Mais qu’est donc ce si fier monsieur Mélenchon ? (première partie)

Je sais bien que les mélenchonistes les plus mélenchoniens me détestent, mais cela ne m’a jamais empêché d’écrire sur leur héros ce que je voulais. Et je compte bien continuer ici, malgré leurs inévitables protestations. Je compte rappeler ici quelques points déjà abordés, puis ajouter une pincée de poudre noire dans la (si petite) blessure que je leur ai infligée. Avis à l’univers : il faut, il faudrait lire le texte qui suit en compagnie de celui qui le suivra. Où l’on verra, peut-être, les raisons profondes, les racines politiques, historiques et personnelles qui sont au commencement  de mes lourdes critiques contre Mélenchon. Avis donc : il n’y a pas un article sur lui, mais deux.

Et ça commence par un préambule. Je comprends en partie l’engouement de tant de gens pour La France Insoumise. Les proclamations de ce regroupement contiennent quelques belles idées qu’il serait pénible – et même stupide – de rejeter. Il est vrai que, et tout à mes critiques, je ne l’ai pas assez fait, grâce à ce mouvement et à Mélenchon, certaines questions sont sorties du réduit mental où elles étaient. Grâce à Mélenchon ? Vous avez bien lu : grâce à lui. Malgré tout ce que je peux lui reprocher, il a ouvert une porte, libérant des énergies qui s’épuisaient en vain à défendre des causes subalternes. Je me permets de faire un rapprochement avec le grand texte du pape François, Laudato Si, même si cela n’est pas de même nature, ni de signification et de puissance comparables. Je précise que François m’impressionne.

Les si tristes funérailles d’Hugo Rafael Chávez Frías

Je salue donc ceux des Insoumis qui ont placé la question écologique au centre de leur monde, même si c’est d’une manière qui ne me convient pas vraiment. Et Mélenchon itou, qui est parvenu à secouer sa tête chenue pour y faire entrer un peu d’air et de lumière. Sommes-nous d’accord ? Je l’espère, car cela ne va pas durer. D’abord, Mélenchon nous a bassinés je ne sais combien de dizaines de fois avec ce géant qui n’était qu’un nain, Hugo Rafael Chávez Frías, défunt président du Venezuela. L’apothéose de cette séquence a été la veillée funèbre, à l’annonce de la mort del Jefe au début de l’année 2013. Citation de Mélenchon : « Ce qu’est Chavez ne meurt jamais. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution ». Autre citation : « Il n’a pas seulement fait progresser la condition humaine des Vénézuéliens, il a fait progresser d’une manière considérable la démocratie ». On sentait le pleur tout près de sortir.

Et là-dessus, silence total. Aucune explication n’est fournie de l’abominable descente aux enfers de ce grand pays. Le successeur, Maduro, fait endurer à son propre peuple la pire crise sociale qu’a connue le pays depuis son indépendance pour le coup bolivarienne de 1811. La camarilla militaire chaviste a copieusement pillé le pays et son immense rente pétrolière, distribuant des prébendes qui n’auront servi qu’à doper une consommation de biens importés. Rien de fondamental n’aura changé, alors que le chavisme au pouvoir a vingt ans d’âge. Les corrompus du sommet ont eu le temps de planquer les trésors volés à Miami, et je suis bien certain qu’ils ne paieront pas le prix de leur vilenie. Il ne restera bientôt plus rien du chavisme. Cela, une révolution ? J’aimerais presque croire que c’est une blague. Sur le sujet, j’ai écrit ici même, en 2009, un article qui peut se relire. On y découvre celui que Chávez décrivait comme un grand ami. Norberto Ceresole, fasciste et négationniste argentin, car c’est de lui qu’il s’agit, a fort contribué à la formation politique de Chávez, qui s’appuie comme chacun devrait le savoir sur le triptyque El Caudillo (Jefe), el ejército, el pueblo. Le chef, l’armée, le peuple. Une insupportable vision verticaliste du pouvoir, revendiquée pourtant. On peut aussi lire ceci ou encore cela.

