Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes

Vous n’y couperez  pas. Hélas ? Je vous livre ci-dessous un très long papier que j’ai écrit pour Charlie de la semaine passée. Il évoque une histoire à laquelle je reste profondément lié, et qui me donne la joie de parler de Victor Serge, l’un des héros de mon Panthéon personnel. Ceux qui auront le courage de s’y mettre constateront que la crise écologique n’est pas, pas tout à fait absente de mon propos.  De toute façon, sans révolution morale et intellectuelle, franchement, l’avenir est noir charbon. Au fait, je publie le mois prochain un livre dont le titre est Ce qui compte vraiment. Je vous en reparlerai.

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Deux ans déjà. Deux ans qu’il nous faut supporter leurs leçons politiques et morales. Charlie serait allé trop loin. Charlie ne respecterait rien. Charlie l’aurait peut-être bien cherché. Mais derrière les dégoûtantes vomissures de nos grands penseurs de gauche, il y a une histoire. La soumission au totalitarisme.

 

 

Vous les Pleureuses, vous les salauds qui avez craché sur Charlie tout en faisant les beaux esprits, voici votre histoire, et elle est sinistre. Elle ne commence pas avec la Russie stalinienne, mais c’est là qu’elle a déployé, pour la première fois avec tant de force, sa bassesse. Entre 1917, date de la révolution d’Octobre et 1991, année de la disparition de l’URSS, les intellectuels de gauche français se seront (presque) tous couchés. Et pourtant ! Un, une classe se forme là-bas dès les premières années, farcie de privilèges. Deux, les anciens bolcheviques de 17 sont arrêtés et assassinés après des procès truqués au cours desquels ils avouent ce que les tortionnaires leur ont dicté. Trois, la paysannerie part à la broyeuse, sur fond de collectivisation et de famine organisée, comme en Ukraine. Quatre, des milliers, puis des centaines de milliers, puis des millions d’innocents partent peupler les nombreuses îles de l’archipel du Goulag.

 

Ces hommes qui ne savaient pas mentir

 

Les témoignages vrais commencent dès le début des années vingt, mais trois d’entre eux viennent de partisans du communisme. Panaït Istrati, grand écrivain roumain, fervent de la révolution, passe seize mois en Union soviétique entre 1927 et 1929. Son drame, c’est qu’il ne sait pas mentir. Il publie au retour Vers l’autre flamme, récit de voyage qui décrit le désastre d’un peuple écrasé par un État policier. Conspué par les staliniens du monde entier, il mourra seul quelques années plus tard.

Parmi l’un des amis russes d’Istrati, il y a Viktor Kibaltchich, que nous connaissons sous son nom d’écrivain français, Victor Serge. Ancien anarchiste, devenu cadre de la Russie soviétique, Serge part au goulag en 1933, mais sera l’un des seuls à en sortir et à émigrer, à la suite d’une campagne de protestation internationale. Revenu du bon côté de l’Europe, Serge publie nombre de textes, qui n’auront pas le moindre effet. Il est pourtant un témoin indiscutable de la tragédie. Boris Souvarine enfin, fondateur du parti communiste en France, publie son monumental Staline en 1935. C’est magistral, mais le livre ne sera pratiquement pas lu à gauche.

En face, des menteurs. Paul Nizan, ce noble écrivain exhumé en 1960 par Sartre dans sa préface à Aden Arabie ? Il passe un an en URSS à partir de 1935 et prend le parti de la dictature, multipliant à son retour articles et conférences. Il déclare au cours de l’une de ces dernières : « Je voudrais, vous demandant de vous fier à mon témoignage d’homme qui a longtemps vécu en URSS, vous crier d’avoir confiance en elle… ». Aragon, ancienne gloire surréaliste, publie en 1931 un poème à la gloire de la police stalinienne : « Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste/Vive le Guépéou contre Dieu Chiappe et la Marseillaise/Vive le Guépéou contre le pape et les poux ».

Pendant que Gide, qui s’est repris après avoir chanté les louanges de Moscou, publie avec courage Retour de l’URSS, suivi de Retouches, Romain Rolland devient la vitrine présentable du mouvement stalinien, surtout pendant le Front Populaire. Rencontrant Staline, il lui déclare d’emblée : « Je regrette beaucoup que ma santé ne m’ait pas permis de visiter plus tôt ce grand monde nouveau qui est notre fierté à tous, et sur lequel nous avons mis nos espoirs ». Henri Barbusse, de son côté ose une biographie innommable de Staline, Un monde nouveau vu à travers un homme. On y trouve ce genre de choses : « Le fait, le voici. Le plus misérable État de l’Europe (…) est devenu en dix-sept ans le plus grand pays industriel d’Europe, le second du monde, et le plus civilisé de tous, sur toute la ligne ».

 

 

Quand il était minuit dans le siècle

 

Tout ce beau monde se retrouve à Paris, en juin 1935, au Congrès international des écrivains, manipulé en coulisses par l’Allemand Willi Münzenberg, au service de Moscou. Il s’agit de s’embrasser au nom de l’antifascisme, mais sans surtout mettre en cause l’URSS. Malraux, à la tribune, aide ses amis staliniens à fermer le bec des rares critiques. Il a d’autant moins d’excuses qu’il n’ignore à peu près rien de la dégénérescence du régime, lui qui a rencontré Trotski en 1933. Pendant la guerre d’Espagne, Malraux ira plus loin encore, justifiant les tortures et assassinats contre les révolutionnaires du camp républicain, POUM et CNT en tête. Un jour de 1937 que Victor Serge, libéré du Goulag, tente de le convaincre autour d’un café, Malraux s’emporte et excuse tous les crimes staliniens. Serge lui jette au visage son verre.

Au plan politique, ce n’est guère mieux. Même un Blum, pourtant informé, refuse de condamner nettement les procès de Moscou, dont le quotidien socialiste Le Populaire rendra compte d’une manière lamentable. Victor Serge trouvera les mots les plus justes pour décrire l’époque en écrivant un grand roman appelé S’il est minuit dans le siècle. Sans point d’interrogation.

Une courte mention pour le mouvement trotskiste, matrice d’Edwy Plenel et de tant d’autres depuis. Quand la guerre éclate, ses rares militants plaquent les analyses de la Première guerre mondiale sur la Seconde, et renvoient dos à dos l’Allemagne nazie et les démocraties de l’Ouest. Ils distribuent des tracts aux soldats allemands – vus comme autant de « travailleurs sous l’uniforme » -, se refusant à toute action armée contre l’envahisseur nazi. Une admirable lucidité face au phénomène totalitaire. Jusqu’à l’entrée des nazis en URSS – juin 1941 -, les staliniens français, de Duclos à Thorez, raconteront à peu près les mêmes sornettes. Qui écoutait alors la vérité ? Qui aura alors écouté des admirables combattants et penseurs comme Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, à la fois antistaliniens et antinazis ?

L’après-guerre est aussi terrible. L’URSS et le parti communiste sont devenus intouchables, malgré quelques valeureux comme David Rousset. Rousset a connu les camps nazis, mais sait l’existence des camps russes. À la fin de 1947, il lance l’éphémère Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR), qui se veut fermement socialiste mais également antistalinien. Jean-Paul Sartre en est l’un des premiers adhérents.

 

Jean-Paul Sartre au service de Staline

 

Sartre devient ces années-là un salaud. Il sait ce qu’est l’Union soviétique par Rousset, mais se rapproche si près du parti stalinien qu’il aura ce mot dans la revue Temps modernes de juillet 1952 : « Tout anticommuniste est un chien. Je n’en démords pas et je n’en démordrai plus jamais ». Devenu vice-président de l’Association des amis de l’URSS, accueilli à Moscou comme « l’idiot utile » qu’il est devenu, Sartre ose même dans le Libération première manière du 15 juillet 1954 : « Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique ».

L’étape suivante est le carnaval cubain. En 1959, Castro prend le pouvoir, et commence par fusiller à tour de bras – 600 morts en quelques semaines – et à envoyer en taule pour trente ans ses opposants. Sartre vient y passer un mois en 1960, invité en compagnie de Simone de Beauvoir par Castro lui-même. Au retour, dans le style des voyages à Moscou trente ans avant – le rhum en plus -, Sartre en tire 200 pages, Ouragan sur le sucre, récit qui paraîtra en feuilleton dans France Soir. Sartre, presque toujours dans la Jeep du chef, n’a évidemment rien vu, mais prétend tout le contraire. Il écrit par exemple : « Castro, pour moi, c’était l’homme du tout, des vues d’ensemble. Il me suffit de le voir sur la plage vide, fourrageant passionnément dans un frigidaire détraqué, pour comprendre qu’il était aussi l’homme du plus petit détail ».

D’année en année, le régime s’enfonce dans la dictature, mais nos grandes figures viennent y répéter combien est délicieuse la servitude volontaire. Françoise Sagan, Marguerite Duras, Bernard Kouchner, Robert Merle, Agnès Varda, Siné, K.S Karol, Christiane Rochefort, Gisèle Halimi défilent, accompagnés de centaines d’autres. Sur cent livres parus en France sur la question cubaine dans ces années-là, deux sont critiques.

En juillet 1967, et surtout en janvier 1968 – le pompeux Congrès culturel de La Havane – des flopées d’intellectuels de gauche européens viennent sur place se déshonorer. L’essayiste Dionys Mascolo en tire un article fétiche de ces années-là, « Cuba, premier territoire libre du socialisme ». Jorge Semprun, Michel Leiris, Maurice Nadeau en sont. Même André Gorz, penseur de l’écologie, se croit autorisé à discourir sur l’universalité de l’expérience castriste et la figure christique de Guevara. Claude Julien, alors chef du service Étranger du Monde – il dirigera Le Monde diplomatique entre 1973 et 1990 – lance au milieu des vivats un éloge foudroyant de Guevara, comparé à Jean Moulin et précise ainsi sa haute pensée : « On ne rend pas hommage à des êtres comme le commandant Guevara. On médite sur leur vie et on tire les leçons de leur mort ».

 

Le Monde Diplomatique adore cet excellent Mao

 

Nous sommes donc en janvier 1968, et dès août, le merveilleux Fidel approuve l’invasion stalinienne de la Tchécoslovaquie. Puis la répression contre tout un peuple. Le Cuba réel envoie des centaines d’homos dans des camps de travail. Condamne par milliers les « déviants idéologiques ». Emprisonne en 1971 le poète Heberto Padilla, coupable d’avoir écrit. Fait fusiller bien plus tard –1989 -, le général Ochoa et trois autres militaires après leur avoir arraché des aveux invraisemblables, façon procès de Moscou, car les belles habitudes ne sauraient se perdre.

En France, rien ne dépassera jamais le Monde Diplomatique de Julien, puis d’Ignacio Ramonet et Bernard Cassen, puis de Serge Halimi. Le tiers-mondisme des années 60 et 70 le conduit à défendre les régimes les plus atroces. La révolution culturelle chinoise, qui a tué plu d’un million de Chinois, devient sous la plume de l’insurpassable Alain Bouc un dîner de gala. Dans le Diplo d’août 1968 : « La révolution culturelle se terminera-t-elle dans l’ordre, sans avoir déversé tout son potentiel réformateur et modernisateur de l’Etat et du parti ? ». Il est vrai qu’à Paris, Sartre s’apprête à prendre la direction de la Cause du peuple, journal maoïste où il écrira sans blêmir : « Mao, contrairement à Staline, n’a commis aucune faute ». Le « philosophe de la liberté » aura défendu tous les totalitarismes de gauche.

