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Hulot, 10 000 fois hélas

 

Chers lecteurs,

Certains d’entre vous savent que je travaille pour Charlie et je dois écrire sur Hulot dans le numéro de mercredi prochain. Je ne m’étendrai donc pas, désolé. Mais je peux vous dire à quel point je suis stupéfait de tant de naïveté de la part de Hulot. Seulement, s’agit-il encore de naïveté ?

Il y a cinq ans, j’ai écrit Qui a tué l’écologie ?, livre dans lequel je consacrais un chapitre très critique à Hulot et sa fondation. Laquelle, et ce n’est pas rien, a comme partenaires des industriels aussi marqués que Vinci ou la holding agro-industrielle Avril (ex-Sofiprotéol). Je n’ai évidemment pas changé d’avis. Hulot aura passé des dizaines d’heures en tête-à-tête avec Chirac, sans que rien ne change. Donné une énorme crédibilité à une vulgaire opération politicienne de Sarkozy en 2007, le si funeste Grenelle de l’Environnement. Accepté un poste de Hollande et fait croire aux si nombreux crédules que les Accords de Paris sur le climat étaient une victoire, alors qu’ils sont un désastre.

Je ne doute pas qu’en bon communicant, il saura mettre en valeur sa politique. Mais dites-moi ? N’a-t-on pas déjà vu cela ? En 1981, Mitterrand renonçait à l’extension du Larzac et à la centrale nucléaire de Plogoff. Et puis, rien d’autre que la poursuite implacable de la destruction du monde. De même en 1997 avec Jospin, qui avait dealé avec les Verts de Voynet et Cochet l’abandon de Superphénix et du canal Rhin-Rhône.

Hulot a déjà, c’est l’évidence, obtenu la fin du projet de Notre-Dame-des-Landes, et gagnera sur quelques autres points symboliques, car tel est l’intérêt de Macron. Mais la machine continuera dans la même direction, car tel est son but. Hulot et ceux qui le suivent dans cette triste aventure oublient tout. Comment est structurée une société. Quel en est l’imaginaire. Comment s’exerce le pouvoir et au profit de qui. Quelles forces sociales, économiques et culturelles défendent quels intérêts, et pourquoi. Quel est le jeu des transnationales et que signifie défendre, comme le fait Macron, le commerce mondial au travers de traités comme le Ceta.

Ce gouvernement est farci de lobbyistes si évidents que personne ne les voit plus. Comme dans La Lettre volée, de Poe. Défenseurs militants du nucléaire, des exportations d’armes, des mines d’or en Guyane, du business en général, ils ont en partie réussi à rendre évidents, presque naturels, leurs choix idéologiques au point que personne ne paraît oser le leur reprocher. Le slogan implicite de tous ces gens crève les yeux : c’est celui de Thatcher. There is no alternative. Il n’y a pas d’autre choix.

Est-ce que je suis déçu par Hulot ? Oui, je le suis. Il avait la responsabilité de préparer une génération au grand changement. Il préfère un poste d’illusionniste.

Tout en croisant le fer avec Yves Paccalet

Ce qui suit est sans grande importance, je vous prie de m’en excuser. Pour ma part, je n’entends pas voter à cette élection. D’un côté, la destruction du monde s’accélère, les équilibres écosystémiques tanguent de tous côtés, la faim menace comme jamais les pauvres, la crise climatique déferle, les animaux et les arbres les plus magnifiques disparaissent; et de l’autre, la bande qui occupe le spectre politique nous offre une énième tirade franchouillarde.

Il va de soi que je déteste davantage le répugnant Front National que les autres partis. Il va de soi que je méprise François Fillon comme bien rarement un autre politicien. Mais pour le reste, ni même Hamon et Mélenchon ne sortent réellement la tête du sac qui nous étouffera tous. Aucun ne remet en cause l’économie, nul n’avance la moindre critique des objets, dont la bagnole et le téléphone portable, pas un n’ose dire que la France consomme comme s’il existait trois planètes, ce qui réduit à néant toute prétention à l’universalisme des valeurs morales. Et ces deux-là, les moins antipathiques à n’en pas douter, font exactement comme si nous disposions de quelques siècles pour aborder les sujets qui fâchent. On recommence les mêmes discours, on profère les mêmes inepties d’élection en élection. Cela pourrait durer cinquante législatures de suite, mais cela ne pouvant en fait pas durer, cela ne durera pas.