 

L’économie chinoise, chance pour l’humanité

J’ai entendu Mélenchon oser face à Jean-Jacques Bourdin une phrase du genre : « Mais enfin, vous savez que Castro et Chávez sont morts ? », sous-entendant par là qu’il n’y avait pas lieu d’y revenir. Mais quelle audace !  Venant d’un homme qui se croit incarner l’Histoire en marche, et ne cesse de vanter telle ou telle figure de la Révolution française, c’est réellement gonflé. Et surtout ridicule pour qui se réclame encore du matérialisme et du marxisme. On pourrait donc faire parler les morts, mais pas tous. Seulement ceux qui arrangent la ligne politique du moment. Comme c’est commode.

En 2012, j’ai remis le couvert et abordé une dimension proprement infâme du personnage Mélenchon en évoquant le sort fait au journaliste d’origine brésilienne Paulo Paranagua : c’est . Un peu plus tard, toujours cette année 2012, j’ai commencé à parler d’autres pays de cette Amérique latine que j’ai bien connue, et pour lesquels Mélenchon avait les yeux de Chimène. Ainsi de l’Équateur et de sa si fameuse « révolution citoyenne ». Vous verrez ici le sort fait aux Indiens de Sarayaku, et l’ode de Mélenchon à la destruction du monde par l’économie chinoise (« Je considère que le développement de la Chine est une chance pour l’humanité », octobre 2012). Ainsi du Pérou, ici cette fois. Et encore deux fois sur l’Équateur : en septembre 2013 et en novembre 2016.

Quant au Mélenchon « écologiste », il y a pléthore d’articles sur Planète sans visa. Je me permets d’en citer celui-ci, cet autre, celui-là et deux derniers, ici et là. Ils ont au moins trois ans, et depuis, je n’ai pas changé d’avis. Un seul exemple éclairera mon propos : le fameux meeting de l’hologramme, en février 2017. Lui à Lyon, son ombre portée à Auber. Eh bien, la totalité de la prestation était un show profondément anti-écologiste, articulé autour de trois frontières humaines à repousser plus loin : la mer, l’espace, le numérique. Rendez-vous compte un peu ! Si l’écologie a un sens, c’est bien celui d’avoir découvert puis admis les limites de l’action humaine. Simplement parce qu’un mur physique infranchissable empêche d’aller au-delà. Quand il n’y a plus de sol, on ne cultive plus rien. Quand il n’y a plus de poissons, on n’en pêche plus. Quand l’eau vient à manquer parce que nappes et rivières ont été surexploitées, les êtres vivants meurent un à un.

Or à Lyon, il s’agissait d’aller encore plus loin. La mer ? Il faudrait lancer un vaste programme d’industrialisation à coup d’hydroliennes géantes, d’éoliennes off shore, d’usines aquacoles destinées à fabriquer des algues. Je n’invente rien. Et voyez comme Mélenchon parlait de nos pauvres océans sur son propre blog, le  26 mars 2012 : « Ne sommes-nous pas la nation d’Europe qui a su s’immiscer dans l’espace et qui occupe aujourd’hui la moitié du marché mondial des tirs de satellites ? N’avons-nous pas mis au point le navire de transport spatial le plus abouti pour alimenter la station internationale de l’espace ? Rien n’est hors de portée pour nous, sitôt que l’État et le collectif s’en mêlent ! La mer est notre nouvel espace de réussite et d’exploits scientifiques et techniques ! C’est ma proposition ! ».

La si fabuleuse chienne Laïka

Vous avez noté : « Rien n’est hors de portée ». Ou encore, dans une interview pathétique donnée à Match : « L’idée de l’expansion humaine en mer s’est présentée à moi comme une espèce d’antidote à la déprime générale. Et comme un fait d’évidence totalement occulté! (…) Quand j’étais gamin, je découpais et je collectionnais les articles sur la conquête de l’espace. Je crois que j’ai encore dans ma cave un cahier où j’avais collé fiévreusement les exploits de la chienne Laïka et de Youri Gagarine ». L’expansion humaine, comme si elle n’avait pas assez détruit comme cela sur terre ! Et cette imagerie de pacotille sur l’espace, qui lui a fait acclamer à Lyon le savoir-faire des ingénieurs et l’excellence de la base de Kourou, oubliant l’essentiel, qui est de conquête, de conquête militaire, même si elle est pour l’heure pacifique encore. Dieu ! mais un écologiste commencerait évidemment, parlant de la mer, par parler de la dévastation des océans. Et réclamerait, c’est en tout cas mon point de vue, l’interdiction de la pêche industrielle. Or non, je le répète : aller plus loin encore, et ouvrir fatalement, compte tenu de ce qu’est l’économie réelle, la voie aux industries transnationales, seules à même d’investir massivement. Et je n’insiste pas, non, faute de place, sur le ridicule et plein accord avec le déferlement du numérique (et des jeux vidéos), qui pose pourtant des problèmes politiques de fond. Car quoi ? Qui ne sait que la démocratie est synonyme de lenteur, indispensable à la parole, à l’échange, à la coopération, à l’élaboration, à la décision ? La numérisation du monde pose des problèmes neufs, et graves. Mais pas pour Mélenchon.