À sa suite, Philippe Sollers – « Mao libère l’humanité des valeurs bourgeoises » –, Julia Kristeva, Roland Barthes, l’Italienne MariaAntonietta Macchiocchi« La révolution culturelle inaugurera mille ans de bonheur » -, Serge July, André Glucksmann et même ce petit jeune de Bernard-Henri Lévy. En mars 1974, le maolâtre Jean Daubier écrit dans le Diplo : « La Chine vient d’entrer dans une seconde révolution culturelle. Le mouvement a débuté en janvier 1974 et, pour des mois, pour des années peut-être, la République populaire va redevenir le théâtre d’événements tumultueux, de conflits passionnés et fascinants ». Encore des morts, toujours plus de morts, c’est envoûtant.

Le mensuel de ces belles années ne se contente pas de la Chine. Dès la parution du premier tome de l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne, fin 1973, Claude Julien met en garde. Dans un édito de mars 1974, il note avec une grande sagesse : « L’affaire Soljenitsyne a surgi à point nommé pour relancer une campagne dont il est difficile de déterminer si elle se veut d’abord anticommuniste ou antisoviétique. Mais comment établir une telle distinction ? ». En bonne logique, le Diplo soutiendra tous les régimes, pourvu qu’ils soient anti-américains. Le Nicaragua des frères Ortega. Le Venezuela de Chávez. Haïti du père Aristide. Tant d’autres où le peuple vrai se retrouve toujours la victime des ganaches et des satrapes. Ignacio Ramonet, patron entre 1990 et 2008, est si proche de Castro que le caudillo mobilisera tous les moyens disponibles sur l’île pour imprimer en urgence l’un de ses soporifiques essais (1). Quand ? En 2002, juste avant que le régime castriste fasse fusiller des gosses de vingt ans pour avoir tenté – sans tuer personne – de détourner un bateau pour s’enfuir du paradis. Implacable humanisme.

 

 

Surtout pas, surtout jamais « Je suis Charlie »

 

Bien des marquis de l’intelligentsia de gauche, en 2017, sont les héritiers de ces mensonges et de ces infamies. Résumons : des générations entières de « penseurs » ont encensé le crime, incapables de comprendre la nature du despotisme moderne. On ne pouvait guère espérer mieux en face de l’islamisme, forme nouvelle du totalitarisme. Au motif grotesque que l’islam est la religion des pauvres – comme le catholicisme en France pendant tant de siècles, comme l’orthodoxie en Russie pendant tant de siècles, comme le judaïsme dans tant de schtetlech d’Europe centrale, comme le shintoïsme, comme le mithraïsme, comme le bouddhisme -, il ne faudrait plus critiquer le fait social religieux. Toute la tradition de la pensée libre l’a toujours fait, mais il faudrait désormais se taire. Qui parlerait quand même deviendrait ipso facto un islamophobe, mot inventé à propos, et donc un raciste. Pour ces perspicaces scélérats, Charlie, journal fait par des antiracistes de toujours, serait donc devenu à notre insu raciste. Nos penseurs de seconde zone assignent aux Arabes, à tout Arabe et bientôt sans doute à tout Noir, l’appartenance à une religion à laquelle ils transmettent un statut d’intouchabilité.

Le lien est là, aveugle en apparence. La complicité de tant d’intellectuels avec le stalinisme et ses divers avatars n’a jamais été purgée. Nul n’aura jamais eu à rendre compte. On chercherait en vain la moindre explication de ce naufrage politique et moral, le moindre rupture mentale. Quand on a avalé de telles quantités de sornettes et qu’on est toujours sur le devant de la scène, aussi réduite soit-elle, on est tout prêt à recommencer.

Faut-il dans ces conditions s’étonner ? On devrait citer de trop longs passages du Diplo de février 2015, qui suit le massacre au siège de Charlie. Dans son édito, Serge Halimi sait ne montrer que le bout de l’oreille. Mais quelle oreille ! Sous le titre équivoque « Choisir ses combats », il pose deux questions jointes, auxquelles il ne répond pas, mais qu’il place sur le même plan : « Un dessinateur est-il libre de caricaturer le prophète Mohammed ? Une musulmane, de porter la burqa ? ». Pierre Rimbert, grand moraliste, s’interroge : être ou ne pas être Charlie ? Si l’on comprend bien sa prose alambiquée, c’est non. Après avoir commencé son article sur l’horrible drame d’un footballeur qui ne veut pas porter un maillot « Je suis Charlie », il écrit : « Voici chacun sommé non seulement de choisir son camp, mais surtout d’accepter l’évidence de cette ligne de démarcation ». Pour ces gens, en effet, il n’y a pas de frontière entre la liberté, aussi incertaine qu’elle soit parfois, et l’assassinat politique. Rien n’a donc changé.

Le blog de Frédéric Lordon, grand héros de leur gauche « radicale », est hébergé par le Diplo, ce qui est bien le moins. Dès le 13 janvier 2015, six jours après la tuerie, Lordon livre son commentaire : « “Je suis Charlie”. Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? ». En effet trop évident pour le grand esprit. Car enfin, « des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu ».

 

 

Éric Hazan et les « gros racistes »

 

De Lordon à l’éditeur Éric Hazan – la Fabrique –, il n’y a qu’un saut de puce. Les deux hommes ne cessent de débattre entre eux et de se congratuler. Le 16 octobre 2013, 14 mois avant le 7 janvier 2015, Charlie envoie un mail – naïf – à Hazan, lui demandant un entretien pour parler d’un livre intéressant qu’il vient d’écrire. Réponse le même jour : « Désolé, non, je n’ai rien à faire avec ce journal de gros racistes !!!! ». Les points d’exclamation sont d’origine. Charlie, dans la foulée, lui demande des excuses : « [Nous constatons] avec une véritable tristesse combien la calomnie, si chère à la tradition stalinienne, fleurit toujours, et sur des terres qu’on aurait aimées moins accueillantes. Comme [nous n’entendons] pas désespérer tout à fait, [nous vous demandons] sincèrement de vous reprendre. Chacun peut se tromper, déraper, déconner ». Pas de réponse.

Poursuivant leur fantasme – trouver à toute force un sujet révolutionnaire -, ils ont mis la main sur les musulmans, après avoir jeté la classe ouvrière aux oubliettes, puis le tiers-monde, dont aucun d’entre eux ne se hasarde plus à parler. Edwy Plenel est un cas particulier, mais quand il publie en 2014 le livre Pour les musulmans, il se montre aussi indifférent au phénomène totalitaire que tous les autres. Sans gêne apparente, il compare explicitement un article signé par Zola en 1896 – Pour les Juifs  – et son propre texte. Juifs et musulmans ne seraient que les boucs émissaires de sociétés en crise. Où est l’analyse des gouffres séparant les deux ? Nulle part. Veut-il sous-entendre le sort qui attend les musulmans en France ? Mystère. La menace totalitaire de l’islamisme a disparu.

 

 

Edwy Plenel invite ce cher Alain Badiou

 

N’osant tout à fait assumer sa détestation de Charlie dans les jours qui suivent le 7 janvier, il se livre à la télévision, le 22 janvier, à une honteuse pantalonnade. Extrait premier : « Je pense que par exemple la haine ne peut pas avoir l’excuse de l’humour. On ne peut pas dire “voilà, j’insulte…” ». Emmêlant ses pauvres pinceaux, il essaie de répondre à une question simple : faut-il défendre « la rigolade et la moquerie » ? Extrait deuxième : « Ça dépend si elle s’attaque à des gens, si elle s’attaque à des personnes, si elle s’attaque à des identités. C’est-à-dire qu’on ne peut pas… Je pense notamment… »

Il y a pire. Sur son site Mediapart, Plenel et ses amis donnent la parole à un militant totalitaire, le célèbre Alain Badiou. Pas en catimini. En lui accordant une tribune filmée régulière – Contre-courant – menée en compagnie de la journaliste Aude Lancelin. Ce n’est pas une erreur, c’est une preuve. Badiou est en effet une pure et simple crapule de la pensée, qui continue à soutenir en 2017 l’aventure maoïste, ses manipulations, ses massacres et ses camps du laogai, qui ont fait au total des dizaines de millions de morts bel et bien vivantes.

En 1969, il créé l’une des pires sectes maoïstes de l’époque, l’Union des communistes de France marxiste-léniniste (UCF-ML), qui défend en bloc le régime maoïste et bien entendu la soi disant Révolution culturelle, qui « est LA grande révolution de notre temps ». Le même texte, drolatique en diable à sa manière, ajoute : « Notre Maxime, c’est : « Dis-moi ce que tu penses de la révolution culturelle, je te dirai si tu es un révolutionnaire marxiste-léniniste. »

Sur le Cambodge des Khmers rouges en 1979, lors que le régime a déjà tué le quart de sa population, Badiou salue dans une tribune les « révolutionnaires cambodgiens », qui ont admirablement su poser la question de l’indépendance nationale. Et conspue l’armée vietnamienne et sa « barbarie militariste », elle qui vient d’entrer dans le pays, arrêtant net le génocide en cours.

De quoi Badiou est-il le nom ? De l’indicible affection de tant de beaux esprits pour la force et la soumission. Aude Lancelin, qui présente avec lui cette émission sur Mediapart, a obtenu à l’automne 2016 le prix Renaudot de l’essai pour Le monde libre, titre qui donne un ton farcesque involontaire au livre lui-même. Elle s’y prosterne devant Badiou, « colosse à l’intelligence ample », qui a su maintenir les droits mondiaux de la French Theory après la mort de Derrida et Lévi-Strauss. Il serait un « géant de la pensée ». Son soutien au totalitarisme ? Pas un mot, car il s’agit bien plutôt de « laver le drapeau rouge du fleuve de boue dans lequel les muscadins de l’antitotalitarisme l’avaient plongé trente ans durant ». Henri Barbusse pas mort.

 

 

Aude Lancelin en imprécatrice stalinienne

 

Sans l’ombre d’une preuve – pour cause -, elle écrit à propos de nos amis morts à Charlie que certains « se livraient à de troubles opérations intellectuelles sous couvert de défense intraitable de la laïcité ». Exactement la base morale du stalinisme intellectuel : une pure et simple calomnie sans seulement présenter le moindre fait. Ce qui n’empêche pas la même de se réclamer aussi de son antithèse absolue : le grand, le véritablement immense George Orwell. L’a-t-elle seulement parcouru ? Orwell, qui était, lui, un homme libre, a reçu dans la gorge une balle fasciste – front de l’Aragon, 20 mai 1937, colonne du POUM -, tout en critiquant ardemment le cauchemar stalinien. Il écrira en 1946, quatre ans avant sa mort : « Tout ce que j’ai écrit de sérieux depuis 1936 a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique ». Avis sans frais à madame Lancelin.

Restent des cas plus anecdotiques. Passons sur cette andouille d’Onfray, accusant la France de « faire la guerre à un peuple qui est celui de la communauté musulmane planétaire, l’Oumma », et présentant les tueurs de Daech comme étant « l’Islam politique ». Passons sur le « philosophe » slovène Slavoj Žižek, grand radical, grand ami de Badiou, de Lancelin et du Diplo, annonçant peu avant l’élection américaine que s’il le pouvait, il voterait Trump pour faire exploser le système politique américain. En espérant qu’il en sortira quelque chose lui convenant enfin. Le bel esthète.