Voilà que je veux vous parler d’Yves Paccalet, dont vous trouverez ci-dessous un texte appelant à voter Macron. Je connais Yves depuis un quart de siècle, j’ai travaillé avec lui, et je l’ai toujours tenu en estime et en amitié. Seulement, cette fois, ses mots me sortent par les orifices. Comment un supposé écologiste peut-il imaginer voter pour une savonnette, fût-elle ornée sur l’emballage de messages publicitaires en couleurs ?

Dans son texte, Paccalet se contredit sans cesse, ce qui n’est pas une injure, loin de là. Et le collapsus le plus fâcheux, le voilà : il annonce après tant d’autres que notre espèce est menacée du néant, pour aussitôt se jeter aux pieds de Macron, qui ne demande qu’à accélérer encore la marche au gouffre. J’y reviendrai.

Son point de vue est simple, pour ne pas dire simpliste : Le Pen est le grand danger, Macron est le mieux placé pour la vaincre, et je me rallie donc. Cette affirmation ne se démontre ni ne peut être contredite. On croit, ou pas. Il croit, moi pas. Mais poursuivons. Comme il n’entend pas en rester à une appréciation contre, il cherche et trouve une dimension positive à Macron, ce qui l’entraîne à écrire des balivernes. Qui veut noyer son chien… Ainsi, il est faux – c’est même flagrant – de mettre sur le même plan les idées de Mélenchon, Hamon et Macron pour ce qui touche à l’environnement, mot que personnellement je n’emploie pas, car il renvoie, comme chacun peut s’en rendre compte, à ce qui entoure – environne – les hommes, ipso facto au centre. Mais étant donné que Paccalet ne nous parle aucunement d’écologie, je crois que l’on peut retenir ce mot si contestable d’environnement.

Alors, tous égaux, tous pareils ? Mélenchon – que j’ai tant étrillé, que je continuerai à étriller – se croit écologiste. Il ne l’est pas, mais il est absurde de prétendre que son propos est peu ou prou celui de Macron, qui se moque de ces questions – on va en reparler – comme moi de cette guerre du Péloponnèse qui commence en -431 avant le Christ. À la réflexion, bien plus, car tout ce qui touche à la Grèce antique m’intéresse. Quant à Hamon, qui n’est certes pas mon cheval, le point de vue de Paccalet est également gonflé, car le socialo a notamment fait entrer les perturbateurs endocriniens dans le débat public, ce qui pourrait conduire, si nous nous montrons à la hauteur, à la mise en cause de l’empoisonnement universel que j’ai longuement décrit dans un livre récent.

Venons-en à Macron, défenseur décontracté du monde tel qu’il est. Je ne dresserai pas la liste impressionnante de toutes ses déclarations choquantes – d’un point de vue écologiste -, car ce serait trop long pour vous. Il est dans l’âme un banquier d’affaires, soutient l’empire des transnationales, soutient de même la destruction du monde qui leur est liée. Je note juste deux propos, qui m’ont singulièrement choqué. L’un prononcé en Guyane, quand il était encore ministre de l’Économie, dans lequel il vantait le caractère « responsable » de l’entreprise russe Nordgold, cherchant à ouvrir une très vaste mine d’or en pleine forêt tropicale. La Nordgold ! accusée par un rapport accablant de maltraiter les ouvriers noirs de ses mines africaines.

Quant au nucléaire, c’est à chialer vraiment. Macron, le 28 juin 2016 : « Nous croyons au nucléaire, non pas parce que c’est un héritage du passé mais parce qu’il est au cœur de notre politique industrielle, climatique et énergétique (…) Le nucléaire, c’est le rêve prométhéen ». Si demain ou après-demain, la moitié de la France est vitrifiée pour 10 000 ans, vous croyez qu’on pourra demander des comptes à ce salopard ?

Je sais, il faut rester calme. Paccalet semble un ange, qui bénit dans son texte ceux qui ne s’emportent pas. Comme c’est plaisant ! Le monde meurt, ainsi qu’il le reconnaît, mais il ne surtout pas s’énerver contre ceux qui mènent la danse macabre. J’en rirais, si ce n’était aussi grotesque. Je vais vous dire : Paccalet est dans un renoncement total. Il ne veut pas, s’il l’a jamais souhaité, renverser la table et offrir au moins une chance de survie aux hommes, aux bêtes, aux plantes. Ce qui compte désormais est ce qui l’environne lui. Et de ce point de vue individuel et pour tout dire individualiste – tellement en phase avec l’époque -, il a raison. Mieux vaut finir sa vie avec Macron qu’avec Le Pen. Seulement, l’effondrement des écosystèmes dépasse tout de même un petit peu les dimensions d’un ego. Désolé, mais c’est ce que je pense.

