au point qu’à chaque acte, ou à chaque argument exprimé, je me demande comment il serait compatible, ou passerait au filtre, de ton écriture.

        1. Cher Géry,

          Ainsi que savent ceux qui me connaissent un peu, je suis né dans un monde – le sous-prolétariat de l’actuelle Seine-Saint-Denis, où la beauté n’existait pas. Pourquoi suis-je devenu qui je suis ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je suis un produit, j’imagine. De la violence sociale, de la violence tout court, du malheur d’être et de la joie profonde du soleil et des oiseaux. Je suis profondément heureux d’avoir ainsi traversé ta vie. Et permets-moi de t’embrasser,

          Fabrice

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