Encore un mot sur deux têtes de gondole bien connues, Emmanuel Todd et Régis Debray. Todd a on le sait écrit un ridicule essai – Qui est Charlie ? – au long duquel il tord les cartes de France dans tous les sens pour leur faire dire que les manifestants du 11 janvier sont ceux de toutes les vieilles droites françaises depuis deux cents ans. Ils seraient « catholiques zombies », « islamophobes », antisémites bien sûr. En mai 2015, dans une émission de Mediapart, celle-là même tenue par Badiou et Lancelin, on entend Todd s’exclamer que « faire du blasphème sur la religion des faibles, [c’est] un projet national ». Du front islamophobe, dont nous ferions partie. Badiou comme Lancelin sont évidemment d’accord avec lui.

 

Victor Serge le glorieux, le magnifique

 

Todd est vraiment un bon témoin de son époque. Membre du parti communiste en juin 1968, quand le parti stalinien s’en prenait à l’ « anarchiste allemand » Cohn-Bendit, il n’éprouve donc aucune gêne à gentiment dialoguer avec Badiou, qui a applaudi aux massacres en Chine et dans le Cambodge des Khmers rouges. Manifester contre le massacre à Charlie, sûrement pas. Copiner avec le projet de la terreur totale, sûrement oui. Dans un entretien paru en juin 2016, il n’hésite pas à présenter le bilan des socialistes comme un « fascisme rose ». Du sens des mots, de l’immense valeur des penseurs.

Debray enfin, à la manière pateline des vieux renards de la scène publique. Oh non ! il ne conteste pas, lui, les beaux gestes de la grande manifestation du 11 janvier, mais dans un texte paru en avril 2015, il précise : « Ce qui est ennuyeux, c’est qu’on a sacralisé l’état d’esprit pour le moins léger de Charlie Hebdo, l’idée qu’on peut rire de toute chose, qui est en réalité en porte-à-faux avec les données de l’époque ». Il eût donc fallu la fermer. Comme Debray, soutien et soutier du stalinisme à la mode cubaine. Comme Debray, passant sans broncher de Guevara à Mitterrand, de Mitterrand à De Gaulle, de De Gaulle à Dieu. Mais il est si bon d’écrire 64 livres en si peu de temps.

Les grands intellectuels qui précèdent n’ont pas tous insulté notre journal. En tout cas, pas tous de la même manière. Mais tous valent, un cran au-dessous, les Guesde, les Aragon, les Malraux, les Sartre du passé. La preuve absurde par la crise écologique planétaire, à laquelle pas un ne consacre une pensée ou un texte. Le dérèglement climatique menace de dislocation les sociétés humaines, l’extinction des espèces est la plus grave depuis 66 millions d’années, les sols agricoles disparaissent, les océans meurent, des dizaines de millions de gueux errent d’un bout à l’autre d’une planète dévastée, et ces crétins se taisent.

Crétins ? Cent fois oui. Ils s’accrochent à leurs pantomimes et quand surgit un attentat contre la liberté de tous, ils détournent les yeux, au motif qu’il leur faut défendre les pauvres. Dans ses inoubliables Mémoires d’un révolutionnaire, Victor Serge énonce les trois principes auxquels nul ne doit pouvoir toucher. Cela date du 1er février 1933. D’abord, « la défense de l’homme, le respect de l’homme (…) Sans cela, tout est faux, raté, vicié ». Ensuite, la « défense de la vérité (…) Je tiens la vérité pour une condition de santé intellectuelle et morale ». Enfin « la défense de la pensée (…) le respect de l’homme sous-entend le droit de tout connaître et la liberté de penser ».

Vous dire merde, Ramonet, Badiou, Lordon, Plenel, Debray, si dérisoires esprits de poche ? Assurément. Merde à vous, qui jamais n’avez aidé la société à mieux comprendre sa destinée. Merde et honte sur vous, qui blablatez et serez les premiers à fuir quand tout cela tournera mal. Vous êtes dignes du Jorge de Burgos, dans Le Nom de la Rose : le rire vous fait peur, car il libère l’esprit comme aucune autre artillerie humaine. Or vous êtes du côté des pouvoirs et de l’arrogance, malgré vos proclamations. L’évidence est que nous ne sommes pas du même monde. Nous du côté de la liberté, avec ses faiblesses et ses ridicules. Vous toujours près des maîtres et des tribunaux de l’esprit, toujours proches du knout.

 

 

(1) Voir le beau papier de notre ami Philippe Lançon dans Libération du 15 février 2002.

 

47 réflexions au sujet de « Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes »

  1. A lire ce titre, « Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes », j’ai envie de dire « Cette gauche qui n’a jamais rien compris à l’écologie donc au Monde… ! »
    Je n’ai jamais supporté Sartre et je lisais le Monde Diplo quand j’étais jeune étudiant, guère plus longtemps car dès que ça chatouille aux entournures (écologie réelle !)… il n’y a plus personne …
    Pour moi, ces deux aveuglements (face aux despotes et vis à vis de l’écologie) sont liés, ils viennent d’une posture idéologique, d’une posture épistémologique même. Postures périmées de longue date bien entendu. Postures qui en niant le monde en viennent à nier l’homme. D’où le goulag et autres délices sécuritaires et autoritaristes quand ce n’est pas pire encore…
    Et je précise : cela ne glorifie en rien la droite qui est LA coupable de l’Etat de nos sociétés… et de ce qu’elles infligent à la planète. Mais la gauche oublie de penser la complexité du monde depuis longtemps. A en devenir criminelle. Parfaitement. Criminelle car sinon coupable (encore que…), au moins co-responsable jusqu’au cou ! Qu’on songe au délire tragico-comique de cette allumée de Royal sur Castro son idôle ! Et c’est ministre… à pleurer.

  2. Peut-être y a-t-il plutôt un choix de ses despotes, en opposition caricaturale à « l’autre camp ».

    Alors qu’aucune horreur ne saurait en justifier une autre.
    Elles s’additionnent.

    1. C est un beau texte que tu as écrit et je partage dans sa presque totalité.

      Je suis internationaliste et je ne ne serai jamais derrière un drapeau national.
      Les premières victimes du nazisme ont été, avec les juifs évidemment, les allemands eux mêmes, 9 millions de morts après la guerre.
      La gauche allemande était la plus puissante au monde avant d’être écrasée.
      Aussi Trostky ne mettait pas un trait d’ égalité entre le nazisme et les ‘démocraties ‘ de l’ouest mais il ne se rangeait pas pour autant derrière les États de celles- ci.

      J’ avais oublié Panait Istrati que j avais tant adoré …
      Ta rétrospective oublie tout simplement Trostky, dommage c’ est évidemment un parti pris, alors qu’ il mène seul ou presque un combat mortel contre Staline.
      Beaucoup de trotskystes se sont ensuite fourvoyés mais pas dans le sens que tu as l’ air d’ exprimer, ils se sont au contraire rangés dans la résistance, c’ est à dire derrière les staliniens et les gaullistes alors alliés … mais ils étaients très peu nombreux tant ils étaients persécutés.
      Puis ensuite ils ont plus ou ou moins soutenu tous les courants nationalistes algérien, vietnamien, cubain etc …. ( sauf le courant de Lutte Ouvrière).

      1. Vegaby,

        Tu me croiras ou non, mais je n’ai pas pensé à Trotski. Note que l’article vise des intellectuels de gauche français. Et permets moi d’ajouter que je crois connaître fort bien la vie de Lev Davidovich. À saine distance, et je crois que cela ne t’enchantera pas, il me fait peine. Sa conception de la politique, de l’autorité, ses étonnantes croyances et ferveurs idéologiques ne me donnent pas envie de le faire entrer dans mon Panthéon.
        Bien à toi,

        Fabrice Nicolino

  3. Bonjour

    Je viens de lire votre article « Cette gauche qui c est couchée… » Mais dans Charlie . Cela fait vraiment du bien de lire cela . Car malheureusement combien d échanges absurdes avec un certains nombres de gens dit de gauche, justifiants aux moins par leur silence ou sur des forums ou autres , (certains etant d ex amis) , mais que je qualifiés de gauche autoritaire, faisant une analyse critique pitoyable ne servant qu à justifier leurs options totalitaires ou leur lâcheté . Les mêmes intellectuels (voir des artistes) qui soutenaient toutes les dictatures Anti impérialiste nous expliquent maintenant qu’ après tout , Poutine voir Assad ou la Crimée etc ainsi que les crimes contre Charlie pourraient se justifier au nom de l anti impérialisme ,capitalisme, américanisme, le respect des religions des peuples opprimés et l inévitable, il faut savoir ne pas dépasser les limites ( donc acceptons la connerie obscurantiste , car elle est indépassable cqfd). On oberve comment une dialectique obscure est mise en place dans cette pensée de cette gauche autoritaire . Et que dire de celles et ceux « qui ne sont pas Charlie  » dont leurs explications vaseuses atteint le font de la pensée intellectuel et politique , voir scientifique, et que l on peut qualifier d idiote utile des concepts totalitaires politiques et spirituels.
    Comment en est on arrivé à autant d inepties et de médiocrités ,dans plusieurs générations sur le plan intellectuels dans un secteur de la gauche ? Alors que nous avons les outils de l histoire donnée à la disposition de tous.
    Je suis Charlie . Je l ai acheté chaque semaine à partir de sa réédition en 80. (Même si il est vrai j ai arrêter à la suite de l exclusion de Siné . )
    j’ai gardé une relation fraternelle à ce journal . (Je connais certains anciens intervenants)Je fus effondré lors des crimes et le reste encore au font.
    Mais peu importe . Espérons qu une nouvelle gauche écolo democratique et libertaire dont je ne sais pas bien quelle forme elle prendra balayent ces intellectuels totalitaires et populistes de salon et leurs concepts philosophiques idiots.
    Mais le risque est sérieux que ces énergumènes abrutissent une partie des plus jeunes qui n ont pas toutes les relations de causes à effets dans cette histoire des perditions intellectuelles et militantes à gauche .
    . Cordialement

  4. Le 11 janvier j’etais bien emmerde. Charlie, je l’etais, car je connaissais bien ce journal, que je lisais jusqu’en 2001, c’etait un peu ma famille qui fut assassinee. Mais comment defiler avec le meme slogan que Manuel Valls, Sarkozy, Netanyahou? Comment se recueillir en unisson avec Laurent Fabius, comment faire une minute de silence avec l’OTAN? L’OTAN faisant une minute de silence pour la mort de Cabu, quelle insulte…

    Alors j’ai defile avec ce slogan: « Je suis musulman ». Peu de gens ont compris. Ma femme a compris, et quelques autres. Au moins j’ai suivi le conseil de Luz: « Vous etes Charlie? Prouvez-le ».

  5. Bel article, merci Fabrice !
    Aurait pu être mentionné aussi Viktor Andreïevitch Kravtchenko ,
    célèbre pour son livre de plus de 600 pages ( à lire si on ne connait pas): »j’ai choisi la liberté sorti en 1946 .
    Les communistes Français l’ont « démoli » pendant des décennies avant un timide repenti , avec un procès en 1949 remporté par Kravtchenko et où les intellectuels de la gauche non communiste brillent par leur absence durant ledit procès.
    Meurt en 1966 , balle dans la tête (suicide ou KGB?)

  6. Merci, mille mercis. Que ce texte me fait du bien, à moi qui ait été élevée dans une famille de staliniens et dont certains frère et sœur sont toujours sur la même ligne, notamment en ce qui concerne Cuba et le Venezuela.