 

 

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Je suis écologiste : je choisis Macron !

by Yves Paccalet

9 mars 2017

Écologiste j’étais, je suis et je resterai.

La Terre étouffe et pleure. La sphère de la vie ne supporte plus les dévastations de l’Homo dit sapiens : elle pourrait reconduire au néant cet australopithèque prolifique et guerrier. Je l’ai écrit dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! : notre espèce a peu de chances d’entrevoir le XXIIe siècle. Mais je continue de lui chercher une Sortie de secours (l’un de mes essais). Je veux croire que le genre humain et ses colocataires végétaux et animaux échapperont à la Sixième Extinction Majeure, provoquée par une fatale conjugaison de pollutions, de saccages, de chaos climatique, de nouvelles épidémies et de « der des ders » façon nucléaire… Notre sauvetage exigera sagesse et volonté, mais nous prenons rarement des décisions raisonnables. Lorsque tel est le cas (par exemple, à la COP 21 sur le climat), nous perdons vite la volonté de les appliquer. Nos gouvernants plient devant les exigences des plus braillards et des plus égoïstes.

Dans cette atmosphère délétère, que décider à l’échelle de la France, pour les prochaines élections présidentielles ? Quel camp rallier ? Pour qui voter, à supposer qu’on glisse un bulletin dans l’urne ?

Afin de choisir le (ou la) candidat(e) dont je me sens le plus proche comme citoyen et comme écologiste, et sachant que voter « blanc » ou « nul » est inutile, j’ai décidé de suivre les préceptes du président Mao Tsé-toung dans le Petit Livre rouge : primo, identifier l’ennemi principal ; secundo, élaborer une stratégie pour le vaincre. J’ajoute un tertio aux recommandations du Grand Timonier : choisir plutôt qu’éliminer. Adhérer aux propos, aux promesses, à la gestuelle, aux câlins, même aux défauts d’un leader qui attire, plutôt que d’un apparatchik engraissé dans les banquets de son parti.

L’ennemi numéro un de la France se reconnaît comme une vilaine plaie sur la figure de Marianne : c’est le Front national, cette association à but anti-démocratique au service de la riche famille des Le Pen, où trônent le père, Jean-Marie, dans le rôle du Menhir antisémite ; la fille, Marine, qui barre le paquebot de la Xénophobie sur la mer de l’Exclusion ; et la petite fille, Marion Maréchal, dont le sourire évoque plutôt celui d’un piranha.

Le danger principal, pour la France, c’est ce parti « facho », selon le vocabulaire que nous utilisions en Mai 68. C’est cette association lucrative dans laquelle une présidente profite des emplois fictifs payés par une Europe qu’elle débine ; et au sein de laquelle la ligne politique dépend des analyses fielleuses de deux cumulards notoires : Gilbert Collard et Florian Philippot. (On voit et on entend sans cesse ces deux là, à la radio et à la télévision, ce qui ne les empêche pas d’en rajouter ad nauseam dans la dénonciation des « médias vendus qui nous privent de la parole ».)

L’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République serait un désastre dont les meilleurs économistes nous apprennent qu’il finirait par devenir mondial, en déclenchant une crise financière plus grave que celle des subprimes. On verrait se rabougrir ce « cher et vieux pays » des Lumières, renfermé dans la détestation des étrangers. On regarderait régner une femme obsédée par le modèle Donald Trump. On contemplerait une présidente et ses ministres en train de perpétrer le Franxit, c’est-à-dire l’assassinat de l’Union européenne et le lynchage de l’euro. On assisterait, peu après, à l’écroulement du « franc bleu marine » ; à l’explosion de la dette privée et publique ; au retour de l’inflation à deux chiffres ; aux plaintes des retraités, aux lamentations des salariés, à la ruine des rentiers, à la faillite des paysans privés de politique agricole commune… En guise de « remède » à ces maux, et avec les rodomontades du ministre de la Justice identitaire Gilbert Collard et du ministre de la Préférence nationale Florian Philippot, notre pays érigerait sur ses frontières des centaines de kilomètres de murs anti-migrants, bientôt rebaptisés « murs bleu marine » !

