Pleine de bruit et de fureur (mais sublime)

Je vais faire mon malin et étaler ma science, ce qui ne me fera pas de mal. J’ai lu un article du magazine britannique New Scientist (ici, en anglais bien sûr). Il n’y a pas grand chose de plus renversant, en ce moment, que de comparer les images – photos ou satellitaires – du recul des glaciers. Avant, après. La glace couvrait tout, elle disparaît presque à l’oeil nu. Bon, je vais essayer de ne pas ajouter à la grande angoisse générale.

Un scientifique de l’université du Colorado, Steve Schmidt, a eu une idée assez rigolote. Avec une poignée de collègues, il s’est demandé ce qui se passait après le départ des glaces. Ben oui, il reste tout de même quelque chose dessous. La roche-mère, par exemple. Schmidt a étudié des échantillons de sol du glacier péruvien Puca, à plus de 4 000 mètres d’altitude.  Ce couillon, qui doit en avoir marre de nous, fond à toute vitesse, et perd 20 mètres par an. Schmidt a ramassé entre 2000 et 2005 des échantillons du sol laissé à nu par le Puca, sur dix centimètres de hauteur. Et son équipe a commencé à regarder de plus près.

Les plus vieux des échantillons, ceux de 2000, étaient déjà colonisés par des formes fabuleuses de vie. Je dis fabuleux parce que je le pense, mais en vérité, les cyanobactéries dont il est question sont quand même d’un genre primitif. Pourtant, ces bestioles, il y a trois milliards et demi d’années, ont commencé à produire massivement de l’oxygène par photosynthèse – la liste de leurs exploits est bien plus grande -, sans quoi je ne serais pas là à vous embêter. Je vous le dis calmement : je dois tout, à titre personnel, aux cyanobactéries.

Revenons à Schmidt. Selon lui, le rôle des cyanobactéries dans ces environnements extrêmes des montagnes andines pourrait être, au passage, de fixer le sol. De former une sorte de glu de sucres chimiques, qui finissent par agréger de minuscules nutriments et autres bactéries apportés par le vent. Ainsi donc, pendant le désastre en cours – la fonte généralisée des glaciers – les travaux de la vie continueraient.

Vous, je ne sais pas. Mais moi,  je viens de passer un bon moment. La vie n’est pas, comme le pensait génialement Shakespeare dans Macbeth, « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien (Life […]: it is a tale/Told by an idiot, full of sound and fury/Signifying nothing). J’en suis d’accord : dans cette sublime histoire, il y a bel et bien un idiot. Plutôt, des idiots : nous. Mais ne mêlons pas la vie à notre insondable stupidité.

32 réflexions au sujet de « Pleine de bruit et de fureur (mais sublime) »

  1. Oui, la vie va s’en sortir et, probablement, sur cette planète ou sur d’autres… En revanche, sans pousser jusqu’aux générations futures ni même jusqu’à nos enfants (ce qui m’angoisse le plus) mais en restant à nous-mêmes : il y a 10 ans, dans Politis, je lisais que, si rien n’était fait pour lutter contre le réchauffement climatique, la calotte arctique fondrait complètement l’été à l’horizon 2100 ; il y a 4 ou 5 ans, on est passé à 2050; l’hiver dernier, mon fils âgé de 12 ans a été éberlué de voir la date de 2030 citée à la fin du film « Un jour sur terre » (il s’inquiétait pour les ours blancs); enfin, hier soir, j’ai lu ça :

    http://fr.news.yahoo.com/afp/20080827/tsc-usa-climat-environnement-prev-c2ff8aa.html

    Je ne peux même plus en parler à mon fils…

  2. A Bruno.Nouvelle route maritime, voila de quoi égayer les mornes journées des ours polaires(ou leur offrir la télé grandeur nature)mais je doute que cela fasse salle comble. Au fait à quoi ça sert ces « bêtes » là…eles ne savent même pas détruire une planète!!!Triste privilège de l’écolo vrai…passer du stade « rigolo » à celui de « taiseux »…par amour?

  3. « l’homo sapiens est l’arrière petit-fils d’une cyanobactérie qui barbotait tranquillement dans la soupe originelle » Docteur jen-louis Vidalo . J’ajoute que la cyanobactérie aura très certainement le privilège d’être notre descendance .
    Impossible d’évoquer l’orage sans songer à Shakespeare « l’homme au naturel n’est qu’un pauvre animal » s’esclame le roi Lear sous un ciel électrique au milieu des bruyères, au centre de rien . les hommes de théâtre sont de grands philosophes, dommage qu’on aille si peu voir jouer leurs pièces . « la vida es sueno », » en attendant Godo », « le retour au désert » et tout Molière et tout Shakespeare…
    @ Bruno et Stan, rigolote car décalée, en effet, la conclusion « positive » de l’article..encore écrit par des gens qui n’ont ni le temps d’aller au théâtre , ni celui d’apprendre les noms des fleurs .