  7. Merci Fabrice
    Bel article …. qui me fait horriblement chier.
    Comment ne pas être d’accord avec ce que tu avances, mais aussi en désaccord.
    Il me faudrait des heures pour répondre à ce texte précisément et des années pour apprendre à m’exprimer clairement. Mais en résumé, du mieux que je peux, voilà ce que je veux dire. Tu remets beaucoup (ouvrez les guillemets) d’intellectuels de gauche à leur place et tu les opposes à Charlie Hebdo, les accusant d’aveuglement vis à vis de l’islam et de bassesses intellectuelles, si ce n’est de médiocrité et de compromission… bon soit mais personne n’est parfait. Et il y a peu d’Orwell, Serge ou encore de Stig Dagerman. Même Oncle Bernard que j’ai adoré suivre et que j’ai pleuré férocement m’a déçu en bossant pour la belle Banque de France. Alors dans toutes les personnes que tu cites qui adorent tous s’écouter parler (comme moi à cet instant ceci-dit), beaucoup se sont égarés mais beaucoup ont aussi apportés des éléments de réflexion sur certains sujets ou soutenus des idées de gauche. Ok ça pue l’escroquerie sur certain points, mais tu pousses un peu.

    Moi qui suis abonné à Charlie depuis plus de 10 ans je peux comprendre qu’on ne soit pas « Charlie ». Mais pas pour les histoires liées à l’islam …. plus parce que Charlie est critiquable sur bien des points : pas toujours drôle, de moins en moins bête et méchant. Puis il a hébergé bien des personnes discutables, à commencer par Philippe Val l’ami Sarkozyste qui voulais nous refourguer le traité européen et qui a viré Siné après l’avoir fait passé pour un antisémite… c’était moche ! Cavanna n’était pas de ceux là et reconnaissait que les dessinateurs des années 2000 étaient trop timorés par rapport à leurs prédécesseurs. Quant au fond Charlie est souvent soporifique : les éditos à rallonge, les avis de Riss, G Biard, G Erner et d’autres qui se répètent à l’infini et dont je me contrefous car ça ne m’apporte rien, mais je lis quand même au cas où.. mais non…. Des doubles pages de dessins pour bouffer du papier aussi, c’est mesquin…. Bref, il y a bien des raisons de se détacher de Charlie ou de se faire chier en le lisant.
    Honnêtement je continue parce qu’il y a ta page, les chroniques de Fischetti, Lançon et les dessins de Foolz, Villemin, Willem, Catherine, Coco et d’autres et souvent des reportages dessinés de qualité …

    Et puis tu balances mais aide nous en nous indiquant dans le paysage médiatique des gens que tu aimes bien bordel, qui nous aident à penser. Comment on fait nous pour s’y retrouver sinon ? Par exemple, je ne sais pas ce que tu penses de Fakir. Moi j’adore. Enfin un journal qui fait du reportage. Qui colle au quotidien des prolos, des luttes syndicales d’en bas… ce journal m’a fait beaucoup de bien. J’y ai compris comment l’économie alliés aux politiciens nous baise dans les grandes largeurs sur des cas concrets. je le recommande en complément à tes chroniques : c’est plein d’information, de la vraie de la bonne, pas du réchauffé.

    Bref, quel beau merdier la gauche.

    Ah oui j’oubliais, quant aux positions de Charlie vis à vis de l’islam et bien je les trouve pas toujours pertinentes. Tout se mélange, je n’arrive plus à y voir clair. Mais bon, ça me paraît plutôt logique. De mon point de vue, tTous ces connards de terroristes qu’on appelle de ce terme aujourd’hui ne sont pour moi qu’une bande de pauvres jeunes cons décérébrés. ils ont trouvé un bon prétexte avec l’islam pour se faire péter, mais à la base j’ai l’impression que c’est un bon catalyseur pour leur haine, leurs frustrations… frustrations bien alimentés par le désarroi social dans lequel est laissée la banlieue. La non politique sociale, la politique carcérale ultra répressive et un chômage mâtiné de racisme qui t’empêche de construire ta vie : partir de chez papa maman, trouver une gonzesse, la base sur laquelle tu peux te construire quoi. C’est pas les Kouachi qui se sont retrouvés en tôle avec Djamel Beghal ? Sympa la taule. Ca forme bien. Pour y avoir passé un peu de temps je peux te dire qu’on à bien l’impression de descendre d’un cran au niveau humain. Alors je comprends que des mecs qui vivent dans des cités de merdes avec des idées de merde dans la tête et qui ressentent dans leur chair le fait d’être exclus peuvent basculer dans l’horreur rapidement.
    Le problème de la religion est autre. C’est celui des prêcheurs, des prosélytes, des manipulateurs. Ceux là oui ce sont les salauds. mais la République les a laisser prospérer dans l’indifférence générale. Et malheureusement ça ne va pas changer vu le casting de rêve que nous réserve l’élection. Vivement les reportages de mars avril sur les territoires oubliés de la République. Les gonzesses en burqua les jeunes barbus qui « niquent la France »… Super !

    Et dans tout ça, tant que la question sociale n’est pas prise en compte, la question environnementale on peut se la foutre au cul (je résume). Donc bon, occupons nous de l’homme et on rendra un grand service à la nature.

    1. Julien,

      Merdouille ! Je viens d’effacer par mégarde une longue réponse qui t’était destinée. Comme j’ai la fièvre, je n’arrive pas à m’y remettre. En tout cas, je t’ai lu et bien lu.

      Fabrice Nicolino

    2. à Julien

       » Tous ces connards de terroristes qu’on appelle de ce terme aujourd’hui ne sont pour moi qu’une bande de pauvres jeunes cons décérébrés. ils ont trouvé un bon prétexte avec l’islam pour se faire péter, mais à la base j’ai l’impression que c’est un bon catalyseur pour leur haine, leurs frustrations…  »

      Vous reconnaissez donc que l’islam est en résonance avec le désir de violence de certains , qui ne sont d’ailleurs pas tous originaires du magrehb et n’ont donc pas l’argument de la violence que constitue le racisme subi pour expliquer qu’on finit pas faire aux autres ce qu’ils nous ont fait , avec des intérêts conséquents en plus de la monnaie de la pièce .

      Avez-vous lu le Coran ? Faites-le , et vous découvrirez qu’on trouve tout et son contraire , parfois sur la même page , ce qui prouve qu’il ne s’agit pas de la parole de dieu mais d’un homme qui l’ a prétendu : le coran est le cri de rage de Mahomet qui constate que les humains sont toujours aussi mauvais malgré les appels à la bonté associés pourtant à la promesse d’un bonheur sans fin dans  » les jardins où coulent le lait et le miel  » , et qui , constatant l’échec de la carotte , se met à employer le bâton ( il y a un passage du coran où il cite les prophètes de l’ancien testament mais aussi Jesus , et où il déplore que les humains ne les écoutent pas ) .

       » Le problème de la religion est autre. C’est celui des prêcheurs, des prosélytes, des manipulateurs. Ceux là oui ce sont les salauds. mais la République les a laisser prospérer dans l’indifférence générale.  »

      C’est ce que tout le monde prétend , et qui débouche sur la distinction entre bon et mauvais croyant . Or cette distinction est faite aussi bien par les pro que pas les anti terroristes , chacun y mettant ce qui est conforme à la définition qui correspond à ses visées . Hélas , ce sont les terroristes islamistes qui ont raison quand ils prétendent qu’ils sont les bons croyants , et que même certains de leus coreligionaires sont dans l’erreur et sont de mauvais croyants : si vous croyez en dieu , et si vous croyez qu’un texte constitue sa parole et que l’application de celle-ci constitue le Bien et vous ouvre les portes d’un bonheur éternel dans l’au-delà , alors vous ne pouvez pas opérer un tri dans la parole divine et appliquer seulement ce que vous voulez et ne pas appliquer ce qui vous dérange : vous devez être intègre . Il est stupéfiant de voir que personne ne fait jamais le rapprochement entre croyant intégriste et homme intègre , le premier étant pourtant l’application à la religion de ce qu’est le second . Un bon croyant ne boit pas d’alcool si son dieu le lui préscrit à travers un texte révélé , ne mange pas ce qui lui est interdit etc … La Foi en Dieu n’est pas un restaurant dans lequel on choisit à la carte mais au contraire où l’on mange tout du seul menu disponible : le menu que Dieu à jugé bon . Ceux qui choisissent ceci et délaissent cela contredisent par leurs actes la parole de Dieu et sont donc de mauvais croyants .
      Evidemment , les coyants qui aiment boire du vin , écouter de la musique et  » couche avec un homme comme on couche avec une femme  » n’ont pas envie d’entendre qu’ils commettent là  » un crime abominable . Que le sang rejaillissent sur eux etc …  » . Mais si malgré tout ils persistent dans ces comportements , alors ils enfreignent la parole de Dieu , et ne sont donc pas de bons croyants aux yeux des intégristes qui font , eux , preuve de logique en se soumettant à sa parole . Quant aux incroyants qui partagent les mêmes goûts que les mauvais croyants , il n’est pas étonnants qu’ils les préfèrent aux intégristes .
      J’ajoute que la prière est bien la preuve de l’imbécillité du croyant puisqu’elle est un reproche adressé à Dieu , à qui l’on demande de faire autre chose que ce qu’il est en train de faire !

  8. Il y a quand meme quelquechose de frappant chez tous ces intellectuels: la fascination pour l’exotisme. Il faudrait un nouveau Edward Said pour decrire en profondeur et analyser cette tradition occidentale qui est esquissee ici ou la, surtout aux Etats-Unis, par exemple par tous ceux qui tracent le fil conducteur entre les missionaires, les trotskystes et les neo-conservateurs. Comme souvent, les Americains ont precede les Francais, et la transmutation d’individus comme Kouchner ou BHL du trotskysme au supremacisme europeen/neo-conservatisme n’a fait que suivre celle de leurs predecesseurs americains.

    Il y a un article paru dans La Gueule Ouverte, je crois en 1978 ou 1979, mais que j’ai lu quelques annees plus tard (j’etais bien trop jeune en 1978), et que je n’ai pas oublie. La Gueule Ouverte avait deja ecrit plusieurs articles sur la torture a l’ecole de mecanique de la marine a Buenos Aires pendant la coupe du monde de foot en 1978. Et puis il y eu un reportage en Amerique Centrale, en Bolivie je crois, et le journaliste raconte sa rencontre avec des opposants politiques a la dictature, qui vivent dans la clandestinite. Ils lui demandent qu’est-ce qu’il a vu du pays, de son patrimoine naturel et historique. Le jounaliste de La Gueule Ouverte repond qu’il n’a pas le temps de faire du tourisme, qu’il est venu uniquement pour rencontrer les opposants a la dictature, et parler d’eux en France. Il se fait alors vertement engueuler, se fait traiter d’ignorant, d’arrogant et d’hypocrite, pour venir de si loin et ne s’interesser qu’a cette dictature minable qui ne durera pas, et refuser de connaitre la richesse de leur pays, dont ils sont fiers. J’etais adolescent (j’ai lu l’article dans les annees 1980) et je n’ai jamais oublie cet article.

    Il y a un lien entre le puritanisme, le missionarisme, le trotskisme, le neo-conservatisme, differents visages de cette passion occidentale pour la guerre.

    Et puis le fait que toutes ces histoires sont quand meme tres « microcosme », des histoires que l’occident se raconte a lui-meme, mais avec des consequences monstrueuses, des genocides sans precedent, sur le reste du monde.