Le citoyen et l’écologiste que je suis ne sauraient redouter pire désastre que l’accession au pouvoir d’une extrême droite aussi négationniste sur la question du réchauffement climatique que sur celle la Shoah. Deux « points de détail », ricanerait le Menhir… Je n’imagine même pas l’état dans lequel, au bout de quelques années de pouvoir frontiste, se trouveraient la flore et la faune sauvages, livrées à des hordes de « beaufs » bétonneurs ou emmanchés d’un fusil de chasse. Avec un air et une eau pollués au nom de la libre entreprise. Avec une terre et une mer sacrifiées, détériorées, ravagées pour subvenir aux besoins miniers, énergétiques, industriels et de transport d’une France réduite à sa petitesse territoriale, et dont la devise imiterait celle de Benito Mussolini dans l’Italie fasciste : « Francia farà da sè ! », « La France fera toute seule ! »

Le Front national appartient au groupe, hélas de plus en plus nombreux, des partis populistes ou fascisants. Ceux-ci rêvent que leur peuple détestera demain les voisins qu’il aimait hier. On commence par calomnier et par mentir, puis on se défie, on se menace, les périls montent, le réarmement s’ensuit et cela finit sur la ligne Maginot. Marine Le Pen et ses homologues nous mènent à la guerre, comme leurs prédécesseurs dans les années trente. Je ne connais pas de plus bel argument humanitaire et écologique pour leur interdire aujourd’hui d’accéder au pouvoir.

Une fois l’ennemi principal désigné, reste à élaborer la stratégie qui lui fera mordre la poussière. Pour qui vais-je voter, si je désire empêcher Marine Le Pen de franchir le premier tour de la présidentielle ? Et surtout de l’emporter au deuxième ?

Il ne me viendrait pas à l’idée de combattre le clan Le Pen en rejoignant Les Républicains, réduits à un noyau dur dont « Sens commun » et la « Manif pour tous » forment la coquille et François Fillon la graine. « FF » ! François Fillon ! Ce mal logé d’un manoir de Sablé-sur-Sarthe, ce potentiel mis en examen pour l’emploi fictif de sa femme et de deux de ses enfants (restera-t-il candidat après son rendez-vous judiciaire du 15 mars ?), aura connu le triomphe à la primaire « de la droite et du centre ». Un succès fondé sur la vertu, la droiture et l’honnêteté, avec en point d’orgue le coup du « Qui imaginerait le général de Gaulle mis en examen ? » On n’a jamais trouvé mieux dans le genre boomerang ! Fillon vérifie, à ses dépens, et dans des concerts de casseroles, la pertinence du vieil adage selon lequel il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche tarpéienne. (Ceux de mes lecteurs qui n’ont pas picoré leurs humanités au lycée consulteront monsieur Larousse ou madame Wikipedia.) Les fillonistes affirment qu’en délivrant un discours ultra-droitier, leur champion siphonnera les voix du Front national. Le FN répond, avec un ricanement, que l’électeur préfèrera toujours l’original à la copie. Exeunt Les Républicains, y compris le « plan B » ou « plan J », comme Juppé, lequel vient (certes, un peu contraint !) de céder à la tentation de Bordeaux.

En sautant à l’autre extrémité de l’éventail politique, toujours dans ma double peau de citoyen et d’écologiste, je n’entrevois guère d’issue avec Philippe Poutou (du Nouveau parti anticapitaliste) ou Nathalie Arthaud (de Lutte ouvrière). Le premier est gentiment déconneur, même s’il énonce une vérité prolétarienne. La seconde aboie ses phrases, de sorte qu’on a l’impression qu’elle va dévorer à elle seule la grande bourgeoisie et les valets du capital. Je passe sur les cas des non identifiés : Jacques Cheminade (ce perpétuel revenant dont nul n’a jamais compris le combat), François Asselineau (jamais entendu parler de ce type), Jean Lassalle (un ennemi juré des ours des Pyrénées, or je vote ours) ou Rama Yade (laquelle mérite mieux que le mépris des médias qui l’ont souvent utilisée). J’espère que je n’oublie personne… Ah ! si : Alexandre Jardin et une brochette d’inconnus qui n’auront jamais les cinq cents signatures. Et la statue du petit commandeur qui se dresse devant la République : Nicolas Dupont-Aignan ! Ces braves gens désirent ne pas être élus : ils veulent seulement qu’on parle d’eux le temps d’une campagne à la télévision.

À gauche, il y a eu la primaire « de la Belle Alliance », dite aussi « du PS »… Au premier tour, on a observé la solidité d’un François de Rugy, qui (comme prévu) ne s’est pas qualifié pour la finale. Au second tour, la votation a consacré Benoît Hamon contre Manuel Valls, selon la règle unique de l’exercice, laquelle s’énonce ainsi : « Pour gagner la primaire de ton camp, caresse ton extrême ! » Hamon mène sa campagne présidentielle comme un remake du film de François Hollande : « Mon ennemi, c’est la finance ! », qu’il a retitré « Je vous offrirai le revenu universel ! » ; dans les deux cas, cette promesse de Père Noël ne peut produire que des déçus.

