Nantes, cinq minutes d’arrêt (ou plus)

Il s’agit d’une resucée. Pour une raison que j’ignore, j’ai eu envie d’exhumer ce texte paru ici même il y a près de sept ans. Cela fait bizarre, non ?

Voler ne mène nulle part. Et je ne veux pas parler ici de l’art du voleur, qui conduit parfois - voyez le cas Darien, et son inoubliable roman - au chef-d’oeuvre. Non, je pense plutôt aux avions et au bien nommé trafic aérien. Selon les chiffres réfrigérants de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), ce dernier devrait doubler, au plan mondial, dans les vingt ans à venir. Encore faut-il préciser, à l’aide d’un texte quasi officiel, et en français, du gouvernement américain (http://usinfo.state.gov).

Les mouvements d’avion ont quadruplé dans le monde entre 1960 et 1970. Ils ont triplé entre 1970 et 1980, doublé entre 1980 et 1990, doublé entre 1990 et 2 000. Si l’on prend en compte le nombre de passagers transportés chaque année, le trafic aérien mondial devrait encore doubler entre 2000 et 2010 et probablement doubler une nouvelle fois entre 2010 et 2020. N’est-ce pas directement fou ?

Les deux estimations, la française et l’américaine, semblent divergentes, mais pour une raison simple : les chifres changent selon qu’on considère le trafic brut - le nombre d’avions - ou le trafic réel, basé sur le nombre de passagers. Or, comme vous le savez sans doute, la taille des avions augmente sans cesse. Notre joyau à nous, l’A380, pourra emporter, selon les configurations, entre 555 et 853 voyageurs. Sa seule (dé)raison d’être, c’est l’augmentation sans fin des rotations d’avions.

Ces derniers n’emportent plus seulement les vieillards cacochymes de New York vers la Floride. Ou nos splendides seniors à nous vers les Antilles, la Thaïlande et la Tunisie. Non pas. Le progrès est pour tout le monde. Les nouveaux riches chinois débarquent désormais à Orly et Roissy, comme tous autres clampins, en compagnie des ingénieurs high tech de Delhi et Bombay. La mondialisation heureuse, chère au coeur d’Alain Minc, donc au quotidien de référence Le Monde lui-même - Minc préside toujours son conseil de surveillance -, cette mondialisation triomphe.

Où sont les limites ? Mais vous divaguez ! Mais vous êtes un anarchiste, pis, un nihiliste ! Vade retro, Satanas ! Bon, tout ça pour vous parler du projet de nouvel aéroport appelé Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Je ne vous embêterai pas avec des détails techniques ou des chiffres. Sachez que pour les édiles, de droite comme de gauche, sachez que pour la glorieuse Chambre de commerce et d’industrie (CCI) locale, c’est une question de vie ou de mort. Ou Nantes fait le choix de ce maxi-aéroport, ou elle sombre dans le déclin, à jamais probablement.

Aïe ! Quel drame ! Selon la CCI justement, l’aéroport de Nantes pourrait devoir accueillir 9 millions de personnes par an à l’horizon 2050. Contre probablement 2,7 millions en 2007. Dans ces conditions, il n’y a pas à hésiter, il faut foncer, et détruire. Des terres agricoles, du bien-être humain, du climat, des combustibles fossiles, que sais-je au juste ? Il faut détruire.

La chose infiniment plaisante, et qui résume notre monde davantage qu’aucun autre événement, c’est que l’union sacrée est déjà une réalité. l’Union sacrée, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le son du canon et de La Marseillaise unis à jamais. C’est la gauche appelant en septembre 1914 à bouter le Boche hors de France après avoir clamé l’unité des prolétaires d’Europe. L’Union sacrée, c’est le dégoût universel.