  4. Oui, ce coup-là taiseux par amour, mon fils étant déjà suffisamment au courant (et beaucoup plus que certains adultes !) de ce qui se passe… Quant à la fin de l’article, en effet, on pourrait l’intituler ainsi : « La fin du monde (humain) aura des bons côtés, réservez vos places ! »

  5. Stupidité des uns, sagesse des autres…

    Je ne crois pas en la fatalité !… Les choses ne sont jamais écrites à l’avance…

    A travers le monde des voix s’élevent, des consciences s’ouvrent, des choses sont faites…
    Des nouvelles énergies se développent (ex : l’éolien, le solaire, etc…).
    J’ai envie d’y croire !…

    Notre planète est malade, c’est vrai, mais moi quand je vois quelqu’un qui est malade et qui souffre, j’ai envie de trouver un remède et de le guérir…

    Nous sommes capables de le faire…
    L’Humanité est capable de soigner sa planète…
    La sagesse peut l’emporter sur la supidité…

  6. A Bruno. Bien que nous soyons taiseux, parfois, sur le « Mal de Terre »…ne baissons pas les bras…soyons les vigilants ,pour eux. Amicalement

  7. adieux les glaces et bonjour à l’extraction du pétrole du pôle nord, gaz et autres minerais. et quand on voit l’ambiance de guerre autour des matières premières, la ruée vers les richesses du sous sol polaire risque de faire des étincelles!
    je pense hélas que l’on exploitera jusqu’à la dernière goute de pétrole comme en témoigne l’exploitation désastreuse des sables bitumeux dans le nord du canada… deuxième réserve de brut après l’arabie saoudite…
    pour les énergies alternatives elles ne règlent rien car toujours vues sous l’angle industrielle ( que c’est beau un champ d’éolienne ou de panneaux photovoltaïques…). de plus elles font parties d’un « mix énergétique » comme ils disent qui inclu toujours le pétrole ou le nucléaire.
    désolé nicolas mais je suis pas optimiste, la voiture a encore un bel avenir… en plus quand tu roules en renault t’effaces les routes derrière toi, elles se transforment en prairie… c’est ti pas beau la publicité!!

  8. Apparu récemment sur la Terre, l’Homme se proclame être au sommet de l’échelle biologique. Mais qui tient cette échelle dont nous scions quasiment sciemment les barreaux ? Patatras… bon débarras, comme dirait l’ami Yves Paccalet !

  9. L’homme- infinitésimal et temporaire accident aux prétentions si folles!…Il n’y a que lui pour se poser des questions aussi stupides qu' »être ou ne pas être ». Le patient travail du vivant, lui, se poursuit dans les pires conditions. Ainsi les « robines », ces pentes de marnes noires que je vois de ma fenêtre, lentement mais sûrement colonisées par des plantes pionnières jusqu’à reverdir.L’infini cadeau du vivant!…
    Et vivent les cyanobactéries!

  10. et oui la vie trouve toujours le moyen.
    desfois je me demande quels types de bestioles étranges naitront de nos déchets, des produits chimiques, du béton et de l’acier?
    en ce qui concerne la fonte des glaces,c’est effrayant car c’est la parfaite réprésentation de ce qui se passe, tout par en lambeau, chaque morceau de glace qui se détache nous rapproche un peu plus de l’inéluctable. comment peut on encore regarder un ours blanc sans pleurer?
    j’ai bien envie de mettre la tete sous le sable parfois…

  11. moi aussi Mariouchka, j’ai envie de pleurer, et de ne plus rien vouloir entendre…
    J’ai parfois l’impression qu’à continuer ainsi, nous connaitrons le sort des gens de ce film poignant « Soleil Vert »…que j’avais vu dans ma jeunesse…

  12. A Stan : merci pour tes amitiés – OK pour la vigilance, y compris envers ceux qui ont / auraient du mal à supporter la réalité bien masquée par ailleurs – alors, cette Laurence Ferrari, qu’en « penser » ?
    A Mariouchka et à Marie : « On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux » — Pierre Reverdy, La lucarne ovale
    Il faut essayer de dormir tout de même…

  13. A Bruno. Est-ce un nouveau modèle…je ne sais pas. Une star de certains circuits…certainement. Je t’assure que je ne suis pas ce genre d’info mais que je ne suis pas à l’abri du matraquage médiatique.