    John Judis: http://files.janjires.webnode.cz/200000056-2155a22429/John%20Judis.pdf

    Andrew Hartman: https://www.jacobinmag.com/2015/04/neoconservatives-kristol-podhoretz-hartman-culture-war/

    John Wight: https://www.rt.com/op-edge/325736-left-trotskyism-neo-conservatism-syria/

  9. Ouch ! Pour ce triste anniversaire, tout le monde en prend pour son grade !
    En lisant cet article, je n’ai pu m’empêcher de penser à ceux qui actuellement vont chercher des excuses à cette grosse brute de Poutine, sous des prétextes fallacieux, voire lui faire les yeux doux. Alors qu’ils ne sont motivés que par un anti-américanisme ou un anti-occidentalisme primaire. Ils ne savent voir la complexité du monde que de façon binaire. Noir-blanc. Pour-contre. C’est l’Histoire qui se répète.
    Je déteste les US du pognon, du cirque électoral, de l’industrie dévastatrice, de la géopolitique bourrine, pire encore les US de cette grosse brute odieuse et bourrine de Trump, encore une grosse brute. Pas étonnant qu’il trouve des sympathies avec Poutine.
    Mais il ne faut pas oublier que les US, c’est aussi Gasland (le reportage), la contre-culture hippie, Rachel Carson, etc. Que seraient devenus ces gens chez Poutine ? Eliminés discrètement par des « délinquants » non identifiés, parce qu’ouvrant trop leur gueule ?
    Et au parti de gauche – pour qui je voterai peut-être, ceci dit, pas sûr on verra – malgré des gens remarquables, ce qui me dérange c’est le père Mélenchon. Trop binaire en géopolitique. On ne peut pas soutenir des chefs d’état plus que louches sous prétexte qu’ils sont ou qu’ils étaient anti-américains. Les années 70 et la guerre froide, c’est fini. C’était il y a 40 ans. Des crapules, on en trouve de toutes les couleurs maintenant. On a l’embarras du choix.
    Remets-toi bien Fabrice.
    Pour info, j’ai dû changer de PC pour pouvoir envoyer ce commentaire. J’ai remarqué que ce genre de désagrément est le prémice d’un prochain blocage de tous les commentaires… Alerte !

  10. Je suis contente que tu aies écrit cet article, Fabrice.

    Drôle d’époque… toutes les valeurs se mélangent, et tant « d’idiots utiles » ne voient même pas le facisme quand il est paré des couleurs de l’islam radical.

  11. à Julien

     » Tous ces connards de terroristes qu’on appelle de ce terme aujourd’hui ne sont pour moi qu’une bande de pauvres jeunes cons décérébrés. ils ont trouvé un bon prétexte avec l’islam pour se faire péter, mais à la base j’ai l’impression que c’est un bon catalyseur pour leur haine, leurs frustrations…  »

    Vous reconnaissez donc que l’islam est en résonance avec le désir de violence de certains , qui ne sont d’ailleurs pas tous originaires du magrehb et n’ont donc pas l’argument de la violence que constitue le racisme subi pour expliquer qu’on finit pas faire aux autres ce qu’ils nous ont fait , avec des intérêts conséquents en plus de la monnaie de la pièce .

    Avez-vous lu le Coran ? Faites-le , et vous découvrirez qu’on trouve tout et son contraire , parfois sur la même page , ce qui prouve qu’il ne s’agit pas de la parole de dieu mais d’un homme qui l’ a prétendu : le coran est le cri de rage de Mahomet qui constate que les humains sont toujours aussi mauvais malgré les appels à la bonté associés pourtant à la promesse d’un bonheur sans fin dans  » les jardins où coulent le lait et le miel  » , et qui , constatant l’échec de la carotte , se met à employer le bâton ( il y a un passage du coran où il cite les prophètes de l’ancien testament mais aussi Jesus , et où il déplore que les humains ne les écoutent pas ) .

     » Le problème de la religion est autre. C’est celui des prêcheurs, des prosélytes, des manipulateurs. Ceux là oui ce sont les salauds. mais la République les a laisser prospérer dans l’indifférence générale.  »

    C’est ce que tout le monde prétend , et qui débouche sur la distinction entre bon et mauvais croyant . Or cette distinction est faite aussi bien par les pro que pas les anti terroristes , chacun y mettant ce qui est conforme à la définition qui correspond à ses visées . Hélas , ce sont les terroristes islamistes qui ont raison quand ils prétendent qu’ils sont les bons croyants , et que même certains de leus coreligionaires sont dans l’erreur et sont de mauvais croyants : si vous croyez en dieu , et si vous croyez qu’un texte constitue sa parole et que l’application de celle-ci constitue le Bien et vous ouvre les portes d’un bonheur éternel dans l’au-delà , alors vous ne pouvez pas opérer un tri dans la parole divine et appliquer seulement ce que vous voulez et ne pas appliquer ce qui vous dérange : vous devez être intègre . Il est stupéfiant de voir que personne ne fait jamais le rapprochement entre croyant intégriste et homme intègre , le premier étant pourtant l’application à la religion de ce qu’est le second . Un bon croyant ne boit pas d’alcool si son dieu le lui préscrit à travers un texte révélé , ne mange pas ce qui lui est interdit etc … La Foi en Dieu n’est pas un restaurant dans lequel on choisit à la carte mais au contraire où l’on mange tout du seul menu disponible : le menu que Dieu à jugé bon . Ceux qui choisissent ceci et délaissent cela contredisent par leurs actes la parole de Dieu et sont donc de mauvais croyants .
    Evidemment , les coyants qui aiment boire du vin , écouter de la musique et  » couche avec un homme comme on couche avec une femme  » n’ont pas envie d’entendre qu’ils commettent là  » un crime abominable . Que le sang rejaillissent sur eux etc …  » . Mais si malgré tout ils persistent dans ces comportements , alors ils enfreignent la parole de Dieu , et ne sont donc pas de bons croyants aux yeux des intégristes qui font , eux , preuve de logique en se soumettant à sa parole . Quant aux incroyants qui partagent les mêmes goûts que les mauvais croyants , il n’est pas étonnants qu’ils les préfèrent aux intégristes .
    J’ajoute que la prière est bien la preuve de l’imbécillité du croyant puisqu’elle est un reproche adressé à Dieu , à qui l’on demande de faire autre chose que ce qu’il est en train de faire !

    1. Je connais personellement des croyants qui boivent du vin, d’autres qui consomment de la Marijuana, d’autres qui ne mangent ni viande ni poisson ni oeuf ni ail ni oignon mais boivent du lait, d’autres qui ne boivent pas de lait mais aiment le serpent et les fourmis, et aussi l’alcool de fleurs, d’autres qui mangent de tout sauf de la vache, d’autres qui ne mangent jamais de porc mais ne refusent pas une cigarette, et il parait (a ce qu’ils ecrivent dans leurs commentaires sur planete sans visa, et souvent ils n’ont pas leur langue dans leur poche, ils sont meme assez proselytes) que certains croient meme qu’il ne faut rien manger qui soit issu du regne animal… Chacun son truc, chacun ses dieux… Mon boucher, mon ingenieur et mes macons sont musulmans, mon charpentier et mon entrepreneur sont chretiens, mon plombier et mes clients sont hindous, mes collegues sont hindous et bouddhistes, et je sais que je peux compter sur eux, sur leur ethique, indissociable de leur foi: C’est au nom de leur religion meme qu’ils ne me laisseront pas tomber. C’est ca la religion: Ce au nom de quoi on agit. Si certains n’ont pas le meme moteur que moi, puisent a d’autres sources, n’est-ce pas plutot une chance? Quel rapport avec le terrorisme?

      1. Encore une fois , vous n’avez rien compris à ce qu’on vous dit , et répondez hors sujet : je réponds à une disctinction totalement subjective car le bon croyant et toujours celui qui ne nous ( les incroyants ) nuit pas , alors qu’objectivement il est celui qui obéit aux injonctions de son dieu ( qu’il nuise à l’incroyant ou aux autres croyants , y compris ceux de sa religion ), et vous me répondez par un éloge de la pluralité .
        La logique est tellement peu votre point fort que vous me demandiez il y a peu s’il ne fallait pas en changer …
        Merci cependant de m’avoir épargné que Derrida a dit que … et Deleuze a dit que …
        Cela fait un moment que j’ai compris qu’ils avaient donc à eux deux quarante couilles , ce qui brise menu mes mâles attributs vingt fois moins nombreux …

        1. Azer, j’ai ecrit ceci:

          « je sais que je peux compter sur eux, sur leur ethique, indissociable de leur foi: C’est au nom de leur religion meme qu’ils ne me laisseront pas tomber. »

          Autrement, a l’endroit exact ou vous voyez violence et terrorisme, je vois paix et securite.

          Vous n’etes pas oblige d’etre d’accord. Chacun ses croyances.

        2. Azer, j’aime bien citer les gens que j’aime, qui m’ont appris des choses. C’est plus fort que moi. J’aime bien aussi avoir des references pour aller plus loin, quand je lis quelquechose qui me plait. Ou meme si ce ne me « plait » pas, si ca eveille ma curiosite!

  12. Il y a aussi un lien direct entre ce mouvement du trotskisme au néo-conservatisme, et la « reprise en main » de l’écologie en France et en Europe a partir de 1974-75, à coup de millions de dollars de la CIA, par l’intermédiaire du Congrès pour la Liberté de la Culture, que Alain-Claude Galtié appelle « le volet culturel » du réseau « stay behind », dont Gladio était « le volet militaire », et qui fut l’auteur de la vague de terrorisme et d’assassinats politiques en Europe dans les années 70-80 (le massacre de la gare de Bologne, l’assassinat d’Aldo Moro, d’Henri Curiel, de Naji al Ali et de tant d’autres, connus et moins connus, répression non secrète en Espagne, dont le gouvernement et Gladio étaient indissociables, soutien discret à Action Directe et Rote Armee Fraction, etc.).

    Les trotskystes ou ancien trotskystes, c’est a dire des gens qui fonctionnent au pouvoir, qui obéissent et qui ordonnent, qui s’insèrent dans un système et dans une machine, ont repris en main l’écologie en en faisant un parti électoral, et ces gens furent cooptés par la CIA via le Congrès pour la Liberté de la Culture, dont la CIA elle-même se vante d’avoir été son opération « la plus gonflée et la plus efficace » de toute son histoire…

    Il n’y a pas si longtemps qu’on sait cela. Daniele Ganser a fini sa thèse sur Gladio vers 2000, l’a publiée en 2004, Frances Stonor Saunders a publié ses recherches sur le Congres pour la Liberté de la Culture en 1999 (2003 en Français), et la reprise en main du mouvement écologique par le Congrès pour la Liberté de la Culture n’est guère exploré aujourd’hui que par Alain-Claude Galtié. Quel temps perdu! Nous ne connaissons même pas notre propre histoire, tandis que nous nous fascinons pour l’exotisme.

    http://planetaryecology.com/histoire-contemporaine-une-memoire-du-mouvement-ecologiste-1/#more-482

    http://naufrageplanetaire.blogspot.in/2011_03_30_archive.html?view=classic

  13. Trop peu informée sur ce sujet, je me contente de vous souhaiter un bon rétablissement, Fabrice.
    Ravie de voir que certains d´entre vous n´aiment pas Sartre non plus. Je me suis fait souvent descendre en flamme ou considérer comme une imbécile pour avoir émis le même avis.

    PL,
    complètement d´accord avec vous.

  14. Entre la gauche complice du totalitarisme passé et présent,
    la gauche partie prenante du désastre écologique, par son silence et par sa collaboration active,
    la gauche technophile et scientiste,
    la gauche de l’école numérique et de « Linkysition »,
    la gauche transhumaniste,
    la gauche productiviste et industrielle,
    la gauche de l’extension infinie des droits, et jamais des devoirs,
    la gauche oublieuse des plus pauvres des pauvres,
    la gauche indifférente à la condition animale,
    la gauche de Ruffin et Lordon qui défend le cancer français…
    c’est à vomir. Et la liste n’est pas exhaustive.