L’avion a reconstitué cette ligue jamais tout à fait dissoute. Dans un article du journal Le Monde précité (http://www.lemonde.fr), on apprend dans un éclat de rire morose que le maire socialiste de Nantes, le grand, l’inaltérable Jean-Marc Ayrault, flippe. Il flippe, ou plutôt flippait, car il craignait que le Grenelle de l’Environnement - ohé, valeureux de Greenpeace, du WWF, de la Fondation Hulot, de FNE - n’empêche la construction d’un nouvel aéroport à Nantes. Il est vrai que l’esprit du Grenelle, sinon tout à fait sa lettre, condamne désormais ce genre de calembredaine.

Il est vrai. Mais il est surtout faux. Notre immense ami Ayrault se sera inquiété pour rien. Un, croisant le Premier ministre François Fillon, le maire de Nantes s’est entendu répondre : « Il n’est pas question de revenir en arrière. Ce projet, on y tient, on le fera ». Deux, Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux Transports, a confirmé tout l’intérêt que la France officielle portait au projet, assurant au passage qu’il serait réalisé.

Et nous en sommes là, précisément là. À un point de passage, qui est aussi un point de rupture. Derrière les guirlandes de Noël, le noyau dur du développement sans rivages. Certes, c’est plus ennuyeux pour les écologistes à cocardes et médailles, maintenant majoritaires, que les coupes de champagne en compagnie de madame Kosciusko-Morizet et monsieur Borloo. Je n’en disconviens pas, c’est moins plaisant.

Mais. Mais. Toutes les décisions qui sont prises aujourd’hui, en matière d’aviation, contraignent notre avenir commun pour des décennies. Et la moindre de nos lâchetés d’aujourd’hui se paiera au prix le plus fort demain, après-demain, et jusqu’à la Saint-Glin-Glin. Cette affaire ouvre la plaie, purulente à n’en pas douter, des relations entre notre mouvement et l’État. Pour être sur la photo aujourd’hui, certains renoncent d’ores et déjà à changer le cadre dans vingt ou trente ans. Ce n’est pas une anecdote, c’est un total renoncement. Je dois dire que la question de l’avion - j’y reviendrai par force - pose de façon tragique le problème de la liberté individuelle sur une planète minuscule.

Ne croyez pas, par pitié ne croyez pas, ceux qui prétendent qu’il n’y a pas d’urgence. Ceux-là - tous - seront les premiers à réclamer des mesures infâmes contre les autres, quand il sera clair que nous sommes tout au bout de l’impasse. Qui ne les connaît ? Ils sont de tout temps, de tout régime, ils sont immortels. Quand la question de la mobilité des personnes sera devenue une question politique essentielle, vous verrez qu’ils auront tous disparu. Moi, je plaide pour l’ouverture du débat. Car il est (peut-être) encore temps d’agir. Ensemble, à visage découvert, dans la lumière de la liberté et de la démocratie. Peut-être.

Ceci n’est pas une provocation (contre Mélenchon)

Grincheux, colériques, mélenchonistes énamourés, épargnez-vous la lecture de ce qui suit. On n’y trouvera pourtant aucune de ces grossièretés dont Mélenchon s’est fait le professionnel. Et par ailleurs, jurons une fois encore que cet homme - la personne, l’individu - m’est absolument indifférent. Non, ce qui me préoccupe bien sûr, c’est sa prétention ridicule à incarner l’écologie, entraînant derrière lui quelques milliers de gens, dont certains pourraient combattre là où c’est utile et même indispensable.

Mais passons aux faits. Je viens de lire un texte sur le site Slate.fr, dans lequel Mélenchon se livre une fois de plus (ici). Bon, comme je ne suis pas si méchant, je passe sur sa manière de réécrire son histoire personnelle - l’épouvantable secte OCI, puis 31 ans de bagarres souterraines et bureaucratiques au sein du parti socialiste -, jusqu’à accepter de Lionel Jospin un poste de sous-ministre entre 2000 et 2002. Précisons tout de même que Mélenchon aime et admire Mitterrand et Jospin, ce qui le qualifie assez bien. Mais, oui, passons, même s’il est difficile d’entendre ce Great Leader Chairman prétendre qu’il aurait eu plusieurs vies, quand il n’a en a eu qu’une, celle de politicien de seconde zone.