Je suis extrêmement long, mais je m’en excuse pas. Il s’agit en effet d’une affaire sérieuse. Sur un plan politique général, je reste stupéfait par la facilité avec laquelle des millions de gens semblent avoir oublié Mitterrand, à qui Mélenchon, ce n’est pas exagéré, voue un culte. L’ancien président a promis ce qu’on voulait bien croire, de manière à être élu, et puis s’est détourné sans explication de son plantureux programme. Certes, il ne fut coupable que de l’extrême faiblesse de ses suivants, croyants et courtisans. Mais tout de même ! Mélenchon ne se cache aucunement d’admirer au plus haut point un homme de droite qui a fait entrer le fric et le capitalisme le plus infect – Tapie, Berlusconi – dans l’imaginaire de la gauche française. Et cela n’aurait aucune signification particulière. Hier, des foules compactes ont acclamé les crapules staliniennes Thorez, Marty, Duclos, Aragon, Marchais. Et d’autres des politiciens « de gauche » soutenant les pires aventures coloniales, comme Guy Mollet, Robert Lacoste, Mitterrand déjà ou Gaston Defferre. Que veux-je dire ? Qu’il est au moins possible que la France dite insoumise repose sur le même rapport malsain à la politique et à l’autorité.

Et si on parlait un peu de l’Internationale ?

De vous à moi, ne voyez-vous pas que cette manière verticaliste – lui là-haut, nous en bas – tourne le dos aux rêves les plus anciens de l’émancipation ? Bien qu’ayant rompu avec beaucoup de l’imaginaire de ma jeunesse, je continue d’entendre L’Internationale avec davantage qu’un pincement au cœur. On y entend ces mots, que je revendiquerai pour ma part jusqu’à la fin : « Il n’est pas de sauveur suprême. Ni Dieu, ni César, ni Tribun ». Je crois sincèrement que Mélenchon se prend pour les trois.

Avant d’achever ce qui, je vous le rappelle, est le premier volet d’une série de deux, je me sens contraint d’évoquer de graves mensonges de Mélenchon, qui n’ont attiré l’attention de personne. De personne en tout cas qui en ait parlé sur la place. Cela tombe donc sur moi, et je l’accepte comme le reste. Dans un livre d’entretiens paru il y a un an au Seuil (avec Marc Endeweld, Le Choix de l’Insoumission), Mélenchon y réécrit son histoire politique d’une manière qui m’a sidéré. Et offensé, car je continue à croire dans la vérité et la rectitude.

Je n’en ferai pas la critique complète, qui serait pourtant méritée. Mais laissez-moi insister sur le Mélenchon lambertiste, dirigeant à Besançon de la secte appelée Organisation communiste internationaliste (OCI), celle-là même qui a fait de Jospin un espion de choix, membre du parti socialiste, jusqu’au poste de Premier secrétaire du PS après 1981, tandis qu’il était membre clandestin de l’OCI. Cette organisation a une histoire profondément noire, faite de graves violences contre les individus, et qui aura eu la grande originalité de soutenir des concurrents du FLN algérien – le MNA – manipulés par l’armée française; puis de combattre toute participation aux luttes de la jeunesse contre la guerre américaine au Vietnam; de refuser publiquement de participer aux barricades de mai 68; d’insulter sur tous les tons les combattants du Larzac, les antinucléaires des années 70, les militantes féministes, etc.