Benoît Hamon nous propose d’autres projets frappés au coin de l’improvisation hasardeuse. Le « 49-3 citoyen », par exemple. Cette disposition permettrait à de bons républicains de contester de mauvaises lois votées au Parlement. Le problème est qu’elle autoriserait aussi les associations d’idéologues à torpiller les bonnes lois ; voire à remettre en cause de très progressistes législations antérieures. On voit déjà la « Manif pour tous » et « Sens commun » faire un triomphe au « 49-3 citoyen » : ces bon chrétiens en profiteraient pour dézinguer le mariage pour tous, le droit à l’avortement et l’abolition de la peine de mort !

Benoît Hamon s’est, certes, découvert une âme environnementaliste : « Moi président, je vous offrirai l’écologie rose ! » Notons qu’il est devenu écologiste il y a moins d’un mois. Son alliance avec Yannick Jadot, le rescapé de la primaire « des écologistes », c’est-à-dire de ce qui reste d’Europe-Écologie les Verts (un groupuscule de groupuscule), ne lui fera pas gagner une voix : ce que le public a retenu de la manœuvre est que Cécile Duflot (la crème de l’arrivisme) y aurait « sauvé » sa circonscription parisienne pour les législatives !

Exit Benoît Hamon – le chef frondeur de la gauche de la gauche au PS, désormais sévèrement frondé par la droite libérale de ce parti ! Irai-je donc vers Jean-Luc Mélenchon, le Parti de gauche et l’allié communiste ? Mélenchon incarne un tribun de talent, qui ressasse ses ambitions avortées et ses illusions perdues en injuriant de jeunes journalistes stagiaires. Il me plaît quand il parle au peuple : il a du bagout et même de l’éloquence (une qualité rarissime chez les politiciens actuels). Il se prétend de plus en plus écolo. Il porte une idée que nous défendions déjà avec le commandant Cousteau voici trente ans : faire fructifier et protéger le prodigieux héritage océanique de la France, avec les Antilles, les Kerguelen, Mayotte, la Réunion et les archipels du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie), jusqu’à l’îlot de Clipperton, au large du Chili, qui nous offre une zone d’intérêt économique exclusive presque aussi vaste que le territoire métropolitain… Cependant, pour me séduire, Jean-Luc Mélenchon a trop tiré sur la corde du soutien à d’épouvantables dictateurs, Fidel Castro à Cuba, Hugo Chavez au Venezuela, Bachar el-Assad et Vladimir Poutine lorsqu’il s’est agi de la guerre civile en Syrie… Exit Mélenchon.

Il n’en reste qu’un et ce sera celui-là !

Sachant qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais d’homme ou de femme idéal(e) en politique (ni dans aucun autre domaine), je le dis tout net : je choisis Emmanuel Macron. J’ai pris cette décision depuis plusieurs semaines, je l’ai annoncée sur les réseaux sociaux, certains me la reprochent avec colère ou amertume. Je l’assume et je m’en justifie dans ce texte. Je rejoins En Marche ! Non pas parce que ce mouvement nous conduira en cortège angélique jusqu’au paradis, mais parce qu’il est le seul à pouvoir nous éviter de finir en enfer, je veux dire : à devoir choisir entre François Fillon et Marine Le Pen, ou (configuration moins probable, mais pire) entre Benoît Hamon et Marine Le Pen. Risque majeur, dans ce dernier cas, de voir notre Trumpette présidente !

Emmanuel Macron n’est pas moins écologiste que Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon : tous trois ont répondu aux questions du WWF et d’autres associations de protection de la nature. Je n’entre pas dans le détail (réchauffement climatique, énergies nouvelles, nucléaire, Fessenheim, Notre-Dame des Landes, biodiversité, marées noires, pesticides, perturbateurs endocriniens, etc.) : tous les concurrents en sont à peu près au même niveau d’écologisme scolaire. Élève doué, mais peut mieux faire.