De quoi rêve notre Immortel écologiste ? De Youri Gagarine : « Le ressac actuel ne durera pas. J’ai connu le bonheur de voir Youri Gagarine aller dans l’espace. Je vous souhaite de connaître un émerveillement pareil. J’ai 63 ans et ce souvenir me perce encore! Le monde était un objet à notre portée. Il le redeviendra. » Eh bien, ma foi, quel imaginaire de pacotille ! Plutôt, quel imaginaire révélateur, et du plus mauvais ! Laissons de côté le système politique immonde qui a permis à Youri Gagarine d’être, le 12 avril 1961 le premier homme dans l’espace. Cela n’est pas rien, car il est derrière cet vaillant spationaute des millions de morts - peut-être cinquante.

En revanche, il n’est pas question d’oublier le reste. Et le reste s’appelle domination de l’Homme sur la Nature, qui le fonde pourtant. Mélenchon est bien sûr homme de son temps, ce temps qui nous mène à la ruine de tout. La fameuse « conquête » spatiale chère au cœur de Mélenchon n’est jamais que la poursuite du même cauchemar d’asservissement de tout ce qui n’est pas humain. Elle est le pendant - au ciel - de ce que fut la sinistre conquête de l’Ouest par des imbéciles, qui conduisit, sur Terre, à la mort de la Grande Prairie et à l’extermination des Indiens. Cessons de jouer un instant : la Nasa, c’est la bande de Cortés dévastant Tenochtitlan-Mexico, la plus belle ville du monde au début du XVIème siècle.

Je me doute que j’en choquerai plus d’un, mais je livre le fond de ma pensée. Les aventures dans l’espace ont dispersé des milliards de déchets dont nul ne sait ce qu’ils deviendront. Je dis bien : des milliards, car c’est attesté. Extrait éclairant d’un rapport de Robin des Bois (ici) : « Aujourd’hui, aucun vol spatial habité ou satellite ou encore mission interplanétaire  n’est à l’abri d’une collision destructrice avec un déchet. Sur Terre, nul non plus n’est à l’abri d’un déchet tombé de plus haut que le ciel, d’une rentrée incontrôlée sur la planète mer, pas même une baleine. Les déchets spatiaux contribuent à la pollution lumineuse de l’espace et perturbent les observations des astronomes. Les réacteurs nucléaires embarqués sur les satellites masquent le bruit de fond radioactif du cosmos en émettant des flux de rayons gamma artificiels même quand les satellites ne sont plus en fonction. Tout ça pour internet, GPS, téléphone et radio satellitaires, autant d’activités commerciales, de moyens de communication et de divertissement qui rapportent infiniment d’argent et produisent des déchets à l’infini sans la moindre contrainte à verser une TGAP -Taxe Générale sur les Activités Polluantes- spatiale ».

Je vous le dis, et vous en faites ce que vous voulez : cet esprit-là nous a conduit droit au gouffre. Comme on a tous les droits et aucun devoir, on avance, et on écrase. Les poissons, le climat, les forêts, la Loire, les coccinelles, demain Mars et le Soleil. Au reste, Mélenchon est un lourd récidiviste, car il appelle ouvertement à « l’exploitation » des océans (ici), sans dire un mot sur le grand massacre de la pêche industrielle, qui s’attaque de la façon qu’on sait à cette si magnifique matrice universelle.

Je sais que la quête sans fin est dans l’homme, et je sais que cela ne cessera pas. Seulement, et compte-tenu des enjeux, je crois que tout responsable devrait contribuer à faire émerger au moins une piste pour éviter le pire. Ma piste à moi s’appelle, ainsi que pour vous, je l’espère, l’esprit. Considérer la matière comme un infini « à notre portée »,  pour parler comme Mélenchon, c’est l’assurance de ne rien laisser debout. Mais ne nous ne sommes, par chance, qu’aux prolégomènes d’une vraie révolution possible, celle de notre esprit. L’infini est là aussi, et celui-là, pour l’heure en tout cas, ne présente pas les mêmes risques insensés. L’esprit, c’est une recherche aussi, plus vaste que celle d’un espace qui se dérobe à mesure que l’on avance. La tentative de mieux comprendre ce qui fait les humains. Celle de mieux se comprendre soi-même, de mieux comprendre les autres. Celle de partager le temps, le travail, celle de mieux aimer, celle de mieux éduquer ses enfants. Celle de mieux cultiver nos terres martyrisées.