Quand il soutenait Lip à l’insu de son plein gré

Vous me direz qu’on s’en fout, mais vous me lisez, et je ne m’en fous pas. Mélenchon a été donc le chef – et chez eux, ce mot n’était pas à prendre à la légère – de l’OCI à Besançon pendant plusieurs années de l’après-68. Or dans son livre, il raconte de telles calembredaines qu’on ne peut les appeler autrement que des mensonges. Il raconte par exemple que la grève des travailleurs de Lip – elle débute au printemps 1973 – aurait suscité chez lui un énorme enthousiasme, ce qui est nécessairement faux. Toute personne ayant vécu cette époque sait que le courant lambertiste vomissait chaque semaine, dans sa feuille honteuse Informations ouvrières, les gens de Lip, au motif qu’ils avaient partie liée avec la CFDT honnie, très majoritaire dans l’entreprise. Et voilà que Mélenchon en rajoute, vantant le formidable curé de Lip, Jean Raguénès, que son mouvement, donc lui fatalement, exécrait publiquement et constamment.

De même, il invente « une immense compassion » pour les Vietnamiens, qui aurait été la base de son engagement contre l’impérialisme américain. Pure bullshit. Les lambertistes comme lui maudissaient à ce point le Vietcong et le Nord-Vietnam qu’ils pourchassaient à coups de bâton ceux qui, dans les rues de Paris, défilaient pour la victoire du FNL vietnamien. J’en ai été le témoin direct, mais ce point ne saurait, de toute façon, être discuté.

Enfin – il y a bien plus, mais je m’arrête là -, Mélenchon ose évoquer un soutien aux guérillas d’Amérique latine – cela cadre si bien avec son affection pour les nouveaux caudillos comme Chávez ou Correa – des années 70. On est là dans le grotesque, un grotesque nauséabond, car il y a derrière tout cela des morts. Je suis un témoin vivant de ces événements, et de cette époque, et quand Mélenchon affirme son adhésion à une « ligne d’action révolutionnaire de type insurrectionnel », j’ai un début de nausée. Ainsi que le clamait chaque semaine le journal de Mélenchon Informations Ouvrières, les lambertistes étaient VISCÉRALEMENT opposés à ces groupes, tels le MIR chilien, les Tupas d’Uruguay, le FSLN nicaraguayen qui avaient choisi l’affrontement armé.

Je sais d’avance ce que diront certains lecteurs : il s’agit de vieilleries. Soit. Mais elles sont exprimées en 2016 par quelqu’un qui dit vénérer l’histoire des hommes, et qui combat officiellement toutes les cliques au nom d’un impérieux devoir d’honnêteté. La falsification, si elle n’est pas née avec le stalinisme, a atteint avec lui des sommets que nul n’est encore arrivé à dépasser. L’OCI et le passé de Mélenchon ont officiellement été antistaliniens, mais ils ont repris des méthodes qui étaient celles de leurs supposés adversaires. Je n’ai pas le temps de vous raconter l’affaire Michel Varga, très bien documentée. Et cela, figurez-vous, ne passe pas. Pour mieux comprendre pourquoi, il faudra attendre mon prochain rendez-vous, ici même. J’y parlerai de personnages beaucoup, beaucoup plus intéressants, comme par exemple Charles Fourier, Henry David Thoreau ou encore Nestor Ivanovitch Makhno et Élisée Reclus. Croyez-moi, l’air qu’ils ont bu ferait encore éclater plus d’un poumon.

 

 

12 réflexions au sujet de « Mais qu’est donc ce si fier monsieur Mélenchon ? (première partie) »

  1. Ha ! le voici le voilà cet article sur Méluche et en plus il y en aura un second…
    J’ai juste commencé la lecture et je me régale déjà.
    Commencer par dire ce qui est positif est un bon début… je crains que cela ne se gâte par la suite mais j’y retourne…
    Merci Fabrice d’exercer ton esprit critique sur ce sujet.
    Je sais que celleux qui l’aiment ne supportent pas la moindre brindille venant lui abimer portrait…

  2. Merci Fabrice.

    Il n’y a donc aucun espoir à avoir du côté politique. De ce côté, il n’y a plus qu’à espérer une augmentation de l’abstention, qui débouchera, peut-être, sur un changement ?

    C’est une histoire d’idées. Pour cela, je crois qu’il nous faut être des abeilles, et polliniser la société.

  3. Un commentaire de Frédéric Wolff

    Voilà qui est fort bien écrit, avec ce qu’il faut de mise en perspective, de lyrisme, de pensée libre et juste.