    Impatient de lire votre prochain livre, Fabrice. Soignez-vous bien. La fièvre y aide, à sa façon.
    A propos de fièvre, pour vous, j’emprunte à Nikos Kazantzaki ses mots d’incendie, écrits pour son ami Panaït Istrati, cité ici : « Tu es une flamme, tu comprends tout ce que la flamme peut comprendre ; ta mission n’est pas de faire des théories de papier mâché mais de brûler. Tu brûles et tu es brûlé, tu accomplis, comme très peu d’âmes sur cette terre, ton devoir de flamme. »
    Etre un flambeau qui éclaire, un brasier qui transfigure, un feu qui guérit… Ce sont les images qui me viennent à cette heure où le ciel est en feu.

  15. Ce problème ne concerne pas que certains représentants de la gauche mais beaucoup trop de personnes qui trouvent des circonstances atténuantes a des criminels par ce qu’il y a pire ailleurs.
    S’il le reich devait être éradiqué, même en faisant appel à l’URSS et aux USA, cela ne justifiait pas les crimes des gouvernements alliés de l’époque.
    S’il était préférable de survivre sous mussolini qui te laissais 10 mètres de corde, que sous hitler qui t’envoyait au camp, mussolini ne demeurait pas moins un criminel à éliminer.
    Si aujourd’hui la dictature iranienne ou poutine laissent 10 mètres de longe aux habitants des pays qu’ils dirigent, c’est à dire plus que le mètre concédé par la dictature saoudienne ou par des dictature pro us, ces dirigeants n’en demeurent pas moins des ordures, un régime qui attache son peuple n’est pas un bon régime, il n’y a pas de bon dictateur.

  16. @ Julien. Bonjour.

    Au cas où tes dernières lignes veulent dire : l’homme (le social) d’abord, la nature on verra plus tard, ça viendra de soi.
    C’est le slogan de la gauche productiviste. A voir le merdier dans lequel on est, pas de problème, on continue, et on n’a pas sorti le cul des ronces. Et puis quand la nature sera suffisamment dégradée, ce sera : plus d’hommes. Oui, là le problème humain sera réglé pour de bon.
    Nous sommes liés au milieu dans lequel nous évoluons, que nous le voulions ou pas. Sinon, c’est décrire indirectement l’homme comme des bovins en batterie qui vivent en hors-sol. Mais ça, ça ne marche pas dans la vraie vie, celle qui existe depuis quelques milliards d’années. Ce sera obligatoirement les 2 ensemble, l’homme (=le social) ET la nature, car leurs destins sont liés.
    Si tes dernières lignes veulent dire effectivement que les 2 doivent marcher de concert, et pas l’un devant l’autre, OK, alors je n’ai rien dit.

  17. Cette gauche, et cette droite… qui s’en foutent royalement… :

    http://www.liberation.fr/futurs/2017/01/13/les-perturbateurs-endocriniens-poison-dans-l-eau-du-robinet_1540972

    Extrait hallucinant :

    « (…) La réglementation qui fixe les teneurs maximales en pesticides dans l’eau du robinet a été modifiée en 2010 et autorise maintenant une eau cinq fois plus polluée. «Avant 2010, dès qu’on atteignait 20% de la VMax [valeur sanitaire maximale autorisée, ndlr], une interdiction temporaire de consommation était décidée par le préfet. Depuis 2010, il faut atteindre 100% de la VMax», regrette François Veillerette, de Générations futures. (…) »

    Comme ils s’en foutent royalement (quans ils n’en sont pas DIRECTEMENT responsables), je ne vote plus. J’espère que nous serons nombreux et que rapidement, ils perdront toute légitimité, élus par 10, 5, 2 % du corps électoral… il parleront à des murs… alors ce sera à la rue de s’exprimer pour remettre les choses en ordre de marche comme elle l’entend. La démocratie représentative est morte (née…), nous devons inventer la démocratie de demain si nous voulons que les problèmes comme celui évoqué ci-dessus et la double catastrophe climatique et de disparition de la biodiversité trouvent le bouleversement civilisationnel qui seul pourra apporter un début de solution viable. Tout le reste est MORTEL à court terme. Surtout croire qu’il y a quoi que ce soit à attendre des élections qui viennent…

  18. Bonsoir Fabrice, lire ceci dans ton texte me fait grand bien :

    « Le dérèglement climatique menace de dislocation les sociétés humaines, l’extinction des espèces est la plus grave depuis 66 millions d’années, les sols agricoles disparaissent, les océans meurent, des dizaines de millions de gueux errent d’un bout à l’autre d’une planète dévastée, et ces crétins se taisent. »

  19. (N’ayant pas autant de talent pour écrire comme vous je m’exprime en mode morse)
    J’ai tout lu. Si si.
    Que c’est bon.
    Pas d’insulte.
    Vrais sujets. Vraies idées. Le tout bien écrit.
    Je découvre ce site après avoir lu l’article dans Charlie.
    Abonné depuis 14 ans, j’en ai 39.
    Trop isolé pendant le procès des caricatures, Trop seul aujourd’hui entre cette droite de curé et cette gauche du déni. Quel plaisir de vous lire.
    Je suis de gauche. Quelle gauche ? Celle qui n’aime pas la droite.
    Être de droite c’est facile, on a tous un coté de droite. Au feu rouge par exemple.
    Être de gauche c’est plus compliqué. Nan ?
    Bref partager c’est plus difficile que tout garder…et encore que.
    Mais du coup beaucoup croient qu’ils partagent en se disant de gauche.
    Je m’embarque dans un truc chelou là…

    Ne pas voir, ne pas direr que l’Islam et le Coran ont un rapport intime à la violence (quelque soit son interprétation ou sa lecture d’ailleurs ), ne pas voir que nos jeunes se « clash » pour savoir si ils sont de bons ou de mauvais musulmans, ne pas voir nos jeunes qui se taisent lorsqu’un barbu déboule dans la place , ne pas entendre les femmes qui voudraient simplement danser, chanter peinardes ce n’est pas être de gauche.
    Et mettre tout ce poids sur le dos de la République Coloniale sans voir l’obscurantisme religieux (qui se frottent les mains) c’est lâche, donc ce n’est pas être de gauche.
    Au contraire c’est nous enfermer, c’est nous stigmatiser.
    Comme si l’on ne pouvait pas s’émanciper de cette religion, nous libérer nous aussi.
    Il faut que l’on reste dans notre statut de pauvre musulman pour ne surtout pas bouleverser les schémas politiques et plomber le fond de commerce de cette gauche…beurk.
    Faut voir ici a quel point les soit disant gens de gauche(politico, asso, ) sont prêts à se courber face à un barbu. Au début ça choque..mais bon c’est comme tout on s’y habitue.
    Bref merci encore de me donner l’impression de ne pas être complètement débile.

    PS: Je sais que Mr Philippe Val ne faisait pas l’unanimité. Mais qui, là encore, peut nier la clairvoyance de ces éditos de l’époque ?

    Bilal.
    Tchus.
    http://www.seuil.com/ouvrage/violence-et-islam-adonis/9782021288582

  20. Merci de nous donner tant d’outils précieux nous permettant, à l’occasion, de contrer ceux qui osent encore défendre Staline, Castro etc…

  21. Bonjour,

    Merci pour cet article.

    J’aimerais rappeler le nom de d’un homme qui a fermement rejeté capitalismes et communismes de son temps;
    qui a rêvé d’une grande communauté paysanne et artisanale (« locale » comme on dirait aujourd’hui…)
    Il était pacifiste. A toujours raillé le machinisme, les grandes villes, et le fameux « progrès »…
    Sa « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix », presque un manifeste en fait, pourrait bien faire écho à votre propre « Lettre à un paysan… » .
    C’est Jean Giono.

    Je demande en toute naïveté : est-ce que JL Mélenchon est de ces gauches-là? Parle-t-il d’écologie, sur son site de campagne, comme un opportuniste ou bien parce que, en son for intérieur, il a compris (j’aurais voulu mettre ces trois derniers mots en italique)?

    à vous lire, bon rétablissement.

  22. Bonjour Fabrice,
    Merci pour ton article qui dénonce mais conforte mon désarroi. Quand tu seras remis, j’aimerai lire la réponse que tu avais préparé à Julien. Je partage ses remarques. Je vais renouveler mon abonnement à Charlie pour ses idées et surtout pour tes articles. Éclaires nous de ta flamme.

  23. Pour les croyants…

    Mon boucher, mes maçons, mon ingénieur, mes voisins musulmans, on ne parle jamais de religion ensemble, mais profondément, je préférerais qu’ils soient radicaux plutôt que modérés. En fin de compte lorsqu’il faut compter sur quelqu’un, il vaut toujours mieux quelqu’un à l’éthique forte qu’à l’éthique floue ou évanescente. La seule chose qui nous protège en fin de compte c’est l’éthique des autres. La surveillance, les contrôles, les formalités ce sont des rituels, toujours interprétables, toujours contournables. Mon chauffeur de bus, mon pharmacien, mon médecin, celui qui tient la buvette ou je bois mon thé, s’ils sont musulmans (ce n’est pas toujours évident à reconnaitre) je préfère qu’ils soient radicaux, qu’ils croient à fond à ce qu’ils croient et pas à moitié. Alors je n’aurais pas peur d’avoir un accident, d’être victime d’une négligence médicale ou de boire du lait synthétique dans mon thé. Et leur rapport avec Allah, ce qu’il y a d’écrit dans leur livre, je n’ai pas envie ni le temps de m’y intéresser. On ne peut pas tout faire, je leur fais confiance.

    Un ami un jour qu’il était un peu en colère contre moi m’a traité « d’européen éclairé ». C’est une autre manière de dire « européen modéré ». L’insulte était claire derrière la politesse. Elle était une sorte de demande que je cesse d’être européen, c’est à dire ce que je suis. L’essence de l’insulte. Lui-même est une des personnes les plus radicales que je connaisse, à tous points de vue. Il faut des gens comme ca. Des gens qui ne font pas semblant de croire mais qui croient vraiment à ce qu’ils font. Des gens comme Azer, dont les écrits sont un peu provocants mais dont je suis bien content qu’il existe, qu’il fasse ce qu’il fait, et que je ne peux pas faire.

    Le fascisme commence quand on prétend donner à autrui son « vrai visage », comme montre Alain Finkielkraut dans « La sagesse de l’amour ». Finkielkraut porte dans le même livre un regard fin sur les Brigades Rouges, il avait identifié un point crucial à partir duquel leur discours peut être déconstruit, sans disposer des résultats du travail de Ganser. Dans une histoire fascinante, le Talmud évoque à sa manière le « vrai visage »: A une question orale, un étudiant répond ce que lui a soufflé un camarade, mais la réponse s’avère fausse. L’étudiant révèle alors le nom de celui qui l’a induit en erreur, et le prof répond: « Pas de médisance! ». Une autre fois, le même étudiant se fait aider à nouveau, et la réponse est bonne. Mais il décide de révéler le nom de celui qui l’a aidé. Et le prof répond encore: « Pas de médisance! » On peut lire cette histoire de beaucoup de manières. Non seulement justifier son comportement par celui d’autrui est un mensonge, mais c’est même une « médisance », c’est réduire autrui à un jugement, lui apposer son « vrai visage ». Quel que soit ce « vrai visage », soi-disant « positif » ou soi-disant « négatif ». Mensonge à deux niveaux! Quel avertissement contre l’exotisme et contre l’orientalisme!

    Lire le Coran quand on n’est pas musulman pour y trouver confirmation de ce qu’on croit, élaborer les critères quand on n’est pas juif, de qui est juif et qui ne l’est pas, faire une loi sur « les signes religieux » c’est déjà préparer des fichiers, forcer sur les gens leur « vrai visage », faciliter le retour de l’Inquisition, de la Gestapo, de la Stasi.