Vous poursuivrez vous-même une liste sans horizon décelable. Oublions un peu, beaucoup la matière et célébrons sans gêne et sans fin l’esprit humain, dont une partie au moins est noble, sublime, fabuleuse même. Je crois pouvoir dire que je n’aime pas le mensonge. Et je n’aime évidemment pas, dans ces conditions-là, Mélenchon. Encore une fois, je me moque bien de l’individu, que je ne rencontrerai sans doute jamais. Mais, à une échelle lilliputienne, il entraîne dans une sombre impasse, ainsi que le firent jadis les staliniens, nombre de personnes que je sais vaillantes. Je dois dire que cela me peine. Mais je sais que je n’ai aucune chance de les convaincre. Así es la vida.

Montebourg, le Picsou de la mine de Salsigne

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 16 juillet 2014

Salsigne, dans l’Aude, est pourri jusqu’à la moelle par un siècle d’extraction d’or. Les habitants de la vallée ne peuvent plus boire l’eau, mais le ministre Montebourg envisage la réouverture de la mine, fermée depuis 2004. Un délire.

Chut ! Le grand Montebourg prépare une loi sur la croissance pour la rentrée. La croissance. Le mirage. Mais Montebourg n’est pas seulement un comique troupier, façon Gaston Ouvrard et sa rate qui se dilate. Car il a des idées. Dont la réouverture de Salsigne (Aude). Deux philanthropes de la société « Or & Vintage », Olivier Bernard et Sébastien d’Arrigo, bien introduits chez les socialos, veulent en effet exploiter de nouveau cette mine d’or. Montebourg, qui pleure de joie dès qu’on parle de destruction, vient de promettre au député PS du coin, Jean-Claude Perez, une étude de faisabilité.

Salsigne, au nord de Carcassonne, est un lieu maudit depuis des lustres. On y a extrait du plomb, du cuivre, du fer, de l’argent depuis l’Antiquité, mais le vrai grand délire a commencé en 1892, quand on y a découvert de l’or. Salsigne produira 120 tonnes de cette arme de destruction massive jusqu’à sa fermeture en 2004.Un siècle d’épouvantables pollutions à l’arsenic et aux métaux lourds, qui a fait de la zone le site le plus pollué de France selon un grand nombre d’études plus officielles les unes que les autres.

Extrait du rapport Barthélémy de 1998 : « Les activités exercées sur le site de Salsigne ont laissé de grandes quantités de déchets. Il n’est pas possible d’en faire un inventaire complet car des masses importantes de déchets ne sont pas visibles (…) La découverte récente de plus d’un million de tonnes de scories et autres déchets (…) en est un exemple mais il y en a d’autres ». On parle désormais de près de 12 millions de tonnes de résidus pollués.

Ces montagnes, sur lesquelles rien ne pousse, sont farcies d’arsenic et de merdes comme le cadmium, le plomb, le mercure, ou encore le bismuth, très toxique. Mais il faut y ajouter des fossés remplis d’une eau empoisonnée et des réservoirs qui débordent, déversant dans la rivière Orbiel et sa vallée des polluants qui s’accumulent dans les sols et les sédiments. Visitant les lieux en 1984, le toxicologue décédé Henri Pézerat notait : « C’est ainsi que naquirent (…) d’énormes bassins dont on rehausse de temps à autre les parois de terre, remplis d’une boue constituée d’une fine poudre de minéraux riches en arsenic. Ces dernières années se sont accumulés ainsi dans le haut des vallées dominant Carcassonne 500 000 tonnes par an d’une boue qui dévalera un jour ou l’autre à l’occasion d’une tornade ou de pluies torrentielles pour polluer les vallées pour des décennies et des décennies ».