    Je connais quelques personnes mélenchonistes, et sans prétendre qu’elles soient représentatives, voici ce que je peux en dire. Sur certains points, il m’arrive d’être d’accord avec elles, voire d’éprouver de l’affection pour quelques-unes. Mais assez vite, j’ai constaté que nos conversations tournaient court. Je perçois, chez ces insoumis(es), une soumission au grand maître. La moindre réserve émise à son encontre résonne comme un blasphème, un crime de lèse-majesté. La fascination exercée par le personnage virerait-elle à l’hypnose ? J’admets qu’il a un talent oratoire certain. Mais bon, cela n’en fait pas un écologiste à mes yeux.

    Mélenchon se fout pas mal des limites. Il les exècre. Sa soif de la conquête le conduit même à en appeler à la recherche sur la réalité et l’humanité augmentées, le transhumanisme, pour être clair, en d’autres termes la fin de l’humain. Et tranquillement, il clame : « L’humain d’abord ! », slogan qui en dit long, par ailleurs, sur le délire prométhéen. Et l’hologramme bionique d’en appeler à la science et à la technique pour pulvériser les dernières frontières de l’espèce. Développer le numérique et le virtuel – ah ! nos chers « gadgets de destruction massive », surtout ne pas les mettre en question –, exploiter les océans et l’espace, poursuivre la démesure extractiviste, relancer le pouvoir d’achat et la consommation, industrialiser le monde, se réjouir de la croissance chinoise et de la vente d’avions de guerre à l’Inde, s’en remettre à l’Etat jacobin, c’est donc cela sa vision de l’écologie ? Continuer de plus belle la fuite en avant qui détruit tout ?

    Comment peut-on être écologiste et ne pas bondir en lisant de telles inepties ?

    « Ah bon ? Je n’ai pas entendu ça, moi. » Voilà ce que me répondent les adorateurs du grand homme, dans le meilleur des cas, en me dévisageant comme si j’étais un hérétique définitivement perdu, ou un affreux fasciste, anti-écologiste de surcroit. Dans le pire des cas, on me prête des mots que je n’ai pas prononcés, on pense à ma place, on me montre une vidéo grossière de manipulation…

    Ainsi donc, on pourrait exercer son esprit contestataire sur tout, excepté sur un sujet : Mélenchon et ses contradictions. D’où vient ce besoin de s’en remettre à une instance supérieure exempte de tout examen critique ? Est-ce un refus de penser par soi-même, tant la liberté effraie ? S’agit-il d’un parti pris, selon lequel rien ne peut advenir en dehors du groupe organisé et hiérarchisé ? Une nécessité presque vitale de se trouver une famille spirituelle et de faire bloc autour d’elle en renonçant à son libre-arbitre ? Un besoin d’illusion derrière laquelle se tapit la peur, pour reprendre les mots de plioutch ?

    Mais peut-être s’agit-il d’autre chose ? Peut-être qu’après tout, ces réserves que je tente d’exprimer sont-elles mineures et, pour tout dire, insignifiantes, aux yeux du grand nombre, dont les mélenchonistes ?

  4. Oui, je comprends et j’approuve totalement ces réserves, cette méfiance, vis-à-vis de la tête de la «France insoumise ». Réserves et méfiance, je les ai aussi. Je ne suis pas fana d’un quelconque « führer ». Ça ne m’empêchera pas de voter France insoumise aux législatives, après l’avoir fait au 1er tour de la présidentielle. Ecologie, nouvelle constitution rognant la place de «l’hyper-président», etc., tout cela représente un espoir, même s’il reste du chemin à parcourir. Même si celui à la tête de ce mouvement ne manque pas de facettes contradictoires. Ce mouvement peut être l’occasion d’embrayer sur autre chose que la déprime ambiante, et de pousser derrière pour les corrections de trajectoire nécessaires, écologiques, démocratiques, sociales, sociétales. Je peux me tromper, mais il faut pousser partout où on peut. Ce n’est pas forcément contradictoire avec les mouvements de la société civile tels que les voudraient Fabrice ou P.P.. A l’instant T ça va dans le même sens, c’est complémentaire, alors allons-y. Là on est parti pour 5 ans de plus de perdu, avec la bénédiction matraquée des grands médias. Avançons ensemble sur ce chemin, il sera bien temps de se séparer en temps voulu, plutôt que d’attendre le miracle qui ne tombera jamais du ciel. Nos concitoyens ont énormément de distance à parcourir dans leur tête pour que ça puisse avancer, et ce n’est pas laisser le champ libre au « macronisme » qui va déclencher une étincelle dans ces pauvres cerveaux.