Emmanuel Macron l’emporte dans tous les autres secteurs du programme. Ni droite, ni gauche. De droite et de gauche. Centriste des lumières, mais pas des combines… J’aime cet état d’esprit ! Macron est le seul, sur la scène électorale, à déclamer des tirades d’amour à l’intention de l’Europe, ce continent qui recèle notre avenir, mais que tous les autres candidats critiquent, déprécient et salissent à l’unique profit du Front national. Il est le seul, sur le théâtre électoral en cours, à valoriser le travail tout en se préoccupant de protéger le travailleur ; à vouloir rénover l’école en commençant par la primaire ; à parier sur le labeur et l’intelligence des hommes ; à révérer les sciences et les techniques ; à prôner l’accueil des chercheurs étrangers et plus généralement des étrangers qui veulent bâtir la France avec nous. Il est le seul, dans ses meetings, à demander à ses troupes de ne jamais siffler le nom de l’adversaire : difficile, pour moi, d’expliquer à quel point j’apprécie ce message de paix !

Emmanuel Macron voit plus loin que les autres candidats, mais il reste réaliste. Il entend faire entrer la France dans la mondialisation heureuse : je goûte cette absolue différence avec les thèses frontistes du repli identitaire et de « la France aux Français ». Il voit affluer les soutiens tous bords, parce que nombre d’hommes politiques et de simples citoyens en ont marre des oppositions convenues, des bagarres de cour d’école centenaires entre « la » gauche et « la » droite, ces catégories dont nul ne perçoit plus très bien ni la pertinence, ni la frontière…

Emmanuel Macron dégage une sorte de grâce lorsqu’il parle. On lui a reproché ses attitudes évangéliques, quasi christiques, à la tribune de ses meetings. Mais il séduit la foule : c’est ce qu’on nomme le charisme. Il sourit, il est optimiste, il ne raconte pas sans cesse que la France est en ruine et les Français dans la misère noire. S’il parvenait au deuxième tour de l’élection présidentielle contre Marine Le Pen, ce qui semble à sa portée au moment où j’écris, il la battrait (selon un sondage récent ; je sais : les sondages n’engagent que ceux qui y croient) par 60 % des voix contre 40. Cela suffirait à mon bonheur politique et social pour l’année 2017.

Je vais vous faire un ultime aveu. Personne ne semble avoir remarqué à quel point Emmanuel Macron ressemble à Boris Vian (photos). Il ne joue peut-être pas aussi bien de la « trompinette ». Mais rien ne me ferait davantage plaisir que d’avoir pour président, durant le prochain quinquennat, un homme qui aurait le visage de l’auteur de L’Écume des jours, de Je voudrais pas crever et du Déserteur. La politique se nourrit parfois aussi de littérature, de poésie et de chansons, et c’est dans ces moments-là qu’elle est la plus grande.

 

 

Cette vérité cachée sur l’aluminium

Ce qui suit a été publié y a pas si longtemps par Charlie. Signé de mon nom, cela va (presque) de soi.

 

C’est un livre rare, et il restera longtemps à portée de main (Toxic Story, deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, Actes Sud). Le professeur de médecine Romain Gherardi n’a rien d’un séditieux. Médecin et scientifique à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mène depuis près de vingt ans, avec une petite équipe, un travail exemplaire sur ce que l’on ajoute aux vaccins pour les rendre plus efficaces. Les adjuvants. Gherardi sait et répète sans se lasser que les vaccins, qui ont sauvé des millions de vie, sont l’une des plus grandes découvertes. Mais les adjuvants ?

On découvre dans son livre et l’on comprend enfin l’affaire de la présence d’aluminium dans un grand nombre de vaccins, y compris ceux, obligatoires, destinés aux enfants. Le récit, mené il est vrai de main de maître, est parfois haletant. On y découvre un monde organisé pour la dénégation : celui des agences de santé publique, des cabinets ministériels, de l’OMS. Il ne fait plus aucun doute que l’aluminium – les considérations économiques et financières dont décisives – est un danger considérable pour une partie des vaccinés.

Gherardi est tout sauf un idéologue. Il avance ses pions à mesure qu’il peut établir des faits par la science. Mais justement ! Il ne peut poursuivre ses travaux que s’il est financé. Or il ne le sera pas, car une coalition qui s’ignore se met soudainement en travers. La vanité de certains pontes s’ajoute à l’habituelle soumission à l’autorité, sur fond d’invraisemblables conflits d’intérêts. Jusques et y compris des ministres de la République ont participé aux banquets de l’industrie pharmaceutique. Tous pourris ? Non, mais tous complices d’un mépris viscéral pour l’esprit scientifique. Décidément, un grand livre.

L’entretien

Aviez-vous conscience de livrer un tel polar ? Je résume : un mystère; puis un suspect, qui deviendra le coupable; un détective aussi malin qu’obstiné; des dupes; des complices; des fripouilles.