  14. Stan, ne pas confondre météorologie et climatologie ! C’est un candidat météo.
    Bon, puisque l’allusion est plus ou moins que c’est un nouvel élément prouvant ou allant dans le sens du Global Warming, je mets en lien la lettre de Chris Landsea dans laquelle il explique à la communauté scientifique les raisons de sa démission du GIEC. En plus, en cliquant sur son nom on a accès à sa bibliographie, consultable en ligne (si ça pouvait être si bien foutu en France !), pour ceux qui sont intéressés par la question.

    http://sciencepolicy.colorado.edu/prometheus/archives/science_policy_general/000318chris_landsea_leaves.html

  15. Bon, ma connaissance de l’anglais m’a simplement permis de comprendre que pour C. Landsea il n’y avait pas de lien (du moins avéré) entre le réchauffement climatique et l’activité cyclonique. C’est bien ça ? Et qu’en pense Fabrice ?

  16. Bruno,

    Il n’y a pas grand chose à dire. Chris Landsea est un bon spécialiste des typhons, et il a décidé de quitter l’IPPC – le Giec – qu’il accuse de faire de la politique. Bien à toi,

    Fabrice Nicolino

  17. Grand merci à toi, Fabrice. Cela dit, sur le fond (s’il y a une corrélation entre le réchauffement et l’activité cyclonique), je reste troublé, ayant jusqu’à présent accordé une certaine confiance à ce qu’en disait, par exemple, quelqu’un comme Jancovici (même s’il en reste prudemment à des probabilités).

  18. Bruno, j’ai été troublé moi aussi quand j’ai commencé à vraiment mettre le nez là-dedans, il y a quelques années. Faire de la science, ce n’est pas faire coller les faits à la théorie. On met facilement de côté ce qui gène. Chris Landsea est un des grands spécialistes mondiaux des cyclones tropicaux. Ce qu’il dit, c’est que ceux qui tranchent en dernière instance ou parlent aux médias ne sont pas toujours, loin s’en faut, des spécialistes du sujet. La démission de Paul Reiter, de l’Institut Pasteur, est due aux mêmes raisons : ce qui est dans le rapport du GIEC sur la remontée en latitude de maladies plutôt tropicales vient de gens qui n’ont rien publié dans le domaine. Paul Reiter s’en est plaint, car son nom était pourtant attaché aux conclusions. Il a démissionné et a dû menacer d’attaquer en justice pour que le lien entre sa personne et des conclusions allant à l’encontre de la littérature scientifique soit supprimé. Voilà le fonctionnement des soi-disant 2500 meilleurs spécialistes du monde (très peu de climatologues au total)…
    Faire le bien en évoquant de mauvaises raisons est bien dangereux. Car les mauvaises raisons mises au placard, on risque bien de s’arrêter en chemin.

  19. Oui, que la démarche scientifique ne soit pas soumise à des intérêts partisans, quels qu’ils soient, c’est évidemment souhaitable. Cela dit, je crains que les puissants lobbies qui ont intérêt à minimiser les effets négatifs du réchauffement (qui, à plus ou moins long terme, ne peut tout de même être que catastrophique sur pas mal de terrains) profitent de ce genre de dissensions pour continuer à faire des profits (et leurs porte-paroles ne manquent pas – Cabrol, Allègre, etc. – dont l’effet sur le « grand public » est désastreux).

  20. Il y a des lobbies qui ont intérêt à minimiser le soi-disant réchauffement global, comme il y a des lobbies qui auraient au contraire intérêt à faire monter la mayonnaise ! De telles considérations, pour importantes qu’elles soient, n’ont rien à faire dans un débat scientifique. L’évolution climatique est réelle, mais semble pour l’heure ne pas avoir grand chose à voir avec un réchauffement global. Si l’effet sur le grand public est désastreuse, c’est qu’on leur dit qu’il faut agir dans tel sens pour telles raisons. Si ces raisons n’apparaissent plus pertinentes, ils pensent qu’on peut cesser d’agir, tout simplement.

    Beaucoup plus trivial : je viens tout juste de remarquer qu’il y a systématique un petit smiley sur chaque page du blog, en bas à gauche. Mignon

  21. Bon, je vais encore passer pour le négationniste de service (faudrait quand même donner du sens au mot) ou pour celui qui n’y comprend rien, mais tant pis…

    (sysématiqueMENT)

  22. A Hacène : loin de moi l’idée d’employer à ton égard des mots aussi connotés que « négationniste » ! Cela dit, ce qui se passe aux pôles peut-il s’expliquer autrement que par un réchauffement global ? Et quant aux raisons d’agir, en effet, elles ne peuvent pas, pour la plupart de nos contemporains, échapper à la crainte de tel ou tel phénomène catastrophique et encore, à condition qu’il les concerne au premier chef, sinon les ours blancs et Tuvalu… – comme m’a dit un jour un collègue (enseignant !) : « Moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe dans mon jardin » !