    1. Oui, on peut voter FI sans être soumis au culte du leader et voir les faiblesses du programme tout en estimant qu’il propose des avancées plus importantes que n’importe quel autre. Oui, le volet océan à lui seul est un repoussoir à écologiste, ou au moins à ceux qui ont conscience que ceux-ci meurent. Oui, le personnage de JLM est souvent pathétique avec son admiration aveugle de toutes les formes de socialisme sud américain, mais il rassemble suffisamment pour faire 20% aux présidentielles. Alors quand on est pris dans un système qui se mord la queue et qu’une lueur d’espoir d’en sortir ne serait-ce qu’un peu se profile, moi je dis allons y.

  5. Merci pour ton éclairage, Fabrice, j’attendais cet article avec impatience ! Pour être franc, tu m’avais un peu laissé sur ma faim dans Ce qui compte vraiment, c’est désormais comblé.

  6. Oui, comme PL je vote France Insoumise tout en étant bien méfiante envers le leader du parti. Mais j’ai la sensation que le mouvement qui est derrière Mélenchon est un vrai mouvement populaire (et j’ai aussi lu le texte de Michéa : Peuple, people et populisme). Toutes les analyses visant à dénoncer un possible tyran derrière un charismatique sont bonnes à lire de très près mais il n’en reste pas moins que ni Michéa, ni vous-même – l’auteur de ce long article dont je ne trouve pas la signature – ne semblez vous intéresser réellement à ceux qui lui font confiance. À part les désigner comme des fanatiques décérébrés, ils n’ont (nous n’avons, je n’ai) pas droit à plus de marques d’intérêt.
    Je dirais que dès le début de ce mouvement j’ai bien senti que Mélenchon était dépassé par la force qui montait derrière lui. Et cette force n’est ni dupe, ni soumise. Pourquoi la mépriser, ou du moins l’ignorer ? Michéa dans son article n’en parle même pas. Seuls les électeurs de Marine Le Pen ont droit à son analyse.

    1. Ambroisine,

      Je crois que vous très mal lu, et de ça au moins, je ne suis pas responsable. La signature ? Mais c’est la mienne. Regardez donc l’adresse de la page d’accueil sur laquelle vous avez cliqué !

      Fabrice Nicolino

  7. Je suis toujours dubitatif au sujet de la responsabilité de quelqu’un qui utilise la formule « Je suis extrêmement long, mais je m’en excuse pas. »
    Si une personne est prête à s’excuser « elle-même »…..

  8. Militant libertaire ,à la fin des années 60,nous affublions du terme de « socio- fachistes »les militants de l’OCI et de son mouvement de jeunesse l’AJS.Un parti sectaire qui se revendiquait du trotskisme avec un comportement stalinien:un comble pour des totskistes!!!Salutation fédéralistes

  9. Bonjour et merci sur votre article. Je ne comprends pas que mr Mélenchon modifie son histoire politique ; nous faisons tous des erreurs, elles nous permettent de nous construire.

    J’ai voté pour mr Mélenchon aux élections présidentielles car je trouve qu’il posait des questions intéressantes et avaient des propositions qui allaient dans le bon sens. Néanmoins, je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il n’est pas écologiste, plusieurs points me gênaient dans son programme. Mais je crois malheureusement qu’un programme politique écologiste n’a aucune chance de gagner des élections. Les citoyens ne sont pas prêts à renoncer à certaines choses, et à vivre différemment. Le changement de paradigme semble trop difficile à réaliser. Je n’ai qu’à voir autour de moi le fétichisme pour les automobiles et le numérique.

    Alors effectivement un homme politique doit avoir une vision courageuse et parfois aller à l’encontre de ce qui est la règle pour le bien de tous, mais pour l’écologie personne n’est prêt à assumer ce rôle.
    Et paradoxalement, Mr Fillon aurait pu gagner les élections s’il n’avait pas eu ses affaires, alors qu’il proposait un programme apocalyptique. Les citoyens sont difficiles à cerner. Ils préfèrent que l’on s’en prenne aux plus pauvres plutôt qu’aux plus riches.

    Je me disais qu’en votant Mélenchon, cela aurait permis d’ouvrir la voie vers une écologie réelle, qu’un mouvement naîtrait et nous porterait bien plus loin que le programme de la France insoumise.

    Au plaisir de vous lire,
    Julien

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