    Faire faussement l’éloge d’autrui en le qualifiant de « modéré » c’est affirmer que son essence profonde est mauvaise, qu’elle n’est supportable qu’en petite quantité. C’est poser sur la personne son « vrai visage », c’est l’insulter de manière polie. Lorsque cela s’applique aux humains en général c’est encore plus grave, c’est affirmer que l’humain est mauvais.

    Yeshayahu Ben-Aharon dit qu’il y a une vaste campagne de dénigrement de l’humain, pour nous faire croire que nous sommes mauvais, et que seule la machine peut nous sauver. Ben-Aharon rassemble ainsi en un concept simple une vaste collection de phénomènes actuels: La surveillance, le dénigrement des religions, l’anti-conspirationisme, l’apologie de la modération.

    Contrairement à Ben-Aharon, le président Obama est souvent très bête derrière un langage soigné et calculé. Par exemple lorsqu’il a dit à ses administrés, pour défendre les activités de la NSA et de la CIA, qu’on ne peut pas avoir à la fois la sécurité totale et l’intimité totale. Justification très stupide, dont chacun ressent qu’elle est contre-intuitive: Les enfants savent que c’est dans l’intimité que l’on est le plus en sécurité. Mais c’est un mensonge, ou un aveuglement, typique de cette campagne contre l’humain que dénonce Ben-Aharon: Les humains sont mauvais, il faut confier à des machines le soin de surveiller leurs activités. Et considérant que le travail de la NSA et de la CIA est central à la survie -entre autres- du soi-disant « état islamique » la déclaration est tout simplement grotesque. Ou bien raciste: Le terrorisme serait légitime à l’Est de la zone OTAN.

    La question de la machine est bien plus profondément incrustée dans notre civilisation que nous ne le pensons. Par exemple, certains parlent « d’écologie humaine », comme si l’écologie, qui est l’acceptation de la non-séparation entre l’humain et la nature, pouvait être autre chose qu’humaine! Notion aussi redondante que « écologie naturelle »! Cependant, si la redondance de l’une parait plus évidente que l’autre, c’est que le concept de nature non-humaine, concept purement abstrait, a bel et bien pris corps, après avoir été rêvé par Francis Bacon: C’est la nature des ingénieurs, des OGM, de la vivisection, des accélérateurs de particules, des grands barrages, de l’agriculture « hors-sol », du nucléaire. Et curieusement, plus cette « nature » devient inhumaine, plus elle devient in-naturelle, jusqu’à cette culmination, les ordinateurs, qui ne sont plus ni humain ni naturels, comme le décrit très finement Lucien Sfez, et qui ces 10 dernières années ont envahi jusqu’au dernier village tribal, où les familles se saignent pour acheter un « smartphone ».
    Cette campagne contre les religions est en fait une campagne pour la machine. On oublie que pour croire en quelque chose il faut d’abord croire. Croire en quoi c’est secondaire, au sens le plus littéral: Si on ne peut pas croire, la question de savoir en quoi ne se pose même pas. C’est comme se gargariser sur « les valeurs » (ca se fait pas trop sur Planète sans Visa, heureusement! c’est plutôt une obsession de droite): la chose la plus importante est d’en avoir, lesquelles importe quand même moins.

    Deleuze a montré que la force du cinéma c’est de nous aider à croire en la réalité du monde. Arendt était effrayée par le fait que Eichmann ne croyait même pas en sa propre vie, au point qu’il la vivait comme un misérable théâtre peuplé de lieux communs. Certains sont capables de croire très fort, d’autres pas beaucoup, certains presque pas. Lorsqu’on ne croit en presque plus rien, plus qu’en sa propre force et en celle du chef, on est alors mûr pour devenir terroriste. Les croyances et les religions sont un rempart contre le terrorisme, et contre la machine, le terrorisme est une des manifestations de la machine. C’est pour ça que l’Europe, qui a créé la machine, a une tendance au terrorisme, et que sa domination mondiale culturelle économique et militaire s’opère en partie par le terrorisme, de la colonisation jusqu’à nos mignons chéris au rapport qualité-prix si extraordinaire, les « rebelles modérés », dont la cible principale sont les chrétiens arabes, qui ne survivent à la guerre de l’OTAN contre la Syrie et l’Irak que parce qu’ils sont protégés par leurs voisins musulmans.

    En tout cas en ce qui me concerne, je fais des efforts sincères pour être un écologiste radical, un architecte radical, etc. J’espère que mes enfants ne me feront pas le reproche d’avoir été un « père modéré », ni ma femme d’avoir été un « époux modéré », ni mes amis d’avoir été un « ami modéré ».

    Ce ne sont pas la NSA, la CIA ni la DGSE qui protègent les chrétiens arabes contre l’état islamique, Al-Nusra et les « casques blancs », ce sont leurs voisins ordinaires, en général musulmans. Ce n’est pas Gladio qui a protégé les passagers de la salle d’attente de la gare de Bologne, c’est Gladio qui les a tués. Ce n’est pas l’administration qui a sauvé des juifs en France, ni non plus les personnes gentiment « modérées » qui la composaient, mais des personnes qui avaient des convictions très fortes auxquelles elles croyaient vraiment. Et souvent, des « croyants » au sens le plus conventionnel du terme.

    Amis croyants, merci d’exister.

    1. @ Laurent Fournier

       » les « rebelles modérés », dont la cible principale sont les chrétiens arabes, qui ne survivent à la guerre de l’OTAN contre la Syrie et l’Irak que parce qu’ils sont protégés par leurs voisins musulmans. »
      « Ce ne sont pas la NSA, la CIA ni la DGSE qui protègent les chrétiens arabes contre l’état islamique, Al-Nusra et les « casques blancs », ce sont leurs voisins ordinaires, en général musulmans.  »

      Vraiment ? Vous pourriez citer vos sources, nous donner qques liens ?
      Parce que moi j’ai lu le contraire à peu près partout : les « voisins musulmans » ont profité de l’avancée de l’EI pour persécuter leurs « voisins chrétiens ».
      La Croix, http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Chretiens-et-yezidis-ne-se-voient-plus-d-avenir-en-Irak-2014-09-02-1200233
      20 Minutes, http://www.20minutes.fr/monde/1441575-20140911-etat-islamique-chretiens-irak-convertissent-paient-taxe-meurent
      Témoignages identiques ds le Guardian, le New York Times etc.

      Lou

      1. Bonjour Lou,

        Voici une source parmi beaucoup d’autres:

        http://www.swisspeace.ch/fileadmin/user_upload/pdf/Mediation/Inside_Syria_fr.pdf

        Mais evidemment il faut chercher au-dela du petit cercle des media de l’OTAN. Au premier chef Le Monde, Liberation, le New York Times, The Guardian… (Je place La Croix un peu a part. Ils ont publie en 2011 et 2012 des reportages rares sur les initiatives de la communaute de San’t Egidio en Syrie, et ils font un effort d’objectivite en general)

        Ce n’est pas que les media de l’OTAN ne disent que des mensonges, bien sur. Il est assez credible que certains « voisins » ne se soient pas poses beaucoup de questions en prenant possession des biens des chretiens et autres minorites persecutees. On a vu ca sous d’autres latitudes, comme par exemple en temoigne Arendt dans sa comparaison passionante de la diversite des comportements des differentes populations europeennes et de leurs gouvernements respectifs vis-a-vis des Juifs a l’epoque nazi, dans « Eichmann a Jerusalem ».

        Mais cela n’enleve rien a la justesse de ces deux phrases, dont je maintiens chaque mot:

        « les « rebelles modérés », dont la cible principale sont les chrétiens arabes, qui ne survivent à la guerre de l’OTAN contre la Syrie et l’Irak que parce qu’ils sont protégés par leurs voisins musulmans. »

        « Ce ne sont pas la NSA, la CIA ni la DGSE qui protègent les chrétiens arabes contre l’état islamique, Al-Nusra et les « casques blancs », ce sont leurs voisins ordinaires, en général musulmans. »

        S’il y a encore aujourd’hui, au desespoir de l’OTAN, des Chretiens en Syrie et en Irak, c’est bel et bien parcequ’ils ont ete proteges par leurs voisins, et ces voisins sont bel et bien musulmans pour la plupart.

        Relisons Eichman a Jerusalem, et incorporons, en fonctions des informations dont chacun dispose (meme la pauvrete des informations divulguees par les media de l’OTAN suffit a cet exercice) la Syrie dans le tableau que fait Arendt. Ca ne fait pas briller l’Europe en comparaison.

  24. P.P.
    Totalement d’accord avec vous sur le constat et sur l’impasse des élections.
    L’extrait édifiant que vous citez m’inspire les lignes suivantes, à propos des normes. Empoisonné, irradié… Oui, mais dans les normes !

    La civilisation grecque et romaine peut s’enorgueillir d’avoir créé de belles mythologies, les peuples amérindiens ont leurs légendes… Et nous, les sociétés de l’âge industriel ? Nous avons quelques grands mythes à notre actif. Le progrès, la démocratie, la technique, l’abolition de la torture, la santé… Grands mythes ? Ce n’est pas l’appellation. Nous avons pour nous la rationalité, le calcul. Rien qui ne soit laissé au hasard de la nature qui est « fasciste », comme l’a écrit une figure de la gauche française. Nous, nous avons inventé un concept totalement moderne : les normes.
    Grâce aux normes, nous avons la qualité, le service client, la satisfaction de ses besoins… Je vous laisse apprécier. Et nous avons les normes sanitaires, parce que la santé est un principe supérieur de nos sociétés. Des exemples ?
    Honneur à l’eau qui est la vie, comme chacun(e) sait. L’eau de nos robinets est potable, voilà pour le mythe – pardon, le principe. Certes, on y retrouve des insecticides, des herbicides, de l’aluminium, des perturbateurs endocriniens, des médicaments aussi sympathiques que les antibiotiques, les antidépresseurs, les anticancéreux, les œstroprogestatifs…
    Mais quoi ? Encore quelques années, et plus besoin d’aller à la pharmacie. Avec un peu de chance, les mutuelles nous rembourseront l’eau du robinet. Elle pourra même servir comme désherbant pour pas cher et comme insecticide écologique. Il faut voir le bon côté des choses.
    Et il y a les normes. Bon, d’accord, on est loin d’analyser toutes les molécules toxiques, ce qui est encore le meilleur moyen de ne pas les trouver. Et il faut distinguer. Limite de qualité et référence de qualité. Rien à voir. Une eau qui ne respecte pas la première est déclarée non conforme. Par contre, aucun problème si elle dépasse la seconde. Les résidus d’aluminium peuvent allègrement dépasser la norme – pardon, la référence –, l’eau n’en sera pas moins potable. Et vous savez quoi ? Quand la qualité se dégrade, on change les normes ! Ainsi, depuis février 2011, cinq fois plus de pesticides sont autorisés dans l’eau du robinet. La reconquête de la qualité de l’eau n’est pas un vain mot. Ce qui était toxique hier devient salubre. C’est magique, c’est la norme ! Et il y aura toujours un bon soldat pour nous expliquer que les niveaux de toxicité restent infimes. Qu’importe si la dose ne fait pas le poison, qu’importe si des concentrations très faibles peuvent se révéler dangereuses, qu’importent les effets cocktails qu’aucune analyse ne prend – et ne prendra – jamais en compte… Ce qui compte, c’est la norme !
    Ne croyez pas que l’eau de bouteille soit préférable. On y retrouve aussi des perturbateurs endocriniens, parfois même davantage que dans l’eau du robinet, en raison des plastifiants utilisés et de leurs bisphénols à foison. Des traces de médicaments et de pesticides ont même été décelées. Quant aux déchets et à l’empreinte carbone des bouteilles en plastique, faut-il insister ? A peine la moitié sont recyclées, et quand bien même, que de gabegie, de gaspillage.