 

Romain Gherardi : Cette histoire a été effectivement celle d’une longue traque d’allure policière. Comme dans un roman de Simenon elle s’est déroulée dans un contexte particulier, mal connu du grand public: celui du système de santé, avec ses acteurs (patients, médecins, industriels), ses régulateurs, ses décideurs, tous mêlés dans des luttes féroces aux enjeux financiers, sanitaires et politiques énormes. Sur les questions biomédicales de fond nous sommes allés de surprise en surprise, ce qui est le propre de la science.

 

Donc, un jour, vous assistez à l’une des réunions biannuelles d’une sorte de club réunissant la fine fleur des neuropathologistes français. On vous montre des diapos, qui n’ont de sens pour personne. Même pas pour vous. On y voit une lésion faite de coulées violettes entre les crayons roses d’un muscle. Plus tard, vous repensez à ces diapos, et on a envie de crier avec vous : « Bon Dieu ! mais c’est bien sûr ! ».

 

R.G : Oui c’est exactement cela. Les microscopistes stockent en permanence des images pathologiques, qui ne demandent qu’à resurgir comme un flash quand une image semblable se présente. C’est un phénomène purement visuel, assez analogue à la reconnaissance inopinée du visage d’un acteur célèbre dans la rue. Cette lésion que nous baptiserons bien plus tard « myofasciite à macrophages » a été vue d’abord à Bordeaux en 1993, puis assez rapidement dans toute la France. Nous avons décidé collectivement de décrire les 14 premier cas de cette nouvelle pathologie sans en connaître la cause. Le Lancet a accepté avec enthousiasme de publier cet article en 1998.

 

Jusqu’à ce point de l’histoire, vous êtes un héros. Disons un bon, un très bon scientifique. The Lancet, revue prestigieuse, publie donc votre article, et vous êtes convoqué plus tard dans le saint des saints, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Vous êtes confiant, car votre travail est solide. Mais quelque chose commence à se détraquer.

 

R.G : Cette convocation a été déclenchée par la découverte surprenante d’aluminium au sein des lésions, et par la démonstration formelle de l’origine vaccinale de cet aluminium. La donne changeait complètement. Plutôt qu’une nouvelle maladie infectieuse, j’avais levé un lièvre très embarrassant : l’adjuvant vaccinal le plus utilisé dans le monde, l’hydroxyde d’aluminium, était susceptible de persister de nombreuses années dans les cellules immunitaires chez certains. Ce qui est bien sûr tout à fait indésirable. Dans un premier temps l’OMS s’est donc courtoisement assurée de la solidité de nos résultats et a dû admettre que certains individus ont probablement une difficulté particulière à éliminer l’adjuvant de leur organisme. Lors de la seconde réunion, elle est passée à l’attaque émettant des doutes, puis elle a tenu sa troisième réunion à huis clos. Sans nier que nos patients présentent des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue chronique, des troubles de l’attention, de la mémoire et du sommeil, l’OMS et les agences sanitaires françaises ont qualifié ces troubles de « non spécifiques », une terme volontairement ambigu, minorant et péjoratif. Or cette combinaison de symptômes forme un syndrome parfaitement caractérisé par des critères internationaux appelé syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique. Les agences ne pouvaient pas l’ignorer car cette affection est officiellement reconnue par l’OMS depuis 1969 et que parallèlement à notre dossier, l’OMS traitait de façon totalement cloisonnée, le dossier de 69 infirmières canadiennes ayant développé un syndrome de fatigue chronique après des vaccins aluminiques contre l’hépatite b !. Depuis, d’importantes séries de syndrome de fatigue chronique survenues dans les suites de vaccins aluminiques ont été rapportées dans pas moins de 7 pays différents…

 

 

Les réactions successives de l’OMS n’étaient qu’un avant-goût. Vous vous retrouvez à Porto-Rico, en 2000, pour un rendez-vous mondial des illustres Centers for Disease Control (CDC) américains, consacré à l’aluminium dans les vaccins. Et là, vous voilà attaqué en piqué par le grand spécialiste de la chose, qui tonne sur la base d’une étude grotesque portant sur deux lapins. Je vous l’avoue, on a du mal à le croire.