Qui a gagné le pompon ? Les industriels qui ont piqué l’or et se sont tirés avec. Qui paie la note ? La société, via des plans de réhabilitation de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui auront dépassé trente-cinq millions d’euros sans servir à rien. Au total, selon un rapport de la Cour des comptes de 2003, la gabegie aurait coûté 125 millions d’euros à l’État. Dans le même temps, cancers respiratoires pour les hommes et cancers digestifs pour les femmes de la vallée de l’Orbiel, qui compte 10 000 habitants. L’eau n’est pas buvable et les jardins donnent des fruits pourris.

C’est dans ce contexte guilleret que Montebourg a envoyé sa lettre à Perez, le député. Certes, rien n’est encore fait, mais ça sent très mauvais, car il resterait 30 tonnes d’or dans le sous-sol de Salsigne. Olivier Bernard et Sébastien d’Arrigo, les deux « courtiers en métaux précieux » derrière nouveau projet, jurent leurs grands dieux que l’exploitation serait propre. Comme celle des gaz de schistes revue par Total. On n’extrairait plus l’or par cyanuration - la vieille méthode -, mais par chloruration, un procédé qui vient de sortir. On y croit très fort.

Socialo depuis 1945, le département de l’Aude est aux petits soins pour les martyrs de Salsigne. Les élus du conseil général cherchent en effet à imposer depuis des années une décharge à Lassac, en aval de Salsigne, malgré huit décisions contraires du tribunal administratif et une plainte pour faux et usage de faux, à l’instruction depuis…2006. La vallée de l’Orbiel, une pourriture pour l’éternité.

Les flamants roses aussi (un cadeau de Ségolène Royal)

 Pour Christian et Babeth Errath, pour Loïc Matringe, pour Yves Le Quellec

Vous lirez ci-dessous la réaction de l’association Ferus à la déclaration de guerre de Ségolène Royal. La dame, qui n’a jamais mis le pied dans la vraie nature sauvage, refuse donc le retour de quelques ours dans les Pyrénées. Dans la brèche géante ouverte par ses propos stupides, d’autres s’engouffrent évidemment. Sus aux loups, aux ours donc, aux vautours, aux blaireaux, aux bouquetins, aux phoques veau-marin, aux cormorans, et sus aux flamants roses. Une blague ? Pas du tout. Des riziculteurs de Camargue, dopés aux subventions et aux pesticides, réclament des mesures radicales contre les flamants roses, qui gêneraient leurs saines activités. Je crois qu’on peut parler d’un début d’hallali. Un début seulement, car la suite viendra. Je rappelle que l’hallali est une sorte de cri de victoire obscène, quand la bête acculée par les chasseurs est proche de la mort.

Vous lirez donc Ferus. Ma contribution sera modeste. En 1991 - à la fin de l’été, je crois -, j’ai rendu visite à une députée, Ségolène Royal. Elle n’était pas connue, elle n’avait pas encore été ministre, elle représentait les Deux-Sèvres à l’Assemblée nationale. Moi, je faisais un dossier sur le Marais poitevin, pour l’hebdomadaire Politis. Sur place, j’avais pu mesurer l’ampleur de ce que j’appelle une tragédie : la transformation de la deuxième zone humide de France - après la Camargue - en une zone purulente vouée au maïs intensif. Des dizaines de milliers d’hectares avaient été livrés au pillage des céréaliers, qui ne supportaient plus - c’est la logique de l’escalade - que l’eau pénètre dans le marais, car elle nuisait au rendement.

Ce pays grandiose avait appartenu aux oiseaux sauvages, aux troupeaux de bovins dans d’immenses prairies humides - les communaux -, et deux générations d’imbéciles au pouvoir avaient suffi pour tout ruiner. Mais quel immense malheur ! Royal se fendait à l’époque de déclarations pour gogos en faveur de la « Venise verte », minuscule territoire de carte postale où les touristes circulaient en barque. Il fallait sauver le marais ! Il fallait agir ! Tout de suite ! Je n’y croyais pas beaucoup - déjà -, mais je suis allé voir la dame en son bureau.