  23. Oui, ce qui se passe en Arctique peut s’expliquer par autre chose qu’un réchauffement global. Contrairement à ce que l’on dit, il n’y a pas un comportement uniforme en Arctique : l’Arctique oriental se réchauffe en moyenne (ou s’est réchauffé, car il y aurait (?) tassement), comme au Spitzberg par exemple, et le recul de la banquise y est manifeste. L’Arctique occidental s’est lui réfroidit, comme par exemple le nord-est américain ; la banquise y est stable. Une explication valide de tout cela est le refroidissment en question, qui, en augmentant le gradient pôle-équateur, intensifie les échanges méridiens et les remontées d’air des basses latitudes vers les plus hautes, pour ce qui nous concerne dans l’espace Atlantique-nord, vers la Scandinavie, un peu plus chaude (d’une manière générale les façades occidentales des continents) en effet, avec aussi plus de précipitations (d’où engraissement des glaciers de ces montagnes, alors que la banquise de la région recule). En Antarctique, c’est stable, sauf dans la péninsule antarctique, qui connaît l’évolution dont on parle d’une manière générale.

    Quant au mot négationniste, il a déjà été employé ici, par je ne sais qui, pas envers moi, en effet. Ce n’est pas parce que des gens dont je ne partage pas tout ou partie des opinions sont sceptiques que je ne dois pas l’être aussi. Et peu importe (dans le débat scientifique) à qui profite les faits observés, il y aura de toute façon toujours des pourris pour magouiller…

  24. Vingts diots !!! (cuisinés rouge ou blanc). Alors là , les Gars, vous me surprenez avec plaisir !.On ne peut nier certains indicateurs…mais pour la bonne théorie, comme dit l’Ancien, moi aussi, peut-être,  » je n’aurai pas le temps « . Essayons, d’opter et appliquer, le bon comportement.

  25. Une question pour Hacène (sans aucune arrière-pensée) : « il y a des lobbies qui auraient au contraire intérêt à faire monter la mayonnaise ! » – lesquels ? Dans l’autre camp (Allègre & co), je vois bien où est l’intérêt mais là, ça m’échappe.

  26. Qui profite du réchauffement climatique ? Bah le nucléaire semble se porter assez bien, surtout depuis qu’on jauge tout en CO2 !
    Et puis aussi les labos qui bossent sur la question. C’est pas de bon ton d’en parler, mais c’est comme ça quand même.

    Une précision sur ce que j’ai écrit précédemment. L’intensification des échanges méridiens est responsable du temps plus violent. Pendant le Petit Âge glaciaire (gros gradient, gros échanges méridiens), les tempêtes qui ont eu lieu sur le littoral atlantique étaient très fortes, encore plus que ce que l’on connaît actuellement. Y compris en été (alors que c’est durant cette période de l’année que le gradient est moindre et donc le temps plus calme) : en dizaines de milliers de morts. Au contraire, les périodes de réchauffement (pour de vrai) ont connu un temps plus calme et, par exemple, un Sahara moins aride.

  27. « On ne peut nier certains indicateurs… » C’est exactement ça ! J’en rajoute donc une petit couche, en donnant la parole à ceux qui travaillent sur la question. Pioché dans la bibliothèque perso :
    Litynski J., Genest C, Bellemare F et Leclerc Y. (2003) : « Fluctuations du climat dans l’Arctique durant le XXe siècle », Publications de l’Association Internationale de Climatologie, vol. 15, 420-427.
    Voici la fin de la conclusion : « En général, l’Arctique ne connaît pas de réchauffement ; au contraire, par rapport à la période chaude de 1940-1950, l’Arctique accuse un refroidissement de 0,5°C en moyenne. Qui plus est, le manque de réchauffement généralisé en Arctique, comme conséquence provoquée par l’effet de serre, constitue une indication qui peut signaler l’approche de la fin de la période interglaciaire ».
    Ca a le mérite d’être clair sur les faits et prudent sur l’avenir.

  28. J’ai répondu un peu tard hier soir sur les lobbies, je complète donc mon propos. Pour le nucléaire, ça me paraît assez clair. Il y en peut-être d’autres… Mais à vrai dire, je n’en sais pas grand chose, ça ne m’intéresse guère, même si c’est important. Dans le domaine, c’est la climato que je trouve passionnante, pas les gesticulations tout autour…

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