 

R.G : Porto-Rico, capitale des multinationales du médicament. Le pape des adjuvants aluminiques, un chimiste nommé Stanley Hem, déclarait à l’époque que le destin des microparticules d’aluminium était de fondre, permettant à l’aluminium d’être éliminé par le rein. Il n’avait pas compris que la majeure partie de l’adjuvant est en fait rapidement capturée par les cellules immunitaires, ce que montraient nos résultats. Sur la base de cette erreur théorique première, il a conduit l’unique étude de référence sur ces adjuvants. En lisant cette étude de 1997, on est effaré par le nombre de fautes qu’elle contient : l’hydroxyde d’aluminium a été injecté à seulement deux lapins, l’étude n’a duré que 28 jours, plusieurs organes importants ont été égarés (les os), oubliés (le muscle injecté), ou mal choisis (ganglion intestinal au lieu du ganglion drainant le muscle injecté), et, cerise sur le gâteau, les conclusions sont contraires à l’évidence des résultats. En effet seulement 6% de l’aluminium injecté avait été éliminé au 28ème jour, c’est-à-dire que 94% était encore dans l’organisme des lapins. C’est pourtant sur cette base « rassurante »  que les agences sanitaires et les sociétés savantes se fondent encore aujourd’hui pour affirmer l’innocuité d’adjuvants aluminiques administrés à des milliards d’individus dans le monde !

 

La suite, passionnante et presque envoûtante, est dans le livre. Professeur Gherardi, qu’espérez-vous encore des autorités de santé de votre pays ?

 

R.G : Comme scientifique, je souhaite que soit pris en compte l’effondrement de plusieurs dogmes. Il faut à l’évidence tout reprendre pour comprendre la diffusion des adjuvants aluminiques vers les organes lymphoïdes, la rate et le cerveau. Comme médecin, je souhaite que nos patients soient enfin reconnus et dédommagés. Comme citoyen, je souhaite que l’on sorte de la « co-production de santé publique » imposée aux États par les multinationales du vaccin, dont les agences sanitaires sont l’incarnation.

 

Trump fait monter le prix du somnifère

 

Amis lecteurs, trumpistes et non-trumpistes, je vous livre ci-dessous le billet que j’ai écrit vers 14 heures pour le site de Charlie, et qui y est encore visible. Il est court, comme vous verrez, et ne contient donc pas les méandres habituels de ma pensée. Mais enfin, il dit quelque chose que je pense. J’en ai réellement marre des  sérénades et des lamentations. Je viens de lire un papier de Reporterre, dont le titre m’a fait sursauter : « Trump, candidat de l’anti-écologie ». Par Dieu, Clinton ne l’était-elle pas, elle qui était la candidate des transnationales, moteur essentiel de la crise climatique ? Comme je suis fatigué, je ne vais pas plus loin. Mais mon point de vue essentiel, le voici : nous avons grand besoin d’un point de vue écologiste sur la marche du monde. Indépendant des modes, des truismes, des habitudes de pensée. C’est urgent, cela brûle même. Assez de jérémiades : Trump est ce qu’il est, mais Clinton tout autant. Au passage, la question du Tafta – et du Ceta – est un sujet-clé, car son sabordage rendrait un immense service à nous tous. Allez-y de vos commentaires.

 


Le billet de Charlie sur son site :

 

Comme il n’est pas encore intronisé, ce ne peut être considéré comme injure à chef d’État : Trump est un gros empaffé, et le restera. Dans le domaine si décisif de la crise écologique, il va probablement frapper très fort. Ainsi qu’on sait peut-être, il ne croit pas au dérèglement climatique, ce qui risque quand même de plomber l’ambiance à Marrakech, où se déroule en ce moment le 22e épisode des sommets climatiques internationaux. Royal et Fabius passeront moins à la télé.

Répétons : ce gros empaffé – bis – n’en a rien à foutre de rien. Mais est-ce bien une raison pour tout à fait regretter Clinton ? Cette si Grande Dame, défendue par tant de si Braves Gens, était pieds et poings liés au pied du big business américain et se demandait ces derniers temps comment se tirer du bourbier du Tafta, ce projet de traité commercial avec l’Europe. La pauvrette était coincée entre, d’un côté, ses supporters des transnationales et, de l’autre, la révolte de plus en plus vive d’une Amérique qui ne croit plus à la mondialisation.

Trump, ce gros empaffé – ter -, vole au secours des altermondialistes et, s’il tient parole, flinguera le Tafta à la hache et au couteau, comme il aimerait faire avec les Mexicains et les musulmans. Est-ce à dire, docteur, qu’on a mal au fion et qu’il n’y a pas de remède ? Certains jours, oui. Certains matins, on ferme les volets, on se bouffe un somnifère et on oublie le monde.