Je n’ai pas pris de notes, et je ne suis pas chez moi. Je n’ai donc aucun moyen de vérifier, et ce que je vous livre est ce qu’il y a dans ma tête. J’ai passé un couple d’heures avec elle, et j’en ai tiré un entretien, publié dans mon dossier. Dans les grandes lignes, Ségolène jouait les matamores et réclamait des mesures d’urgence. Le gouvernement était socialiste, avec un certain Brice Lalonde à l’Environnement, mais elle accusait absurdement Jean-Pierre Raffarin, déjà président du conseil régional de Poitou-Charentes, d’être l’un des vrais responsables du désastre.

Moi, comme je revenais d’une visite sur place - oh Loïc ! oh Christian et Babeth, encore merci -, je lui avais parlé de l’éleveur André Grizeau.Un type formidable dont je ne partageais pas les vues politiques - Dieu du ciel, non -, mais qui était un éleveur exemplaire, clair, cohérent, intelligent. Il avait fait les comptes, et savait beaucoup mieux que Royal que l’État, en vomissant ses subventions sur les producteurs de maïs - l’un des grands lobbies français -, sacrifiait évidemment les vastes prairies humides, qui ne recevaient, elles, que des miettes. Il gueulait, Dédé Grizeau. Il avait derrière lui une partie des éleveurs de la région. Il fallait, d’évidence, tout miser sur lui.

Royal, pensez donc, était absolument d’accord. Dédé était formidable. Elle allait. Elle ne manquerait pas de. Elle savait d’ailleurs quoi faire, car elle était déjà écologiste. Voyons, puisque je vous le dis. Le dossier a paru dans Politis et Royal m’a envoyé un petit mot manuscrit en regrettant le ton que j’avais conservé. Son ton à elle. Si lumineux. Tellement imagé. Elle avait même employé le mot de « raffarinade » pour désigner les moulinets et l’inertie combinés de Raffarin, que personne ne connaissait, à commencer par moi. Elle me disait en toutes lettres qu’elle craignait des retours de bâton - contre elle, cela va de soi - à cause d’une franchise trop manifeste. Mais elle se trompait.

Elle se trompait, et le Marais, somptueux legs d’une histoire se comptant en millénaires, allait droit à sa vraie mort. Grâce à elle ? Grâce à elle, grâce à ses moulinets, grâce à ses « raffarinades ». Elle deviendrait en 1992 ministre de l’Environnement de son cher Mitterrand, elle ne ferait rien. Rien. Son bilan au ministère : une loi sur les déchets, qui devait imposer, à l’horizon 2002 la fin de presque toutes les décharges en France. Il n’y en a que des milliers.

Elle ne ferait rien, car tel est son rôle sur la scène : blablater et toujours choisir le camp des puissants véritables. Je ne suis donc pas très étonné de ses dernières sorties sur le Loup ou l’Ours. Elle est, avec ses petits amis socialistes, sur la pente qui conduit à la destruction de tout. Un dernier point. Je suis sorti de l’entretien avec Royal, en ce jour de 1991, avec le sentiment, qui ne m’a guère quitté, d’avoir rencontré une politicienne inculte. Je m’en souviens fort bien, et je me souviens même d’en avoir parlé de la sorte autour de moi. Inculte et, dois-je ajouter, sotte. Nous n’avons pas tous, de loin, la même définition de la sottise. J’admets très bien que tel autre que moi juge Ségolène Royal intelligente. Moi, je me contente de dire ce que j’ai pensé. J’ai trouvé cette responsable limitée. Très.

On excusera, ou non, cette incursion et des propos qui ne sont pas amènes. Je rappelle ce qui figure dans la déclaration d’intention : « Ce site parlera donc de la crise écologique, à ma manière. Sans concessions, sans inutiles précautions, sans vain respect pour les hommes et les institutions qui ne le méritent pas. S’il doit avoir un sens, ce sera celui d’écrire librement ».