    Concernant les normes qui évoluent en fonction des pollutions environnantes, le nucléaire se pose un peu là, lui aussi. Alors qu’il n’existe pas de niveau de radioactivité inoffensive, en 2014, la dose admissible de radioactivité est passée de 1 mSv/an pour le public à 20 mSv/an. En cas d’accident nucléaire, on peut même aller jusqu’à 100 mSv/an. A la prochaine catastrophe, on augmentera les seuils admissibles, et on fera de nous du bétail participatif, affublé d’un collier indicateur du niveau de radioactivité absorbée, et défilant tous ensemble, tous ensemble, pour Fessenheim et pour l’EPR, parce que l’emploi vaut mieux que nos vies.

    Une dernière illustration pour finir : les rayonnements électromagnétiques de nos gadgets sans fil. Les normes en vigueur ne prennent en considération que les effets thermiques. Elles ignorent les risques biologiques révélés par des centaines d’études indépendantes : détérioration de l’ADN, de la barrière entre le sang et le cerveau, de la communication entre cellules, du sommeil… Même à des niveaux très bas (0,2 v/m, selon le dernier rapport Bio-Initiative), des effets non-thermiques peuvent apparaître. Quant aux électro-hypersensibles, c’est à des seuils encore plus bas qu’ils subissent une torture innommable. Sans parler des risques de cancer possible reconnus par l’OMS. Pour mémoire, en France, les seuils vont de 41 à 61 v/m. Ouf, on est protégés.

    Alors quoi ? Irradié(e)s, empoisonné(e)s… D’accord, mais dans les normes ? Et surtout, remboursé(e)s par la Sécurité Sociale ?
    Sérieusement ? Devenir des gestionnaires du désastre et demander des normes acceptables ? Acceptables pour qui, et selon quels critères, selon quelles preuves et quelles études – indépendantes ou pas – impossibles à effectuer par définition, tant les rayonnements, les molécules, sont innombrables, tant leurs effets cocktails sont infinis. Dans une société industrielle, les normes sont faites pour protéger les industriels, pas la santé.
    L’issue ? Je n’en vois pas d’autre que la sortie de l’industrie et de son monde. Ce qui suppose « une révolution morale et intellectuelle » comme l’écrit Fabrice.

  25. Bonjour M. Nicolino,
    votre article m’a beaucoup interpellé, j’essaierai de creuser ces questions.
    Je me permet cependant de vous envoyer mon témoignage :

    Pour me situer, je suis ouvrier et bénévole à attac, je consacre une grosse partie de mes loisirs à travailler les questions écologiques et les accords de libre échange. Je connais donc peu l’islam radical et la géopolitique, mon ignorance me désole mais on fait ce qu’on peut. J’ai été lecteur de La Grosse Bertha, puis de Charlie Hebdo pendant un ou deux ans. Depuis je ne l’ai acheté que rarement. J’ai cependant apprécié le travail de Bernard Marris ainsi que le vôtre même si je ne vous connais que depuis trois ans.

    Cela fait plus de dix ans que nous menons, au sein du comité local attac, diverses actions dans ma ville. Nous avons entre autre organisé de nombreuses conférences/débats mais je n’ai pas réussi une seule fois à faire venir mes collègues de boulot d’origine arabe, musulmans ou non. Le 10 janvier 2015, trois jours après les attentats, pendant que ma femme et mes enfants défilaient dans la manif « Je suis Charlie », le hasard faisait que je distribuais mes tracts pour notre soirée ciné+débat du soir même. Concours de circonstance, le thème de cette soirée prévue de longue date était l’occupation par l’Etat d’Israël des territoires palestiniens. Je croise un ancien collègue de boulot, musulman. Ayant lu mon tract, il me félicite : « Vous faites du bon boulot ». Je m’éloigne. Une copine militante qui sortait de la manif passe devant lui 5 minutes plus tard en distribuant les mêmes tracts, mais portant dans le dos des dessins célèbres de Charlie hebdo. L’un d’eux représentait un imam et un journaliste en train de se rouler une pelle. Lorsque je repasse au même endroit, j’entends mon ancien collègue dire à ma copine : « Mais madame, je me sentirai insulté si mon enfants voyait ça ! En plus il y a de la bave ! ». La soirée au cinéma s’est très bien déroulée, nous avons eu dans le public des musulmans dont deux jeunes femmes qui ont confié en sortant qu’elles ne pensaient pas que des français pouvaient s’intéresser comme ça à la Palestine.

    Pour essayer de résumer ma pensée, il me semble que l’humour agressif de Charlie Hebdo n’est pas la meilleure façon de fédérer les luttes. Cela dit, je vous remercie pour votre travail sur la crise écologique qui moi aussi me prend tous les matins au réveil.
    Cordialement.

  26. Pourquoi je n’irai pas (plus ?) voter tout au long de cette année 2017 ?
    Il n’y a RIEN à attendre des élections qui viennent, sinon, qui que soit l’élu, pire qu’aujourd’hui ! Pire !
    Peut-on voter pour « pire » ?
    Il faut arrêter ce système qui crée des nouveaux fascismes (FN, en premier lieu, mais aussi, Wauquiez, Fillon, Vals et Cie…)
    S’ils sont élus par 20, 10, 5, 2% des électeurs, ils n’auront AUCUNE légitimité. Ils s’accrocheront bien entendu à leur ultime estrade de pouvoir comme de dérisoires arapèdes (pauvres arapèdes !), ils se draperont jusqu’au ridicule dans le suffrage universel… mais élus par 10% de la population voire moins, la rue pourra ‘autant mieux leur signifier « dégage ! »
    Ils se cabreront, ils utiliseront la violence contre nous, il y aura des morts dans nos rangs (que croyons nous ? Mille fois hélas… mais nous devons réellement atterrir… Rémi Fraisse n’est que le 3ème – après Vital Michalon contre le nucléaire civil et Fernando Pereira contre le nucléaire militaire à bord du Rainbow Warrior de Greenpeace – d’une longue liste… imaginez un instant d’immenses manifs de rue avec le FN au pouvoir ? Et avec Fillon au pouvoir ? Presque pareil, non ? Et avec Vals ? Macron ? Pareil aussi en terme de répression, non ???).
    Vous avez peur ? De vous ?
    Je ne prone pas la violence, au contraire, je suis pour un maximum de non violence.

    Vous savez qui me fait de plus en plus peur ? LES ELECTEURS !
    Ils ont déjà élu Sarkozy ! Wauquiez !! Trump !!! Ils ont voté le Brexit, ils ont élu Berlusconi, Poutine, Hitler même !
    J’exagère ? Un peu… mais si on prend du recul, il y a du vrai dans l’impossibilité que j’ai de voter ! Et délégitimer les élus en ne votant pas.

    1. Derriere cette question des « electeurs » il y a celle, encore plus delicate, de la bourgeoisie, ou « classe moyenne » comme on dit. C’est cette classe qui a toujours soutenu et qui soutient le fascisme, partout sur la planete. (Le fameux « 1% » ne soutient pas le fascisme, il « est » le fascisme). La question est delicate car le simple fait de lire ou d’ecrire un commentaire sur Planete sans visa depuis son ordinateur signale qu’on y appartient probablement, a plus d’un titre. Que personne ne se sente vise: Je parle de moi ici. Mais ca pose la question: Que fait-on en pratique? Encore une fois que personne ne se sente vise. Ca pose la question de la responsabilite collective de la classe moyenne, bourgeois de gauche ou de droite, riches ou pauvres, d’ici ou d’ailleurs.

  27. merci pour ce très long texte.

    Je n’avais jamais entendu parler de Malraux comme ça. C’est dommage, le film Espoir est très fort.

    Que penses tu d’Arthur Koestler ? Il aurait sa place dans ce texte ? J’imagine qu’on pourrait rajouter beaucoup de noms.

  28. Bravo et merci pour cette saine colère que nous sommes de plus nombreux à ressentir contre ces salauds qui ont tout, le pouvoir, le fric et la bonne conscience.
    Simon Leys (« Les Habits neufs du président Mao ») fut un des rares intellectuels à ne pas verser dans la maolâtrie des années 70. Il le paya d’un exil définitif en Australie, les portes de l’université française lui étant barrées par ces « compagnons de route » des dictateurs.
    (Voir par exemple dans le lien le chapitre « Le combat antitotalitaire »)
    Je me permets de reproduire ce papier sur mon blog Les Amis de Bartleby, où il sera en bonne compagnie.

  29. Cher Fabrice Nicolino, merci du fond du cœur pour cet article magistral en particulier et pour votre travail en général, constant, généreux, passionné.
    Vous faites partie pour moi de ceux qui représentent l’essence même du journalisme, c’est à dire un propos vrai, allant chercher les faits bruts sous des couches (épaisses parfois) d’idéologies ânonnées, et tant de propagandes longuement étalées dans trop de canaux de diffusion. Pas d’idéologie ou de grille de lecture systématique proposée jusqu’à la nausée avec vous justement mais bien des Idées, une Pensée, motivée par un sens critique affûté et précis, pas de propos lénifiants et convenus mais du cœur, de la tripe. Et quel style ! C’est peut être moins important que le reste, mais vous lire est pour moi un régal également pour la forme et me rappelle que les grands journalistes furent parfois aussi de grands écrivains. Et que nous avons cruellement besoin de Style, de Coeur et de foi dans l’Homme dans ces temps troublés..
    Merci donc pour votre étonnement et votre colère qu’on dirait intacts, merci pour le feu intérieur qui vous habite et merci pour le Verbe.
    Il nous faut serrer les coudes, dites vous en substance, je pense que vous aurez tout fait pour. Et vous lire me fait l’effet que font certains livres : à leur lecture on se sent moins seul. Amitiés

  30. Bonjour Fabrice.
    Ton texte est excellent et ravit tes lecteurs. Tu as raison de te montrer intraitable face aux dictatures. Et tu vilipendes rageusement ceux qui les soutiennent. Donc bravo et tes lecteurs t’en félicitent.
    Mais tu leur dois malgré tout la Vérité. Toi qui attaque si férocement, tu oublies de préciser que certains de tes camarades (encore que ce mot doit te donner des boutons au vu de ta prose), Charb et Wolinski pour ne pas les citer, étaient de grands supporters de Fidel Castro et de Cuba. Pour preuve, leur participation aux festivités de Cuba Si, l’association pro-cubaine du PCF aussi bien à la Fête de l’Huma qu’aux divers dîners et fêtes organisés par l’association.
    Quand on veut donner des leçons d’histoire on essaie d’être précis. Que l’on soit historien ou journaliste.

    1. Gilbert Grimbert,

      Je ne prends pas ton mot très au sérieux. Tu ignores tout – pour cause – des combats que j’ai pu mener depuis que je suis conscient d’être et de penser. Et ce furent toujours, et où que ce soit, pour les mêmes causes. Contre les fascismes et les stalinismes, contre l’économie capitaliste, pour la défense du vivant. Je ne sais pas très bien ce que tu veux dire – qui raconterait tout ce qu’il y a à dire dans un seul texte ? -, mais, je me répète, je ne prends pas ton texte très au sérieux. Il semble toutefois que Cuba soit pour toi un sujet épineux.

      Bien à toi, si du moins tu acceptes mes salutations.

      Fabrice Nicolino

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