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Communiqué

Le 21 juillet 2014

Ségolène Royal a tout faux !

L’association Ferus demande la démission de la ministre de l’Écologie

L’association Ferus est stupéfaite et scandalisée par les propos tenus par Ségolène Royal samedi dernier dans les Pyrénées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la ministre de l’Écologie n’a rien compris et n’y connaît rien ! Se permettre de prendre des décisions sans avoir pris la peine d’étudier ses dossiers est très grave et lourd de conséquences catastrophiques.

Déclarer « le territoire des Pyrénées n’est pas adapté à la réintroduction de l’ours », c’est méconnaître la plus élémentaire réalité biologique, faire un déni sur la réussite du renforcement du noyau central (et sur l’action positive de ses prédécesseurs) et ignorer les travaux et recommandations scientifiques les plus récentes (établis par le Muséum National d ‘Histoire Naturelle à la demande de son ministère).

Déclarer “les réintroductions d’espèces ne doivent pas avoir lieu dans des zones de pastoralismes. Je suis intervenue sur les loups, ce qui n’est pas forcément facile pour un ministre de l’Écologie. Je fais le choix des zones où il y a incompatibilité entre le pastoralisme et des espèces qui peuvent être prédatrices”, c’est laisser croire qu’elle (l’État) réintroduit des loups en choisissant le lieu et laisser penser que les animaux restent là où ils ont été réintroduits. Quelle absurdité !

Déclarer « quand il y a pastoralisme, ma préférence va au pastoralisme », c’est revenir  à cette opposition archaïque et stérile de l’ours contre berger, ignorer les millions d’aides au pastoralisme en zones à ours et loups, les efforts de son ministère et des associations pour aider à cette cohabitation effective depuis des décennies et  toujours possible et réussie en Espagne, en Italie mais aussi en France.

C’est aussi rallumer de vielles querelles, donner raison aux plus extrémistes et aux plus violents et ignorer que la biodiversité c’est aussi un partage de l’espace et non son occupation exclusive par une seule espèce ou une catégorie socio-professionnelle par ailleurs largement soutenue par l’argent de tous les contribuables.

Ségolène Royal a tout faux !

75% des français sont opposés à l’abattage de loups*. La consultation publique relative aux deux récents arrêtés de tirs de loups proposés par Ségolène Royal a montré une opposition massive à ces textes.

71 % des Français sont favorables à la réintroduction de nouveaux ours dans les Pyrénées pour assurer la présence de cette espèce protégée et menacée dans les Pyrénées **.

Le moins que l’on puisse demander, c’est le départ d’une ministre de l’Écologie  qui  manifestement n’est pas à la hauteur de ce qui devrait être, selon ses dires, « un travail intelligent et difficile à mener ».

Puisque la priorité de Madame la ministre de l’Écologie est le pastoralisme, Ferus invite le Premier Ministre à revoir la composition de son gouvernement et de confier à Ségolène Royal un ministère qui lui siéra davantage comme celui de l’agriculture !
La sauvegarde de la biodiversité qui est aussi l’avenir de l’espèce humaine mérite un ministre de l’Écologie digne de ce nom.
*sondage IFOP septembre 2013 pour l’ASPAS et One Voice

**sondage IFOP septembre 2012 réalisé pour le WWF et Rassemblement pour la planète sur les thématiques environnementales prioritaires pour les Français

Les tripatouillages des EPR chinois

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 9 juillet 2014

Pauvre Areva ! Pauvre EDF ! Nos deux clampins du nucléaire tentent de faire croire que leur nouveau réacteur est une merveille. Malgré les fiascos finlandais et normand. Mais en Chine, plus personne ne répond sur la sécurité des deux EPR en cours de construction. C’est la merde.


Où trouver plus grands voyous que dans le nucléaire ? Avant d’aborder l’abominable dossier des réacteurs chinois, un passage par la France, où Luc Oursel, patron d’Areva, a confié ses malheurs au grand journal des vieux cadres et des archiretraités de droite, c’est-à-dire Le Figaro. Areva est un groupe public dans une panade telle que, si l’État ne laissait pas filer les déficits, ce serait la faillite, la fermeture des crédits, le chômage de masse. Mais précisons, tant ça fait plaisir : un gros trou de 2,5 milliards d’euros en 2011, suivi d’un petit trou de 99 millions en 2012, précédant un moyen trou de 494 millions en 2013.

Donc, Oursel dans ses œuvres. Le 30 juin, il déclare au quotidien précité : « Mon discours de vérité ne doit pas se réduire aux épreuves et aux incertitudes. Il faut donner un sens aux efforts demandés et inspirer confiance en l’avenir ». Ben mon colon, si c’est pas du beau français, ça y ressemble. La vérité est qu’Areva a décidé de tout miser sur les réacteurs nouveaux, qu’on appelle EPR. Comme le Rafale de cet excellent M. Dassault, au reste proprio du Figaro, c’est très cher et ça ne se vend pas. La seule différence, c’est qu’EPR, en plus, ne marche pas.

On résume. Il existe en Europe deux vitrines pour les VRP du nucléaire. Deux prototypes en cours de construction, l’un en Finlande et l’autre en Normandie. Le résultat est délirant, les retards se comptent en années, les surcoûts en milliards d’euros. Sans exagération, c’est la Bérézina. En Normandie, à Flamanville, de nouvelles malfaçons dans le béton – avec des trous de 42 centimètres de diamètre – viennent d’être révélées par Le Canard, mais on s’en fout, car on est les meilleurs.

Reste la Chine. Areva y tripatouille du nucléaire depuis plus de vingt ans et emploie sur place – cocorico ! – 2 600 personnes. Mais son grand rêve futuriste s’appelle, là-bas aussi, EPR, dont deux réacteurs sont en cours d’achèvement à Taishan (province du Guangdong, à 160 kilomètres de Hong Kong). Dès qu’on emmerde Areva – et EDF, qui supervise les travaux - sur les désastres finlandais et normand, les communicants sortent la carte chinoise, et prétendent que dans ce beau pays sans casse-couilles, tout va bien et de mieux en mieux. Sauf que c’est un très gros mensonge. Et qui le dit ?

Bloomberg, une agence d’infos spécialisée dans le conseil financier aux transnationales, connue dans le monde entier. Deux journalistes, Tara Patel et Benjamin Haas ont interrogé le directeur des relations internationales de notre glorieuse Autorité de sûreté nucléaire (ASN), un certain Stéphane Pailler. Lequel leur a aussitôt balancé  : « Il n’est pas toujours très facile de savoir ce qui se passe sur le site de Taishan ». Ajoutant pour les sourdingues : « Nous n’avons pas de relations régulières avec les Chinois sur le contrôle de l’EPR comme c’est le cas avec les Finlandais ». Traduit de la novlangue, cela signifie que les Chinetoques planquent ce qui pourrait faire désordre.

Ce qui fait désordre, gros désordre. D’autant que ce n’est que le début. La bureaucratie chinoise en charge de la sécurité nucléaire, National Nuclear Safety Administration, refuse de répondre à la moindre question, tandis que les Français, essaient de rassurer. Un Hervé Machenaud, vice-président d’EDF, jure ses grands dieux qu’il « existe en Chine un contrôle réel, indépendant, qui marche au moins aussi bien que dans d’autres pays ».

Le problème est très simple : sans EPR, EDF et Areva coulent. Les deux prototypes chinois sont les seuls qui permettent d’entretenir l’espoir, et dans ces conditions, faut-il croire Machenaud ? Sur le chantier normand d’EPR, où l’on croise des trous de 42 cm, il y a eu 140 inspections depuis 2007, sans compter des centaines de courriers de l’ASN et deux arrêts de chantier. À Taishan, riante contrée d’un pays totalitaire où l’information est surveillée par le parti, rien.

Rien. Le dernier commentaire sur la sécurité publié sur le site internet du site EPR chinois date de 2009. On se fout de nous, mais grave.

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